Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

Cet article est une traduction d'un texte écrit par Rick Falkvinge sur son site Falkvinge on Infopolicy. L'article original, en anglais, est : Talking back lessons : retorts to "Copying is stealing". La traduction étant par définition une trahison, je vous indique entre parenthèse certains mots anglais pour mieux saisir le sens original.

Pour mieux comprendre cet article, si vous n'avez pas l'habitude de parler du droit d'auteur, j'ai également fait un article complémentaire, pour expliquer le contexte.

2013.08.19-CDDans une série d'articles sur mon blog Falkvinge on Infopolicy, j'ai désormais l'intention de donner des réponses aux mensonges les plus dérangeants répétés à l'envi par les spécialistes du droit d'auteur qui soutiennent ce monopole artificiel. J'ai décidé de le faire car je vois passer des montagnes de foutaises écrites dans certains fils de discussion, et celles-ci restent incontestées (en : unchallenged) et sans réponses, ce qui est très dangereux. Comme je le dis dans mon livre Swarmwise, il est capital, pour sauvegarder nos libertés à long-terme, que de fausses affirmations soient corrigées immédiatement et avec force, dès qu'elles apparaissent.

Aujourd'hui, nous discuterons de l'affirmation « Copier, c'est voler », qui est encore tellement courante. Elle devrait être morte et enterrée depuis au moins quinze ans, mais ce n'est pas le cas. Voici trois exemples pour contrer cet argument. Adaptez-les, traduisez-les et utilisez-les dès qu'elle apparait dans des discussions comme celle-ci sur Reddit.

Il ne faut pas se satisfaire d'une réponse à une fausse affirmation et il faut compter sur les gens qui pensent de manière logique. Une fausse affirmation doit être attaquée avec force (en : hammered) en montrant en quoi elle s'oppose à nos libertés ; il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, mais d'un bras de fer. Il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de montrer que nous avons raison, comme je l'explique dans Swarmwise — c'est ça qui forme la réalité et le futur.

Aujourd'hui, donc, on s'occupe de l'ineptie « Copier c'est voler » (en : copying is stealing). Ne laissez jamais une phrase pareille sans réagir... Voici trois exemples de réponses que vous pouvez utiliser. Copiez-les, remixez-les et adaptez-les à votre manière de parler et à votre situation.

Affirmation fausse : « copier, c'est voler. »

Réponse 1 : Non, pas du tout. Si copier était équivalent à voler, nous n'aurions pas besoin des lois sur les droits d'auteur (en : copyright monopoly laws), puisque les lois sur la propriété suffiraient. Ce sont ces dernières qui définissent le vol. Mais il existe des lois distinctes pour les droits d'auteur et le « vol » n'y est pas défini. Par conséquent, il est évident que ce n'est pas du vol ; ni légal, ni moral, ni économique. Par contre, il s'agit bel et bien d'une infraction aux lois sur les droits d'auteur (et leur monopole) — mais c'est quelque chose de complètement différent. Il s'agit d'une violation d'un monopole privé sanctionnée par l'autorité. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 2 : Non, pas du tout. Personne ne vole rien en copiant. Ils produisent leur propre copie en utilisant leurs propres biens. La différence est très importante et si nous voulons un débat constructif, vous devriez appeler les choses par leur nom. Il s'agit ici de produire sans autorisation des ayant-droits, aussi appelés détenteurs des droits exclusifs (et donc monopolistiques). Personne n'est lésé d'une possession dans ce cas, alors que c'est précisément ça qui définit le vol. Ici, un objet est copié et non pas volé. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 3 : Non, pas du tout. Produire sa propre copie en utilisant son propre matériel (son ordinateur, sa mémoire, son réseau) n'est absolument pas équivalent à voler... ni logiquement, ni légalement, ni moralement, ni économiquement, ni philosophiquement. Le débat est passé outre cet argument il y a déjà 15 ans. Essayer de le ressortir aujourd'hui est un non-sens. Si vous voulez vérifier, vous devriez regarder dans un livre de droit. Dans tous ces livres, vous trouverez toujours des chapitres différents pour aborder la propriété et le droit d'auteur. Et seule la violation des droits de propriété définit un vol.

Affirmation fausse qui pourrait suivre : « ...mais ils font perdre de l'argent à X et donc c'est du vol. »

Exemple de réponse : Que X perde de l'argent, c'est peut-être sujet à débat, mais ce n'est pas la discussion ici. Tout le monde fait perdre de l'argent à quelqu'un par ses actions (cuisiner au lieu d'aller au resto, nettoyer sa maison au lieu de payer une femme de ménage). Voler est strictement défini comme le fait de s'approprier indûment, avec ou sans violence, le bien d'autrui, dans le cadre de la législation sur la propriété (lien wikipedia). Et le droit d'auteur n'est pas régi par cette législation-là. Il n'y a pas d'autre définition légale, morale ou populaire du vol. Par contre, vous utilisez le vocable « ils volent » (avec tout son sens juridique) pour dire « ce qu'ils font est mal ». En faisant cela, non seulement vous mentez et vous les calomniez, mais en plus vous vous trompez sur ce que vous vouliez dire, puisque le partage de la culture et de la connaissance est un bienfait pour la société et pour vos semblables.

Prenez ces réponses, utilisez-les ! Il y en aura d'autres à venir dans un futur proche.

7 thoughts on “Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

  1. C'est prendre un peu les gens pour des idiot je trouve... la plupart du temps, ceux qui disent cette phrase ne l'entendent pas littéralement comme ça. Du coup, c'est de la rhétorique pure, voire du cynisme.
    On n'entendrait pas ces personnes dire : "je me suis fait copier mon scooter ! "
    Il ne faut pas tomber à bras raccourcis sur ces pauvres gens en étalant sa logique et sa "lumière".
    Et puis quel est le débat de fond ? commencer une argumentation par "ce n'est pas la question" prouve souvent qu'on n'a pas envie de se faire attaquer sur un des points de notre argumentation justement. Ce qui tend à dire qu'elle est bancale.
    Et si les 3 exemples ci-dessus sont assez bien vus, j'ai l'impression qu'il n'y aucunement besoin de s'éparpiller pour rattraper le coup : "copier c'est voler ? non, tu fais un amalgame mais je comprend ce que tu veux dire".
    Là où le vrai débat se pose c'est : "Copier... est-ce voler" ? quelque part, il faut bien admettre que si quelqu'un utilise le fruit du travail d'un autre pour en tirer un bénéfice, c'est "volé" au même titre qu'on l'entend dans "oh la victoire volée ! " gentiment lancé à quelqu'un qui a gagné sans le faire exprès. C'est "volé" dans le sens où ca n'est pas mérité.
    Je trouve (en toute logique puisque c'est la mienne) que ce n'est pas si bête que ça.

    • Salut Glenn,

      merci pour ton commentaire, mais je me dois d'y répondre, comme suggéré dans l'article de Rick.

      Premièrement, je m'étonne toujours que des gens puisse ajouter un commentaire à un article en disant l'inverse... mais en ne donnant aucun argument. Tu me dis que si, finalement, copier c'est voler. Mais tu ne donnes aucune raison de le croire. Or dans l'article de Rick, il est "prouvé" que non... Peux-tu stp argumenter ?

      Ensuite, si j'insiste sur ce point (et j'en profite pour répondre à ton commentaire qui dit que c'est de la rhétorique pure), c'est parce que justement, le vocabulaire est très important dans une discussion et dans un raisonnement. Évidemment, le but n'est pas de tomber sur le premier qui dit naïvement que copier, c'est voler. L'idée est beaucoup plus profonde que cela. Actuellement, nous sommes en train de vivre une période où les lobbys des droits d'auteurs (copyright monopoly, comme les appelle Rick) font tout pour faire croire à tout le monde que copier, c'est voler. J'en veux pour preuve les longs messages qu'on montre au début de tous les DVD qui disent en grand "Copying is stealing". Ces lobbys influencent donc la façon dont les gens pensent à la copie. Il y a 20 ans, on aurait jamais vu ça (à l'époque des cassettes, tu étais en droit de faire des copies de ce qui passait à la radio... Parfaitement en droit... Aujourd'hui, les gens pensent que c'est interdit !!!). La meilleure preuve que ce lobby fonctionne est que toi même tu dis que c'est du vol, ou "comme" du vol.

      Quand des lobbys s'arrange pour influencer l'opinion, je trouve que le débat ne peut pas être sain. Ne peut pas avoir lieu. Le but ici est donc de démarrer sur un débat sain. La première chose à faire est bien de poser la situation. Est-ce du vol ? Non. Définitivement non. Très bien, alors arrêtons de parler de vol. Est-ce une infraction aux droit d'auteur ? Oui, potentiellement, oui. Et c'est là que ça devient intéressant !

      Parce que le vol, c'est mal et personne ne peut dire l'inverse. Tandis que "les droits d'auteur", c'est un autre principe. Et sur celui-là, on peut discuter. Et discuter, c'est tout ce que les lobbys espèrent éviter !

      Le but de cet article est de dire aux gens : "arrêtez de croire que copier, c'est voler". Oui, il y a des cas où copier est permis. Et il faut qu'on nous laisse faire cela. Ensuite, il est évident que le débat doit avancer sur le terrain des droits d'auteurs. Mais pour cela, la première chose à faire est de quitter le terrain de la propriété, où le débat n'a rien à faire.

    • Je vois ce que tu veux dire. Mais je pense que l'aspect "immérité" ou "illégitime" de la copie est déjà intégré dans le terme "pirater".
      Par ailleurs, quand tu vole une victoire, celui à qui tu l'a volé ne l'a plus.
      L'original de la copie reste.

  2. Par ailleurs, des études (dont une d'un office gouvernemental américain) montrent que contrairement aux affirmation des ayants-droits, un téléchargement pirate ne signifie pas une vente perdue, ce taux est généralement situé autour d1/4 ou 1/5. Bon, une telle affirmation donne plus de poids aux arguments des ayants-droits que la réponse de Falkvinge, mais c'est bon à savoir.

  3. Pingback: Copier, c’est voler ? Faux ! Utilisez le point Falkvinge ! | Souquez les Artimuses !

  4. Pingback: Godwin point for the copyright debate : The Falkvinge point | Souquez les Artimuses !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *