Petit guide électoral à l'attention des bien-pensants (et des autres)

Flèches "toutes directions"

En garçon bien éduqué, combien de fois n'ai-je pas dit et répété, depuis des années, que « voter est un droit mais aussi un devoir » ? En effet, la bien-pensance veut qu'on respecte ceux qui se sont battus lors des révolutions passées pour obtenir le droit de vote... en allant voter.

D'un côté, ça se tient : le je-m'en-foutisme n'est pas la meilleure manière de gérer la chose publique. Participer à la vie politique, ne fût-ce qu'en votant, est nécessaire pour qu'une représentation démocratique soit... démocratique.

Mais en pratique, une élection, est-ce la panacée ?

Car j'ai de plus en plus tendance à croire qu'une élection, en tout cas en Belgique, ne sert plus à grand-chose.

Premièrement, parce que les élections ne sont pas prévues pour être démocratiques, tout simplement. En effet, comme me le disait encore mon pote Montesquieu l'autre jour : "Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie." D'ailleurs, comme l'explique très bien cet article, les révolutions ont remplacé une aristocratie héréditaire par une aristocratie élective (quoiqu'en Belgique, on en revient à l'héréditaire, vu le nombre de "fils de" en politique 1).

Deuxièmement parce que, tout comme faire l'amour tous les cinq ans, ce n'est pas une vie sexuelle, voter tous les quatre/cinq/six ans, ce n'est pas une démocratie. La démocratie, c'est plus que cela. Elle nécessite de laisser la liberté à chaque citoyen de s'informer, juger et participer s'il le souhaite. Il doit pouvoir exercer ces droits tout au long d'une législature 2.

Troisièmement, parce que les règles qui régissent les élections ne sont pas démocratiques. L'accès à l'élection pour toute nouvelle forme d'idée ou de parti est arbitrairement limité, comme démontré ici, appauvrissant ainsi le débat démocratique. De plus, la méthode de répartition, elle aussi, pose question quant à la sur-représentation des grosses listes. Enfin, les votes blancs, seule possibilité pour l'électeur d'exprimer sa désapprobation, ne sont pas pris en compte.

Quatrièmement, parce que les élections ne sont plus un plébiscite des candidats qui représentent le mieux les intérêts des citoyens, mais plutôt une simple mesure d'audimat qui donne au président de parti -- et à personne d'autre -- un peu plus ou un peu mois de puissance face aux autres présidents de partis. Je l'ai abondamment illustré et même démontré dans un article précédent.

Alors quoi ? Élections, piège à cons ?

Bien que je ne sois plus très loin de le penser, je n'en suis pas encore là. Je vais encore essayer de considérer les élections comme un mal nécessaire et, fidèle au principe de mon blog, je m'efforcerai d'être constructif dans le contexte qui est le mien, où aller voter est obligatoire.

[pullquote]L'élection n'est que le café matinal de votre journée démocratique.[/pullquote]Bref, je vais vous engager à aller voter, oui. Mais comment ? Tout d'abord, je vous propose d'arrêter de penser que les élections constituent l'événement majeur de la démocratie. Le bulletin que vous déposerez bientôt n'est pas la démocratie. Ce n'est qu'un acte que vous posez. La suite reste à faire. Tout comme le café que vous prenez le matin n'est pas votre journée, mais seulement une condition sine qua non pour vivre votre journée autrement qu'à moitié endormi. Donc, non, il ne faut pas voter "parce que c'est là que se joue la démocratie."

Mais alors comment et pour qui voter ?

Oui, bien sûr, ils sont tous pourris. Je veux dire les partis sont tous pourris. Le système est pourri. Mais peut-être pas tous les hommes et femmes politiques. Alors voici en exclusivité, la meilleure manière de voter aux prochaines élections.

Règle n°1 : Faites fonctionner votre cortex (réflexion) et inhibez votre cerveau limbique (émotions). M. Truc vous a serré la main en rue ? Mme Chose vous a souri et adressé une parole gentille lors de votre rencontre ? Très bien. Ne laissez pas ces éléments insignifiants influencer votre vote. Ne vous laissez pas guider par vos émotions dans ce cas-ci et reportez-vous aux règles 2 à 5. Une bonne poignée de main ne fait pas un bon élu. Un sourire non plus.

Règle n°2a : Oubliez votre carte de parti si vous en avez une. Être membre d'un parti, c'est très bien. C'est beau, c'est noble. Avoir des idées, les partager, les discuter, c'est essentiel. Mais se laisser diriger par une carte au moment de voter, c'est absurde 3. N'oubliez pas que la personne qui profitera de votre vote (c'est-à-dire vraisemblablement la tête de liste de "votre" parti) est peut-être ignoble. Ou ne siégera pas. Ou ne partage pas vos idées. Ou est arriviste. Ou est incompétente. Est-ce elle que vous voulez vraiment voir élue ? L'important n'est pas que l'élu soit de votre couleur, mais qu'il vous corresponde. Ne votez pas pour un parti, mais pour une personne (à condition d'appliquer la règle 5).

Règle n°2b : Si vous n'êtes pas membre d'un parti, oubliez quand même vos habitudes de vote ! Ne votez pas pour un parti, mais pour une personne (à condition d'appliquer la règle 5).
[Mise à jour] Beaucoup de personnes me disent qu'il faut plutôt voter pour un parti que pour une personne. Ce serait cohérent et je serais d'accord avec cette idée, si seulement les partis représentaient réellement des idées. Le PS qui propose des mesures plus libérales que le MR ou l'inverse, c'est courant. C'est pourquoi j'abandonne l'idée qu'un parti incarne des idées qui seront mises en oeuvre. Par conséquent, je propose de voter pour une personne dont vous connaissez les idées, puisque celles d'un parti, vous n'en êtes pas sûr. Voyez à cet effet la règle 4.[/Mise à jour]

Règle n°3 : Une démocratie équilibrée est une démocratie avec une majorité faible et une opposition forte. Donc, préférez ceux qui n'auront pas le pouvoir et soutenez-les, s'ils peuvent jouer un rôle d'opposition constructive. Ce n'est peut-être pas la solution la meilleure en termes d'efficacité, mais je préfère vivre en démocratie moins efficace qu'en dictature hyper-efficace.

Règle n°4 : N'oubliez pas que vous ne devez jamais croire les promesses électorales. Je ne dis pas ça pour être populiste et faire croire "qu'ils sont tous mauvais". Je dis ça parce que la Constitution belge le permet. En bref, la Constitution prévoit que le parlementaire n'est pas obligé de voter ce que souhaitent ses électeurs (Art. 42). Et on ne peut pas lui reprocher ses votes et ses opinions (Art. 58). Par conséquent, les mensonges électoraux sont couverts par la Constitution 4. CQFD. Sachez-le et ne vous basez donc pas là-dessus pour voter.

Règle n°5a : Si vous penchez pour un candidat qui se représente, informez-vous ! La transparence n'est pas le point fort de la Belgique, mais essayez de savoir ce que le candidat de votre choix a fait durant la dernière législature. C'est un travail fastidieux, mais c'est le seul moyen de savoir ce qu'il vaut, puisque son programme, par définition, ne vous aidera pas. Il faut également savoir s'il a l'intention de siéger ou pas. Est-ce qu'il se présentera à d'autres élections avant le terme de son mandat ? Compte-t-il cumuler sa fonction ? Ou, plus précisément, a-t-il l'habitude de le faire ? Pour cela, le rencontrer lors d'un meeting n'est pas suffisant, mais au moins nécessaire. Quelques outils pour vous y aider :

  • Cumuleo.be vous permet de vérifier les mandats exercés par un élu belge. En bref, vous saurez s'il est un cumulard ou pas.
  • Votewatch.eu vous permet de vérifier les votes exprimés par les parlementaires européens. Par exemple, vous trouverez les résultats du vote sur le traité ACTA sur cette page. Ce site permet aussi de voir si l'élu a voté contre la consigne de parti ou non 5.
  • WeCitizens.be qui se veut un observatoire de la vie politique belge. Leurs conseils pour les électeurs (qui tiennent en 6 lignes) rejoignent en partie cet article.

Règle n°5b : Si vous penchez pour un candidat qui ne s'est encore jamais présenté, à nouveau, informez-vous ! Qui est-il ? Que fait-il ? Quelles valeurs porte-t-il ? Être votre cousin, l'amie de votre femme ou le collègue d'un ami ne suffit pas à être un bon élu. Avoir une bonne tête non plus.

Je pense que beaucoup de bien-pensants de la politique se seraient contentés de vous indiquer la règle 5a. Je ne dirais pas que c'est un excellent début, car je la place en dernière position. Comme vous le voyez, je pense aussi que c'est important, mais loin d'être suffisant.

Pour moi, la chose essentielle à retenir : "Ne croyez pas les affiches. Informez-vous !"

Allez, bon vote !

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Photos

  • "Panneau toutes directions", image issue du domaine public, par Joël Dyon sur Wikimedia
  • Bannière "Informez-vous", Creative Commons par moi, sur base de matériel Creative Commons.

Notes:

  1. ...et j'en suis quand même tombé sur mon cul de voir qu'il existe une liste des "fils de" en politique belge sur Wikipedia. C'est dire si c'est un phénomène !
  2. Sans pour autant tomber dans une démocratie directe pure pour laquelle notre société n'est clairement pas prête.
  3. En fait, en l'écrivant, je me rends compte que la règle 2 est un corollaire de la règle 1 : réfléchissez au lieu de vous baser sur vos émotions (appartenir à un parti est une manière de définir son identité et est donc basé sur des émotions)
  4. Pour éviter tout reproche de populisme, je tiens à préciser que le sens de ces deux articles de la Constitution sont essentiels pour préserver l'indépendance des élus. C'est important. Mais cela a aussi, comme effet secondaire, de couvrir les mensonges électoraux.
  5. La consigne de parti étant un concept anti-démocratique au possible, comme je l'explique dans cet article.

16 thoughts on “Petit guide électoral à l'attention des bien-pensants (et des autres)

  1. Pingback: Parti Panurge - Blog à part, troisième époque

  2. "Sans pour autant tom­ber dans une démo­cra­tie repré­sen­ta­tive pure pour laquelle notre société n’est clai­re­ment pas prête. ↩"

    Ce ne serait pas plutôt démocratie DIRECTE que vous vouliez dire...
    Nous sommes déjà dans un système de gouvernement représentatif (notez bien que j'ai volontairement évité l'emploi du mot démocratie dans cette phrase)

  3. > comme me le disait encore mon pote Mon­tes­quieu l’autre jour

    Hm, je doute que Montesquieu soit d'accord avec toi.
    Le texte est ici: https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Montesquieu_-_Esprit_des_Lois_-_Tome_1.djvu/139
    On y lit bien la phrase, suivie de "Mais, comme il est défectueux par lui-même, c’est à le régler & à le corriger que les grands législateurs se sont surpassés."

    Par ailleurs, le terme démocratie avait, à l'époque, il me semble, un autre sens, pas forcément positif (le terme démocratie a été utilisé comme terme marketing pour séduire les électeurs, c'est à ce moment là qu'on a gavé les cerveaux du fait que "la démocratie, c'est le bien", non pas parce que le terme original était le "bien", mais parce que les électeurs ne comprennaient pas les inconvénients de celui-ci.
    Un peu comme on a aujourd'hui: "je vais réduire les impôts (mais augmenter les taxes, mais chut, ça, je ne le dis pas)", alors que réduire les impôts n'est pas une bonne idée, mais le grand public aime bien entendre ça).
    Pas forcément positif car les décisions du peuple sont rarement des choix réfléchis, à long terme et acceptant les compromis nécessaires (cf. les référendums suisses sur l'immigration, par exemple, où tout ceux qui se renseignent un peu se rendent compte que le choix n'était pas judicieux sauf à voter avec ses émotions).
    Je pense donc que Montesquieu disait justement l'inverse que ce pour quoi cette phrase a été utilisée: "si on veut une démocratie, c-à-d un système qui ne garantit pas le bien commun et l'équité, on utilise le sort. Si on veut quelque chose de mieux, il faut aussi du choix. Le choix est de la nature de l'aristocratie, mais cela ne veut pas dire que tout système faisant appel au choix est une aristocratie".

    Je ne comprends pas non plus le terme "aristocratie élective": si c'est bel et bien le peuple qui vote et que tout le monde peut se présenter, ce n'est pas une aristocratie. Certes le peuple vote toujours pour les mêmes, mais c'est le problème du peuple (d'ailleurs, si le peuple est assez bête pour voter pour les mêmes, sera-t-il assez malin pour participer correctement à une démocratie directe ?). Personne n'a jamais empêché un individu de créer son petit parti en fonction de sa classe sociale d'origine. Personne n'a jamais empêché le peuple de voter en masse pour un petit parti. Personne n'a jamais empêché un petit parti de briguer les élections si le peuple le soutient. Cela ne convient donc plus au terme "aristocratie" (je préfèrerais le terme: "ochlocratie élective": le peuple vote sans jugement, ce qui ne permet plus la régulation démocratique)

    Sinon, d'accord avec tes conseils: ne prenez pas pour argent comptant les discours des politiciens, renseignez vous, y compris quand ces politiciens sont "pirates". Par exemple: lisez le texte d'où ils tirent les citations qu'ils utilisent pour donner du crédit à leur discours.

    • Bonjour j-c,

      Primo, je reviens un petit peu pour cette histoire de Montesquieu. Celui-ci dit cette fameuse phrase, que je cite, et avec laquelle je suis d'accord. Par la suite, il donne d'autres arguments (ou postulats, tels que "le sort est défectueux") et c'est cet ensemble qui lui permet de développer son idée. Ce raisonnement a en partie mené à la mise au point du système politique tel qu'on le connait. C'était il y a plus de deux cents ans. Je pense toujours que ce système était très bon et correspondait à son époque. Nous avons aujourd'hui une société qui a évolué et qui, selon moi, a besoin d'un renouveau de son système politique.
      Du coup, il me semble très intéressant de repartir de ce point de départ de Montesquieu : "Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie". Dans son contexte de l'époque, Montesquieu en a extrait certaines conclusions. Dans mon contexte, le XXIe siècle, je me sens en droit d'en tirer d'autres conclusions... Nous avons effectivement une société différente et les moyens de mettre en œuvre, au moins en partie une démocratie qui laisse la place au sort (je ne dis pas qu'on doit "tirer au sort" les députés - il y a d'autres solutions plus nuancées).
      Bref, je ne vois pas de problèmes à citer cette phrase de Montesquieu. Surtout que maintenant le contexte est plus précis grâce à ta remarque (on n'a pas le temps ni la place de tout écrire dans un article de blog).

      Secondo, pour l'aristocratie élective, c'est expliqué dans l'article (il faut aller le lire) et ça rejoint aussi mon 3e point (le "troisièmement"). Avez-vous déjà essayé de vous présenter à des élections ? Je peux vous assurer que ce n'est pas du tout évident. Non, il ne "suffit pas" de vouloir se présenter et amener des idées. Il existe plusieurs barrières arbitraires, mises en place par cette "aristocratie élective" pour éviter l'arrivée de nouvelles têtes. Je renvoie à nouveau vers les liens indiqués dans le en question qui donnent de très bons exemples (seuil d'éligibilité, découpe arbitraire de cantons électoraux en Hainaut pour favoriser les grands, utilisation de règle d'attribution des sièges comme la clef d'Hondt ou Imperiali. Par ailleurs, même en interne des partis déjà représentés, c'est une aristocratie aussi au sens où ce n'est pas la motivation, ni la compétence qui vous place à une plage éligible, mais bien la volonté du parti (càd celle du président). Même dans un parti de la majorité, il ne "suffit pas" de vouloir...

      Quant à la conclusion : je réitère mon conseil, informez-vous ! Y compris sur les pirates, bien entendu ! Le but de cet article était clairement non-partisan et de donner des conseils universels qui s'appliquent à tous les partis...

      • > Primo, je reviens un petit peu pour cette his­toire de Mon­tes­quieu.

        Montesquieu dit en gros: "Je sais ce que vous allez me dire: le tirage au sort correspond aux notions démocratiques, l'élection est utilisée en aristocratie. Cependant, c'est stupide de se baser là-dessus pour conclure".
        Or, en reprenant la phrase en question, tu fais exactement l'inverse. Tu fais dire à Montesquieu l'inverse de ce qu'il veut dire, tu places son point de départ au mauvais endroit (Montesquieu ne dit pas: 'partons du sort et essayons d'aller plus loin', il dit: 'arrêtons de partir du sort, regardons si le choix est aussi mauvais qu'on le prétend').

        Ensuite, de quel contexte parles-tu ? Il ne suffit pas de dire "c'était il y a 200 ans, donc le contexte est différent" pour pouvoir laisser tomber la réflexion. Le discours de Montesquieu se base sur des arguments logiques. Il suffit de les réprendre pour montrer si oui ou non ils dépendent du contexte et si celui-ci a changé.

        D'après mes faibles connaissances sur le sujet, la création du système actuel il y a 200 ans étaient basées sur les arguments logiques suivants:
        1) Dans une démocratie directe, l'électeur n'a aucun incitant à favoriser le bien commun plutôt que son profit personnel et son confort, et il n'y a aucun moyen de l'en empêcher (du coup: pourquoi se priverait-il ?). Dans une démocratie représentative, les représentants qui ne satisfont pas ça seront critiqués et finalement évincés par d'autres (encore faut-il que la population soit suffisamment morale et impliquée pour ça, mais si elle ne l'est pas, cela ne fait que reforcer le fait qu'en démocratie directe, l'électeur votera égoïstement).
        2) Les décisions à prendre impliquent souvent (bien plus souvent que le grand public le croit) énormément de travail pour comprendre la situation. Cela requiert du temps et des efforts (pour des résultats souvent décevants), alors que le grand public se plaint déjà de travailler trop. On pourrait dire qu'aujourd'hui, on pourrait remplacer toutes les heures de travail inutile générée par le capitalisme pour donner le temps aux citoyens de bosser sur ces questions, mais ce serait mettre la charrue avant les bœufs: une fois qu'on a changé ça on peut penser à la suite, mais instaurer une démocratie directe alors que la diminution du temps de travail n'est qu'un rêve, c'est stupide. Au delà de ça, il y a des gens qui aiment s'impliquer dans le travail de compréhension de la situation. Il y en a d'autres qui détestent ça, mais qui veulent quand même donner leur opinion.

      • > Secondo, pour l’aristocratie élec­tive, c’est expli­qué dans l’article

        Cet article explique que si on est un petit parti peu soutenu, on a du mal a atteindre le pouvoir. Sauf que pour être une aristocratie, il faut que si on est un nouveau parti largement soutenu, on ne puisse pas atteindre le pouvoir.
        La différence est importante: dans le premier cas, il y a effectivement des barrières, où les "petites" représentations sont défavorisées (chose critiquable, certes), mais cela reste un régime démocratique: si 50% des électeurs se disent "le parti pirate est bien, les autres se trompent tous", alors, le parti pirate arrivera au pouvoir SANS PROBLÈME.
        En effet, quand on regarde les barrières que tu cites, elles ne tiennent plus si on est plébicité par une partie non négligeable de la population.

        Donc, je ré-itère ma conclusion: si en Belgique ce sont toujours les mêmes partis qui sont au pouvoir, c'est bien plus la faute aux électeurs qu'à un verrouillage de la politique.
        On me répondra que ce sont les politiciens qui conditionnent l'électeur. Dans ce cas, cela signifie qu'une démocratie directe serait une catastrophe: l'électeur est trop facilement influençable.
        Une réponse à ça est de dire que l'électeur a été endormi par l'élite au pouvoir et se réveillera lorsqu'on lui donnera le pouvoir. Sauf que rien ne permet de conclure ça, au contraire, lorsqu'on regarde là où on permet aux gens d'avoir réellement une action ayant un réel impact, la situation est identique (par exemple: c'est chaque fois une grande victoire lorsqu'une élection d'un conseil étudiant dans une université belge dépasse les 20%, et 90% des votants votent pour le type avec qu'ils connaissent).

        Donc, je ré-itère également: ce n'est pas une "aristocratie élective", mais bien un problème lié au fait que le peuple n'est pas un bon électeur.

        (ps: j'aurais aussi des choses à dire sur ta vision des "consignes de votes". Bien que je condamne la pratique, ce n'est pas aussi noir ou blanc que tu sembles le penser. La politique fonctionne comme un match de tennis: si une personne joue 3 manches contre une personne 2x plus forte qu'elle, le score sera 0-6 0-6 0-6, et pas 6-4 0-6 0-6 comme l'implique la démocratie (une personne vaut x, une personne vaut 2x, on a donc 33% (=x/(x+2x)) pour la première et 66% pour la seconde). Les partis et le "regroupement qui fait la force" sont aussi là pour assurer une répartition démocratique)

        • Hello,

          Merci de me donner l'occasion de préciser encore les choses. Au passage, je rappelle qu'il s'agit d'un article et pas d'une thèse, par conséquent, je ne peux pas tout écrire en long et en large avec tous les tenants et les aboutissants.

          Concernant Montesquieu, je ne vais pas reprendre toute mon explication précédente, qui d'après moi reste valable dans la mesure où, d'un point de vue argumentaire, elle n'est en rien opposée à ce que tu dis. De plus, si vraiment on ne veut pas voir Montesquieu dire cela, on relira utilement Aristote qui dit exactement la même chose.

          Et pour Montesquiei, je ne dis pas que je suis d'accord avec tout ce qu'il dit, je dis que je suis d'accord avec cette phrase-là.

          Je répète quand même que dans le contexte qui est le sien, il a éliminé le choix "du sort" (qui est donc le plus démocratique, d'après lui) pour d'excellentes raisons. Qui ne le sont plus, d'après moi, aujourd'hui, puisque le contexte à changé.

          On en vient donc à ce contexte qui change tout.

          Tu m'accuses de ne pas assez mener la réflexion sur le contexte. Oui. Certes. Je pars du constat que le monde change, sans le prouver. Comme la vaste majorité du monde philosophique, économique, financier et culturel (et parfois même politique, c'est dire) affirme que nous sommes dans une période charnière, que tout change et qu'une transition (pas nécessairement catastrophique) s'annonce, voire est déjà amorcée, il ne m'a pas paru utile de le redire. Mais voilà, c'est reprécisé.

          Pour la suite, je ne comprends pas bien les arguments suivants qui semblent s'opposer à une démocratie directe, à laquelle je ne suis pas favorable. Je l'ai pourtant explicitement dit dans le texte (en note de bas de page, il est vrai). Je ne suis par contre pas opposé à introduire des éléments de hasards (et donc démocratique d'après Aristote) dans notre système.

          En relisant, je me dis que par démocratie directe, tu entendais aussi la stochocratie, que je ne considère pas comme "démocratie directe" puisqu'il existe toujours des représentants, même s'ils sont tirés au sort.

          • > Concer­nant Mon­tes­quieu, ...

            Tout ce que je dis, c'est que Montesquieu doit se retourner dans sa tombe de voir sa phrase utilisée de la sorte dans ce texte.
            Lorsque Monstesquieu a écrit ce paragraphe, il a voulu dire: contrairement à ce qu'on pense, le sort n'est PAS démocratique, si on veut faire une démocratie, il faut se méfier du sort.

            Du coup, comment peux-tu prétendre qu'il n'y a pas d'opposition avec ce que tu écris lorsque tu dis: "regardez, Montesquieu a dit que le sort, c'est de la nature de la démocratie. ce serait donc bien de réfléchir à réintroduire le sort dans nos systèmes politiques"
            (à moins que tu n'écrives pas ça pour ça, auquel cas, je ne vois pas la raison de cette phrase dans ton texte)

            > Je pars du constat que le monde change, sans le prou­ver.

            Tu n'as pas compris. Le monde change, pas besoin de le prouver.
            Ce que tu dois prouver, par contre, c'est que ces changements ont un impact sur les arguments qui disent que la démocratie directe n'est pas l'idéal.
            Ainsi, par exemple, je pourrais dire: "Le monde change, inutile de le prouver. Donc, ce serait cool de rétablir l'esclavage".
            Non, ce ne serait pas cool: au XVIIIéme, certains philosophes ont donné des raisons pour lesquelles l'esclavage n'est pas cool. Le contexte a changé. Mais ces raisons sont toujours valides.

            Si les arguments de l'époque ne sont plus valides avec le contexte actuel, il est facile de le montrer. Or, moi, je constate que les deux principales raisons (que j'ai données) sont toujours hyper d'actualité.

            > je me dis que par démo­cra­tie directe, tu enten­dais aussi la sto­cho­cra­tie

            Non, dans mes deux derniers commentaires, j'oppose "démocratie directe" et "démocratie représentative".

          • Tes arguments vont à l'encontre d'une démocratie directe, que je ne défends pas ici (comme explicitement dit dans l'article). Je ne vois donc pas l'intérêt de les contrer.

  4. Un peu facile comme excuse.
    Est-on interdit de réagir sur un élément de ton article sous prétexte qu'il s'agit d'un élément ?

    En l'occurence, je réagissais sur:
    "Pre­miè­re­ment, parce que les élec­tions ne sont pas pré­vues pour être démo­cra­tiques, tout sim­ple­ment. En effet, comme me le disait encore mon pote Mon­tes­quieu l’autre jour : « Le suf­frage par le sort est de la nature de la démo­cra­tie. Le suf­frage par le choix est de celle de l’aristocratie. »"

    Là dessus, je réponds exactement à tes propos: tu prétends, avec cette phrase, que les élections, par nature, ne sont pas prévues pour être démocratique, et que donc leur usage dans un système rend ce système moins démocratique.
    J'explique que c'est pas le cas: les élections ont justement été placée là pour permettre *plus* de démocratie (tandis que le tirage au sort, par exemple (que tu sois pour ou pas, là n'est pas la question), aurait *diminué* la démocratie).
    J'explique aussi que la phrase de Montesquieu est tirée d'un texte où il explique justement que l'élection est plus démocratique que le tirage au sort (et que du coup, l'utiliser comme élément allant dans le sens de ton affirmation n'est pas très cohérent).

  5. Pingback: À l’abordage des élections ! | Souquez les Artimuses !

  6. Tout à fait d'accord avec le point 5, j'en profite d'ailleurs pour faire honteusement de la pub pour un modeste site que j'ai lancé récemment et permettant de facilement retrouver toutes les interventions en plénières des députés de La Chambre : http://politu.be/

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