Petit guide électoral à l'attention des bien-pensants (et des autres)

Flèches "toutes directions"

En garçon bien éduqué, combien de fois n'ai-je pas dit et répété, depuis des années, que « voter est un droit mais aussi un devoir » ? En effet, la bien-pensance veut qu'on respecte ceux qui se sont battus lors des révolutions passées pour obtenir le droit de vote... en allant voter.

D'un côté, ça se tient : le je-m'en-foutisme n'est pas la meilleure manière de gérer la chose publique. Participer à la vie politique, ne fût-ce qu'en votant, est nécessaire pour qu'une représentation démocratique soit... démocratique.

Mais en pratique, une élection, est-ce la panacée ?

Car j'ai de plus en plus tendance à croire qu'une élection, en tout cas en Belgique, ne sert plus à grand-chose.

Premièrement, parce que les élections ne sont pas prévues pour être démocratiques, tout simplement. En effet, comme me le disait encore mon pote Montesquieu l'autre jour : "Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie." D'ailleurs, comme l'explique très bien cet article, les révolutions ont remplacé une aristocratie héréditaire par une aristocratie élective (quoiqu'en Belgique, on en revient à l'héréditaire, vu le nombre de "fils de" en politique 1).

Deuxièmement parce que, tout comme faire l'amour tous les cinq ans, ce n'est pas une vie sexuelle, voter tous les quatre/cinq/six ans, ce n'est pas une démocratie. La démocratie, c'est plus que cela. Elle nécessite de laisser la liberté à chaque citoyen de s'informer, juger et participer s'il le souhaite. Il doit pouvoir exercer ces droits tout au long d'une législature 2.

Troisièmement, parce que les règles qui régissent les élections ne sont pas démocratiques. L'accès à l'élection pour toute nouvelle forme d'idée ou de parti est arbitrairement limité, comme démontré ici, appauvrissant ainsi le débat démocratique. De plus, la méthode de répartition, elle aussi, pose question quant à la sur-représentation des grosses listes. Enfin, les votes blancs, seule possibilité pour l'électeur d'exprimer sa désapprobation, ne sont pas pris en compte.

Quatrièmement, parce que les élections ne sont plus un plébiscite des candidats qui représentent le mieux les intérêts des citoyens, mais plutôt une simple mesure d'audimat qui donne au président de parti -- et à personne d'autre -- un peu plus ou un peu mois de puissance face aux autres présidents de partis. Je l'ai abondamment illustré et même démontré dans un article précédent.

Alors quoi ? Élections, piège à cons ?

Bien que je ne sois plus très loin de le penser, je n'en suis pas encore là. Je vais encore essayer de considérer les élections comme un mal nécessaire et, fidèle au principe de mon blog, je m'efforcerai d'être constructif dans le contexte qui est le mien, où aller voter est obligatoire.

[pullquote]L'élection n'est que le café matinal de votre journée démocratique.[/pullquote]Bref, je vais vous engager à aller voter, oui. Mais comment ? Tout d'abord, je vous propose d'arrêter de penser que les élections constituent l'événement majeur de la démocratie. Le bulletin que vous déposerez bientôt n'est pas la démocratie. Ce n'est qu'un acte que vous posez. La suite reste à faire. Tout comme le café que vous prenez le matin n'est pas votre journée, mais seulement une condition sine qua non pour vivre votre journée autrement qu'à moitié endormi. Donc, non, il ne faut pas voter "parce que c'est là que se joue la démocratie."

Mais alors comment et pour qui voter ?

Oui, bien sûr, ils sont tous pourris. Je veux dire les partis sont tous pourris. Le système est pourri. Mais peut-être pas tous les hommes et femmes politiques. Alors voici en exclusivité, la meilleure manière de voter aux prochaines élections.

Règle n°1 : Faites fonctionner votre cortex (réflexion) et inhibez votre cerveau limbique (émotions). M. Truc vous a serré la main en rue ? Mme Chose vous a souri et adressé une parole gentille lors de votre rencontre ? Très bien. Ne laissez pas ces éléments insignifiants influencer votre vote. Ne vous laissez pas guider par vos émotions dans ce cas-ci et reportez-vous aux règles 2 à 5. Une bonne poignée de main ne fait pas un bon élu. Un sourire non plus.

Règle n°2a : Oubliez votre carte de parti si vous en avez une. Être membre d'un parti, c'est très bien. C'est beau, c'est noble. Avoir des idées, les partager, les discuter, c'est essentiel. Mais se laisser diriger par une carte au moment de voter, c'est absurde 3. N'oubliez pas que la personne qui profitera de votre vote (c'est-à-dire vraisemblablement la tête de liste de "votre" parti) est peut-être ignoble. Ou ne siégera pas. Ou ne partage pas vos idées. Ou est arriviste. Ou est incompétente. Est-ce elle que vous voulez vraiment voir élue ? L'important n'est pas que l'élu soit de votre couleur, mais qu'il vous corresponde. Ne votez pas pour un parti, mais pour une personne (à condition d'appliquer la règle 5).

Règle n°2b : Si vous n'êtes pas membre d'un parti, oubliez quand même vos habitudes de vote ! Ne votez pas pour un parti, mais pour une personne (à condition d'appliquer la règle 5).
[Mise à jour] Beaucoup de personnes me disent qu'il faut plutôt voter pour un parti que pour une personne. Ce serait cohérent et je serais d'accord avec cette idée, si seulement les partis représentaient réellement des idées. Le PS qui propose des mesures plus libérales que le MR ou l'inverse, c'est courant. C'est pourquoi j'abandonne l'idée qu'un parti incarne des idées qui seront mises en oeuvre. Par conséquent, je propose de voter pour une personne dont vous connaissez les idées, puisque celles d'un parti, vous n'en êtes pas sûr. Voyez à cet effet la règle 4.[/Mise à jour]

Règle n°3 : Une démocratie équilibrée est une démocratie avec une majorité faible et une opposition forte. Donc, préférez ceux qui n'auront pas le pouvoir et soutenez-les, s'ils peuvent jouer un rôle d'opposition constructive. Ce n'est peut-être pas la solution la meilleure en termes d'efficacité, mais je préfère vivre en démocratie moins efficace qu'en dictature hyper-efficace.

Règle n°4 : N'oubliez pas que vous ne devez jamais croire les promesses électorales. Je ne dis pas ça pour être populiste et faire croire "qu'ils sont tous mauvais". Je dis ça parce que la Constitution belge le permet. En bref, la Constitution prévoit que le parlementaire n'est pas obligé de voter ce que souhaitent ses électeurs (Art. 42). Et on ne peut pas lui reprocher ses votes et ses opinions (Art. 58). Par conséquent, les mensonges électoraux sont couverts par la Constitution 4. CQFD. Sachez-le et ne vous basez donc pas là-dessus pour voter.

Règle n°5a : Si vous penchez pour un candidat qui se représente, informez-vous ! La transparence n'est pas le point fort de la Belgique, mais essayez de savoir ce que le candidat de votre choix a fait durant la dernière législature. C'est un travail fastidieux, mais c'est le seul moyen de savoir ce qu'il vaut, puisque son programme, par définition, ne vous aidera pas. Il faut également savoir s'il a l'intention de siéger ou pas. Est-ce qu'il se présentera à d'autres élections avant le terme de son mandat ? Compte-t-il cumuler sa fonction ? Ou, plus précisément, a-t-il l'habitude de le faire ? Pour cela, le rencontrer lors d'un meeting n'est pas suffisant, mais au moins nécessaire. Quelques outils pour vous y aider :

  • Cumuleo.be vous permet de vérifier les mandats exercés par un élu belge. En bref, vous saurez s'il est un cumulard ou pas.
  • Votewatch.eu vous permet de vérifier les votes exprimés par les parlementaires européens. Par exemple, vous trouverez les résultats du vote sur le traité ACTA sur cette page. Ce site permet aussi de voir si l'élu a voté contre la consigne de parti ou non 5.
  • WeCitizens.be qui se veut un observatoire de la vie politique belge. Leurs conseils pour les électeurs (qui tiennent en 6 lignes) rejoignent en partie cet article.

Règle n°5b : Si vous penchez pour un candidat qui ne s'est encore jamais présenté, à nouveau, informez-vous ! Qui est-il ? Que fait-il ? Quelles valeurs porte-t-il ? Être votre cousin, l'amie de votre femme ou le collègue d'un ami ne suffit pas à être un bon élu. Avoir une bonne tête non plus.

Je pense que beaucoup de bien-pensants de la politique se seraient contentés de vous indiquer la règle 5a. Je ne dirais pas que c'est un excellent début, car je la place en dernière position. Comme vous le voyez, je pense aussi que c'est important, mais loin d'être suffisant.

Pour moi, la chose essentielle à retenir : "Ne croyez pas les affiches. Informez-vous !"

Allez, bon vote !

Banner-informez-vous


Photos

  • "Panneau toutes directions", image issue du domaine public, par Joël Dyon sur Wikimedia
  • Bannière "Informez-vous", Creative Commons par moi, sur base de matériel Creative Commons.

Notes:

  1. ...et j'en suis quand même tombé sur mon cul de voir qu'il existe une liste des "fils de" en politique belge sur Wikipedia. C'est dire si c'est un phénomène !
  2. Sans pour autant tomber dans une démocratie directe pure pour laquelle notre société n'est clairement pas prête.
  3. En fait, en l'écrivant, je me rends compte que la règle 2 est un corollaire de la règle 1 : réfléchissez au lieu de vous baser sur vos émotions (appartenir à un parti est une manière de définir son identité et est donc basé sur des émotions)
  4. Pour éviter tout reproche de populisme, je tiens à préciser que le sens de ces deux articles de la Constitution sont essentiels pour préserver l'indépendance des élus. C'est important. Mais cela a aussi, comme effet secondaire, de couvrir les mensonges électoraux.
  5. La consigne de parti étant un concept anti-démocratique au possible, comme je l'explique dans cet article.

Une taupe au Parlement wallon

Pourquoi voter Pirate aux élections régionales wallonnes ? Non, mais c'est vrai quoi... Qu'est-ce que les Pirates vont faire concrètement pour changer les choses ? Il y a huit sièges disponibles pour le Brabant wallon... Et nous n'en aurons pas deux, soyons réalistes. Avec les Pirates du Hainaut et de Liège, nous ne sommes pas près de faire une majorité et de peser dans les décisions politiques.

Alors quoi ? Cela vaut-il la peine de voter Pirate ?

Logo_partipiratenpartij_135pxLa réponse est claire : oui ! Vous vous en doutiez, non ? 🙂 Tout simplement parce que nous vous proposons d'infiltrer une taupe au Parlement... Si nous avons un élu, ce sera assez pour nous permettre d'accéder à l'information et surtout, de la partager !

Vous verrez, à côté de notre taupe Pirate au Parlement wallon, Wikileaks, ce sera de la rigolade. Nous voulons partager avec vous toute l'information qui est aujourd'hui jalousement gardée au sein des sphères du pouvoir, alors qu'elle concerne la population.

Cherchez la taupe...

Cherchez la taupe...

Nos candidats veulent rendre l'information disponible et, surtout, compréhensible 1. Un réel effort de pédagogie et d'information sera fait. De plus, nous voulons analyser pour vous les décisions afin d'en retirer les conclusions importantes, dans une démarche critique, constructive et ouverte.

Un Pirate au Parlement, c'est vous permettre d'accéder au Parlement. C'est vous rapprocher de la décision. Nous voulons libérer l'information politique !

Et ce ne sera que le point de départ du mouvement Pirate...

stopwatchingus

Vous avez envie que cela arrive ?

...alors aidez-nous ! Pour permettre aux Pirates de se présenter aux élections, il nous faut encore 100 signatures d'habitants du Brabant wallon. Et ça, pour le lundi 21 avril 2 car nous devons encore les faire valider dans chacune des communes.

Comment signer ? Les instructions précises sont données ici, mais en gros : imprimez les formulaires si on ne vous les a pas donnés, complétez-les et rendez-les à un Pirate, pour le 21 avril au plus tard. Si vous avez le temps et l'envie, vous pouvez également les faire valider dans votre commune. Si non, les Pirates s'en chargeront.

Nous comptons sur vous !

keep-calm-and-sign-for-pirates-2

Notes:

  1. Bien entendu, dans les limites de la légalité et du respect des personnes.
  2. Attention, le lundi 21 est férié et avant, c'est le week-end. Veillez donc à envoyer vos signatures à temps !

Je vous hais - Lettre ouverte aux partis politiques

Cet article est une version hargneuse d'un message qui pourrait être beaucoup plus posé et constructif. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Masked protester holding Molotov Cocktails seen during clashes in Ukraine, Kyiv. Events of February 18, 2014. -- CC-BY-SA-3.0 by Mstyslav Chernov, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Masked_protester_holding_Molotov_Cocktails_seen_during_clashes_in_Ukraine,_Kyiv._Events_of_February_18,_2014.jpg)Je ne crois pas aux partis. Je n'aime pas les partis. J'ai trop vu ce qu'ils apportent de mauvais dans notre société. J'ai trop souvent été témoin de leurs coups tordus, leurs bassesses. Si je me lâchais, je pourrai rabaisser une multitude de belles insultes, bien vulgaires et méchantes, au rang de simple épithète pour partis politiques. Ce que nous utilisons comme vocabulaire pour faire mal, pour injurier, pour traîner nos ennemis dans la boue, les partis belges s'en drapent, du haut de leur pouvoir, comme si de rien n'était : « On dit que je suis électoraliste ? Népotiste ? Corrompu ? Populiste ? M'en fous, car je suis au pouvoir. J'ai le pouvoir »

D'où vient cette haine que j'ai pour ces structures pourries que sont les partis ? Je ne suis qu'un simple citoyen qui lit la presse, certes avec un œil critique, mais quand même... Je crois que mon problème est que je suis idéaliste. J'aspire à un monde meilleur. J'espère « laisser le monde un peu meilleur que quand je l'ai reçu 1 ». Et un idéaliste, c'est visiblement ce qui est le plus éloigné des organisations politiques et de leurs calculs électoraux.

Mais qu'est-ce que cette chose ignoble qu'est un parti politique ?

Normalement, un parti, c'est un ensemble de gens qui partagent des idées et qui souhaitent les mettre en œuvre en étant élus. Aujourd'hui en Belgique, un parti est une structure forte et hyper hiérarchique dont le but est d'obtenir plus de pouvoir de manière à assurer son avenir. Le parti vit pour lui-même, par lui-même. Par la confiscation du pouvoir, il veille à sa propre survie. Les idées avancées ne sont plus qu'une couverture pour faire croire aux derniers des crédules que le parti se bat pour leur bien. Les partis sont, dit-on, institutionnalisés.

En fait, la Belgique est surtout devenue une particratie. Voilà, le vilain mot est lâché. Oui, je pense qu'on vit en particratie. Oui, je trouve cela dramatique. Et c'est pour cela que je hais les partis politiques. Et qu'on ne vienne m'accuser de populisme. Non, ce n'est pas populiste de dire cela, figurez-vous. Même les politologues et hommes politiques le disent. M. Francis Delpérée, sénateur : « Les formations politiques s'approprient volontiers une part des prérogatives citoyennes [...] c'est la particratie 2. » Ou encore M. Jean Faniel, directeur du bien connu CRISP : « la Belgique demeure[...] une particratie, au détriment des parlementaires 3. » Le drame, c'est que ça n'émeut personne ! Comment peut-on dire cela et que ça ne provoque pas un tollé ? Et quand moi je le dis, je serais populiste ? Bande d'aveugles ! Se rend-on seulement compte de ce que cela signifie ?

Vision pessimiste, cruelle et populiste ? Je ne pense pas. Car ce que je dis dans cet article avec dégoût et colère, se retrouve aussi dans n'importe quel journal. Je sais, j'en lis chaque semaine. Et quasiment à chaque fois, je lis des révélations choquantes, grosses comme des maisons, qui prouvent que les partis sont des choses nuisibles pour la société. Et chaque semaine, les journalistes en parlent comme de la chose la plus normale. Moi, ça me désespère. Alors je vous contacte un petit florilège des raisons pour lesquelles je hais les partis.

Avec un peu de recul et de réflexion, il devient évident que le comportement des partis est inadmissible. Non, ce qu'on lit dans les journaux n'est pas normal.

1. Le but d'un parti n'est pas de représenter le peuple ou de promouvoir des idées, mais de gagner une élection.

Si à l'origine, le parti servait à faire avancer des idées, en groupant ensemble des gens qui souhaitaient la même chose, force est de constater qu'aujourd'hui, les idées ainsi que la volonté de représenter le peuple n'est plus à l'ordre du jour. On peut lire le politologue Nicolas Braygaert 4 : « La particratie, telle que nous l'expérimentons neutralise de facto tout leadership susceptible d'imprimer un cap politique ambitieux ». Quant à moi, deux points me font dire que les partis ne travaillent plus sur leurs idées, mais seulement sur leur image.

Tout d'abord, l'affligeante vacuité des slogans électoraux et des messages politiques. Ils sont en effet construits dans un but publicitaire, pour capter de l'audimat. Ce qu'il y a derrière importe finalement très peu. Résultat : c'est à peu près tous les mêmes messages... légèrement orienté pour bien coller à l'image qu'on veut donner pour séduire. « Plus d'emploi, moins d'impôts, plus de solidarité, moins d'insécurité » ; « Je suis pour les centres sportifs. » ; « Je suis pour que les jeunes ait un emploi à 20 ans. » ; « Je suis pour qu'on vive tous heureux. » Je ne sais pas si je dois les traiter de bisounours ou d'enfoirés.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe. Ça vaut une publicité pour Cap'tain Igloo.

Ensuite, vous remarquerez que les idées politiques n'ont plus leur place pendant les élections. Vous ne nierez pas qu'aujourd'hui, on parle plus de stratégies électorales, d'offensive médiatique, d'image et de storytelling que d'idées. Même les journalistes ne s'arrêtent plus que rarement aux idées développées par un parti, ou par un candidat (et certainement pas au-delà du slogan). À un mois et demi des élections, ils parlent surtout des jeux de stratégie et des rôles des présidents de partis (exemples ici et ici). Qui sera tête de liste ? Quelle machine à voix tirera/poussera la liste ? Quelle stratégie adopter ?  Quand lâcher des infos compromettantes pour les autres ? À quel moment faut-il lâcher telle information ? Et l'intérêt des citoyens, hein !? On en fait quoi, bandes de coprolithes politiciens !? Je sais que les slogans creux sont plus rentables pour vous que les débats de fond, mais c'est aussi votre rôle d'être pédagogique !

Le résultat d'une élection c'est ceci : le parti qui fait la meilleure campagne gagne le pouvoir. Alors que moi j'aimerais que ce soit : le candidat qui a les meilleures idées et qui est le plus efficace est élu représentant du peuple. La nuance est grande, très grande.

2. Le parti politique se fout de l'avis de l'électeur.

L'avis de l'électeur ? Rien à foutre. Le respect du résultat des urnes ? Et puis quoi encore !? L'homme politique est un pion au service de son parti et de son président. Un panneau publicitaire pour attirer le chaland. Rien de plus. Si le citoyen élit quelqu'un à une fonction, cela ne signifie absolument pas que cet élu siégera (exemple ici). Car, in fine, c'est la stratégie du parti qui importe !

Pour preuve, je vous soumets ici un tableau synoptique qui analyse les fonctions exercées par deux mandataires politiques bien connus — MM. Di Rupo et Demotte 5 — en fonction du résultat des élections.

Ce tableau présente différentes colonnes :
-a- les années
-b- les élections qui se sont tenues cette année-là
-c- le résultat des urnes
-d- les colonnes E, F, R, C, respectivement pour les niveaux Européen, Fédéral, Régional et Communal.
-e- les fonctions exercées.
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Les colonnes E, F, R et C indiquent :
(1) en couleur vive, les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau, après avoir été élu
(2) en couleur pastel, les années où le candidat n'a pas exercé de fonction à ce niveau, alors qu'il a été élu
(3) une croix pour les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau alors qu'il n'a pas été élu.
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Les données de ces tableaux sont principalement issues de Wikipédia et des différents sites officiels qui donnent les résultats des élections en Belgique.

 

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Ces tableaux sont riches en enseignements. Qu'y voit-on ? Tout d'abord qu'il n'y a aucune corrélation entre la colonne « élections » et la colonne « fonctions exercées ». Mais aussi que...

  1. Les deux élus se sont présentés à toutes les élections. Toutes. Et on voudrait nous faire croire que c'est parce qu'ils veulent vraiment participer activement à chaque niveau de pouvoir ?
  2. Pendant 11 ans, M. Demotte, élu bourgmestre de Flobecq, n'a pas pu siéger car il avait d'autres fonctions. Il a ensuite démissionné en 2011 pour déménager à Tournai où il se présente en 2012. Où il est à nouveau élu bourgmestre, mais toujours empêché. Donc, en trois mandatures communales, il n'a jamais été à même de prendre ses fonctions de bourgmestre ! Cela ne l'a pas empêché de se représenter à chaque fois. WTF ? Quel sens cela a-t-il ? Et le premier qui me parle d'un bourgmestre empêché qui exerce quand même son influence dans la commune et qu'il siège au conseil communal est en train de souligner très fort à quel point les hommes politiques se foutent comme d'une guigne de la loi sur le cumul des mandat.
  3. En 1999, 2005 et 2006, M. Di Rupo a été ministre-président wallon. Alors qu'il n'avait jamais été élu sur une liste régionale. Comment est-ce possible ? Ah oui... comme le disent si bien les journalistes, le PS « avait la main » car il avait gagné les élections. C'est donc le président qui décide de tout... (Et tout le monde trouve cela normal ?)
  4. Entre 1999 et 2013 (15 ans), M. Demotte aurait dû prester 44 ans de mandat. 30 n'ont pas été prestés et il a exercé pendant un an une fonction à laquelle il n'a jamais été élu.
  5. Sur 15 ans de mandat qu'il aurait dû exercer au niveau fédéral, M. Di Rupo en a presté 6. Sur 6 ans de mandat qu'il aurait du exercer au niveau régional, il en a presté 1 (et je n'en ai pas analysé le contenu).
  6. Les élections européennes se résument visiblement à un concours de celui qui a la plus grosse. On y présente des faiseurs de voix car la circonscription électorale est la plus grande et permet donc de faire un bon score. Ce n'est pas une raison pour penser qu'on lâcherait un poste de président de parti pour l'Europe (ce qui prouve une fois de plus le rôle et la puissance du président de parti).

Mais je n'ai pas tout dit ! Vous aussi, amusez-vous à repérer toutes les manigances que recèlent ces deux tableaux...

Conclusion ? L'électeur n'a rien à dire. Rien à foutre, de l'électeur. Les élections sont réduites à une mesure d'audimat pour des structures avides de pouvoir. À la fin, il n'y a que le parti qui décide et fait voyager ses pions au gré de la stratégie. D'ailleurs, d'après le CRISP, « Aucun mécanisme n´existe pour dissuader ou pénaliser cette pratique. [...] Ainsi, un ministre ou un parlementaire à un autre niveau de pouvoir peut se présenter comme candidat à une élection en vue de soutenir la liste tout en sachant qu´il ne siègera pas s´il est élu 6. » CQFD.

3. Les mandataires politiques ne sont plus élus du peuple, mais élus d'un parti.

Les partis ont le pouvoir, à tel point qu'il est aujourd'hui normal de considérer les élus comme « leurs » élus, au lieu des élus du peuple. D'ailleurs, ne présente-t-on pas toujours les élus comme membre d'un parti ? À nouveau, le vocabulaire utilisé dans les médias est frappant ; la sémantique ne fait pas tout, mais a quand même une valeur de symbole.

Le symbole, quant à lui, est dépassé — et de loin — quand il engendre des pratiques absurdes. L'une d'elles, peut-être la pire, est la notion de consigne de vote. N'y a-t-il vraiment que moi qui suis choqué par ce principe ? Parce que tout le monde en parle comme d'un fait tout-à-fait normal... C'en est même arrivé au point que, pour les dossiers les plus délicats, les parlementaires en viennent à espérer publiquement qu'ils pourront voter selon leur âme et conscience 7. Mais c'est un comble ! C'est votre boulot de faire ça tous les jours, pour tous les votes, nom de dieu !

À nouveau, je désespère : comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que des gens partageant une même idéologie soient obligés de toujours voter de la même manière ? N'y a-t-il jamais de nuances dans une idée ? N'y a-t-il jamais de place pour la discussion ? En fait, la Vérité (avec un grand V) existe, et elle est définie par le parti. Triste constat.

5. Les parti s'accaparent le pouvoir, alors qu'ils n'ont aucune légitimité

Les partis ont le pouvoir. Le meilleur exemple reste encore le rôle donné aux (ou pris par les) présidents de partis. Qu'on soit bien clair : les présidents de partis sont des usurpateurs. Ils n'ont aucune légitimité démocratique. Au-cu-ne. Ils en ont peut-être une au sein de leur parti, uniquement. Et encore. Mais comment se fait-il qu'aujourd'hui ils jouent un rôle essentiel dans la politique belge ? Parce que oui, en pratique ils sont aujourd'hui les grands décideurs.

Un très bon exemple est l'abdication du roi Albert, à laquelle les présidents de parti étaient invités. On y a vu les représentants du pouvoir judiciaire, les ministres (normalement élus), les présidents de la Chambre et du Sénat. Mais les présidents de partis !? Franchement ? Pourquoi se sont-ils incrustés là ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Quel pouvoir représentent-ils ?

Autre exemple, dans un article sur le duo bruxellois Picqué-Moureaux 8, on apprend que « Moureaux établit le statut de la future région bruxelloise » (en 1989 avec Dehaene) et laisse à Picqué le soin de devenir ministre-président. Lui, « préfère la grande politique » (sic) et devient président de la fédération bruxelloise du PS. « Moureaux hérite du vrai pouvoir, des arbitrages, des luttes d'appareil, de la distribution des mandats et de la composition des listes » (re-sic). Est-ce que le journaliste s'est seulement rendu compte de ce qu'il a écrit ? Que la présidence d'une fédération régionale de 4000 membres a plus de pouvoir que le chef du gouvernement bruxellois (un million d'habitants) ? Il n'y a que moi que ça choque ? Il n'y a que moi qui trouve ça aberrant, débile et anti-démocratique ? Après, on viendra me dire que la particratie est une invention des petits partis pour râler sur les grands...

Dans un autre article 9, une politicienne envisage les scénarios si le fin de la Belgique devait se concrétiser en mai 2014. Et déclarer, tout naturellement que « les présidents de partis dissoudraient la Belgique pour recréer immédiatement une confédération d'états indépendants. » Et en quel honneur serait-ce les présidents de partis ? On est au point où on ne fait même plus semblant de prendre en compte la volonté des différents parlements belges, seules assemblées légitimes et démocratiques. Je vous le disais : sans aucune légitimité, les partis ont le pouvoir.

Comment en est-on arrivé à publier ça dans un journal et trouver ça normal ?

Conclusion

Je comptais encore écrire beaucoup de choses, mais cet article est déjà trop long. Je vous épargnerai donc le sujet des intercommunales qui servent à fournir des fonctions aux membres du parti, des administrations pourries par les jeux de nominations ou des société de droits publics où les partis choisissent les gagnants des adjudications publiques en fonction de leurs intérêts. C'est sans doute le sujet où il y a le plus à dire. Il faudrait plus qu'un article pour tout cela.

Mais vous l'aurez compris, je hais les partis politiques, ou au moins ce qu'ils sont devenus. D'aucuns pourront évidemment me reprocher de dire cela et de m'impliquer en même temps chez les Pirates, qui forment un parti... Mais non, je ne trouve pas cela incohérent, et ce, pour plusieurs raisons :

  1. Les Pirates sont, d'après moi, un mouvement citoyen, avant d'être un parti. Je l'explique en long et en large dans cet article. Cette différence marque une différence d'objectif.
  2. Vous noterez que, comme beaucoup de pirates, j'essaye d'utiliser le plus souvent possible le vocable « pirates » plutôt que « Parti Pirate ». Sémantique, à nouveau, mais qui recèle une vraie symbolique. Nous portons des valeurs et des idées, pas un parti.
  3. Comme tout nouveau parti, les pirates n'ont pas d'élus, pas de pouvoir. Nous ne sommes donc pas sujets à ces problèmes. Nous sommes encore beaucoup d'idéalistes, qui pensons plus au bien commun qu'au pouvoir personnel. Le jour où les pirates ont du succès et rentrent dans le jeu de la particratie, je serai le premier à partir. 🙂

Mon souhait avec cet article était multiple. Comme vous l'avez vu, je voulais d'abord laisser sortir tout cette rage qui m'anime quand je lis tout ce que ces crapules font tous les jours. Mais en fait, je voulais délivrer un autre message : oui, nous vivons en particratie. Cet article le démontre assez. Oui, c'est un fait et non, ce n'est pas populiste de le dire. Ce n'est pas juste « pour dire du mal des gens au pouvoir ». Non. C'est pour vous réveiller. Vous aussi, quand vous lirez votre prochain article politique, soyez conscients ! Ce n'est pas parce que c'est écrit en dixième page d'un hebdomadaire quelconque, sans effets de manche, que ce n'est pas scandaleux ! J'ai l'impression que les journalistes se trompent souvent de scandale à mettre en première page...

Note : Je voulais lâcher ma haine des partis, mais n'oubliez pas de lire le côté plus constructif de ce même message en lisant cet article. Il ne s'adresse plus aux partis, mais aux élus. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photo :

Notes:

  1. citation de Lord Baden Powell of Gilwell
  2. Le Vif n°46, 15 novembre 2013
  3. Voir ici
  4. Le Vif n°12, 21 mars 2014
  5. Oui, deux socialistes, mais ce sont de loin les plus faciles à trouver
  6. Pour la première fois, cependant, la règle dit qu'un candidate ne peut pas se présenter sur différentes listes en même temps. Mais à un an d'intervalle, pas de problème...
  7. Références : sur la libre ou sur le soir (voir la section MR)
  8. Le Vif n°12 du 21 mars 2014
  9. Le Vif du 26 juillet 2013

Soyez les élus du peuple - Lettre ouverte aux élus de ce pays

Cet article est une version posée et constructive d'un message qui pourrait être beaucoup plus hargneux. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Paul de Tarse / CC-BY-SA-3.0 by Peppe Guida, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Napoli._Chiesa_dei_Santi_Severino_e_Sossio._San_Paolo._041.jpg)

Chers élus de ce pays,
Chers représentants du peuple,
Chers représentants de la démocratie,

Je suis désolé, mais ces titres que je viens de vous donner sonnent un peu faux. Je n'ai pas l'impression de voir, dans les journaux (que je n'achète pas), les dignes représentants des citoyens.

Qu'êtes-vous, en tant qu'élu ?

Je souhaiterais, par cette lettre ouverte, vous exhorter à être ce que vous êtes censés être. D'après le CRISP 1, « l´élection est la principale manière de désigner les représentants de la population » et il précise : « L'électeur accorde sa voix ou son suffrage à un ou plusieurs candidats, voire à une liste de candidats ».

Il est donc bien clair que vous devez représenter les citoyens. Pas un parti. Les citoyens ont d'abord voté pour vous. Ou alors pour plusieurs candidats. Pas pour un parti. Même si cette liste est faite, décidée, entérinée par un parti — bien que ce ne soit pas obligatoire — cette liste reste avant tout une liste de candidats.

De plus, le mandat que vous recevez lorsque vous êtes élus est un mandat représentatif. Par opposition au mandat impératif, cela signifie que vous n'êtes pas obligés de faire ce que vos électeurs vous demandent. La constitution est claire là-dessus : « Art. 42 - Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus » et « Art. 58 - Aucun membre de l'une ou de l'autre Chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions et votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions. » Si cela vous permet de mentir sans aucun scrupule en période électorale, le but est surtout de vous laisser libre de considérer l'intérêt général au lieu des intérêts particuliers une fois élu ; le but est de vous laisser votre conscience au moment de voter.

Évidemment, ça, c'est la théorie. C'est comme ça que c'est défini. Et j'aimerais tellement qu'on en revienne à ces fondamentaux. Parce que non, je ne crois pas que cela se passe comme ça en pratique.

Car, oui, n'avez-vous pas l'impression, parfois, de mentir ? Que dit votre conscience quand vous pensez A mais que votre parti vous dit de voter B 2 ? Comment peut-on accepter, et même envisager, un concept aussi absurde et anti-démocratique que celui de « consigne de parti » ? Et pourtant, c'est bien ce qui se passe tous les jours. Mais qui vous a élu ? Le parti ou les citoyens ? Et qui représentez-vous ? Le parti ou les citoyens ? Selon la constitution, la réponse est claire et nette. Et réalité, la réponse est l'inverse. Oui, c'est le parti qui vous a permis de vous présenter. C'est le parti qui vous fournit l'arsenal nécessaire pour remporter une victoire électorale. C'est le parti qui vous fournit les idées à défendre et les outils pour le faire. Alors, oui, vous pensez être redevable au parti.

Et si je vous proposais autre chose — soyons utopistes ! Une fois élu, prenez votre liberté. Renoncez à votre parti et faites ce pour quoi vous êtes élus : travaillez, en votre âme et conscience, pour les citoyens. Soyez un peu fier, que diable ! Vous êtes élu, vous ! Prenez la place qui vous revient. Vous n'avez pas à vous plier à une discipline de parti... Prenez-en conscience !

L'utopie d'un parti utile

Moi je ne suis pas contre les partis. Je suis contre ce qu'ils sont devenus. Imaginez un peu un monde où la notion de parti politique (tel que défini par Wikipedia) penche plutôt du côté idéologique que du côté institutionnel. Un parti serait un rassemblement de gens qui pensent, ensemble. Qui ont des projets. Et ceux-ci se nourrissent des idées des uns et des autres. Dans ce cas, le parti ne serait pas une organisation qui tente de gagner le pouvoir pour lui-même, mais un lieu d'échange et de création, de soutien au développement d'idées. Bref un monde où la particratie n'existe pas.

Ce serait beau. Impossible, mais beau. Oui, je sais bien que ça ne marcherait pas mieux que ce qu'on a aujourd'hui. Évidemment, il est nécessaire que le parti ait aussi, pour partie, le but de conquérir le pouvoir. Sinon, ses belles idées ne servent à rien. Mais la situation actuelle est tellement extrême du côté « conquête du pouvoir » que la seule manière de ramener le pendule plus au milieu est de parler de l'autre côté du balancier, le côté des belles idées.

Oui, Mesdames et Messieurs les élus, je vous demande de veiller à remettre les partis à leurs places et à reprendre la vôtre. Je voudrais vivre en démocratie, que vous devriez incarner, plutôt qu'en particratie.

Je compte sur vous ? Moi, de mon côté, je m'efforcerai de faire évoluer les esprits, avec ce blog et en étant chez les pirates.

@+

Nico,
Citoyen critico-constructif

Note : Je voulais être constructif avec vous, qui êtes une personne. Mais n'oubliez pas de voir le côté moins poli du message que je viens de vous donner en lisant cet article. Il reprend le fond de ma pensée, non pas sur vous, mais sur votre parti. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photos :

Notes:

  1. Centre de Recherche et d'Information Socio-Politique - voyez l'excellent site, mais malheureusement incomplet, sur le vocabulaire politique.
  2. ...et ne venez pas dire que vous êtes toujours du même avis que votre parti... Si vous n'avez pas un zeste d'esprit critique, vous ne méritez pas d'être élu.

Deux articles pour un message

Cocktail Molotov pour un orateurCe que je lis dans les journaux, dans les articles politiques, me révolte. En les lisant, je bous souvent de rage. Et pourtant, je suis un type calme, posé. J'essaye toujours de m'exprimer sans trop d'émotions pour laisser place à la réflexion. Mais, putain, ça me dégoûte de lire tout ce qu'osent les partis, au mépris de la déontologie, au mépris des électeurs, au mépris de la démocratie... au mépris de tout ! Mais la plupart de temps, je me force à rester sans émotions, à énoncer des faits. Rester objectif pour ne pas déforcer les arguments.

Mais il y a des jours où je n'ai plus du tout envie d'être posé. Alors voilà, cette fois, j'ai fait deux articles pour le prix d'un.

Bref, deux versions d'un même message. N'étant ni rebelle ni mouton, mon but est de polir le message des premiers pour faire bouger les seconds. Alors si deux articles permettent de toucher deux fois plus de personnes parce qu'ils sont différents, pourquoi pas ?

Et dites-moi lequel vous avez préféré...
[polldaddy poll=7875313]


Photos :

Condamnons à mort les fumeurs (enfin, pas tous)

« On ne jette pas ses papiers par terre ». C'est une évidence aujourd'hui. Après deux ou trois décennies de matraquage écologique, le réflexe est entré dans les mœurs. Personne ne soutiendra que c'est normal et sans impact de balancer son chewing gum ou son emballage de chocolat en pleine rue.

Bien sûr, il suffit de voir l'état d'une cour de récréation ou certaines coins de nos villes pour savoir que beaucoup le font encore. Mais ils le font quand personne ne regarde. En cachette. Ils ont honte et ils savent qu'ils sont coupables. Le regard de la société (aidé parfois par des amendes administratives communales) ne leur laisse pas la conscience tranquille.

Et pourtant... il y a encore une frange de la population qui ne se gène pas. Qui jette à tout va ses détritus. À la vue et au su de tout le monde. Au beau milieu d'une foule. Même devant des représentants de l'ordre. Ils s'en foutent. C'est normal pour eux. Je veux parler des fumeurs-qui-jettent-leurs-mégots-par-terre.

Creative commons by zigazou76 on Flickr (http://www.flickr.com/photos/zigazou76/5635823152/)Ces gens-là se foutent du regard de la société. Et ils ne pensent qu'à leur facilité, peu importe l'impact pour les autres et l'environnement. Ils n'ont que mépris pour les autres. Je suis sur un quai de gare bondé ? Cela ne me dérange pas de jeter nonchalamment mon mégot sur les rails... Je roule en voiture ? Quoi de plus naturel que de laisser mon mégot filer par la fenêtre...

Et puis quoi encore, bande de coprolithes !? Ça met jusqu'à 15 ans à se décomposer, un mégot ! Et ce n'est pas sans impact : plein de produits toxiques sont relâchés dans la nature avec cette saleté.

Smoking Carp - Creative Commons by Wouter Hagens on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cyprinus_carpio_smoking.jpg)« Ouiiii, mais on ne peut pas mettre un mégot dans une poubelle, il y a danger d'incendie. » Ça, c'est ton problème, mon coco. Tu fumes, t'assumes 1. Mais je signale quand même que plein (mais alors plein) de poubelles sont équipées d'éteignoirs (petit bout de métal pour bien écraser et refroidir le mégot) voir même de cendriers. Et s'il n'y en a pas, eh bien tu écrases ton mégot par terre avec ton talon et puis tu le ramasses et tu vas le jeter dans une poubelle ! Sans compter que tu peux acheter un cendrier de poche. Pas cher et pratique. Ça t'évitera peut-être de mettre le feu à la forêt, sous prétexte d'éviter de mettre le feu à une poubelle, espèce de traîne-potence.

Je n'ai rien contre les fumeurs. Je pense qu'avec les interdictions en vigueur aujourd'hui, les non-fumeurs sont bien assez protégés du tabagisme passif. Mais il faut être cohérent et assumer. Stop à cette nonchalance et cette impunité. Il faut que le contrôle social s'exerce aussi sur ce genre de cas.

Malgré ce que le titre de cet article suggère (c'est purement racoleur, je l'avoue), je me contenterai de vous encourager à faire la remarque à vos amis, mais aussi aux inconnus en rue. Ça fait un peu donneur de leçon — mais en Suisse, on trouverait ça normal — et c'est difficile. Moi-même, je n'en ai pas toujours le courage, mais de plus en plus je lâche un « Eh ben bravo ! » quand quelqu'un jette son mégot sous mes yeux. Et ça n'arrive que trop souvent...

Mégot: Domaine public by Antranias on PixaBay - http://pixabay.com/fr/m%C3%A9got-de-cigarette-d%C3%A9vers-cigarette-238161/


Photo

Notes:

  1. Pour reprendre une blague connue : moi, mon plaisir, c'est de boire une bonne bière. Je n'emmerde pas tout le monde avec les conséquences de ce petit plaisir ; je ne vais pas pisser n'importe où en pleine rue.

L'utopie de Bruxelles Mobilité

Une très intéressante utopie est présentée ici par Bruxelles Mobilité. Elle présente ce que pourrait être Bruxelles en 2040, si les politiciens étaient un peu motivés. De belles images et de beaux projets. On y montre par exemple à quoi pourrait ressembler la gare d'Etterbeek en 2040. De quoi s'inspirer et réfléchir.

La gare d'Etterbeek en 2040

La gare d'Etterbeek en 2040 (rebaptisée en Bruxelles-Campus)

Évidemment, c'est une utopie. Le but n'est pas qu'on finisse tous sur un vélo avec les mollets surdimensionnés (surtout que le site ne le montre pas, mais Bruxelles est quand même bien vallonnée). Le but est bien d'inspirer, de libérer les esprits et de permettre de penser autrement. En tant que pirate, je ne peux qu'adhérer à ce principe.

Je voulais également épingler une des réflexions présentées dans les tranches de vie (que vous lirez ici). ZITA (inventée, je suppose) y parle de Bruxelles Métropole, une sorte de méga intercommunale de 60 communes pour gérer la mobilité convenablement et ensemble. Exactement ce que je proposais dans un de mes articles précédent (spécialement sur le paragraphe "Les routes et les infrastructures")... Les grands esprits se rencontrent. 🙂

À certains moments, cela rejoint aussi la vision des Google Car de Ploum (ici ou ici) à part que pour Bruxelles Mobilité, le train existe encore, plus que jamais dans un vrai plan de multi-modalité (auquel je crois plus que le tout-à-la-google-car).

Bref, pas mal de réflexions intéressantes que je voulais vous partager !

Note : Par contre, je me demande pourquoi ils ont mis le Prince Laurent sur un vélo au milieu de la rue Béliard (voyez la photo ci-dessous et cliquez pour agrandir). 🙂

La rue Béliard en 2040

La rue Bélliard en 2040


Utilisation des photos : conformément à ce qui est indiqué sur le site de Mobil2040, (L'utilisation des informations contenues sur ce site est autorisée et même encouragée [...]), j'ai utilisé les photos à titre d'illustration en mentionnant qu'elles proviennent de Bruxelles Mobilité. Bruxelles Mobilité se réserve cependant tous les droits de propriété intellectuelle de ces images.

Es-tu prêt à donner 0,75 EURO pour la démocratie ?

Logo_partipiratenpartij_135pxVous le savez, les élections approchent. Et avec elles, quantité de promesses aussi démagogiques que variées. Ce message-ci, au contraire des autres, ne vous promet rien : il vous demande un service.

En effet, le Parti Pirate, qui fait partie d'un mouvement international lancé en 2006, participe cette année aux élections en Belgique. Comme pour tous les « petits partis », la route vers les élections passe inévitablement par la récolte de signatures. Pour présenter notre liste à « la mère de toutes les élections », nous devons récolter 21300 signatures, ce qui n’est pas rien. Et il nous en faut encore 100 pour pouvoir présenter une liste en Brabant Wallon !

C'est ici que vous intervenez. Il ne s'agit pas de nous soutenir, de voter pour nous ni même d'être en accord avec notre programme. Vous ne vous engagez à rien en signant les papiers présentés ci-dessous. Il s'agit uniquement de reconnaître au Parti Pirate le droit démocratique d'être candidat aux élections.

Vous pouvez faire ce geste citoyen, important pour la démocratie, en suivant les étapes suivantes :

  1. Télécharger et imprimer les formulaires adhoc (attention, il y en a trois !)
    * En FR pour Bruxelles ici (pas besoin de signer pour les fédérales)
    * In het NL voor Brussel hier (pas besoin de signer pour les fédérales)
    * pour la Wallonie ici
    * voor Vlaanderen hier
  2. Les remplir (attention, il y en a trois à remplir, sauf pour Bruxelles). Vous ne devez PAS remplir le cadre réservé à la commune. Les pirates se chargeront de les faire valider toutes ensemble !
  3. Les envoyer par la poste à l'adresse suivante : rue Gérard 47A à 1040 Bruxelles ou en les donnant en mains propres à un pirate !
  4. Au total, impression, enveloppe et timbre compris, cela devrait vous revenir à moins de 0,75€... Pour plus de démocratie, ce n'est pas mal !
  5. N'hésitez pas à partager cet article sur les réseaux sociaux pour que chacun puisse y répondre.

Si cela vous parle, faites-le maintenant... ou bien vous oublierez ! 🙂 Nous avons besoin de vos signatures pour ce vendredi 18 avril afin que nous puissions encore les faire valider dans chaque commune !

Cet article est évidemment fort peu personnel ; j'aurais préféré vous en parler de vive voix. Je reste néanmoins disponible et me ferai un plaisir de vous rencontrer pour vous présenter les principes et les idées du Parti Pirate si cela vous intéresse. Pour rappel, en 2012, les pirates s’étaient présentés sur plusieurs listes en Belgique et étaient devenus le plus grand des petits partis dans le Brabant Wallon (juste derrière le FDF).

Affiche Pirate

Et si vous vous demandez encore « qu'est-ce que c'est que ces pirates ? », faites donc un tour sur les articles suivants :

Vous aurez également un bon résumé en lisant le folder que nous avons distribué en 2012 lors des élections provinciales et communales. Et voyez aussi, bien sûr, le site des Pirates belges.

Un grand merci pour votre aide !

Piratement vôtre,

Nico

keep-calm-and-sign-for-pirates-2

 

Je suis un mécréant qui affame les journalistes

Eh bien, oui, moi aussi je rentre dans la catégorie de ceux qui affament les journalistes. Je suis un mécréant du XXIe siècle qui considère que le tout-gratuit est un dû. Un sale profiteur de la génération Y. Tout doit m'être accessible. Sans payer. Je suis un affameur de journalistes et d'artistes. Je ne leur reverse pas un sou.

Ouep, figurez-vous que j'ai trouvé une combine pour ne pas payer le contenu de certains journaux (normalement accessible grâce à un accès payant). J'ai accès à la totalité de l'information, gratuitement ! En fait, il s'agit d'une combine avec mon voisin, très sympa. Lui, il a un abonnement payant (premium). Mais j'ai trouvé un moyen d'en profiter aussi depuis chez moi. Et ce n'est techniquement pas compliqué.

Comment ? C'est simple : chaque semaine, il me file son hebdomadaire dans ma boîte aux lettres après l'avoir lu.

Quoi ? Ce n'est pas interdit !? Je n'affame personne en faisant ça !? Je croyais que le partage d'information était interdit... Ah bon, seulement sur Internet ? Tiens, pourquoi cette différence ? Le résultat est pourtant le même, non ?

CC by NS NewsFlash on Flickr (http://www.flickr.com/photos/62693815@N03/6277337422)

L'information et le contenu

Sérieusement, ça vaut la peine de réfléchir : que vendent les médias ? De l'information ou du papier ?

Et au passage, ce n'est pas vrai que je ne donne jamais rien. Je donne aux créateurs (et aussi à d'autres) que j'aime bien via Flattr (qu'es aquo ?) ; je suis Patr(e)on de deux artistes (qu'es aquo ?) ; je soutiens des amis sur Kisskissbankbank. Si les journaux pouvaient utiliser ces services, je me ferais un plaisir de leur payer un petit quelque chose.

Ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières...


Photo :

Le revenu de base au pays des Bisounours

L'Initiative Citoyenne Européenne pour un revenu de base est clôturée depuis avant-hier et elle n'a pas abouti. Dommage. Néanmoins, j'ai été très étonné du nombre de gens qui en ont parlé autour de moi et sur internet (voyez cette excellente infographie pour ceux qui ne connaissent pas encore le sujet). Étant moi-même partisan depuis un bout de temps, cela m'a fait plaisir. Et, même si l'initiative est clôturée, je pense qu'il faut encore en parler pour continuer à faire évoluer les esprits car, après tout, déjà 285.000 citoyens européens sont déjà favorables à l'idée d'en discuter 1.

Beaucoup de gens sont encore critiques vis-à-vis de cette proposition et c'est bien compréhensible : le changement fait peur. Mais profitons des opposants et de leurs arguments afin de mieux construire une proposition solide. Néanmoins, certains arguments (ceux qui viennent rapidement à l'esprit) ne tiennent pas la route très longtemps et j'aimerais ici leur tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Cet article est un peu un « Guide pratique pour une première discussion sur le revenu de base ». Les questions compliquées qui méritent un débat plus profond ne sont pas abordées ici (juste citées en fin d'article).

Quelle est la formule exacte du revenu de base ?

Tout d'abord, un premier point qui me semble fondamental. Le revenu de base inconditionnel (RDBI), c'est un concept assez vieux et beaucoup de monde en a déjà parlé. Beaucoup de monde et autant de visions. Il y a plein de solutions différentes pour mettre cela en place, de la plus libérale à la plus communiste. Ceci pour souligner que ce qu'on peut lire sur un site n'est pas forcément à prendre comme l'évangile du revenu de base. Et un argument contre une vision du revenu de base n'est pas forcément absolu. Il n'y a pas de formule unique du revenu de base. C'est un choix politique qui peut aller dans tous les sens.

CC by Cancelos on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:F%C3%AAte_des_Roses,_2008,_Bisounours.JPG)

Un monde de bisounours

Avec le revenu de base, est-ce qu'on vivra tous avec les Bisounours, dans un monde arc-en-ciel ?

C'est souvent l'impression que vous laissera le message d'un partisan du revenu de base. Porté par des valeurs de solidarité, d'équité sociale et de progrès, un adhérant se laissera facilement à espérer cela. Mais moi, je ne pense pas qu'une allocation universelle nous permettra de vivre d'amour et d'eau fraiche. La révolution française ou la déclaration universelle des droits de l'homme constituent des avancées considérables en termes de bien-être collectif. Et pourtant, des gens meurent encore de faim aujourd'hui, malgré ces deux étapes. Mais un petit peu moins. Ce sera pareil avec le revenu de base.

Arrêtons de croire que le revenu de base est une douce utopie communiste qui nous mènera chez les Bisounours. Pour moi, l'idée du revenu de base est, entre autres :

Et lorsque nous aurons cela bien en tête, il sera primordial de veiller à ce que la mise en œuvre d'un RDBI se fasse en cohérence avec des valeurs essentielles de solidarité et de justice. Histoire de laisser le monde un peu meilleur que quand nous y sommes venus...

Une fois qu'on ne sera plus considérés comme des Bisounours, quels autres arguments peuvent être facilement écartés ?

« Ce système communiste fera fuir les riches qui n'auront pas envie de payer pour des fainéants qui ne travaillent pas. »

Soyons sérieux. Aucun système au monde n'a durablement empêché la richesse. Ça n'arrivera pas. On ne passera pas d'une civilisation à son contraire et notre société est aujourd'hui toute entière tournée vers la richesse. Si un revenu de base se met en place, il s'agira d'une nouvelle manière, plus efficace et plus épanouissante, de redistribuer la richesse comme le fait aujourd'hui le chômage. Les riches ne verront pas la différence. Les pauvres oui. Et il y aura peut-être bien plus de riches.

« Les gens ne feront plus rien si on leur donne un salaire gratuitement ! »

Ma première réponse à cette remarque est :
— « Et toi, si on te donne un revenu de base qui te permet d'assouvir tes besoins fondamentaux, que fais-tu ? Plus rien ?
— Moi ? Si, je continuerais ! »
CQFD. D'ailleurs, 80% des gens déclarent qu'ils continueraient à travailler. Et 80% des gens pensent que les autres arrêteront. Cherchez l'erreur...

Alors bien sûr, les gens qui ne font déjà rien maintenant ne feront peut-être toujours rien. Mais au moins, on cassera les aprioris qui les enfoncent dans leur situation (« ce sont des mauvais, des chômeurs... ») et ça leur permettra peut-être de sortir de ce cercle vicieux.

De plus, aujourd'hui, il existe beaucoup de pièges à l'emploi où les gens ont tout intérêt à ne pas travailler s'ils veulent gagner plus. Ceci est impossible avec un revenu de base inconditionnel.

Mais la majorité, oui, continuera à faire quelque chose. Un revenu de base, dans ma vision, devrait être suffisant pour se nourrir (en faisant ses courses simplement), se loger (dans un petit appartement) et s'habiller (juste pour ne pas avoir froid). Et vous croyez vraiment que tout le monde va se contenter de ça ? Vous n'aurez pas envie d'avoir un jardin, une maison plus jolie (avec des meubles dedans), de quoi vous payer un resto ou une gaufre chaude de temps en temps ? Et des vêtements de sport ? Ou ces nouvelles chaussures qui sont « trop belles, quoi... ». Rassurez-vous, les gens auront encore envie d'avoir un peu plus que le minimum vital. Je ne pense pas que le revenu de base viendra à bout de la consommation. L'humanité est ainsi faite, pour le meilleur et pour le pire.

Enfin, il y a aussi beaucoup de gens qui arrêteront de travailler par choix, et ce sera une très bonne chose pour tout le monde. Combien d'emplois existent aujourd'hui parce qu'ils sont subventionnés mais ne servent à rien ? Et même sans subventions, qui ne connait pas des gens qui ne font rien à longueur de journée... mais au travail 2  ? Tous ces gens-là ne seraient-il pas mieux ailleurs, à faire quelque chose de constructif ? Il y a assez de besoins dans le monde du non-marchand, considéré comme moins rentable. Avec un revenu de base et un salaire de compensation très bas qu'une ASBL peut payer (d'autant plus si on ne taxe plus les revenus du travail mais de la consommation — voir point suivant), il serait possible d'atteindre un niveau de vie qui, par choix, est suffisant pour beaucoup de gens engagés.

« Comme il y aura moins de gens au travail, les revenus des états vont diminuer et le système va se casser la gueule. »

Pour ma part, je pense qu'il est illusoire de penser qu'on peut mettre en place le RDBI en gardant notre système social actuel dont le fonctionnement est basé (quasi) uniquement sur la taxation des revenus du travail. Ma vision de l'allocation universelle, c'est de dire qu'il n'y a plus de travail pour tout le monde. Acceptons donc l'idée que ce n'est pas le travail qui produira la richesse dont la société a besoin pour assurer le bien-être des citoyens. Ça, c'était possible entre 1945 et 1970, plus maintenant car tout s'automatise.

Si on met le RDBI en place sans rien changer d'autre, le taux d'imposition grimperait effectivement pour compenser la perte ou l'abandon d'emplois rémunérés. C'est évident. Et c'est pour cela que la mise en place d'un revenu de base doit se faire avec une nouvelle manière de capter l'argent nécessaire au fonctionnement de la société. Comme une taxation de la consommation, par exemple (attention, c'est un choix politique, ça !).

« Personne ne sait comment réagira l'économie si on met ce système en place. »

À mon humble avis, personne ne sait jamais avec certitude ce que donnera un changement dans un système économique. En mettant en place les primes photovoltaïques, est-ce que le gouvernement wallon savait exactement comment allait réagir l'économie ? Non, sinon, il ne l'aurait pas fait. Est-ce que les américains savaient exactement comment réagirait l'économie en faisait le plan Marshall après la guerre ? Ils s'en doutaient, mais s'ils avaient su à quel point cela fonctionnerait, ils auraient donné encore plus d'argent ! La seule façon de le savoir c'est de le mettre en place. Le tout est de le faire convenablement, en réfléchissant intelligemment à la formule.

Pour ma part, je ne suis pas devin, mais j'ai l'impression que l'économie se porterait mieux.

  1. Parce que les gens auraient les moyens de se lancer dans des aventures entrepreneuriales beaucoup plus facilement puisqu'ils auraient un filet de sécurité s'ils se plantent. Et Dieu sait si on se plante souvent en tant qu'entrepreneur.
  2. Parce que notre société serait beaucoup plus libre et tournée vers l'innovation dans la mesure où on n'aurait plus peur de l'innovation "qui-risque-de-mettre-en-péril-des-emplois", comme c'est souvent le cas aujourd'hui.
  3. Parce que beaucoup de gens créeraient. Oui, créer. Les gens se lanceraient dans leur passion, ce qui reste le meilleur moyen de créer de la qualité, qui est la base d'un bon équilibre économique.

« Mais il faut quand même mériter son salaire ! Ça ne va pas de recevoir de l'argent sans rien faire... »

Première remarque : la population totale en Belgique est de 11.035.948 personnes en 2012 (source). La population active, quant à elle, est en 2012 composée de 4.479.036 3, soit 40.5% de la population belge. Et les soixante pourcents restants sont en fait composés d'environ 30% qui vivent grâce à leur famille (enfants, étudiants, parents au foyer), 20% de rentiers (retraités, grosses fortunes) et 10% sont au chômage.

Actuellement, donc, 60% de la population ne mérite pas son salaire. Elle vit au crochet de la société.

Deuxième remarque : il faut sans doute faire la différence entre mériter son salaire et mériter de vivre. En effet, le revenu de base propose de donner à chacun afin de satisfaire ses besoins essentiels. Doit-on mériter de vivre ? Rien n'empêche, après le revenu de base, de compléter ses revenus par un salaire mérité que chacun voudra obtenir (ou pas) en fonction de ses propres choix.

« Qui va faire les boulots chiants, alors ? Plus personne ne voudra les faire ! »

L'exemple classique est celui de l'éboueur. Un sale travail que personne ne veut faire. Oui, mais s'il est très bien payé, je suis certain que beaucoup seraient très contents de le faire. Si on y met le prix, il y a toujours un volontaire. Cette phrase pourrait passer pour du libéralisme sauvage (et dangereux). Mais n'oublions pas que cette situation hypothétique diffère fondamentalement de notre situation actuelle : dans une société du revenu de base, c'est le travailleur qui offre son temps de main d'œuvre et ce n'est pas l'employeur qui offre du travail 4. Le travailleur n'a pas la corde au cou s'il ne travaille pas ; il est assuré de survivre. Cette situation renversée permettra, je l'espère, de trouver un équilibre différent de celui que nous connaissons.

De plus, un élément me semble essentiel à ajouter. C'est difficile à concevoir, mais d'après moi, ces boulots chiants sont amenés à disparaître. Tout simplement. En effet, aujourd'hui, le pas à franchir pour licencier des centaines d'éboueurs est immense. La pression politique est forte pour garder l'emploi. Donc, personne ne se risquerait à proposer une solution qui se passe d'éboueurs (un collecteur de poubelle géant, un hélicoptère automatique ramasse-poubelle, que sais-je...) : il se verrait confronté à un refus. Car politiquement, ça ne passerait pas. Du coup, personne ne veut risquer le coup financièrement.

CC by stanjourdan on Flickr (http://www.flickr.com/photos/stanjourdan/8525489347)

Revenu de base en Namibie

 Et quoi, trop facile ? Il n'y a pas d'autres arguments ?

Si, il y a encore beaucoup d'autres points très intéressants à discuter. Le revenu de base pose des questions difficiles. Elles ne sont pas aussi simples que les arguments bisounours donnés dans cet article. Je ne rentrerai donc pas dans leurs détails ici. Mais pour aiguiser votre curiosité, je vais en citer quelques-uns. Voici donc les vrais questions à se poser à propos du revenu de base :

Mais pour moi, le plus grand problème du revenu de base reste encore la transition. Comment peut-on passer de notre système à un autre, sans trop de heurts et de déséquilibre ? Dès que j'en saurai plus, je n'hésiterai pas à vous le faire savoir. 🙂


Photos:

 

Notes:

  1. Et au passage, 125.000 Suisses aussi, qui ont réussi à faire passer un référendum à ce sujet.
  2. D'ailleurs, voici une phrase véridique entendue dans le train par votre serviteur : « Non, moi je n'ai pas envie de télétravailler... je ne fais déjà rien au boulot, mais si en plus je suis chez moi, je ferais encore moins ! » Et donc ces gens-là sont respectables, mais les chômeurs non, c'est ça ?
  3. pour savoir d'où vient ce chiffre, j'ai additionné les trois tranches d'âge présentée dans la source : 335.006 (de 15 à 24 ans) + 3.009.606 (de 25 à 50 ans) + 1.134.422 (de 50 à 64)
  4. Je l'accorde, cette phrase est sujette à caution. Certains pensent en effet que le revenu de base précariserait l'emploi. Moi je crois qu'on peut l'éviter : tout dépend de la volonté politique lors de la mise en place de ce système...