Le Parti Pirate : Qui, quoi, comment ? (partie 0)

Rick Falkvinge est le fondateur du Parti Pirate suédois. Il fournit sur son site quantités d’information intéressantes, en particulier son gouvernail pirate qui reprend les éléments essentiels du mouvement pirate. C’est entre autres à la lecture de son blog que je suis devenu pirate.

Si ce blog est souvent utilisé comme référence, chacun est libre de d’écrire ce qu’il veut sur le sujet. C'est la nature du mouvement pirate et la liberté d'expression qui veut ça.Ce qui fait que la quantité d’informations publiées est énorme. Toutes ces contributions viennent en complément de ce que Rick décrit. Aujourd’hui, je souhaite faire pareil et je vais tenter un exercice difficile : proposer ma vision structurante de la de la pensée pirate. Rassurez-vous, pas grand chose de nouveau dans le contenu, mais plutôt une nouvelle manière de présenter les idées, de les structurer, de les articuler. Le but est bien d’avoir les idées claires quand on veux expliquer aux gens qui nous sommes.

CC by Piratenpartei DeutschlandCet article est en fait composé de quatre articles dont celui-ci n'est qu'une simple (et longue) introduction ; la matière est trop dense pour n’en faire qu’un article !

Pourquoi faire ?

L’envie d’écrire ce billet m’est venue car j’ai reçu pas mal de remarques et de commentaires suite à mon engagement pirate. Négatif ou positif, ils sont souvent constructifs. Et partager cette expérience me semble utile.

Ce que je retiens de ces interactions, c’est qu’il est essentiel, si on ne veut pas (trop) se tromper, de bien identifier ce qu’on fait et pourquoi. Ne pas confondre le but avec le moyen et savoir d’où l’on vient, cela me parait essentiel, surtout dans un mouvement jeune, qui se construit.

Je me rends bien compte que cet ensemble d’article risque d’être moins plaisant à lire 1, mais je pense qu’il peut aider chaque pirate à mieux exprimer ses idées, en lui donnant une grille de lecture appropriée. Mon objectif, en rejoignant les pirates, n’était-il pas de faire passer les idées pirates ? Présenter la pensée pirate de manière synthétique, voilà un beau moyen de réaliser cet objectif...

Pourquoi maintenant ?

Comme disait l’autre 2, « ce qui se concoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément ». Cela vaut donc la peine de choisir les bons mots. Autant vous le dire, cela fait quelques mois que j’y travaille. Depuis avant les élections communales d’octobre. Mais le temps est venu de me presser pour publier car le Parti Pirate belge se structure en ce moment même. Une assemblée générale est prrévue en mars et des statuts y seront adoptés. Il est donc primordial qu’on prenne le temps d’y réfléchir avant. Voici ma contribution à cette réflexion.

Qui sommes-nous, que voulons-nous, comment fonctionnons-nous ?

Comme annoncé, cette série d'articles en comprend trois.

Dans l’article intutulé « Le galion pirate », je commence par le « qui ? ». Qui sont les pirates ? D’où viennent-ils ? Quel est le mouvement qu’ils représentent ? Bref, quel est l’ADN des pirates ? Quel est leur bateau ? Contrairement aux autres partis qui ne se remettent plus en question, c’est un exercice que nous devons faire.

Dans le second article, « Les balises pirates », il s’agit du « comment ? ». Comment fonctionnent les pirates ? Dans quel cadre évoluent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Quelles sont leurs particularités ?

Enfin, dans le dernier article, « Le phare des pirates », je m’attaque au « quoi ? ». Que veulent-ils ? Quels sont leurs objectifs, leurs revendications ?

CC by Chriswsn

CC by notafish on http://www.flickr.com/photos/notafish/1247038855/CC by dalbera on http://www.flickr.com/photos/dalbera/5744428596/in/photostream/ Quel est le bateau pirate ? Quelle voie navigable emprunte-t-il ? Et vers où vogue-t-il ?

Qui suis-je pour proposer une telle définition de la philosophie pirate ?

D’un côté, je ne suis qu’un pirate, donc ce que je propose ici n’est qu’une proposition, que chacun intérprétera, fera sienne ou non. Elle n’a aucune valeur absolue.
D’un autre côté, je suis un pirate, et donc ce que je propose ici vaut autant que la proposition de quelqu’un d’autre, qu’il soit fondateur du mouvement pirate ou simple moussaillon curieux. Rien qu’avec cette phrase, vous apercevez déjà une facette de la pensée pirate ! 🙂


Les autres articles de la série :


Photos : CC by Piratenpartei Deutschland

Notes:

  1. Pour autant que vous eussiez trouvé intéressants mes autres articles
  2. à savoir Nicolas Boileau

Le Galion des Pirates (La pensée pirate - partie 1)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? » (cet article-ci), du « comment ? » et du « vers quoi ? » du parti pirate.

CC by Chriswsn

Dans quelle embarcation voguent les pirates ?

Cet article vous propose une description des pirates. Dans quelle embarcation voguent-ils ?

Historique : de nouvelles possibilités

Le mouvement pirate est issu du monde informatique, c’est certain. Il émerge en même temps que les nouvelles technologies et de la génération Y, ou digital natives, pour qui ces technologies font partie de la vie courante 1. De la même manière que l’imprimerie a joué un rôle majeur à la renaissance, Internet va nous mener vers une nouvelle société dont nous ne percevons encore que quelques contours flous.

Que ce soit bon ou mauvais, c’est un fait. Nous sentons déjà les prémices de cette (r)évolution quand on observe à quel point les nouvelles technologies font émerger des nouveaux comportements et adaptent nos systèmes de valeurs.

Une remarque s’impose ici (car je sais déjà que cela fera l’objet de commentaires). Oui, la fracture numérique existe. Non, tout le monde n’a pas encore accès à ces technologies. Il n’empêche, il faut déjà évoluer. Malgré l’invention de l’imprimerie en 1454, il existe encore des illettrés aujourd’hui, six siècle plus tard. Cela n’a pas empêché l’imprimerie de répandre les connaissances et de favoriser l’émergence de la Réforme et de la Renaissance. De même, les nouvelles technologies ne sont pas parfaites, tout le monde n’en profite pas. Mais il faut néanmoins en tenir compte et accepter qu’elles fassent évoluer considérablement notre société. Il ne faut pas croire que sous prétexte d’être née avec les NTIC, la génération Y n’a qu’une seule envie :  transformer la société en monde virtuel hyperconnecté et exclusivement dirigé par la technologie. Personnellement, je prends cetté évolution comme un fait et je constate qu’on doit s’adapter.

Quelques exemples pour comprendre

Bref, Internet (pour simplifier) apporte son lot de nouveauté. C’est un lieu commun de dire cela ; c’est évident. Mais je souhaite épingler quelques exemples de ce que nous ont apporté les nouvelles technologies pour montrer le lien entre celles-ci et certaines valeurs, partagées par les pirates.

  1. Le monde de l’Open Source est apparu avec l’informatique. Il s’agit d’un monde qui croit que la collaboration apporte plus que la compétition, mais où chacun reste cependant libre de faire compétition (via un fork). On sent déjà poindre la liberté et la collaboration avec, en trame de fond, une volonté d’efficacité. Si on en rajoute une couche avec le Logiciel Libre 2, il y a en sus des valeurs de liberté essentielles.
  2. Le phénomène des mèmes (contraction de gène et ‘’mimesis’’, imitation) est très intéressant. Le mème est un élément culturel reconnaissable et transmis par imitation (surtout via Internet, donc). Ici, on parle donc de culture, d’imitation et de partage d’information.
  3. Internet, de par sa nature, facilite la communication entre à peu près n’importe qui sur terre 3. L’internaute est habitué à interagir avec d’autres nationalités et d’autres cultures. C’est ainsi qu’apparaissent la diversité et le respect de chacun, dans sa différence.
  4. Les SEL, systèmes d’échanges locaux, fleurissent partout dans nos sociétés. C’est une initiative d’un groupe de gens qui veulent mieux consommer, s’entraider et recréer des liens sociaux en dehors du système de consommation habituel. Internet a rendu possible ces réseaux. Ici, on aborde les notions d’initiative citoyenne, de solidarité et de consommation soutenable.
  5. Enfin, cet article-même (et les blogs en général) est un bon exemple. Je choisis de dire ce que je pense. Et personne n’a — ou ne devrait avoir — le droit de l’interdire. Après, chacun en fait ce qu’il veut. Le lire, l’adopter, le faire sien, le rejeter ou le démolir (non, s’il-vous-plait !). La liberté d’expression est essentielle.

Simples exemples. Mais on constate que les nouveaux moyens de communication influencent en profondeur nos habitudes et cela fait émerger certaines valeurs. Celles-ci, communes à beaucoup de citoyens et de mouvements aujourd’hui, sont aussi à la base du Parti Pirate.

Note : ce qui est écrit ici peut sembler angélique (si tout le monde sur internet respectait chacun, dans sa différence, ça se saurait). Mais je parle bien ici de valeurs qui émergent dans la société, pas forcément chez chaque individu. Dans le débat actuel en France, la plupart des gens que je connais sur internet prennent parti pour le mariage homosexuel (respect de l’autre dans sa différence) mais cela n’empêche pas certains d’avoir un sale caractère et de détester son voisin. 🙂

L’idée partagée créé le mouvement

Les idées peuvent désormais se partager aux quatre coins du monde à la vitesse de l’impulsion électrique. On le voit avec ces exemples, cela donne une spirale créatrice (à mon avis sans précédent dans l’histoire de l’humanité). Les idées se partagent, se mélangent et évoluent comme jamais auparavant.

Cela donne une force particulière à de nombreux mouvements. En plus des pirates, je pense aux indignés, à la simplicité volontaire, aux anonymous, aux objecteurs de croissance, au mouvement de la transition, aux groupes de réflexions sur le revenu de base 4. Et il y en a encore bien d’autres.
Certains sont déjà anciens, mais c’est aujourd’hui que les idées qu’ils portent peuvent sortir de leurs cercles originels peut-être trop fermés. C’est aujourd’hui que ces mouvements évoluent et qu’on en entend parler.

Tous ces groupes ne sont pas les mêmes. Un pirate n’est pas forcément un simplicitaire et vice-versa. Cela dit, ces mouvements partagent des membres et sont intimement compatibles : comme des frères et soeurs, ils sont nés à des moments différents mais évoluent ensemble. Ils partagent une bonne partie d’ADN, même s’ils ont des caractères et des envies différentes.

Un de leurs points communs, c’est d’être « grass-roots ». Concept assez difficile à expliquer, Grass Roots ne possède même pas d’entrée sur Wikipedia en français (avis aux amateurs). Littéralement, il s’agit d’un mouvement en racine d’herbe, c’est-à-dire qui vient du sol, et qui est spontané. Techniquement, cela signifie qu’il s’agit d’un mouvement basé sur l’initiative des gens. Au XXe siècle, on aurait dit un mouvement populaire, pour le peuple et par le peuple. Et on y aurait trouvé une connotation communiste (ou socialiste) de lutte des classes ; si ça vient du peuple, c’est forcément contre les riches et les dirigeants. Et c’est effectivement à gauche que sont classés les mouvements les plus vieux parmi ceux que je citais plus haut.

Mais nous sommes au XXIe siècle et la signification n’est pas celle-là. Ici, ce sont bien les notions de multitude et de spontanéité qui ressortent, celles qui entraînent ce processus créateur dont je parlais. On y retrouve ce côté socialiste du peuple, mais aussi le côté libéral de la liberté. Mais ce processus ne s’inscrit plus dans la hiérarchie sociale que notre société connaît. Et il met donc parfois le système à mal. D’après moi, ce n’est pas forcément parce que ce système est combattu volontairement, mais simplement parce qu’il n’est plus adapté à ce qui est devenu possible.

Pourquoi un mouvement politique ?

Si je pense que le système n’est plus adapté à certains points de vue, ce n’est pas bien grave. Comme disait l’autre, je n’ai que faire de votre business model. Si l’industrie du protectionnisme intellectuel 5 fait faillite, les artistes n’en seront peut-être que plus heureux (même s’ils ne le savent pas encore 6). Si la société de consommation ne fonctionne plus, ce sera très bien pour les simplicitaires.

Par contre, nous vivons à plusieurs êtres humains sur cette planète, il faut donc bien qu’on s’entende et vive ensemble. Il restera donc toujours une « chose publique ». Et il faut qu’elle soit bien gérée, pour le bien de tous. C’est ici que les Pirates prennent leur sens. Le Pirate s’engage en politique car il sait que le système existant n’est plus adapté et il souhaite le modifier. Pour le pirate la chose publique est un problème comme un autre, qu’on peut résoudre en collaborant en politique.

Ma définition des pirates

C’est ainsi que je propose ma définition du parti pirate comme un « mouvement de citoyens qui veulent s'engager pour que la politique intègre les changements radicaux que vit notre société ». Chaque mot est ici important.

  • « un mouvement » : j’aime dire que le parti pirate n’est pas un parti, car cela impliquerait une structure, une pyramide, une représentation forte. De plus, il y a de plus une connotation négative au mot « parti » car le parti existe pour lui-même et pour le pouvoir 7.
  • « citoyen » : pour bien insister sur le caractère universel du mouvement. Ce n’est pas réservé aux hommes politiques professionnels. Tout un chacun peut participer. Et cela implique aussi qu’il n’est pas nécessaire d’être politique professionnel pour être élu. Participer.
  • « qui veulent » : notez le pluriel car le sujet du verbe n’est pas le mouvement, qui n’existe pas en soi, mais les citoyens.
  • « s’engager » : le but est bien de participer et non pas se faire représenter. Ne plus dire : « Voilà, tu es élu, maintenant tu fais ce que tu veux pendant six ans ». Ne plus donner un chèque en blanc aux élus.
  • « pour que la politique intègre... » : le but n’est pas d’avoir le pouvoir. Le but est d’avoir un système politique efficace et adapté au XXIe siècle. Pour ma part, si les partis « traditionnels » arrivent à intégrer ces changements, le parti pirate n’a plus lieu d’être. Et tant mieux (mais j’en doute).

Autre articles de la série : introductionles balises des piratesle phare des pirates


Photo : CC by chriswsn on Flickr

Notes:

  1. Mais le fait que la génération Y en soit l’origine n’exclut pas les autres pour autant !
  2. Ne pas confondre avec Open Source, où vous serez pendu par Stallman
  3. voir ma remarque sur la fracture numérique, plus haut dans l’article.
  4. Voyez aussi mon article à ce sujet
  5. J’utilise volontairement le terme protectionnisme intellectuel pour décrire la propriété individuelle. Rick Falkvinge qui propose de faire cela afin de ne pas se laisser faussement abuser par le terme « propriété » qui porte une connotation positive.
  6. Un moyen pour les aider à comprendre, c’est de leur faire suivre la lettre ouverte aux artistes piratés de Ploum.
  7. Il est cependant vrai que nous sommes un parti au sens que nous nous présentons aux élections. Mais on parle ici de définition philosophique.

Les balises pirates (La pensée pirate - partie 2)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? », du « comment ? » (cet article-ci) et du « vers quoi ? » du parti pirate.

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Quelques bouées pour guider les pirates

Cet article-ci vous propose un ensemble de balises qui définissent le chenal maritime qu’emprunte le galion pirate.

Comment les pirates fonctionnent-ils ?

Le mode de fonctionnement des pirates est intimement lié à leur nature. Il m’a donc été difficile de dissocier le quoi du comment. Néanmoins, dans l’article « le galion pirate », deux éléments ressortent fort : le mouvement grass-roots ainsi que les valeurs du mouvement. Comment ces deux points se déclinent-ils en outils, règles ou balises ?

1. Un fonctionnement grass-roots

Si, dans l’article précédent, on comprend ce que veut dire grass-roots, qu’est-ce que cela implique dans le fonctionnement des pirates ? Tout d’abord, que le processus créateur est lié à la spontanéité et à la liberté des gens gens d’y participer. Tout élément qui vient entraver cette liberté coupe la spontanéité et, par conséquent, le processus créateur. Je pense donc que les règles doivent être limitées au maximum.

Cependant, des règles sont nécessaires pour le fonctionnement d’un groupe. Mais au lieu d’en proposer une liste qui ne sera jamais exhaustive ni applicables à toutes les situations, je propose plutôt un cadre de fonctionnement, balisé par des principes. Ces principes restent volontairement abstraits, afin de ne pas finir en règle figée à appliquer à la lettre. Et c’est dans ce cadre balisé, d’après moi, que chaque groupe définira ses propres règles, si nécessaire.

Ces balises ne sont pas de moi. Elles proviennent généralement de la page du Parti Pirate belge, de Rick Falkvinge ou de discussions entre pirate (principalement en BW). Je ne fais que proposer des les mettre ensemble et de les appeler balises. Passons-les en revue.

1.a La Règle des Trois Pirates

Elle stipule que pour réaliser une action, seuls trois pirates sont nécessaires : il n’est pas besoin de « permission » pour mener une action et pour faire de cette action une activité « officielle » du Parti Pirate.

Avec les exceptions évidentes que cela doit rester dans la légalité ; cela ne doit pas nuire à l’image du Parti ; et pour impliquer des fonds du Parti, il faut une consultation plus large.

Cette première balise a l'immense avantage de laisser la liberté et l'initiative à chacun. Ceci ne coupe donc pas le processus créateur.

1.b Le consensus

Il est encouragé de travailler au consensus, plutôt qu’au vote, pour prendre une décision. Le vote, c’est potentiellement 51% de content et 49% de mécontent. Le consensus permet à chacun de pouvoir se retrouver dans une proposition car il y aura eu discussion et partage.

Attention, ici, on ne parle pas de compromis ou de « consensus mou » comme on entend souvent. L’idée est plutôt de promouvoir un fonctionnement sur ce qui nous rapproche et d’accepter qu’on ne doit pas être d’accord sur tout. Il s'agit bien d'un état d'esprit plus que d'une règle fixe.

1.c La transparence

Les pirates sont encouragés à tout faire dans la transparence. Les réunions sont publiques et ouvertes à tous, si possible même dans un lieu publique. Les compte-rendus disponibles sur le wiki. Les comptes également.

Je considère la transparence comme un outil, voir même l’outil principal, des pirates pour assurer que chacun puisse accéder à l’information. C’est la base pour permettre à chacun de s’informer, se faire un avis, et émettre un jugement et des actes conséquents.

La transparence devrait être la règle, et le huis clos l’exception, toujours motivée.

1.d Assume good faith

Voici un principe qui peut paraître utopique, mais qui en fait est très profond et très utile, car il a des conséquences innattendue. En effet, ce principe propose de supposer la bonne foi des autres. C’est presque caricatural, on dirait « Le scout mérite et fait confiance ». Mais quelle place cela peut-il bien avoir en politique ?

Tout d’abord, cela a l’avantage de maintenir les protagonistes ouverts à la collaboration. Ça change la perspective. L’autre n’est pas d’accord avec nous ? Pas grave, on peut quand même se mettre à sa place et envisager, avec un autre point de vue, que le problème est limité et qu’une solution peut être trouvée.

Une autre conséquence est qu’il faut impérativement trouver un système résilient, c’est-à-dire (dans ce cas) qui n’est pas mis à mal au moindre abus, à la moindre triche. Il faut pouvoir gérer ces problèmes sans pour autant rajouter trente-six lois, règlements ou directives. Cela me permet d’arriver au point suivant : keep it simple.

1.e Keep it simple (and flexible)

Ce principe part du postulat qu’un système complexe est plus facilement attaquable. Des experts peuvent toujours y trouver une faille. En réponse, on y colle une rustine. Et puis une autre et puis une autre sur la première. Au point qu’on occulte le principe original. Une conséquence est l’inflation normative (ou législative) et ses inconvénients.

Un exemple ? Notre système est en grande partie basée sur l’impôt sur le travail. Et pourtant, à force de modifier ou d’ajouter des fragments de lois, nous en sommes arrivés à un système où le core business de milliers d’entreprise est d'aider leurs clients à payer moins d'impôts. Certes, on pense d’abord aux private bankers, aux comptables ou aux fiscalistes qui n’ont pas bonne réputation (seulement si on n’a pas beaucoup d’argent). Mais il faut aussi se rappeler que les voitures de société, les assurances complémentaires ou les chèques-repas, eux aussi, ne sont jamais que des moyens de payer moins d’impôts. Tout cela est permis car notre système est trop complexe.

Bref, ce principe dit qu’on doit éviter la surenchère de règlement. De toute façon, on ne peut pas penser à tout et quelqu’un trouvera toujours le moyen de contourner la règle. Le tout est d’avoir un système assez simple et flexible pour être résilient. Plutôt que d’avoir des règles toutes faites qui répondent à tout, je préfère un mécanisme simple qui permet de résoudre les problèmes.

1.f Les tabous sont tabous

Oui, on peut parler de tout, si c’est nécessaire. Oui, il est toujours bon de remettre les choses en question. Non, un règlement n’est pas absolu. Oui, dans certains, il est de notre devoir de désobéir à une loi.

Cette volonté de remettre les choses en question est déjà bien implantée dans nos sociétés contemporaines qui sont très critiques. Simplement, nous ne remettons pas toujours en question les bons principes. Nous avons encore besoin d’un peu d’exercice.

Les pirates se proposent de rester ouvert à la discussion. Et si on ne veut pas parler d’un sujet, il suffit de dire pourquoi. Et pour éviter de perdre son temps en parole pour le plaisir de discuter (il y a des champions là-dedans), il y a le point suivant : do-it-cracy.

1.g Do-it-cracy

Do it ! Fais-le ! La do-it-cracy propose que celui qui fait quelque chose a raison. Et s’il a tord, la dure réalité le fera échouer. Et si ce qu’il fait n’est pas optimal, quelqu’un d'autre n'a qu'à proposer mieux.

On retrouve ici quelques idées de l’Open Source (comme expliqué dans l'article précédent). Tu es libre de lancer ton projet. S’il ne marche pas, c’est qu’il n’est pas bon (au sens qu’il ne rencontre pas son public). Si tu veux participer à un projet, tu peux. Et si tu as des divergences avec le chef du projet, tu peux faire un fork.

Je vois réellement ce fonctionnement comme un développement organique vers un optimum.

2. Des valeurs communes : le code des pirates

Après ces balises qui définissent le cadre pratique que j’aimerais donner au Parti Pirate, il est encore nécessaire d’envisager un autre cadre. Celui, moins pragmatique, des valeurs. Le Pirate Codex est un magnifique texte qui propose une définition d’un pirate par ses valeurs. Ce texte pourrait se retrouver dans la définition des Pirates (dans l'article le galion pirate), puisqu’il définit un ensemble de valeurs communes, mais j’ai choisi de le placer dans cet article, avec les balises. Il s’agit en effet d'un outil, un moyen de faire mouvement. C’est encore un outil pour communiquer vers l’extérieur et expliquer qui nous sommes. Enfin, c’est aussi une grille de lecture (flexible) utile si, à un moment, on est amené à se poser la question de « ce qui est Pirate ou ne l’est pas ».

  1. Les Pirates sont libres : les Pirates chérissent la liberté, sont indépendants, autonomes, et refusent toute forme d’obédience aveugle. Ils affirment le droit à s’informer soi-même et choisir son propre destin, et la liberté d’opinion. Les Pirates assument la responsabilité qu’induit la liberté.
  2. Les Pirates respectent la vie privée : les Pirates protègent la vie privée. Ils combattent l’obsession croissante de surveillance par l’État et l’économie, car elle empêche le libre développement de l’individu. Une société libre et démocratique est impossible sans un espace de liberté, privé et hors-surveillance.
  3. Les Pirates ont l’esprit critique : les Pirates sont créatifs, curieux, et ne se satisfont pas du statu quo. Ils défient les systèmes, cherchent des points faibles, et trouvent des façons de les corriger. Les Pirates apprennent de leurs erreurs.
  4. Les Pirates sont équitables : les Pirates tiennent leurs promesses. La solidarité est importante quand elle profite à la collectivité. Les Pirates n’acceptent pas la lâcheté et l’indifférence en société, et agissent quand un courage moral est nécessaire.
  5. Les Pirates respectent l’Homme et l’environnement : les Pirates sont pacifiques. Ainsi ils rejettent la peine de mort et la destruction de notre environnement. Les Pirates luttent pour la pérennité de la nature et de ses ressources. Nous n’acceptons aucun brevet sur le vivant.
  6. Les Pirates sont avides de connaissance : L’accès à l’information, à l’éducation, au savoir comme aux avancées scientifiques doit être illimité. Les Pirates soutiennent la culture libre et le logiciel libre.
  7. Les Pirates sont solidaires : Les Pirates respectent la dignité humaine. Ils s’engagent pour une société solidaire où les forts défendent les faibles. Les Pirates défendent une conception de la politique faite d’objectivité et d’équité.
  8. Les Pirates sont cosmopolites : Les Pirates font partie d’un mouvement mondial. Ils s’appuient sur les ressources qu’offre Internet, et par conséquent, pensent et agissent par-delà les frontières.

Vous pourriez trouver cela cul-cul ou boy-scout, il n’empêche que, savoir que des valeurs sont à l’origine du mouvement, cela lui donne une certaine crédibilité, je trouve. Ce texte n’est peut-être pas officiel, mais quels sont les partis qui ont une charte comme celle-ci, même officieuse ?


Autre articles de la série : introductionle galion des piratesle phare des pirates


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Le phare des pirates (La pensée pirate - partie 3)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? », du « comment ? » et du « vers quoi ? » (cet article-ci) du parti pirate.

Note préliminaire : due aux contraintes des dates liées à l'Assemblée Générale du Parti Pirate, je suis contraint de publier cet article maintenant. Il n'est pas prêt et j'aurais souhaité y travailler un peu plus. Tant pis. Tenez-en compte...

CC by dalbera on http://www.flickr.com/photos/dalbera/5744428596/in/photostream/

Le phare qui permet de maintenir le cap

Cet article-ci vous présente le phare, la destination de l’embarcation pirate. Vers où navigent-ils ?

De manière très simple, on pourrait dire que le but du mouvement pirate est de faire en sorte que la société dans laquelle nous vivons soit à même de respecter les valeurs pirates. Ce serait un peu trop facile. Allons plus loin dans le concret.

Nos objectifs

Contrairement aux autres partis dont l'ojectif est d'être élu, pour avoir le pouvoir et imposer/proposer leurs idéologies, celui des Pirates me semble fondamentalement différent : changer la politique, de manière à obtenir une société démocratique idéale en phase avec son temps. Pour moi, cela correspond à la notion de l’empowerment 1 du citoyen, c’est-à-dire qu’il n’est plus déconnecté de la décision politique car il reprend possession de la force que la démocratie lui donne. Cette idée est au coeur du gouvernail pirate de Rick Falkvinge. Cet empowerment n’est possible, selon Rick, qu’au travers d’une société...

  • où la liberté de chaque individu est assurée et donc sa vie privée respectée (conditions sine qua non) ;
  • où chaque individu reçoit les mêmes droits et les mêmes devoirs, peu importe sa naissance ;
  • où chacun est libre de s'exprimer, d’entreprendre, de proposer et de partager ;
  • où la connaissance, les outils, la culture et les idées peuvent être échangées sans contraintes ;
  • où chacun a le droit de participer à la vie politique, de proposer des idées et peut tenir les hommes politiques responsables de ce qu’ils font.

Comme il y a une certaine cohérence chez les pirates, ces points se rapprochent des balises des pirates. En effet, si  nous voulons aller vers une société ainsi décrite, il faut appliquer ces mêmes principes dans l'organisation du parti pirate. Comme souvent en politique, les objectifs se mélangent un peu avec les moyens — ou partagent en tout cas la même sémantique.

Nos revendications

Encore plus concrètement, que contient le programme politique des pirates ?

La question est difficile. En effet, si vous avez bien lu les articles précédents (le galion des pirates et les balises pirates) vous aurez compris que le mouvement pirate est grass-roots et qu'il veut reconnecter le citoyen avec la chose publique. Par conséquent, avoir un programme fixe, solide et exhaustif serait contradictoire, puisqu'il doit continuellement être remis en question par, et en phase avec les citoyens. Non pas des technocrates idéologues de partis.

Par conséquent, je proposerais ceci : l'idée première du programme est de s'assurer qu'il est construit avec le citoyen. Pas seulement le citoyen « Pirate », mais tous les citoyens. Ceci rejoint l'idée que l'élu n'est pas un représentant des citoyens, mais plutôt un lien entre les citoyens et la chose publique 2.

Néanmoins, certaines idées sont largement représentées au sein des pirates et méritent qu'on y consacre un peu de temps. Elles sont généralement acceptées comme idées pirates, mais elles sont toujours suceptibles d'être remises en question et d'évoluer. En voici quelques-unes 3:

  1. Protection de la vie privée : la liberté de chaque individu ne peut-être assurée que si l'état et les sociétés privées respectent sa vie privée. Voyez ici ou ici
  2. Réforme de la propriété intellectuelle (ou protectionnisme intellectuel) : les pirates refusent le protectionnisme intellectuel, refusent les brevet sur le vivant et sur le logiciel car contre-productif. Voyez ici, ici, ici ou ici.
  3. Fact-based politics et décision raisonnée 4 : Voyez ici ou ici.
  4. Rendre la culture libre et accessible : Voyez iciici et ici.
  5. Participation citoyenne et liberté d'expression : Voyez ici et ici.
  6. Transparence des institutions publiques : Voyez ici, ici, ici, ou ici.
  7. Législation de qualité : Voyez ici.

Beaucoup d'autres liens seraient sans doute très pertinents. N'hésitez pas à me les envoyer.

Pirate local ou global ?

Évidemment, il s'agit beaucoup de politiques qui ne sont applicables qu'à haut niveau (national, européen voire mondial). Et de fait, ces idées largement partagées le sont justement parce que c'est à un haut niveau. Savoir si un traité tel qu'ACTA est ou n'est pas en phase avec les valeurs pirates est relativement simple (le combattre est autre chose).

Est-ce à dire que les pirates n'ont pas de sens à un niveau communal ? Au contraire ! À un niveau plus proche du citoyen, les idées pirates seront fort différentes d'un contexte à l'autre, d'une commune à l'autre. Et c'est tant mieux. C'est là qu'il sera plus difficile — et donc d'autant plus important — de réfléchir, sur base objective, si une mesure politique a du sens pour les citoyens.

Conclusion rapide

Plutôt qu'un parti, le mouvement pirate est au moins autant un mouvement d'éducation qui vise à rendre aux citoyens la démocratie qui lui appartient en la faisant évoluer vers le XXIe siècle. Esprit critique, décision raisonnée et participation, le tout baigné dans des valeurs en phase avec notre temps et ses possibilités, sont finalement les ingrédients de la recette pirate.


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Notes:

  1. Cette notion est difficilement traduisible, mais wikipedia nous propose autonomisation ou capacitation
  2. Réflexion très importante : à partir du moment où il s'agit d'un lien (= outil) et non d'un représentant (avec une charge symbolique), cet outil doit pouvoir être remplacé si nécessaire, par autre chose. Voyez le logiciel de démocratie liquid liquidFeedack à ce sujet.
  3. Je ne mets qu'une ligne d'explication car il est illusoire de vouloir expliquer tout cela dans cet article. Les liens vous aideront à approfondir les sujets.
  4. Les faits ne sont pas toujours objectifs... ce concept va donc de paire avec l'esprit critique !