Le changement, c'est maintenant. Et pour toujours.

La société, dans son ensemble, évolue. C'est évident. Et c'est aussi un lieu commun de dire que cette évolution va de plus en plus vite.

Evolution

Depuis que je suis petit, j'en ai conscience car, déjà en primaire, nous apprenions les différentes périodes de l'Histoire. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les longueurs de ces périodes sont de plus en plus courtes ? Préhistoire : 4 millions d'années. Antiquité : 3500 ans. Moyen-âge : 1000 ans. Renaissance : 300 ans. Je me suis toujours demandé jusqu'où cela irait... Y aura-t-il un jour où une période historique sera de 10 ans ? Un an ? Un jour ? Ou bien cela n'aura tout simplement plus de sens ?

Histoire, par Docteur Saint James, on Wikipedia

Les périodes de l'Histoire

Moi, je vois un lien avec une courbe exponentielle qui exprime l'évolution de la société humaine en fonction du temps. Combien de temps faut-il à l'humanité pour faire une étape d'évolution (pour autant que celle-ci soit quantifiable) ? Si on met le temps sur l'abscisse (axe des x) et l'évolution sur l'ordonnée (axe des y), on voit qu'il faut beaucoup de temps au début et de moins en moins avec le temps... À première vue, ça colle bien avec une exponentielle : l'augmentation de l'évolution est bien proportionnelle au niveau de l'évolution.

Si je vous parle de cela aujourd'hui, c'est parce que j'ai l'impression que nous sommes une génération charnière. Je pense que nous sommes à l'abscisse zéro de cette exponentielle de l'évolution. Au moment précis 1 où on passe d'une évolution lente à une évolution rapide.

Fonction exponentielle

Fonction exponentielle

Bien évidemment, on me rétorquera que ça n'a aucun sens et que cela dépend du point de vue... et celui qu'on prend aujourd'hui est forcément subjectif ou arbitraire. Tout comme l'abscisse zéro d'une exponentielle ! Mais lisez d'abord mes observations avant de dire que c'est faux.

Au bon vieux temps

Je suis peut-être trompé par la perception que j'ai de l'Histoire, mais auparavant, les évolutions de société étaient lentes en ce sens que la façon dont les gens vivaient ne changait que très peu avec le temps. Qu'on me comprenne bien : les gens vivaient des choses très différentes (une invasion barbare, une guerre, la chute d'un empire, etc. ne se présentent qu'une fois) mais de la même manière que leurs parents et leurs enfants. La morale, les techniques, les mœurs, tout cela changeait peu et lentement.

J'imagine en l'an 800, que les quelques centaines de millions d'hommes sur terre vivaient, à peu de choses près, la même vie que leurs parents, leurs grands-parents et même leurs arrières-grand-parents. De temps à autre, un événement arrivait (un couronnement impérial, un 25 décembre, par exemple, ou une invasion et un pillage) et cela modifiait les histoires qu'on se racontait autour du feu. Pour le reste, calme plat. La saison arrive et il faut bien semer. Changer est une chose qui n'est pas envisageable.

En 1900, je pense qu'un ouvrier s'attendait à avoir le même style de vie que son père, mais espérait quand même vivre mieux que son grand-père. Mais attention, si changement il y a, il doit être minime, pratique et ne pas remettre en question la manière de vivre et la morale. « Une machine à couper le pain chez la boulangère ? Ça c'est bien une invention pour les femmes paresseuses qui ne le font plus elles-mêmes ! » (véridique). De manière générale, c'est bien l'évolution technique qui peut être acceptée à condition qu'il n'y ait pas d'impact sur la morale.

En 1945, les adultes savaient que leurs enfants auraient une vie différente de la leur. Le progrès était en marche et le rêve américain annonçait la société de consommation. Mais ces mêmes adultes ont quand même éduqué leurs enfants comme leurs parents les avaient éduqués. Comment auraient-ils pu faire autrement ? Les changements n'étaient pas encore les bienvenus. « Une femme qui devient institutrice, OK. Mais de là à faire des études universitaires, faut pas pousser. » Les baby-boomers ont peut-être été la première génération a ne pas recevoir une éducation qui les formait pour la vie qu'ils allaient avoir...

En 1980, nos parents (les baby-boomers) sont également les premiers à se rendre compte qu'ils ne peuvent pas nous éduquer comme le faisaient leurs parents. Changement radical. Ils ont dû s'adapter à une nouvelle donne. La société qui les a élevés n'est pas celle dans laquelle ils vivent. Cette évolution, et le changement en général, est alors perçu comme une fatalité à laquelle il faut bien faire face. Ils essayent de faire au mieux.

Aujourd'hui

Depuis 2000, nous sommes devenus de (jeunes) adultes. L'évolution technique et morale sur la période de notre adolescence est énorme. À 30 ans, le monde que nous connaissons n'est plus le même que celui de notre enfance. Et la perception même du changement évolue aussi.

La flexibilité est reine.

On ne parlait pas du téléphone portable quand j'avais 10 ans. À 20 ans, j'en avais un et j'étais presque un des dernier parmi mes amis. Cela a radicalement changé notre manière de concevoir nos interactions et notre organisation. Quand j'étais petit, je recevais une invitation pour un anniversaire une semaine à l'avance, avec tous les détails (heure d'arrivée, de départ, modalités, etc.). Aujourd'hui, on planifie un souper entre amis trois mois à l'avance (parce que l'agenda est full), mais on organise les détails une heure avant (rendez-vous à 18h30 à tel endroit). La flexibilité est reine.

La remise en question est permanente.

J'ai été aux mouvements de jeunesse et j'y vivais des activités sans jamais me poser de questions sur ce que j'y faisais. Quand j'ai grandi et que je suis devenu animateur, on m'a appris à toujours tout remettre en question. « On fait comme ça parce qu'on a toujours fait comme ça » est devenue à mes yeux la pire justification qu'on puisse donner. Au contraire, il faut repenser les jeux, l'organisation du camp, la manière de faire l'intendance, les totémisations... N'accepter une tradition que si elle a (encore) du sens. La remise en question est permanente. Au point que cette question m'a aujourd'hui poussé à ne pas accepter le système politique dans lequel nous vivons, sous prétexte que c'est celui qu'on a hérité des grands démocrates du XVIIIe siècle. Le mouvement pirate est bien ancré dans cette évolution.

Le changement est perçu comme bénéfique

À notre tour, nous éduquons. Comme je l'ai dit, nos parents ont dû adapter l'éducation qu'ils voulaient donner, contraints de le faire par un monde différent de celui dans lequel ils sont nés. Nous, nous adaptons notre éducation, mais nous sommes consentants. En éducation comme ailleurs, nous aimons le changement, que nous voyons comme porteur de nouvelles idées, d'ouverture et de renouvellement. Bref, d'amélioration.

Évidemment, tout n'est pas positif dans cette accélération. Les défauts d'une société mouvante sont nombreux. Ils vont de la (sur)consommation (il faut bien suivre l'évolution technologique...) à la perte de repère en passant par le stress lié à la rapidité ou à la désorganisation.

Sommes-nous devenus une « génération du changement » pour qui l'évolution est naturelle, contrairement aux générations précédentes ? La génération qui n'essaye plus de faire des barrages contre le courant, mais qui essaye de s'adapter à ce courant du changement ? J'ai tendance à le croire. Nous ne méritons ni gloire ni mérite pour cela. Nous ne sommes pas meilleurs. Nous envisageons les choses autrement et nous avons d'autres qualités que nos aïeux, plus adaptées à notre époque,... et certainement d'autres défauts, aussi.

Mais nous sommes nés à ce moment de l'Histoire, où, paradoxalement, le changement devient la norme. Je trouve cela passionnant car cela ouvre des portes pour l'avenir. En être conscient permet d'espérer beaucoup ! Et de se mettre au boulot en ayant en tête que ce changement n'est encore qu'un début...

2013.10.15-Bane2


Photos

  • Evolution by possan CC-BY-2.0 on Wikimedia
  • Histoire, par Docteur Saint James, on Wikipedia (domaine publique)
  • Fonction exponentielle par Shaoren, sur Wikimedia (Creative Commons)

Notes:

  1. Bon, « précis »... sur l'échelle de l'histoire humaine, « précis » peut signifier quelques dizaines d'années.

3 thoughts on “Le changement, c'est maintenant. Et pour toujours.

  1. Pingback: Et si vous étiez le changement-2 | Le blog du greg

  2. Bonjour,

    Le point de vue de l'article est intéressant, cependant il y a quelques détails qui m'ont fait "ticquer".

    Le changement a toujours eu lieu, et aura toujours lieu, effectivement. Autrefois le changement n'était pas forcément plus lent que maintenant, c'est juste qu'on s'en rend moins compte parcequ'on est moins informé sur les changements d'autrefois que les changements d'aujourd'hui, que c'est plus loin dans le temps. On manque de recul par rapport aux changements actuels, alors qu'on l'a pour ceux du passé. On manque d'informations aussi pour les époques passées. Pour cela il est intéressant d'aller voir dans les différentes sciences (histoire, sociologie, sciences "dures" aussi) ce qu'elles nous offrent.
    Par exemple les 19 et 20° siècles ont été pleins de changements. Changements sociaux (acquisitions de droits, changements du type de famille dominant, etc.), changements économiques (avec l'industrialisation), découvertes scientifiques, inventions de matières ou d'objets révolutionnant les pratiques des individus, changements moraux, etc. Un exemple de changement social marquant : la création de l'école (fin 19°s.). Un autre exemple : la création du statut d'enfant différencié de l'adulte (19/20°s.). Plus tard ce sera l'adolescence (et sa crise, 20/21°s.). Tout cela a fait changer les méthodes de travail, les mentalités, les rythmes de vie,etc.
    Et c'était pareil au Moyen-Âge je suppose. Les spécialistes peuvent sûrement en parler très bien, de tous ces changements minimes qui ont lieu. Je ne l'ai pas étudié donc je ne peux pas en parler sans préjugés. Cependant cela peut être intéressant de se renseigner, de lire des articles ou livres traitant de ce thème.

    La flexibilité vient avec le temps : parcequ'on grandit, notre emploi du temps se rempli. On est moins libre que quand on était petit. C'est pour ça qu'on prévoit les choses différemment. Les enfants se font toujours des petits cartons d'invitations, on s'en rend moins compte parcequ'on ne les cotoie pas aussi régulièrement que les adultes. On se fixe l'heure, la date, etc. au dernier moment parcequ'on est adulte, et qu'on décide de faire les choses ainse. Sûrement par practicité, les adultes faisant les cartons d'invitation (ou aidant les enfants à le faire) indiquent l'heure, la date, le lieu dessus afin que les parents des invités puissent décider si ils seront disponibles. Comme pour les mariages par exemple.

    La remise en question ne peut pas être appliquée à tous et à toute la société. Effectivement, il y a des choses qu'on ne remet pas en question dans la société : le fait de manger sucré le matin en France (les nutritionnistes conseillent de manger des protéines le matin), le fait que les politiques élus au gouvernement ne payent pas eux-même leurs frais d'hôtel ou de déplacement, etc. C'est ancré dans les habitudes françaises, c'est accepté par la population, cela n'a pas besoin d'après la majorité des gens, d'être remis en question. Sinon ils le feront, comme aux 19° et 20°s. pour les
    conditions de travail. Comme l'a dit Greg, c'est parcequ'on lui a appris à tout remettre en question qu'il remet les choses en questions. Beaucoup ne l'ont pas appris, malheureusement...

    Le changement a (il me semble) toujours été montré par la société comme bénéfique. Et donc a été perçu ainsi par la majorité des gens. Quand on évolue dans le monde, on se rend compte qu'il change, mais cela nous dérange pas ou peu en général parcequ'on intériorise beaucoup de ces changements sans s'en rendre compte. On intériorise ces changements par la publicité qui en est faite par exemple, par les "propagandes" de l'Etat. (Le vote pour les jeunes par exemple, ou le fait de manger 5 fruits et légumes par jour, ect.) Autrefois c'était l'école qui allait permettre une réussite sociale de l'enfant, le vote pour tout le monde (l'Eglise a aidé à pousser les gens à voter, aux 19 et 20°s. aussi!), la machine à laver qui permettait de ne plus aller au lavoir, etc. C'était moderne pour les gens, donc c'était forcément bien.
    En 1945 et avant, les gens étaient ouverts aux changements. C'est justement cette année-là qu'a été donné le droit de vote aux femmes. Ce sont les gens ayant du pouvoir (riches, politiques, dirigeants) qui ne voulaient pas de changement trop fort. Il fallait que ce dernier leur soit favorable. Les femmes ont pris pendant la WW2 la place des hommes dans les usines, à la fin de la guerre elles n'ont pas voulu les lâcher comme ça. Elles ont su réclamer et obtenir de plus en plus de droits par la suite. Le changement a toujours été présent, il est parfois bien étalé dans le temps (comme la construction de l'Etat français par exemple qui s'est faite de Louis XIV il me semble à aujourd'hui, il se construit et se modifie toujours.

    Attention, l'éducation n'est pas naturelle, c'est une socialisation. Tout comme le rythme de vie, le fait d'utiliser une fourchette (et la manière de la tenir) est une construction sociale. Elle varie selon les familles, le pays, la région, etc.
    L'évolution de la société n'est pas naturelle, elle est sociale elle aussi. Effectivement, elle est dirigée par les hommes (ou des institutions mais ce sont des constructions sociales aussi).
    Nos ancêtres n'essayaient pas de se battre contre le courant, mais de s'adapter aussi : ils ont participé à la construction de la société de consommation (comme nous), aux crises économiques (comme nous), ils ont accepté certaines choses que l'Etat leur disait (comme nous)... Nous nous adaptons comme nos ancêtres à la société parceque nous faisons la société. (Ou les institutions, mais nous avons créé les institutions, nous les dirigeons à faire la société, donc nous faisons la société indirectement pour cela. Et le peuple peut, si il le veut, avec le temps, modifier les institutions, comme elles nous modifient.)

    C'est ce que m'a appris la sociologie. N'hésitez pas à vous renseigner, pour construire des articles, des réflexions, pour vous-mêmes, pour vos études ou votre travail, après une lecture intéressante, etc. Beaucoup de préjugés sont contredits au final.

  3. Je pense qu’il y a une autre vision du changement, et je suis d’accord avec le commentaire précèdent pour dire qu’il est plutôt bien accepté dans certains cas, mais seulement quand il ne peut avoir le moindre risque et qu’on nous en fait la publicité (machine à laver…).
    Mais très souvent il fait face à une réaction assez violente : la Peur. Les gens ont souvent peur d’un “Élement Perturbateur” qui viendrait détruire leur zone de confort. Peur de perdre son CDI (mais j’ai une famille à nourrir moi !) ; Peur d’un revenu de base (ça pourrait détruire “leur” modèle économique). C’est cette peur là qui crée le “conservationnisme”.

    (Selon moi)

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