Les balises pirates (La pensée pirate - partie 2)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? », du « comment ? » (cet article-ci) et du « vers quoi ? » du parti pirate.

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Quelques bouées pour guider les pirates

Cet article-ci vous propose un ensemble de balises qui définissent le chenal maritime qu’emprunte le galion pirate.

Comment les pirates fonctionnent-ils ?

Le mode de fonctionnement des pirates est intimement lié à leur nature. Il m’a donc été difficile de dissocier le quoi du comment. Néanmoins, dans l’article « le galion pirate », deux éléments ressortent fort : le mouvement grass-roots ainsi que les valeurs du mouvement. Comment ces deux points se déclinent-ils en outils, règles ou balises ?

1. Un fonctionnement grass-roots

Si, dans l’article précédent, on comprend ce que veut dire grass-roots, qu’est-ce que cela implique dans le fonctionnement des pirates ? Tout d’abord, que le processus créateur est lié à la spontanéité et à la liberté des gens gens d’y participer. Tout élément qui vient entraver cette liberté coupe la spontanéité et, par conséquent, le processus créateur. Je pense donc que les règles doivent être limitées au maximum.

Cependant, des règles sont nécessaires pour le fonctionnement d’un groupe. Mais au lieu d’en proposer une liste qui ne sera jamais exhaustive ni applicables à toutes les situations, je propose plutôt un cadre de fonctionnement, balisé par des principes. Ces principes restent volontairement abstraits, afin de ne pas finir en règle figée à appliquer à la lettre. Et c’est dans ce cadre balisé, d’après moi, que chaque groupe définira ses propres règles, si nécessaire.

Ces balises ne sont pas de moi. Elles proviennent généralement de la page du Parti Pirate belge, de Rick Falkvinge ou de discussions entre pirate (principalement en BW). Je ne fais que proposer des les mettre ensemble et de les appeler balises. Passons-les en revue.

1.a La Règle des Trois Pirates

Elle stipule que pour réaliser une action, seuls trois pirates sont nécessaires : il n’est pas besoin de « permission » pour mener une action et pour faire de cette action une activité « officielle » du Parti Pirate.

Avec les exceptions évidentes que cela doit rester dans la légalité ; cela ne doit pas nuire à l’image du Parti ; et pour impliquer des fonds du Parti, il faut une consultation plus large.

Cette première balise a l'immense avantage de laisser la liberté et l'initiative à chacun. Ceci ne coupe donc pas le processus créateur.

1.b Le consensus

Il est encouragé de travailler au consensus, plutôt qu’au vote, pour prendre une décision. Le vote, c’est potentiellement 51% de content et 49% de mécontent. Le consensus permet à chacun de pouvoir se retrouver dans une proposition car il y aura eu discussion et partage.

Attention, ici, on ne parle pas de compromis ou de « consensus mou » comme on entend souvent. L’idée est plutôt de promouvoir un fonctionnement sur ce qui nous rapproche et d’accepter qu’on ne doit pas être d’accord sur tout. Il s'agit bien d'un état d'esprit plus que d'une règle fixe.

1.c La transparence

Les pirates sont encouragés à tout faire dans la transparence. Les réunions sont publiques et ouvertes à tous, si possible même dans un lieu publique. Les compte-rendus disponibles sur le wiki. Les comptes également.

Je considère la transparence comme un outil, voir même l’outil principal, des pirates pour assurer que chacun puisse accéder à l’information. C’est la base pour permettre à chacun de s’informer, se faire un avis, et émettre un jugement et des actes conséquents.

La transparence devrait être la règle, et le huis clos l’exception, toujours motivée.

1.d Assume good faith

Voici un principe qui peut paraître utopique, mais qui en fait est très profond et très utile, car il a des conséquences innattendue. En effet, ce principe propose de supposer la bonne foi des autres. C’est presque caricatural, on dirait « Le scout mérite et fait confiance ». Mais quelle place cela peut-il bien avoir en politique ?

Tout d’abord, cela a l’avantage de maintenir les protagonistes ouverts à la collaboration. Ça change la perspective. L’autre n’est pas d’accord avec nous ? Pas grave, on peut quand même se mettre à sa place et envisager, avec un autre point de vue, que le problème est limité et qu’une solution peut être trouvée.

Une autre conséquence est qu’il faut impérativement trouver un système résilient, c’est-à-dire (dans ce cas) qui n’est pas mis à mal au moindre abus, à la moindre triche. Il faut pouvoir gérer ces problèmes sans pour autant rajouter trente-six lois, règlements ou directives. Cela me permet d’arriver au point suivant : keep it simple.

1.e Keep it simple (and flexible)

Ce principe part du postulat qu’un système complexe est plus facilement attaquable. Des experts peuvent toujours y trouver une faille. En réponse, on y colle une rustine. Et puis une autre et puis une autre sur la première. Au point qu’on occulte le principe original. Une conséquence est l’inflation normative (ou législative) et ses inconvénients.

Un exemple ? Notre système est en grande partie basée sur l’impôt sur le travail. Et pourtant, à force de modifier ou d’ajouter des fragments de lois, nous en sommes arrivés à un système où le core business de milliers d’entreprise est d'aider leurs clients à payer moins d'impôts. Certes, on pense d’abord aux private bankers, aux comptables ou aux fiscalistes qui n’ont pas bonne réputation (seulement si on n’a pas beaucoup d’argent). Mais il faut aussi se rappeler que les voitures de société, les assurances complémentaires ou les chèques-repas, eux aussi, ne sont jamais que des moyens de payer moins d’impôts. Tout cela est permis car notre système est trop complexe.

Bref, ce principe dit qu’on doit éviter la surenchère de règlement. De toute façon, on ne peut pas penser à tout et quelqu’un trouvera toujours le moyen de contourner la règle. Le tout est d’avoir un système assez simple et flexible pour être résilient. Plutôt que d’avoir des règles toutes faites qui répondent à tout, je préfère un mécanisme simple qui permet de résoudre les problèmes.

1.f Les tabous sont tabous

Oui, on peut parler de tout, si c’est nécessaire. Oui, il est toujours bon de remettre les choses en question. Non, un règlement n’est pas absolu. Oui, dans certains, il est de notre devoir de désobéir à une loi.

Cette volonté de remettre les choses en question est déjà bien implantée dans nos sociétés contemporaines qui sont très critiques. Simplement, nous ne remettons pas toujours en question les bons principes. Nous avons encore besoin d’un peu d’exercice.

Les pirates se proposent de rester ouvert à la discussion. Et si on ne veut pas parler d’un sujet, il suffit de dire pourquoi. Et pour éviter de perdre son temps en parole pour le plaisir de discuter (il y a des champions là-dedans), il y a le point suivant : do-it-cracy.

1.g Do-it-cracy

Do it ! Fais-le ! La do-it-cracy propose que celui qui fait quelque chose a raison. Et s’il a tord, la dure réalité le fera échouer. Et si ce qu’il fait n’est pas optimal, quelqu’un d'autre n'a qu'à proposer mieux.

On retrouve ici quelques idées de l’Open Source (comme expliqué dans l'article précédent). Tu es libre de lancer ton projet. S’il ne marche pas, c’est qu’il n’est pas bon (au sens qu’il ne rencontre pas son public). Si tu veux participer à un projet, tu peux. Et si tu as des divergences avec le chef du projet, tu peux faire un fork.

Je vois réellement ce fonctionnement comme un développement organique vers un optimum.

2. Des valeurs communes : le code des pirates

Après ces balises qui définissent le cadre pratique que j’aimerais donner au Parti Pirate, il est encore nécessaire d’envisager un autre cadre. Celui, moins pragmatique, des valeurs. Le Pirate Codex est un magnifique texte qui propose une définition d’un pirate par ses valeurs. Ce texte pourrait se retrouver dans la définition des Pirates (dans l'article le galion pirate), puisqu’il définit un ensemble de valeurs communes, mais j’ai choisi de le placer dans cet article, avec les balises. Il s’agit en effet d'un outil, un moyen de faire mouvement. C’est encore un outil pour communiquer vers l’extérieur et expliquer qui nous sommes. Enfin, c’est aussi une grille de lecture (flexible) utile si, à un moment, on est amené à se poser la question de « ce qui est Pirate ou ne l’est pas ».

  1. Les Pirates sont libres : les Pirates chérissent la liberté, sont indépendants, autonomes, et refusent toute forme d’obédience aveugle. Ils affirment le droit à s’informer soi-même et choisir son propre destin, et la liberté d’opinion. Les Pirates assument la responsabilité qu’induit la liberté.
  2. Les Pirates respectent la vie privée : les Pirates protègent la vie privée. Ils combattent l’obsession croissante de surveillance par l’État et l’économie, car elle empêche le libre développement de l’individu. Une société libre et démocratique est impossible sans un espace de liberté, privé et hors-surveillance.
  3. Les Pirates ont l’esprit critique : les Pirates sont créatifs, curieux, et ne se satisfont pas du statu quo. Ils défient les systèmes, cherchent des points faibles, et trouvent des façons de les corriger. Les Pirates apprennent de leurs erreurs.
  4. Les Pirates sont équitables : les Pirates tiennent leurs promesses. La solidarité est importante quand elle profite à la collectivité. Les Pirates n’acceptent pas la lâcheté et l’indifférence en société, et agissent quand un courage moral est nécessaire.
  5. Les Pirates respectent l’Homme et l’environnement : les Pirates sont pacifiques. Ainsi ils rejettent la peine de mort et la destruction de notre environnement. Les Pirates luttent pour la pérennité de la nature et de ses ressources. Nous n’acceptons aucun brevet sur le vivant.
  6. Les Pirates sont avides de connaissance : L’accès à l’information, à l’éducation, au savoir comme aux avancées scientifiques doit être illimité. Les Pirates soutiennent la culture libre et le logiciel libre.
  7. Les Pirates sont solidaires : Les Pirates respectent la dignité humaine. Ils s’engagent pour une société solidaire où les forts défendent les faibles. Les Pirates défendent une conception de la politique faite d’objectivité et d’équité.
  8. Les Pirates sont cosmopolites : Les Pirates font partie d’un mouvement mondial. Ils s’appuient sur les ressources qu’offre Internet, et par conséquent, pensent et agissent par-delà les frontières.

Vous pourriez trouver cela cul-cul ou boy-scout, il n’empêche que, savoir que des valeurs sont à l’origine du mouvement, cela lui donne une certaine crédibilité, je trouve. Ce texte n’est peut-être pas officiel, mais quels sont les partis qui ont une charte comme celle-ci, même officieuse ?


Autre articles de la série : introductionle galion des piratesle phare des pirates


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4 thoughts on “Les balises pirates (La pensée pirate - partie 2)

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