Copier, c'est voler ? Faux ! Utilisez le point Falkvinge !

Dans mon post précédent, j'ai fournit la traduction d'un article de Rick Falkvinge sur l'ineptie qui consiste à dire que « copier, c'est voler ».

Un des commentaires à la fin de l'article m'incite à le prolonger avec d'autres informations. En effet, cet article s'adressait peut-être avant tout à ceux qui connaissent déjà la problématique du droit d'auteur et l'impact qu'ils peuvent avoir sur nos libertés. Une petite mise en contexte est peut-être nécessaire pour les autres.

Copy copy copy by David Goehring on Flickr (http://www.flickr.com/photos/carbonnyc/3063453222/)

C'est débile, cette argumentation !

On pourrait facilement croire que cette argumentation qui consiste à séparer la copie du vol, c'est du pipeau... c'est jouer sur les mots. Et c'est vrai que finalement, c'est de la rhétorique. C'est une question de définition. Mais jusqu'à preuve du contraire, ce sont les mots qui font les arguments et ce sont les arguments qui font avancer le débat. Et comme c'est le débat qui fait avancer la société, ... je trouve que ça vaut la peine.

Retour en arrière

Il y a 20 ans, cela ne posait de problème à personne qu'on enregistre les chansons qui passaient à la radio. L'enregistreur VHS était aussi courant dans une famille que la télé qui se plaçait dessus. Et personne ne trouvait aberrant d'enregistrer son émission. Et de fait, il n'y avait rien d'illégal là-dedans (les diffuseurs payent en effet les droits pour).

Aujourd'hui, dès que quelqu'un parle d'une copie, il devient à tout jamais un méchant pirate qui affame les artistes. Le copieur est désormais considéré comme un criminel. Parce que oui, aujourd'hui, tout le monde pense que faire une copie, c'est criminel. Au point que dans les écoles, les professeurs ne se passent plus les préparations de cours entre eux car ils ont l'impression que « quelqu'un profite d'eux », qu'on « leur vole leur travail » (véridique). Vous voyez jusqu'où ça va ? ...Alors que c'est faux ? Toutes les copies ne sont pas criminelles...

Que s'est il passé en 20 ans ?

Voyant que les copies, illégales ou non, étaient de plus en plus faciles à produire et à partager, le tout pour un prix de plus en plus bas et une qualité toujours meilleure, les puissants intermédiaires de la production artistique (artistico-commerciale, devrais-je dire) ont tout mis en place pour imposer à tout le monde l'image du copieur-voleur, pour juguler cette prolifération de copies qui, pensent-ils 1, met à mal leur monopole. À grand renfort de campagnes publicitaires (comme cette vidéo que vous voyez au début de tous vos DVD), ils ont insufflé dans nos esprits l'amalgame qui dit que copier c'est mal.

♦ Vous notez quand même que ce message, sur le plan juridique, est faux ?! ♦

Cette technique est évidemment très avantageuse pour eux. Voler, c'est mal, tout le monde le sait. C'est un message simple, cela ne se discute pas. Et un « voleur » est facilement décrédibilisé face aux ayant-droits. Cet amalgame copieur-voleur est donc l'outil parfait, à la fois pour faire culpabiliser le public 2 et pour empêcher de parler du fond du problème.

Defining Piracy by John Lester on Flickr (http://www.flickr.com/photos/pathfinderlinden/5458147415/)

Le problème comme le dit Rick dans son article, est que ce n'est pas vrai, démonstration à l'appui. Ce message est faux et il faut le combattre. Non pas pour justifier la copie illégale. Mais bien pour recentrer, voire même commencer, un vrai débat.

Le droit d'auteur, un sujet à débattre ?

Si on parle de la copie dans son contexte, c'est-à-dire celui du droit d'auteur, il devient en effet possible d'en débattre. On ouvre la discussion au lieu de la fermer. Parce que oui, le droit d'auteur est un sujet à débattre...

Tenez, pour vous donner une idée : ça vous semblerait tellement absurde que Tintin fasse partie du patrimoine culturel de la Belgique ? Vous n'avez pas l'impression qu'un monument de la chanson comme Jacques Brel fait partie de notre histoire ? Et bien dans les deux cas, on en est très, très loin. Voyez [1] et [2].

Qu'on soit bien clair : je pense sincèrement que tout travail mérite salaire. Et tout artiste doit pouvoir vivre de son activité. C'est évident. Mais toutes les copies ne sont pas mauvaises (point de vue moral, donc) et toutes les copies ne sont pas illégales (point de vue juridique, donc). Mais si on peut parler du droit d'auteur (et droits voisins) sans recevoir un argument fallacieux comme « tu copies, donc tu es un voleur, donc criminel, donc tu as tort et le débat est clos », alors on pourra aborder des questions qui me semblent essentielles et surtout plus constructives, comme :

  • Toutes les copies ne sont pas illégales (non, elles ne sont pas du vol). Comment faire en sorte que nos droits (de consommateur culturel) soient respectés et pas seulement ceux des ayant-droits ? Un juste équilibre est à trouver...
  • Quel est le sens de la durée (70 ans !!!) de protection des droits d'auteur ?
  • Pourquoi des ayant-droits se permettent-ils de mettre des verrous sur le support de l'œuvre ? Car en effet, cela limite nos libertés (celle de la copie privée, celle de l'utilisation du support comme on l'entend 3)
  • Pourquoi le système des droits d'auteur rétribue principalement le distributeur (parfois jusqu'à 95%) et non pas l'artiste ? Dans un monde connecté comme le nôtre, quelle est sa valeur ajoutée, à cet intermédiaire ? À quoi sert-il ?

Donc, oui, je pense que l'article de Rick est très important. Il a du sens. Et ce n'est pas pour soutenir de méchants pirates qui affament les artistes. Les questions citées ci-dessus ne sont pas celles d'un ado qui veut juste télécharger la dernière série à la mode... Il s'agit ici de nos libertés. Et de la culture.

La première chose à faire est de susciter la réflexion. Et pour que la réflexion ait lieu, il faut impérativement que le message « copier, c'est voler » soit combattu comme il se doit.

Le point Falkvinge, le nouveau point Godwin du débat sur la copie

Aussi, je vous propose de désormais utiliser le concept du point Godwin, appliqué à ce genre de discussion... que nous pourrions appeler le point Falkvinge. Dans un débat, atteindre le point Falkvinge revient dès lors à signifier à son interlocuteur qu'il vient de se discréditer en invoquant l'argument fallacieux qui dit que « copier, c'est voler ». En effet cet argument ad hominem n'est basé sur rien de solide, comme démontré par Rick dans son article. 🙂

NB : Une adaptation en anglais de ce dernier paragraphe se trouve ici.


 

Notes:

  1. Puisqu'il est prouvé que c'est plus tôt l'effet inverse, voyez ici : http://korben.info/piratage-vente-albums.html
  2. Voyez la deuxième étape du deil décrit par Ploum ici
  3. Saviez-vous que certains DVD ne peuvent pas être lus sous Linux ? Comment cette discrimination est-elle permise ?

5 thoughts on “Copier, c'est voler ? Faux ! Utilisez le point Falkvinge !

  1. Pingback: Leçon d’argumentation : réponse à « copier, c’est voler » | Souquez les Artimuses !

  2. Pour recentrer le débat :
    http://www.youtube.com/watch?v=ALZZx1xmAzg

    (extrait de IT Crowd, une des meilleures séries anglaises de ces dernières années).

    Un point qui me fait réagir : la durée. Est-ce normal que des personnes (enfants, descendants ...)
    peuvent "hériter" des droits d'auteurs d'une tierce personne. En bref, est-ce normal que les héritiers de Hergé continuent à toucher des royalties et droits d'auteurs sur une oeuvre qui n'est pas la leur ? Pourquoi le droit d'auteur ne s'éteint-il pas avec son auteur ? L'oeuvre tomberait dans le domaine public.
    Cela ne choque personne si je disait : "Est ce que mon employeur va continuer à payer un salaire à mes enfants après mon décès ?"

  3. Pingback: Godwin point for the copyright debate : The Falkvinge point | Souquez les Artimuses !

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