La retraite à 67 ans ? Moi je m'en fous !

Couple à la retraiteOui, le sujet a fait polémique ces derniers jours. Pas tellement dans la presse (quoique je ne la lis pas tant que ça), mais bien dans les conversations... Les gens en parlent, ils sont directement touchés : c'est de leur pension qu'il s'agit.

Évidemment, je comprends bien la mesure. Passer à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030 permettra de mieux équilibrer l'équation simple qui fait fonctionner notre système de pension : plus de gens au travail = plus de gens qui payent pour la pension = possibilité de payer plus de gens à la pension. Et comme le nombre de gens à la pension augmente, il faut bien augmenter le nombre de gens qui travaillent... Logique, simple et évident. À condition qu'on ne regarde que cette équation simpliste.

En tout cas, cette nouvelle ne me fait ni chaud ni froid. Elle ne m'étonne pas provenant d'un gouvernement comme celui qu'on a (un peu comme si on s'étonnait de voir des socialistes promouvoir les allocations de chômage). Et puis elle correspond bien à la pensée majoritaire actuelle : l'économie et la croissance seules sont sources de bien-être (pour une autre vision, voyez ici). Bref, on pouvait quasiment s'y attendre.

Et du coup je m'en contrefous. Pourquoi ? C'est bien simple :

  1. D'ici à mes 67 ans, en 2048 1, cela aura encore changé au moins trois fois.
  2. Depuis quelques années déjà, je n'espère même plus avoir de pension. Je me dis que je devrai me débrouiller par moi-même.
  3. D'ici quelque temps, quand la révolution numérique aura fait sentir un peu plus ses effets, nous serons dans un monde où l'emploi sera différent. Un monde où les gens combineront des emplois alimentaires, des activités rentables issues de passion, des engagements volontaires et d'autres activités d'indépendant. Alors autant vous dire que la pension où l'on arrête tout du jour au lendemain pour faire du jardinage après 45 ans derrière un bureau, ce ne sera plus quelque chose d'évident.
  4. C'est une mesure qui va à contre-courant de la société : depuis toujours, l'homme a de moins en moins travaillé ou, en tout cas, de moins en moins dur. L'histoire entière de l'intelligence humaine ne vise qu'un but : se faciliter la tâche, travailler moins. Aujourd'hui, des légions de robots nous remplacent pour les tâches difficiles, ou non. Et on voudrait tout d'un coup nous faire travailler plus ?
  5. C'est une mesure qui ne rime à rien du tout d'un point de vue économique. On veut plus d'argent pour les pensions en ayant plus de gens qui travaillent pour les financer ? Et donc pour cela, de manière tout-à-fait logique, on
    1. empêche des chômeurs de prendre la place de gens qui ont déjà travaillé 45 ans ;
    2. garde au chômage les gens entre 65 et 67 ans qui n'ont pas d'emplois ;
    3. mettra à la prépension, plutôt qu'à la pension, les gens de 65 ans.

Bref, je ne vais pas m'en faire pour une mesure qui ne tiendra pas. Par contre, je m'en fais toujours un peu plus devant le manque de vision de nos hommes et femmes politiques. M'enfin, ce n'est pas comme si c'était nouveau.

Et au lieu de cela, si on repensait un peu notre vision du travail ? Et avec elle, ce modèle social qui la sous-tend, mais qui ne tiendra plus très longtemps ? Et si on remplaçait ce modèle social par un autre, plus efficace ? Et si en fait, la crise, c'était has been ?


Photo:

  • Couple sur un banc : Domaine public sur PixaBay

Notes:

  1. Vous avez vu !? C'est hyper classe le 2048. C'est deux exposant 11, quand même ! J'ai presque envie d'arriver à la pension à cet âge-là, du coup !

La mobilité à Bruxelles : repensons la jonction Nord-Midi

Thalys et ICE à Bruxelles-Midi

Thalys et ICE à Bruxelles-Midi

J'ai eu le plaisir d'assister hier à la 8e édition des ResearchTalks dont le sujet était "Les véhicules et la mobilité du futur". Comme d'habitude, intéressant, même si le panel d'experts était assez consensuel vis-à-vis d'un public acquis à la cause de la mobilité.

Une des invitées était Salima Abu Jeriban, qui a mené le projet Mobil2040 dont je vous ai déjà parlé. Ses interventions, combinées à celle de Laurent Ledoux (patron du SPF mobilité), m'ont fait imaginer une nouvelle utopie en rentrant chez moi.

"Et si nous arrêtions de faire passer tous nos trains par la jonction Nord-Midi ?"

La raison principale est simple : cette jonction fait passer quasiment tous les trains de la SNCB de 21 voies (à Bruxelles-Midi) à 6 voies (à Bruxelles-Central) pour repasser à 12 voies (à Bruxelles-Nord). Vous imaginez la congestion ? Et les risques de retards cumulés s'il y a un incident ?

Alors pourquoi ne pas imaginer une autre solution ?

En rapide : on arrête de faire passer tous les trains par cette jonction. On instaure un système de trains léger (B-Link) qui fait des allers-retours rapides entre Nord et Midi et la place gagnée permet de changer cette jonction en une promenade accessible aux vélos et piétons. En outre, un système de tapis roulant (P-Link) permet de garder des moyens de transport vers les gares de Congrès et Chapelle.

Et maintenant, plus en détail.

On arrête de faire passer tous les trains par cette jonction

Dorénavant, les trains provenant de l'extérieur de Bruxelles s'arrêtent à Bruxelles-Nord et à Bruxelles-Midi. Seuls sont autorisés les trains internationaux tels que Thalys, Eurostar, ICE DB ainsi que les trains vers l'aéroport de Bruxelles-National. Ces trains ont droit à deux voies dans la jonction et ne s'arrêtent pas à Bruxelles-Central.

Idéalement, cela signifie aussi qu'il faut améliorer la connexion des certaines lignes vers ces deux gares principales. Exemples :

  • Permettre aux trains de la ligne 161 (vers Ottignies et Namur) de rejoindre directement Bruxelles Midi,
    • soit en passant par les lignes 26 (Boondael-Callevoet) et 124 (Callevoet-Midi) — il faut alors aménager des nouvelles jonctions entre ces lignes qui se croisent ;
    • soit en créant un nouveau tunnel ferroviaire entre la gare d'Etterbeek et Midi — et ça, c'est pas gagné.
  • Renforcer les possibilités pour les gantois d'arriver à Nord
    • en ayant plus de trains qui font Gent-Dendermonde-Nord ; ou
    • en permettant aux trains venant de Gent de monter sur la ligne 50 (Essene-Lombeek puis Jette et Nord) sans passer par Denderleeuw.

On crée une liaison Nord-Midi en train léger

Ces trains légers (une rame de trois voitures, type Desiro par exemple) font des allers-retours rapides entre Nord et Midi à une cadence d'un train toutes les 2 min 30 sec. Ils circulent sur deux voies et arrivent sur quatre quais à Midi et à Nord. Nom de cette liaison : B-Link (Brussels Link).

À Midi et à Nord, des indications claires sont disponibles afin que les transferts se fassent aisément. On peut même parler en secondes pour que les navetteurs sachent vers où se diriger rapidement : "liaison vers Bruxelles-Central et Bruxelles-Nord dans 45 secondes, voie A ; dans 195 secondes voie B ; dans 345 secondes, voie C ; dans 495 secondes voie D".

À Central, c'est encore plus simple : "direction Sud, voie A ; direction Nord et aéroport, voie B. Maximum 150 secondes d'attente."

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Vu la place laissée par l'enlèvement des systèmes d'aiguillages (devenus inutiles) en gares de Midi (côté Nord) et Nord (côté Sud), on peut penser réaménager cette surface en quai de départ pour ce système de train léger. Ceci évite d'utiliser des quais dans les gares (nécessaires désormais comme terminus) et permet au flux des navetteurs d'être plus facilement géré : si on arrive de Charleroi en voie 21, on n'est pas obligé de se taper la voie 3 parce que c'est le quai B-Link ; il suffit d'aller en bout de quai pour rejoindre le départ vers le Nord.

Note : avec les deux voies pour les trains internationaux et deux voies pour le B-Link, cela fait quatre voies sur lesquelles tous les trains peuvent rouler, ce qui pourrait suffire en cas de problème technique.

Les gares de Bruxelles-Congrès et Chapelle ne sont plus desservies qu'en tapis roulant

Les trains ne s'arrêtent plus dans ces gares. Par contre, on les garde et on les réaménage. Et, pour garder une liaison avec les gares "qui ont des trains", l'idée est de mettre en place un système de tapis roulant, comme dans les aéroports, afin d'aider les gens à atteindre facilement ces points de sortie depuis Bruxelles Central, Midi ou Nord. Ce système est appelé P-Link (Pedestrian Link) et il favorise les modes de déplacements doux car autour de ce P-Link, la place est aménagée pour des trottoirs ainsi que des pistes cyclables, laissant au navetteur le choix de son mode de déplacement.

Ce système de P-Link propose aussi des "gares" où l'on peut descendre du tapis roulant, à intervalles réguliers. Combiné à des stations Villo et à des arrêts STIB, ces arrêts P-Link constituent une nouvelle possibilité de maillage dans le réseau de transport en commun.

Sous terre, ce P-Link ressemble à ce qu'on trouve dans les aéroports, mais en plus vivant. Lorsque la jonction est en plein air, le P-Link est abrité par un toit en verre, très moderne, qui est assez grand pour permettre aux piétons et cyclistes (qui ne sont pas sur le tapis roulant) de choisir s'ils se déplacent couverts ou pas.

Aussi bien sous terre que sous le ciel, cela crée des endroits agréables à vivre, et où il est possible de boire son café, manger un morceau, écouter de la musique. Imaginez-vous au-dessus du Boulevard du Midi ou square des Ursulines, sur un banc au soleil entouré de vélo et de piéton, pour manger votre repas servi par un food truck (comme celui-ci ou celui-là)... Sympa, non ?

Les arrêts P-Link principaux sont les suivants : Gare du midi ; Boulevard du midi (ouest) ; Boulevard du midi (est) ; Rue Sallaert ; Rue de la Fontaine ; Rue terre-Neuve ; Rue du Poinçon ; Square des Ursulines ; Rue des Alexiens ; Rue de l’escalier ; Rue de l’hôpital ; Mont des Arts ; Bruxelles-Central ; Rue de Loxum ; Parvis Ste Gudule ; Rue des Comédiens ; Rue des Sables ; Meiboom ; Congrès ; Bd Botanique Nord ; Bd Botanique Sud ; Rue gineste ; Rue Marie Popelin ; Gare du Nord.

Les arrêts du système P-Link

Les arrêts du système P-Link

Zoom sur les gares de Bruxelles-Midi et Nord

Voyez en image à quoi cela ressemblerait. Mais bon, je ne suis pas graphiste : il ne s'agit pas de beaux dessins illustratifs, mais plutôt de schémas de principe.

P-Link-MIDI P-Link-NORDBien sûr, des aménagements sont à faire car les trains internationaux doivent passer du côté Ouest de la gare du Midi à la partie Est de la gare du Nord (mais pas tous) et cela signifie beaucoup de difficultés. Mais quand on a aménagé le terminal grande vitesse à Bruxelles-Midi, on a même construit un viaduc pour faire passer les Thalys et Eurostar au-dessus de toutes les autres lignes, alors... On n'est pas à ça près.

Note : en faisant des recherches pour cet article, je suis tombé sur une autre proposition qui rejoint la mienne. Il s'agit d'un bureau d'architecte. Eux, ils ont des belles images, si vous voulez aller voir.


Photos: