La retraite à 67 ans ? Moi je m'en fous !

Couple à la retraiteOui, le sujet a fait polémique ces derniers jours. Pas tellement dans la presse (quoique je ne la lis pas tant que ça), mais bien dans les conversations... Les gens en parlent, ils sont directement touchés : c'est de leur pension qu'il s'agit.

Évidemment, je comprends bien la mesure. Passer à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030 permettra de mieux équilibrer l'équation simple qui fait fonctionner notre système de pension : plus de gens au travail = plus de gens qui payent pour la pension = possibilité de payer plus de gens à la pension. Et comme le nombre de gens à la pension augmente, il faut bien augmenter le nombre de gens qui travaillent... Logique, simple et évident. À condition qu'on ne regarde que cette équation simpliste.

En tout cas, cette nouvelle ne me fait ni chaud ni froid. Elle ne m'étonne pas provenant d'un gouvernement comme celui qu'on a (un peu comme si on s'étonnait de voir des socialistes promouvoir les allocations de chômage). Et puis elle correspond bien à la pensée majoritaire actuelle : l'économie et la croissance seules sont sources de bien-être (pour une autre vision, voyez ici). Bref, on pouvait quasiment s'y attendre.

Et du coup je m'en contrefous. Pourquoi ? C'est bien simple :

  1. D'ici à mes 67 ans, en 2048 1, cela aura encore changé au moins trois fois.
  2. Depuis quelques années déjà, je n'espère même plus avoir de pension. Je me dis que je devrai me débrouiller par moi-même.
  3. D'ici quelque temps, quand la révolution numérique aura fait sentir un peu plus ses effets, nous serons dans un monde où l'emploi sera différent. Un monde où les gens combineront des emplois alimentaires, des activités rentables issues de passion, des engagements volontaires et d'autres activités d'indépendant. Alors autant vous dire que la pension où l'on arrête tout du jour au lendemain pour faire du jardinage après 45 ans derrière un bureau, ce ne sera plus quelque chose d'évident.
  4. C'est une mesure qui va à contre-courant de la société : depuis toujours, l'homme a de moins en moins travaillé ou, en tout cas, de moins en moins dur. L'histoire entière de l'intelligence humaine ne vise qu'un but : se faciliter la tâche, travailler moins. Aujourd'hui, des légions de robots nous remplacent pour les tâches difficiles, ou non. Et on voudrait tout d'un coup nous faire travailler plus ?
  5. C'est une mesure qui ne rime à rien du tout d'un point de vue économique. On veut plus d'argent pour les pensions en ayant plus de gens qui travaillent pour les financer ? Et donc pour cela, de manière tout-à-fait logique, on
    1. empêche des chômeurs de prendre la place de gens qui ont déjà travaillé 45 ans ;
    2. garde au chômage les gens entre 65 et 67 ans qui n'ont pas d'emplois ;
    3. mettra à la prépension, plutôt qu'à la pension, les gens de 65 ans.

Bref, je ne vais pas m'en faire pour une mesure qui ne tiendra pas. Par contre, je m'en fais toujours un peu plus devant le manque de vision de nos hommes et femmes politiques. M'enfin, ce n'est pas comme si c'était nouveau.

Et au lieu de cela, si on repensait un peu notre vision du travail ? Et avec elle, ce modèle social qui la sous-tend, mais qui ne tiendra plus très longtemps ? Et si on remplaçait ce modèle social par un autre, plus efficace ? Et si en fait, la crise, c'était has been ?


Photo:

  • Couple sur un banc : Domaine public sur PixaBay

Notes:

  1. Vous avez vu !? C'est hyper classe le 2048. C'est deux exposant 11, quand même ! J'ai presque envie d'arriver à la pension à cet âge-là, du coup !

La mobilité à Bruxelles : repensons la jonction Nord-Midi

Thalys et ICE à Bruxelles-Midi

Thalys et ICE à Bruxelles-Midi

J'ai eu le plaisir d'assister hier à la 8e édition des ResearchTalks dont le sujet était "Les véhicules et la mobilité du futur". Comme d'habitude, intéressant, même si le panel d'experts était assez consensuel vis-à-vis d'un public acquis à la cause de la mobilité.

Une des invitées était Salima Abu Jeriban, qui a mené le projet Mobil2040 dont je vous ai déjà parlé. Ses interventions, combinées à celle de Laurent Ledoux (patron du SPF mobilité), m'ont fait imaginer une nouvelle utopie en rentrant chez moi.

"Et si nous arrêtions de faire passer tous nos trains par la jonction Nord-Midi ?"

La raison principale est simple : cette jonction fait passer quasiment tous les trains de la SNCB de 21 voies (à Bruxelles-Midi) à 6 voies (à Bruxelles-Central) pour repasser à 12 voies (à Bruxelles-Nord). Vous imaginez la congestion ? Et les risques de retards cumulés s'il y a un incident ?

Alors pourquoi ne pas imaginer une autre solution ?

En rapide : on arrête de faire passer tous les trains par cette jonction. On instaure un système de trains léger (B-Link) qui fait des allers-retours rapides entre Nord et Midi et la place gagnée permet de changer cette jonction en une promenade accessible aux vélos et piétons. En outre, un système de tapis roulant (P-Link) permet de garder des moyens de transport vers les gares de Congrès et Chapelle.

Et maintenant, plus en détail.

On arrête de faire passer tous les trains par cette jonction

Dorénavant, les trains provenant de l'extérieur de Bruxelles s'arrêtent à Bruxelles-Nord et à Bruxelles-Midi. Seuls sont autorisés les trains internationaux tels que Thalys, Eurostar, ICE DB ainsi que les trains vers l'aéroport de Bruxelles-National. Ces trains ont droit à deux voies dans la jonction et ne s'arrêtent pas à Bruxelles-Central.

Idéalement, cela signifie aussi qu'il faut améliorer la connexion des certaines lignes vers ces deux gares principales. Exemples :

  • Permettre aux trains de la ligne 161 (vers Ottignies et Namur) de rejoindre directement Bruxelles Midi,
    • soit en passant par les lignes 26 (Boondael-Callevoet) et 124 (Callevoet-Midi) — il faut alors aménager des nouvelles jonctions entre ces lignes qui se croisent ;
    • soit en créant un nouveau tunnel ferroviaire entre la gare d'Etterbeek et Midi — et ça, c'est pas gagné.
  • Renforcer les possibilités pour les gantois d'arriver à Nord
    • en ayant plus de trains qui font Gent-Dendermonde-Nord ; ou
    • en permettant aux trains venant de Gent de monter sur la ligne 50 (Essene-Lombeek puis Jette et Nord) sans passer par Denderleeuw.

On crée une liaison Nord-Midi en train léger

Ces trains légers (une rame de trois voitures, type Desiro par exemple) font des allers-retours rapides entre Nord et Midi à une cadence d'un train toutes les 2 min 30 sec. Ils circulent sur deux voies et arrivent sur quatre quais à Midi et à Nord. Nom de cette liaison : B-Link (Brussels Link).

À Midi et à Nord, des indications claires sont disponibles afin que les transferts se fassent aisément. On peut même parler en secondes pour que les navetteurs sachent vers où se diriger rapidement : "liaison vers Bruxelles-Central et Bruxelles-Nord dans 45 secondes, voie A ; dans 195 secondes voie B ; dans 345 secondes, voie C ; dans 495 secondes voie D".

À Central, c'est encore plus simple : "direction Sud, voie A ; direction Nord et aéroport, voie B. Maximum 150 secondes d'attente."

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Vu la place laissée par l'enlèvement des systèmes d'aiguillages (devenus inutiles) en gares de Midi (côté Nord) et Nord (côté Sud), on peut penser réaménager cette surface en quai de départ pour ce système de train léger. Ceci évite d'utiliser des quais dans les gares (nécessaires désormais comme terminus) et permet au flux des navetteurs d'être plus facilement géré : si on arrive de Charleroi en voie 21, on n'est pas obligé de se taper la voie 3 parce que c'est le quai B-Link ; il suffit d'aller en bout de quai pour rejoindre le départ vers le Nord.

Note : avec les deux voies pour les trains internationaux et deux voies pour le B-Link, cela fait quatre voies sur lesquelles tous les trains peuvent rouler, ce qui pourrait suffire en cas de problème technique.

Les gares de Bruxelles-Congrès et Chapelle ne sont plus desservies qu'en tapis roulant

Les trains ne s'arrêtent plus dans ces gares. Par contre, on les garde et on les réaménage. Et, pour garder une liaison avec les gares "qui ont des trains", l'idée est de mettre en place un système de tapis roulant, comme dans les aéroports, afin d'aider les gens à atteindre facilement ces points de sortie depuis Bruxelles Central, Midi ou Nord. Ce système est appelé P-Link (Pedestrian Link) et il favorise les modes de déplacements doux car autour de ce P-Link, la place est aménagée pour des trottoirs ainsi que des pistes cyclables, laissant au navetteur le choix de son mode de déplacement.

Ce système de P-Link propose aussi des "gares" où l'on peut descendre du tapis roulant, à intervalles réguliers. Combiné à des stations Villo et à des arrêts STIB, ces arrêts P-Link constituent une nouvelle possibilité de maillage dans le réseau de transport en commun.

Sous terre, ce P-Link ressemble à ce qu'on trouve dans les aéroports, mais en plus vivant. Lorsque la jonction est en plein air, le P-Link est abrité par un toit en verre, très moderne, qui est assez grand pour permettre aux piétons et cyclistes (qui ne sont pas sur le tapis roulant) de choisir s'ils se déplacent couverts ou pas.

Aussi bien sous terre que sous le ciel, cela crée des endroits agréables à vivre, et où il est possible de boire son café, manger un morceau, écouter de la musique. Imaginez-vous au-dessus du Boulevard du Midi ou square des Ursulines, sur un banc au soleil entouré de vélo et de piéton, pour manger votre repas servi par un food truck (comme celui-ci ou celui-là)... Sympa, non ?

Les arrêts P-Link principaux sont les suivants : Gare du midi ; Boulevard du midi (ouest) ; Boulevard du midi (est) ; Rue Sallaert ; Rue de la Fontaine ; Rue terre-Neuve ; Rue du Poinçon ; Square des Ursulines ; Rue des Alexiens ; Rue de l’escalier ; Rue de l’hôpital ; Mont des Arts ; Bruxelles-Central ; Rue de Loxum ; Parvis Ste Gudule ; Rue des Comédiens ; Rue des Sables ; Meiboom ; Congrès ; Bd Botanique Nord ; Bd Botanique Sud ; Rue gineste ; Rue Marie Popelin ; Gare du Nord.

Les arrêts du système P-Link

Les arrêts du système P-Link

Zoom sur les gares de Bruxelles-Midi et Nord

Voyez en image à quoi cela ressemblerait. Mais bon, je ne suis pas graphiste : il ne s'agit pas de beaux dessins illustratifs, mais plutôt de schémas de principe.

P-Link-MIDI P-Link-NORDBien sûr, des aménagements sont à faire car les trains internationaux doivent passer du côté Ouest de la gare du Midi à la partie Est de la gare du Nord (mais pas tous) et cela signifie beaucoup de difficultés. Mais quand on a aménagé le terminal grande vitesse à Bruxelles-Midi, on a même construit un viaduc pour faire passer les Thalys et Eurostar au-dessus de toutes les autres lignes, alors... On n'est pas à ça près.

Note : en faisant des recherches pour cet article, je suis tombé sur une autre proposition qui rejoint la mienne. Il s'agit d'un bureau d'architecte. Eux, ils ont des belles images, si vous voulez aller voir.


Photos:

Les goûts et les odeurs... doivent être libres !

À première vue, il parait assez évident que les goûts et les odeurs sont libres. Elles ne peuvent pas être possédées. D'ailleurs, la cuisine est un bien commun, elle fait partie des traditions de chaque pays. À tel point que la comida mexicana, par exemple, est patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. De même, chacun est libre de faire sa propre pizza Margherita ou Calzone. La recette est disponible et libre. Sans parler de la bolognaise, dont chaque famille a sa version...

Pizza, domaine publique by Scott Bauer (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Supreme_pizza.jpg) Même quand on s'attaque à des grands noms, le goût reste libre : si le soufflé au fromage est devenu synonyme de repas de stars au Récamier à Paris, il n'en reste pas moins que ma maman peut encore en faire. Quant à l'industrie des boissons gazeuses, on voit que Coca-Cola fait beaucoup d'émules qui vendent leur boisson gazeuse à base d'extrait végétaux en toute légalité. La différence entre le soufflé au fromage du Récamier et celui de ma maman, entre Coca-Cola et Carrefour Cola, réside dans la recette exacte, dans la manière, dans la marque. Certains vendent du rêve, un style, voire un service. Mais le goût, lui, est libre. Pas de droit d'auteur, de copyright ou autre barrières artificielles. Chacun est libre d'associer des saveurs comme il l'entend : c'est un savoir-faire, ce qui n'est pas brevetable.

Or, je ne sais pas si vous le savez, mais le goût et l'odorat sont intimement liés. Sans l'odorat, nous ne pourrions pas goûter autre chose que sucré-salé et acide-amer. Par conséquent, il est légitime de penser que ce qui s'applique aux goûts s'applique également aux odeurs... non ?

Et bien la justice française pense autrement. Pirate Parfum, qui fait en parfumerie ce que fait n'importe quelle pizzeria en cuisine, est poursuivi en justice par les grandes marques de parfum.

Pourquoi ? Parce qu'ils ont un concept original : étant donné que les fragrances sont accessibles à tous, Pirate Parfum souhaite proposer aux gens un parfum de qualité, mais qui ne vend pas une marque ou du rêve. Ils veulent vendre du parfum, au prix du parfum. Pour réduire les coûts, le packaging se veut sobre et tous les parfums ont la même bouteille (blanc pour les femmes, noir pour les hommes). Seul le nom et le contenu change.

Parfume Maker, by Rudolf Ernst, domaine publique sur Wikimedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ernst,_Rodolphe_-_The_Perfume_Maker.jpg)Ce concept me plait. Mon eau de toilette se compose idéalement de bergamote, de galbanum, de genièvre et de menthe 1. Et bien, chez Pirate Parfum, je peux en avoir 100ml pour 26€. Alors que chez ICI Paris XL, je vois que je payerai 27€ pour... 40 ml de Cool Water de Davidoff. Mon choix est vite fait 2.

Mais où est le problème ? Et bien voilà : dans un restaurant, le serveur pourra facilement vous dire que leur recette de soufflé au fromage est la même que celle du Récamier, ou que leur pavé de bœuf à la truffe noir est fait à la manière du Comme chez soi. Cela se fait, et personne n'y trouve à redire. Dans le cas de Pirate-Parfum, cependant, c'est tout le contraire. S'ils disent que leur parfum Stockholm ressemble à Cool Water (je dis bien ressemble — ce n'est pas le même — et ils sont clairs à ce sujet !), ils ont des problèmes judiciaires (voyez l'article de Rue89 à ce sujet). La seule différence est qu'ils l'affichent sur leur site web... Pourquoi n'aurions-nous pas les mêmes droits sur internet qu'en dehors ?

Moi, je suis (très) loin d'être un spécialiste du parfum. Mon seul souhait est d'avoir une eau de toilette. Mais j'aime bien leur concept pirate et j'ai été très satisfait de mon dernier achat chez eux. De ce que j'ai lu, leur parfum semble être de qualité, avec des produits naturels et créé par des experts de la capitale mondiale du parfum, Grasse 3. Le packaging est simple et sympa. Le prix est bas et on peut trouver des réductions sur internet (en tant que client, je viens d'en recevoir, mais je ne sais pas si je peux les communiquer ici). Et l'essentiel : ça sent bon.

Alors si vous aussi, vous vous foutez pas mal de mettre une eau de toilette deux fois plus chère ; si vous aussi, vous aimez le concept pirate... pensez à faire un petit achat chez eux ! En plus, cela les aidera financièrement pour leur défense en justice.


Cet article fait de la publicité pour Pirate Parfum, mais je le fais en toute liberté, sans avoir rien reçu de leur part. Je suis un client satisfait de leur service et interpellé par ce qui leur arrive. En tant que pirate, j'avais envie de réagir suite au courrier qu'ils ont envoyé à leurs clients pour expliquer leur situation.


Photos:

Notes:

  1. Je vous rassure, je ne le savais pas avant d'acheter un parfum chez eux...
  2. En plus, il y a une petite tête de mort sur la bouteille de parfum pirate, Aaaaarrrrrrh !
  3. ...dont la simple évocation me rappelle toujours le Parfum de Süskind.

Encore une bonne raison de soutenir le revenu de base !

CC BY-SA by Camdiluv on Flickr (https://www.flickr.com/photos/camdiluv/4441155157/sizes/o/)

Après vous avoir parlé des raisons économiques qui poussent au revenu de base, et après en avoir balayé les mauvais arguments contre...voici un petit témoignage qui explique pourquoi il est sensé.


C'est l'histoire d'une famille tout ce qu'il y a de plus normal : M. et Mme Normal sont deux employés et ils ont deux enfants en bas âge. Le premier va à l'école. Le second va à la crèche. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils ont de 24 à 32 jours de congés par an. C'est plus que le minimum légal (20) et plus que beaucoup d'indépendants.

On est presque en juillet, tout va bien. Il fait beau. Et M.et Mme Normal ont réussi un improbable casse-tête : caser l'ainé (3 ans) tous les jours de juillet. Bon, ils passeront le mois sur les routes à le conduire à droite et à gauche. Mais il faut ce qu'il faut. Et puis M. et Mme Normal sont bien chanceux. Ils ont un emploi, eux.

Ce problème ne se pose pas pour le petit, tout va bien : la crèche n'est fermée que deux semaines durant les mois d'été. Ouf, les vacances sont organisées sans consommer tous les jours de congé de M. et Mme Normal. Ben oui, il faut bien en garder pour les vacances de Toussaint, de Noël, de Carnaval, de Pâques. Et puis pour les congés pédagogiques. Et les ponts. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Tout est organisé et bien compté.

Même lorsque le petit attrape une varicelle, tout va bien. Il ne peut plus aller à la crèche pendant deux semaines, mais il existe un service de garde-malades. Bon, ça coûte plus cher, mais il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils peuvent se le permettre.

Ils auraient préféré garder l'enfant malade eux-mêmes, mais ce n'est pas possible. Le premier jour, ils peuvent prendre un congé social (non-payé) car c'est un cas de force majeure. Mais le lendemain, il faut aller travailler. Il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Le système a tout prévu pour eux : ils peuvent travailler.

M. et Mme Normal ont décidément beaucoup de chance. Vraiment beaucoup de chance. La semaine prochaine, l'aîné sera à la maison, gardé par une baby-sitter. Le petit sera à la maison, gardé par une garde malade de la crèche. La première ne sait pas garder les deux enfants (elle est trop jeune). La seconde ne peut pas garder un autre enfant que celui qui est malade (elle n'est pas payée pour ça). Mais M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils pourront aller travailler pendant que deux personnes payées s'occupent de leurs deux enfants.


Ceci est une fiction, mais vachement inspiré de faits réels. Elle montre que les "chanceux" de notre société sont ceux qui peuvent (doivent ?) toujours aller travailler. Même s'ils ne sont pas indispensables au travail pendant deux semaines. Même si cela amène des situations absurdes. Mais il faut ce qu'il faut...

Mais en quoi la situation changerait avec un revenu de base ?

Primo, je pense que les employeurs n'offriraient plus de travail. Ils en chercheraient. Et ce sont les travailleurs qui offriraient leurs services. Après tout, n'évoluons-nous pas vers une économie d'abondance ? Ceci établirait un rapport de force plus équitable entre employeurs et travailleurs. Et favoriserait l'équilibre travail-vie privée des travailleurs. Je pense que nous aurions plus facilement des congés sociaux (comme ils s'appellent maintenant) pour répondre aux besoins (entre autres familiaux) des humains que sont les employés. Et surtout, prendre ces congés non-payés ne constituerait plus un handicap pour les familles moins favorisées puisqu'elles seraient assurées d'un revenu de base.

Secundo, je pense que les gens se rendraient compte qu'ils travaillent pour vivre et non l'inverse. Le revenu de base permettrait de libérer les gens de ce carcan "il faut un emploi (travail rémunéré) pour exister". Et s'occuper d'un enfant malade deviendrait aussi un travail respecté, qui a du sens.

Et tout cela sans imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui sont indispensables à leur travail (ou croient l'être) peuvent toujours aller travailler et payer des gens pour s'occuper de leurs enfants malades. Simplement, avec un revenu de base, j'aimerais qu'on ne les appelle plus "chanceux".


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Cinq bonnes raisons de bloquer la pub sur internet

Dans mon entourage informatico-social (comprenez : sur les réseaux sociaux), la majorité des gens n'aiment pas la pub et conseillent à tous les utilisateurs de bloquer la pub.

Par contre, dans mon entourage "social" (comprenez : sans écran interposé)... pas plus tard que samedi, lors d'un barbec' entre amis, j'ai entendu dire "moi, quand je veux télécharger une série, je dois toujours aller naviguer entre des pubs pour du porno, ça m'embête" 1.

Ma réaction fut naturellement de dire : "Moi je ne vois jamais aucune pub sur les sites où je vais... tu n'utilises pas de bloqueur de pub ?" Et je fus surpris de constater que cette demi-douzaine d'universitaires n'en avait jamais entendu parler.

NY Time Square: CC BY 3.0 by Jean-Christophe Benoist on Wiki­me­dia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:NYC_-_Time_Square_-_From_upperstairs.jpg)Alors si tout a déjà été écrit sur les bloqueurs de pubs en long, en large et en travers — entre autres par Ploum (avec une foule d'article sur le sujet), Alias (ici ou ici) ou Le hollandais volant (ici ou ici) — je me suis dit que j'allais en écrire un de plus. Juste histoire de faire passer le message encore une fois, en espérant que mes connaissances liront plus facilement mon blog qu'un lien, écrit par d'autres, que je partage sur les réseaux sociaux.

Alors ami lecteur, si tu veux savoir comment bloquer la pub, va directement en bas de cet article. Mais je décide d'expliquer d'abord pourquoi le faire, en cinq bonnes raisons.

Raison n°1 : parce que je suis égoïste

Les pubs, c'est moche et ça prend de la place sur mon écran. Je n'ai pas envie de les voir. C'est déjà une excellente raison, qui suffit à la plupart des gens.

Raison n°2 : parce que je suis prudent

Les publicités sont dangereuses. Je ne vous fais plus un dessin : elles sont là pour nous faire acheter des choses inutiles, avec de l'argent qu'on n'a pas, pour impressionner des gens qu'on n'aime pas. Ça, c'est pour le côté "je m'émancipe de la société de consommation".

Mais plus directement, les publicités sur lesquelles vous cliquez sont aujourd'hui un des meilleurs moyens pour les annonceurs (comme Google) de créer un profil de vous-même et ainsi vous proposer des pubs encore plus ciblées, auxquelles vous résisterez encore moins. Question respect de la vie privée : zéro pointé.

Raison n°3 : parce que je crois à l'offre et à la demande

L'offre et la demande, c'est bien. Mais quand c'est le citoyen qui définit la demande, plutôt que les sociétés qui définissent l'offre, c'est mieux. Faites entendre votre voix de citoyen, dites que vous préférez les sites sans pubs et poussez-les à changer de moyens de gagner de l'argent.

Après tout, pour un site qui affiche des pubs, vous n'êtes pas l'offre ni la demande. Vous êtes le produit.

Raison n°4 : parce que j'aime la liberté

Votre ordinateur et votre écran sont chez vous. Vous les avez payés ; ils sont à vous. La moindre des choses est que vous l'utilisiez comme bon vous semble. Et de même que vous pouvez filtrer votre boite aux lettres (postale) avec un autocollant "pub, non, merci", vous avez le droit de filtrer la pub sur internet. De même que vous avez le droit de mettre un carton devant l'écran de la télé pendant les pubs. Et vous accepteriez que RTL ou TF1 viennent vous dire que c'est interdit ? Ou qu'ils viennent vous menacer en disant "si vous ne retirez pas ce carton pendant les pubs, je ne passe plus vos séries préférées" ?

Sur internet, c'est pareil. Ne vous laissez pas faire par les sites qui vous demandent de regarder leurs pubs. S'ils le font, c'est que leur métier n'est pas de vous fournir une information ou un service : leur métier, c'est la pub. D'ailleurs Doodle le dit lui-même : "la publicité, c'est notre métier 2 !"

Copie d'une partie d'écran du site doodle lorsqu'on utilise un bloqueur de pub.

Copie d'une partie d'écran du site doodle lorsqu'on utilise un bloqueur de pub.

Raison n°5 : parce que je souhaite aider les créateurs de contenus

La pub n'aide pas les sites gratuits à vivre. Elle bénéficie majoritairement aux annonceurs et aux régies publicitaires (sinon elles ne le feraient pas). Vous n'aidez pas un site en acceptant la pub ; vous aidez Google.

Si vous voulez aider un site que vous aimez bien, payez-le en direct. Les moyens sont nombreux : bitcoin, flattr, virement bancaire, ...

Et enfin, comme faire ?

C'est techniquement très simple : il suffit d'ajouter AdBlockPlus comme extension de votre navigateur préféré. Cliquez ici et le site vous proposera de télécharger le fichier adéquat, que vous soyez sur Firefox, Chrome, Internet Explorer, Opera, Safari et même Android.

Puis suivez les instructions et installez l'extension. C'est gratuit. Simple. Et ça vous changera le web !


Photos :

 

Notes:

  1. Ma première remarque fut : "tiens, c'est très pirate, ça" à cette assemblée de malandrins qui se moque gentiment de mon implication chez les Pirates. Moi-même, je ne télécharge pas (je n'ai pas le temps de regarder, de toute façon) mais cela confirme qu'en fait, tout le monde le fait.
  2. Alors pour une même fonctionnalité, préférez les sites qui le font pour vous rendre service -- comme Framadate --, plutôt que pour la pub.

Les autres résultats de la mère de toutes les élections

Ah ben oui, moi aussi, je vais faire ma petite analyse sur les résultats des élections... Comme tout le monde ! C'est à la mode ! Mais je vais essayer de faire un travail original en relisant les élections, pas tant sur le plan des résultats que sur ce qu'on pourrait avoir si on adaptait notre système électoral. Comment aurait-on pu voter différemment ?

Urnes de votesJe vous ai déjà chauffé les oreilles avec ce genre d'analyse à l'occasion des communales de 2012 (ici et ici), mais ça vaut la peine d'en refaire une. Vous verrez que les résultats sont surprenants.

Note : Pour ne pas trop embrouiller les choses, je me contente d'analyser les résultats des élections législatives (fédérales) sur base des chiffres du ministère.

Abstentions, vote blancs et nuls

Ce n'est généralement pas le premier élément qui ressort des analyses électorales et pourtant, cela me semble la base pour avoir une vue d'ensemble : savoir qui a voté. Combien de personnes ? Combien de votes ? En Belgique, le ministère de l'intérieur met à notre disposition le nombre d'électeurs inscrits, le nombre de votes valables et le nombre de votes non-valables. L'abstention n'est pas donnée sur le site officiel, puisque le vote est obligatoire (heureusement, c'est facile à calculer). Les votes blancs ne sont pas comptés autrement que mélangés avec les votes nuls.

Le tableau ci-dessous reprend le nombre d'inscrits, de votes valides, d'abstentions et de votes blancs ou nuls (mélangés).

Élections 2014 : voix

On n'en parle quasiment pas dans les journaux, mais ce tableau montre que 15,7% des Belges n'ont pas voté. C'est-à-dire plus que les gens qui ont voté PS (11.67%) ou CD&V (11.61%). Ou plus que les gens qui ont voté Écolo, Groen et cdH réunis (13.6%). Certes, pour la majorité de ces gens, c'est délibéré... mais parce que le système ne leur convient pas ! N'y a-t-il pas là de quoi se poser des questions ?

Bon, il y en a aussi certains qui sont justes cons et ne savent pas remplir un bulletin et parmi eux, beaucoup d'électeurs de Debout les Belges 🙂

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Circonscription unique

Évidemment, me dira-t-on, le taux d'abstention ne monte pas aussi haut que les scores du PS au sein d'une même circonscription électorale. C'est vrai, j'ai pris les chiffres bruts de décoffrage, tels que donnés par le ministère pour le royaume entier. J'ai fait comme si on avait une circonscription unique (en utilisant la même méthode d'attribution des sièges : la méthode d'Hondt).

Mais tiens, au fait, ça donnerait quoi, la circonscription unique, puisqu'on en parle tellement ? Après tout, cela pourrait sembler logique : une élection se gagne à la proportion des voix obtenues... J'ai fait l'exercice pour vous. Le tableau ci-dessous donne le pourcentage des voix, puis nombre de sièges dans les deux cas.

MDTLE_CUQuelques réflexions que cela m'inspire :

  • Le nombre de sièges francophones diminuerait au profit des flamands. Les équilibres durement négociés de réforme en réforme entre flamands et francophones expliquent sans doute cela.
  • Le PS et le MR en feraient principalement les frais, sans gains exceptionnels pour les grands partis flamands.
  • Vous avez vu la différence entre Ecolo et Groen ? Respectivement 3,3% des électeurs et 5,32%... Et pourtant, le même nombre de sièges ! En circonscription unique, ils auraient 5 et 8 sièges au lieu de 6 et 6.
  • Les petits partis seraient plus nombreux ou plus forts : ce serait tout bénef pour le Vlaams Belang, le PTB-Go!, le PP, PVDA+ et Debout les Belges.

Bref, vu que ça nuit aux "grands" francophones, sans tellement aider les "grands" flamands, tout en faisant apparaître des petits extrémistes, on n'est pas prêt de voir apparaître la circonscription unique, moi j'vous le dis !

Peut-on envisager autre chose ?

Pour en revenir aux votes blancs, quelque chose me chiffonne. Comment, dans un pays où le vote est obligatoire, atteint-on des chiffres pareils ? Comment se fait-il que, obligés de voter, nous n'ayons pas la possibilité de dire "non, aucun de ceux-là" et d'être entendus 1 ?

[pullquote]Exprimer un vote pour Chuck Norris ou Anderlecht est aussi une manière d'afficher son mépris à la classe politique en place.[/pullquote]Parce que oui, concrètement, les abstentions, votes blancs et nuls, c'est surtout ça : "foutez-moi la paix avec vos élections, vous ne voyez pas que vous m'emmerdez ? Je n'adhère pas à votre système." À part quelques fainéants qui ne veulent pas se lever pour aller voter, ou quelques idiots qui ne sont pas capables de compléter un bulletin de vote (voir les photos ci-dessus), je pense qu'il s'agit surtout de gens à qui le système politique ne correspond pas/plus. C'est aussi un choix de ne pas voter. Exprimer un vote pour Chuck Norris ou Anderlecht (voir les photos plus haut) est aussi une manière d'afficher son mépris à la classe politique en place.

En le premier qui dit "si aucun de ceux-là ne vous convient, vous n'avez qu'à vous présenter" est prié de se mettre une bonne claque dans la figure de ma part. Parce que

  1. ce n'est pas parce qu'on n'aime pas les candidats qu'on a le temps, l'envie ou les moyens de se présenter ;
  2. on peut aussi vouloir ne pas voter contre le système électoral/politique, plutôt que contre les candidats (on peut haïr le principe de parti, sans pour autant détester les humains qui font de la politique) ;
  3. contrairement à ce qu'on croit, il n'est pas facile du tout de se présenter aux élections : c'est un chemin semé d'embûches ou tout est fait pour vous décourager. Et a fortiori, il y a peu de chances de pouvoir se présenter à tous les niveaux de pouvoirs. Il y a donc toujours un niveau où on peut ne pas vouloir voter.

Il y a donc de très bonnes raisons pour pouvoir dire "non, aucun de ceux-là" !

Proposition : une liste blanche

L'idée n'est pas neuve, mais nous pourrions créer une "liste blanche" regroupant tous les gens dont l'expression électorale n'est pas prise en compte aujourd'hui. Je l'avais déjà proposé ici et Ploum l'avait développé . Abstentions, vote blancs et nuls (qui sont souvent des votes blancs avec un message en plus) seraient comptés et, mieux, pris en compte dans l'élection. Peu de pays comptent les votes blancs et aucun ne les prends réellement en compte dans le calcul des sièges 2. Ça, ce serait une première mondiale !

Cette liste aurait donc des élus fictifs le temps du comptage. Puis, une fois les sièges attribués à la "liste blanche", au lieu de les laisser vides, on les donnerait à des citoyens tirés au sort parmi la population : les élus citoyens. Beaucoup de gens sont assez rétifs à l'idée ("laisser faire le hasard, mais quelle idée !"), mais je vous rappelle que c'est un concept ancien (depuis la Grèce antique). C'est appliqué à différents endroits du monde (voyez l'entrée "stochocratie" sur Wikipédia). Et aujourd'hui, en Belgique, on fait déjà confiance à un jury populaire tiré au sort pour les procès d'assise (qui portent quand même des sujets très graves). Alors pourquoi pas pour de la politique ?

Quels en seraient les inconvénients ?

  • Les inconvénients d'une stochocratie pure (le peuple ne peut sanctionner l'élu en ne le réélisant pas, etc.) sont ici écartés puisqu'on est toujours dans un parlement dont la majorité des membres sont encore choisis par les électeurs.
  • Le risque de tirer au sort le pédophile-nazi de service existe. Mais il est faible. Sur le sujet, Vincent de Coorebyter (politologue à l'ULB et président du CRISP) affirme lui-même : "Il faudrait un hasard formidable pour que le sort compose une assemblée faite uniquement de fascistes et d'imbécile 3". Et puis s'il y en a un, je trouve qu'il a le droit à la parole. Comme disait l'autre, "la liberté de parole, c'est aussi pour les cons car j'aime savoir qui sont les cons autour de moi".
  • L'incompétence des citoyens élus ? S'ils sont capables d'être des jurés pour une cour d'assise, je ne vois pas pourquoi ils ne peuvent pas donner leur avis sur des lois. Et il suffit de lire le rapport final du G1000 pour comprendre que c'est faisable. Et, pour rappel, notre système actuel n'empêche pas non plus d'élire des incompétents (j'en vois déjà l'un ou l'autre qui sourient en imaginant la liste des incompétents).

Bien sûr, il faudrait mettre en place quelques règles simples comme :

  • L'élu citoyen peut refuser d'être tiré au sort. S'il accepte le mandat, il bénéficie des mêmes droits (de parole, de rémunération) et devoirs (de réserve, de participation) que les autres députés, à l'exception des règles ci-dessous.
  • L'élu citoyen doit rester formellement indépendant de tous les partis durant la législature. Il ne peut pas quitter la "liste blanche". Bien sûr, il est libre de suivre un parti dans ses idées et de voter comme il l'entend.
  • L'élu citoyen n'a pas le droit de s'associer aux autres partis pour créer une alliance ou une majorité et n'a, de ce fait, pas la possibilité d'exercer une fonction exécutive. Il doit se cantonner aux fonctions législatives et de contrôle du gouvernement.
  • Un service de soutien et d'accompagnement à ces élus citoyens devrait être mis en place pour les aider, dans la mesure où ce n'est pas leur métier. Les assistants parlementaires normalement attribués aux élus rempliraient très bien cette fonction, une fois formés pour cela.

Mais les avantages d'un tel système seraient nombreux :

  • Nous aurions enfin un peu de représentativité citoyenne au sein du parlement (je ne m'étends pas sur tous les bénéfices de cette représentativité : je vous invite à vous informer sur le G1000).
  • Cela coûterait moins cher que d'autres solutions proposant une participation citoyenne, puisqu'il ne s'agit pas d'inventer un nouvel organe, un sénat citoyen, un référundum, ou autre. Quand les électeurs le veulent, on paye des citoyens plutôt que des politiciens professionnels. C'est tout.
  • Ce système est facile à mettre en place pour les mêmes raisons : pas de création complexe. Juste une adaptation de la situation et plein de nouvelles possibilités.
  • Cela coûterait moins cher que la situation actuelle car aujourd'hui, en plus de la rémunération des élus, l'état finance les partis à la mesure du nombre d'élus. Ce financement ne serait plus nécessaire car la liste blanche n'est pas un parti et n'a pas besoin de donation.
  • Les élus qui sont rétifs à tout tirage au sort peuvent l'éviter en faisant bien leur boulot, ce qui encouragera les gens à voter "traditionnel" et diminuera le nombre d'élus citoyens sur la liste blanche. Ça dépend donc d'eux : s'ils sont aussi bons qu'ils le disent, ils ne perdront rien ! 🙂
  • Un système pareil est intellectuellement facile à défendre : donner une liberté au citoyen qui ne souhaite pas soutenir de candidats imposés me parait indispensable, dans la mesure où on l'oblige à donner son avis.

Si nous avions eu cette liste blanche ce 25 mai...

Appliquer cette liste blanche aux résultats des dernières élections est intéressant : y a-t-il une vraie demande ? Quel en serait l'impact ?

Le tableau ci-dessous reprend les informations du tableau précédent, ainsi que deux nouvelles colonnes donnant les résultats en proportion et en siège d'une élection où les abstentions, les votes blancs et les votes nuls sont groupés dans une liste électorale fictive "blanche".

MDTLE_résultats2La distorsion entre partis étant surtout due à la circonscription unique 4 (voir la discussion à ce sujet plus haut), l'intéressant ici est l'importance du parti "blanc". S'ils étaient comptés, les abstentions, votes nuls et blancs auraient 25 sièges au parlement ! Exactement un sixième des sièges. Ils formeraient le deuxième "parti" du pays, juste derrière la N-VA (27 sièges) et loin devant le PS (15 sièges) !

Autrement dit, si nous prenons en compte l'expression de tous les citoyens -- ce qui parait normal vu qu'on est obligé de voter -- 25 sièges devraient revenir à des élus qui ne sont pas sur les listes !

On peut encore pousser l'exercice plus loin. Imaginons que nous créions une "liste des sans voix" qui regroupe non-seulement les abstentions, votes nuls et votes blancs, mais aussi toutes les voix données à des partis qui n'ont pas gagné de siège. Bref, on rassemble sur une liste tous les gens qui, in fine, ne sont pas représentés au parlement... Dans ce cas-là, on obtient même une liste qui monte à 18.25% (toujours en circonscription unique) et devient majoritaire à 28 sièges devant la N-VA (26 sièges). Fou, non ? L'hypothèse de "liste des sans voix" me parait philosophiquement peu défendable et pratiquement peu faisable (contrairement à la proposition d'une "liste blanche") mais procure l'avantage de mettre en lumière le constat suivant : les gens qui ne sont pas représentés au parlement, dans notre pays où le vote est obligatoire, constitue de loin le groupe d'électeurs le plus important !

Ne devrait-on pas les écouter, ces électeurs ? Que pensez-vous de la proposition de la liste blanche ? Ne serait-ce pas quelque chose à proposer à nos élus ?


Photos:

Notes:

  1. Apparemment, il existe certains pays d'Amérique Latine qui comptent les votes blancs. Mais de ce que j'ai pu lire, la Belgique et le Luxembourg semblent les seuls pays au monde où on est obligés de voter et où on ne laisse pas la possibilité de s'exprimer par un vote blanc.
  2. À part le Pérou où 2/3 de votes blancs obligent à recommencer l'élection.
  3. Le Vif n°21 du 23 mai 2014, p.37
  4. J'ai gardé l'hypothèse de circonscription unique pour tester les résultats avec cette liste blanche. Autrement, ça menait à trop de calculs et je suis fainéant.

Condamnons à mort les fumeurs (enfin, pas tous)

« On ne jette pas ses papiers par terre ». C'est une évidence aujourd'hui. Après deux ou trois décennies de matraquage écologique, le réflexe est entré dans les mœurs. Personne ne soutiendra que c'est normal et sans impact de balancer son chewing gum ou son emballage de chocolat en pleine rue.

Bien sûr, il suffit de voir l'état d'une cour de récréation ou certaines coins de nos villes pour savoir que beaucoup le font encore. Mais ils le font quand personne ne regarde. En cachette. Ils ont honte et ils savent qu'ils sont coupables. Le regard de la société (aidé parfois par des amendes administratives communales) ne leur laisse pas la conscience tranquille.

Et pourtant... il y a encore une frange de la population qui ne se gène pas. Qui jette à tout va ses détritus. À la vue et au su de tout le monde. Au beau milieu d'une foule. Même devant des représentants de l'ordre. Ils s'en foutent. C'est normal pour eux. Je veux parler des fumeurs-qui-jettent-leurs-mégots-par-terre.

Creative commons by zigazou76 on Flickr (http://www.flickr.com/photos/zigazou76/5635823152/)Ces gens-là se foutent du regard de la société. Et ils ne pensent qu'à leur facilité, peu importe l'impact pour les autres et l'environnement. Ils n'ont que mépris pour les autres. Je suis sur un quai de gare bondé ? Cela ne me dérange pas de jeter nonchalamment mon mégot sur les rails... Je roule en voiture ? Quoi de plus naturel que de laisser mon mégot filer par la fenêtre...

Et puis quoi encore, bande de coprolithes !? Ça met jusqu'à 15 ans à se décomposer, un mégot ! Et ce n'est pas sans impact : plein de produits toxiques sont relâchés dans la nature avec cette saleté.

Smoking Carp - Creative Commons by Wouter Hagens on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cyprinus_carpio_smoking.jpg)« Ouiiii, mais on ne peut pas mettre un mégot dans une poubelle, il y a danger d'incendie. » Ça, c'est ton problème, mon coco. Tu fumes, t'assumes 1. Mais je signale quand même que plein (mais alors plein) de poubelles sont équipées d'éteignoirs (petit bout de métal pour bien écraser et refroidir le mégot) voir même de cendriers. Et s'il n'y en a pas, eh bien tu écrases ton mégot par terre avec ton talon et puis tu le ramasses et tu vas le jeter dans une poubelle ! Sans compter que tu peux acheter un cendrier de poche. Pas cher et pratique. Ça t'évitera peut-être de mettre le feu à la forêt, sous prétexte d'éviter de mettre le feu à une poubelle, espèce de traîne-potence.

Je n'ai rien contre les fumeurs. Je pense qu'avec les interdictions en vigueur aujourd'hui, les non-fumeurs sont bien assez protégés du tabagisme passif. Mais il faut être cohérent et assumer. Stop à cette nonchalance et cette impunité. Il faut que le contrôle social s'exerce aussi sur ce genre de cas.

Malgré ce que le titre de cet article suggère (c'est purement racoleur, je l'avoue), je me contenterai de vous encourager à faire la remarque à vos amis, mais aussi aux inconnus en rue. Ça fait un peu donneur de leçon — mais en Suisse, on trouverait ça normal — et c'est difficile. Moi-même, je n'en ai pas toujours le courage, mais de plus en plus je lâche un « Eh ben bravo ! » quand quelqu'un jette son mégot sous mes yeux. Et ça n'arrive que trop souvent...

Mégot: Domaine public by Antranias on PixaBay - http://pixabay.com/fr/m%C3%A9got-de-cigarette-d%C3%A9vers-cigarette-238161/


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Notes:

  1. Pour reprendre une blague connue : moi, mon plaisir, c'est de boire une bonne bière. Je n'emmerde pas tout le monde avec les conséquences de ce petit plaisir ; je ne vais pas pisser n'importe où en pleine rue.

Je suis un mécréant qui affame les journalistes

Eh bien, oui, moi aussi je rentre dans la catégorie de ceux qui affament les journalistes. Je suis un mécréant du XXIe siècle qui considère que le tout-gratuit est un dû. Un sale profiteur de la génération Y. Tout doit m'être accessible. Sans payer. Je suis un affameur de journalistes et d'artistes. Je ne leur reverse pas un sou.

Ouep, figurez-vous que j'ai trouvé une combine pour ne pas payer le contenu de certains journaux (normalement accessible grâce à un accès payant). J'ai accès à la totalité de l'information, gratuitement ! En fait, il s'agit d'une combine avec mon voisin, très sympa. Lui, il a un abonnement payant (premium). Mais j'ai trouvé un moyen d'en profiter aussi depuis chez moi. Et ce n'est techniquement pas compliqué.

Comment ? C'est simple : chaque semaine, il me file son hebdomadaire dans ma boîte aux lettres après l'avoir lu.

Quoi ? Ce n'est pas interdit !? Je n'affame personne en faisant ça !? Je croyais que le partage d'information était interdit... Ah bon, seulement sur Internet ? Tiens, pourquoi cette différence ? Le résultat est pourtant le même, non ?

CC by NS NewsFlash on Flickr (http://www.flickr.com/photos/62693815@N03/6277337422)

L'information et le contenu

Sérieusement, ça vaut la peine de réfléchir : que vendent les médias ? De l'information ou du papier ?

Et au passage, ce n'est pas vrai que je ne donne jamais rien. Je donne aux créateurs (et aussi à d'autres) que j'aime bien via Flattr (qu'es aquo ?) ; je suis Patr(e)on de deux artistes (qu'es aquo ?) ; je soutiens des amis sur Kisskissbankbank. Si les journaux pouvaient utiliser ces services, je me ferais un plaisir de leur payer un petit quelque chose.

Ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières...


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Le revenu de base au pays des Bisounours

L'Initiative Citoyenne Européenne pour un revenu de base est clôturée depuis avant-hier et elle n'a pas abouti. Dommage. Néanmoins, j'ai été très étonné du nombre de gens qui en ont parlé autour de moi et sur internet (voyez cette excellente infographie pour ceux qui ne connaissent pas encore le sujet). Étant moi-même partisan depuis un bout de temps, cela m'a fait plaisir. Et, même si l'initiative est clôturée, je pense qu'il faut encore en parler pour continuer à faire évoluer les esprits car, après tout, déjà 285.000 citoyens européens sont déjà favorables à l'idée d'en discuter 1.

Beaucoup de gens sont encore critiques vis-à-vis de cette proposition et c'est bien compréhensible : le changement fait peur. Mais profitons des opposants et de leurs arguments afin de mieux construire une proposition solide. Néanmoins, certains arguments (ceux qui viennent rapidement à l'esprit) ne tiennent pas la route très longtemps et j'aimerais ici leur tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Cet article est un peu un « Guide pratique pour une première discussion sur le revenu de base ». Les questions compliquées qui méritent un débat plus profond ne sont pas abordées ici (juste citées en fin d'article).

Quelle est la formule exacte du revenu de base ?

Tout d'abord, un premier point qui me semble fondamental. Le revenu de base inconditionnel (RDBI), c'est un concept assez vieux et beaucoup de monde en a déjà parlé. Beaucoup de monde et autant de visions. Il y a plein de solutions différentes pour mettre cela en place, de la plus libérale à la plus communiste. Ceci pour souligner que ce qu'on peut lire sur un site n'est pas forcément à prendre comme l'évangile du revenu de base. Et un argument contre une vision du revenu de base n'est pas forcément absolu. Il n'y a pas de formule unique du revenu de base. C'est un choix politique qui peut aller dans tous les sens.

CC by Cancelos on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:F%C3%AAte_des_Roses,_2008,_Bisounours.JPG)

Un monde de bisounours

Avec le revenu de base, est-ce qu'on vivra tous avec les Bisounours, dans un monde arc-en-ciel ?

C'est souvent l'impression que vous laissera le message d'un partisan du revenu de base. Porté par des valeurs de solidarité, d'équité sociale et de progrès, un adhérant se laissera facilement à espérer cela. Mais moi, je ne pense pas qu'une allocation universelle nous permettra de vivre d'amour et d'eau fraiche. La révolution française ou la déclaration universelle des droits de l'homme constituent des avancées considérables en termes de bien-être collectif. Et pourtant, des gens meurent encore de faim aujourd'hui, malgré ces deux étapes. Mais un petit peu moins. Ce sera pareil avec le revenu de base.

Arrêtons de croire que le revenu de base est une douce utopie communiste qui nous mènera chez les Bisounours. Pour moi, l'idée du revenu de base est, entre autres :

Et lorsque nous aurons cela bien en tête, il sera primordial de veiller à ce que la mise en œuvre d'un RDBI se fasse en cohérence avec des valeurs essentielles de solidarité et de justice. Histoire de laisser le monde un peu meilleur que quand nous y sommes venus...

Une fois qu'on ne sera plus considérés comme des Bisounours, quels autres arguments peuvent être facilement écartés ?

« Ce système communiste fera fuir les riches qui n'auront pas envie de payer pour des fainéants qui ne travaillent pas. »

Soyons sérieux. Aucun système au monde n'a durablement empêché la richesse. Ça n'arrivera pas. On ne passera pas d'une civilisation à son contraire et notre société est aujourd'hui toute entière tournée vers la richesse. Si un revenu de base se met en place, il s'agira d'une nouvelle manière, plus efficace et plus épanouissante, de redistribuer la richesse comme le fait aujourd'hui le chômage. Les riches ne verront pas la différence. Les pauvres oui. Et il y aura peut-être bien plus de riches.

« Les gens ne feront plus rien si on leur donne un salaire gratuitement ! »

Ma première réponse à cette remarque est :
— « Et toi, si on te donne un revenu de base qui te permet d'assouvir tes besoins fondamentaux, que fais-tu ? Plus rien ?
— Moi ? Si, je continuerais ! »
CQFD. D'ailleurs, 80% des gens déclarent qu'ils continueraient à travailler. Et 80% des gens pensent que les autres arrêteront. Cherchez l'erreur...

Alors bien sûr, les gens qui ne font déjà rien maintenant ne feront peut-être toujours rien. Mais au moins, on cassera les aprioris qui les enfoncent dans leur situation (« ce sont des mauvais, des chômeurs... ») et ça leur permettra peut-être de sortir de ce cercle vicieux.

De plus, aujourd'hui, il existe beaucoup de pièges à l'emploi où les gens ont tout intérêt à ne pas travailler s'ils veulent gagner plus. Ceci est impossible avec un revenu de base inconditionnel.

Mais la majorité, oui, continuera à faire quelque chose. Un revenu de base, dans ma vision, devrait être suffisant pour se nourrir (en faisant ses courses simplement), se loger (dans un petit appartement) et s'habiller (juste pour ne pas avoir froid). Et vous croyez vraiment que tout le monde va se contenter de ça ? Vous n'aurez pas envie d'avoir un jardin, une maison plus jolie (avec des meubles dedans), de quoi vous payer un resto ou une gaufre chaude de temps en temps ? Et des vêtements de sport ? Ou ces nouvelles chaussures qui sont « trop belles, quoi... ». Rassurez-vous, les gens auront encore envie d'avoir un peu plus que le minimum vital. Je ne pense pas que le revenu de base viendra à bout de la consommation. L'humanité est ainsi faite, pour le meilleur et pour le pire.

Enfin, il y a aussi beaucoup de gens qui arrêteront de travailler par choix, et ce sera une très bonne chose pour tout le monde. Combien d'emplois existent aujourd'hui parce qu'ils sont subventionnés mais ne servent à rien ? Et même sans subventions, qui ne connait pas des gens qui ne font rien à longueur de journée... mais au travail 2  ? Tous ces gens-là ne seraient-il pas mieux ailleurs, à faire quelque chose de constructif ? Il y a assez de besoins dans le monde du non-marchand, considéré comme moins rentable. Avec un revenu de base et un salaire de compensation très bas qu'une ASBL peut payer (d'autant plus si on ne taxe plus les revenus du travail mais de la consommation — voir point suivant), il serait possible d'atteindre un niveau de vie qui, par choix, est suffisant pour beaucoup de gens engagés.

« Comme il y aura moins de gens au travail, les revenus des états vont diminuer et le système va se casser la gueule. »

Pour ma part, je pense qu'il est illusoire de penser qu'on peut mettre en place le RDBI en gardant notre système social actuel dont le fonctionnement est basé (quasi) uniquement sur la taxation des revenus du travail. Ma vision de l'allocation universelle, c'est de dire qu'il n'y a plus de travail pour tout le monde. Acceptons donc l'idée que ce n'est pas le travail qui produira la richesse dont la société a besoin pour assurer le bien-être des citoyens. Ça, c'était possible entre 1945 et 1970, plus maintenant car tout s'automatise.

Si on met le RDBI en place sans rien changer d'autre, le taux d'imposition grimperait effectivement pour compenser la perte ou l'abandon d'emplois rémunérés. C'est évident. Et c'est pour cela que la mise en place d'un revenu de base doit se faire avec une nouvelle manière de capter l'argent nécessaire au fonctionnement de la société. Comme une taxation de la consommation, par exemple (attention, c'est un choix politique, ça !).

« Personne ne sait comment réagira l'économie si on met ce système en place. »

À mon humble avis, personne ne sait jamais avec certitude ce que donnera un changement dans un système économique. En mettant en place les primes photovoltaïques, est-ce que le gouvernement wallon savait exactement comment allait réagir l'économie ? Non, sinon, il ne l'aurait pas fait. Est-ce que les américains savaient exactement comment réagirait l'économie en faisait le plan Marshall après la guerre ? Ils s'en doutaient, mais s'ils avaient su à quel point cela fonctionnerait, ils auraient donné encore plus d'argent ! La seule façon de le savoir c'est de le mettre en place. Le tout est de le faire convenablement, en réfléchissant intelligemment à la formule.

Pour ma part, je ne suis pas devin, mais j'ai l'impression que l'économie se porterait mieux.

  1. Parce que les gens auraient les moyens de se lancer dans des aventures entrepreneuriales beaucoup plus facilement puisqu'ils auraient un filet de sécurité s'ils se plantent. Et Dieu sait si on se plante souvent en tant qu'entrepreneur.
  2. Parce que notre société serait beaucoup plus libre et tournée vers l'innovation dans la mesure où on n'aurait plus peur de l'innovation "qui-risque-de-mettre-en-péril-des-emplois", comme c'est souvent le cas aujourd'hui.
  3. Parce que beaucoup de gens créeraient. Oui, créer. Les gens se lanceraient dans leur passion, ce qui reste le meilleur moyen de créer de la qualité, qui est la base d'un bon équilibre économique.

« Mais il faut quand même mériter son salaire ! Ça ne va pas de recevoir de l'argent sans rien faire... »

Première remarque : la population totale en Belgique est de 11.035.948 personnes en 2012 (source). La population active, quant à elle, est en 2012 composée de 4.479.036 3, soit 40.5% de la population belge. Et les soixante pourcents restants sont en fait composés d'environ 30% qui vivent grâce à leur famille (enfants, étudiants, parents au foyer), 20% de rentiers (retraités, grosses fortunes) et 10% sont au chômage.

Actuellement, donc, 60% de la population ne mérite pas son salaire. Elle vit au crochet de la société.

Deuxième remarque : il faut sans doute faire la différence entre mériter son salaire et mériter de vivre. En effet, le revenu de base propose de donner à chacun afin de satisfaire ses besoins essentiels. Doit-on mériter de vivre ? Rien n'empêche, après le revenu de base, de compléter ses revenus par un salaire mérité que chacun voudra obtenir (ou pas) en fonction de ses propres choix.

« Qui va faire les boulots chiants, alors ? Plus personne ne voudra les faire ! »

L'exemple classique est celui de l'éboueur. Un sale travail que personne ne veut faire. Oui, mais s'il est très bien payé, je suis certain que beaucoup seraient très contents de le faire. Si on y met le prix, il y a toujours un volontaire. Cette phrase pourrait passer pour du libéralisme sauvage (et dangereux). Mais n'oublions pas que cette situation hypothétique diffère fondamentalement de notre situation actuelle : dans une société du revenu de base, c'est le travailleur qui offre son temps de main d'œuvre et ce n'est pas l'employeur qui offre du travail 4. Le travailleur n'a pas la corde au cou s'il ne travaille pas ; il est assuré de survivre. Cette situation renversée permettra, je l'espère, de trouver un équilibre différent de celui que nous connaissons.

De plus, un élément me semble essentiel à ajouter. C'est difficile à concevoir, mais d'après moi, ces boulots chiants sont amenés à disparaître. Tout simplement. En effet, aujourd'hui, le pas à franchir pour licencier des centaines d'éboueurs est immense. La pression politique est forte pour garder l'emploi. Donc, personne ne se risquerait à proposer une solution qui se passe d'éboueurs (un collecteur de poubelle géant, un hélicoptère automatique ramasse-poubelle, que sais-je...) : il se verrait confronté à un refus. Car politiquement, ça ne passerait pas. Du coup, personne ne veut risquer le coup financièrement.

CC by stanjourdan on Flickr (http://www.flickr.com/photos/stanjourdan/8525489347)

Revenu de base en Namibie

 Et quoi, trop facile ? Il n'y a pas d'autres arguments ?

Si, il y a encore beaucoup d'autres points très intéressants à discuter. Le revenu de base pose des questions difficiles. Elles ne sont pas aussi simples que les arguments bisounours donnés dans cet article. Je ne rentrerai donc pas dans leurs détails ici. Mais pour aiguiser votre curiosité, je vais en citer quelques-uns. Voici donc les vrais questions à se poser à propos du revenu de base :

Mais pour moi, le plus grand problème du revenu de base reste encore la transition. Comment peut-on passer de notre système à un autre, sans trop de heurts et de déséquilibre ? Dès que j'en saurai plus, je n'hésiterai pas à vous le faire savoir. 🙂


Photos:

 

Notes:

  1. Et au passage, 125.000 Suisses aussi, qui ont réussi à faire passer un référendum à ce sujet.
  2. D'ailleurs, voici une phrase véridique entendue dans le train par votre serviteur : « Non, moi je n'ai pas envie de télétravailler... je ne fais déjà rien au boulot, mais si en plus je suis chez moi, je ferais encore moins ! » Et donc ces gens-là sont respectables, mais les chômeurs non, c'est ça ?
  3. pour savoir d'où vient ce chiffre, j'ai additionné les trois tranches d'âge présentée dans la source : 335.006 (de 15 à 24 ans) + 3.009.606 (de 25 à 50 ans) + 1.134.422 (de 50 à 64)
  4. Je l'accorde, cette phrase est sujette à caution. Certains pensent en effet que le revenu de base précariserait l'emploi. Moi je crois qu'on peut l'éviter : tout dépend de la volonté politique lors de la mise en place de ce système...