Noël est passé, mais il vous reste quelques cadeaux à faire !

Noël est fini. Vous avez offert tous vos cadeaux. Mais ne pensez-vous pas qu'il faudrait encore en faire quelques autres ? À certains qui en ont encore bien besoin ?

Attention, dans cet article, il y a des appels aux dons !

Cadeaux de Noël par Alan Cleaver sur FlickrInternet : tout gratuit

« Avec Internet, tout est gratuit, c'est bien connu. Les gens ont pris l'habitude de ne rien payer. Et c'est bien pour ça que tout va mal : la presse périclite, les artistes ont faim et les petits commerces se meurent. La faute aux méchants téléchargeurs et aux inconscients qui achètent sur ebay ou Amazon. »

Avouez que c'est un discours que vous entendez souvent, voire que vous tenez vous-même. N'est-ce pas ? Qui n'a jamais vécu le cas de vouloir acheter une bédé dans un bon vieux marchand de bédés, et après en avoir essayé quatre « qui-ne-l'avaient-pas-mais-on-peut-commander-ça-arrivera-dans-10-jours », a fini par l'acheter sur Amazon (moins cher et livré chez soi le lendemain), non sans une certaine culpabilité ?

Internet : tout payant

Et la culpabilité fonctionne bien. C'est même là-dessus que beaucoup de monde joue pour vous obliger à payer. Un abonnement (qui « rétribue » les artistes), une taxe de solidarité (qui sera « redistribuée » aux industries en déclin), une cotisation de solidarité (pour être « solidaire » avec toutes les victimes d'Internet), des restrictions des droits d'utilisation (les DRM et leur pertinence), ou même des publicités (pour payer l'auteur « indépendant »), vous permettra de vous sentir moins coupable. « J'ai payé pour ce service, donc, c'est bon, je suis en ordre avec ma conscience. » Énormément de monde rentre dans ce système (vous aussi ?) et accepte de payer artificiellement plus cher pour un certain service online, tout en regrettant de voir disparaître les petits commerces à cause de ces services, justement.

Face à ce constat, une minorité de geeks — que j'appellerai « gentils extrémistes du libre » — tiennent un discours qui va à contre-sens de ce système. Ils réclament un internet libre et gratuit à tout vent. Ils encouragent le téléchargement illégal (tout simplement parce que l'offre légale n'offre pas les mêmes qualité, disponibilité, flexibilité et respect des droits du client). Ils s'offusquent de l'utilisation insensée qui est faite du copyright et des non-sens qui en résultent. Ils s'indignent qu'on puisse imposer une taxe qui redistribuera de l'argent à des gens qui n'en ont pas besoin et qui ne le méritent pas, etc.

Étant moi-même assez proche de penser cela, je ne peux pas leur donner tout à fait tort, et vous trouverez assez d'arguments sur Internet pour comprendre leur raisonnement (ici, ici et ici et voyez les liens dans l'article). Quant à moi, j'aimerais vous proposer une autre solution : ni tout gratuit, ni tout payant.

L'Internet du don... pas payant, mais pas gratuit.

À l'instar de Ploum qui présente son blog comme payant, mais avec un prix libre, j'aimerais vous encourager à donner. Oui, c'est étonnant, mais on peut aussi donner, plutôt que de se laisser imposer des taxes ou des abonnements inutiles et inefficaces. Le gros avantage du don est qu'il permet aussi de déculpabiliser, mais en plus, de décider soi-même où va son argent. Mais ce n'est pas toujours facile de savoir où et comment donner.

Alors voici quelques pistes de solutions pour vous, qui constitue d'après moi, une troisième voie intéressante.

(1) En cette période de fête, il est souvent de tradition de faire un don auprès des organisations humanitaires bien connues (UNICEF, WWF, MSF, Amnesty, Îles de paix, etc.) ou d'autres asbl moins humanitaires, mais tout aussi importantes (comme Les Scouts). Pour le belge moyen, c'est effectivement le dernier moment pour faire un don qu'il pourra déduire de ses impôts en juin prochain. Même dans la générosité, il n'y a pas de petits profits (je dis ça, mais je le fais aussi). Je ne peux que vous encourager à le faire. Après tout, c'est aussi un moyen de dire à l'état de donner de l'argent à ces ONG. N'hésitez pas à aussi soutenir des plus petites organisations que vous connaissez et qui valent la peine !

(2) Et si pour une fois, vous pensiez à faire un don égoïste (en plus des dons mentionnés ci-dessous qui restent importants) ? J'entends par là des dons à des organisations qui vous permettent, aujourd'hui, de surfer librement sur Internet. Des organisations qui, malgré les scandales récents de PRISM et consort, font en sorte que votre vie privée existe même sur internet. Des organismes qui militent pour vos droits et défendent la neutralité d'internet. Des associations qui prônent le partage du savoir. Que diriez-vous de faire des dons à

(3) Et comme bonne résolution pour l'année 2014, vous devriez essayer Flattr. Il s'agit d'un système de micro-paiement qui permet de donner de l'argent à tous les créateurs de contenus que vous voulez. Si vous estimez que vous payeriez bien 5€ par mois pour tout ce que vous lisez/voyez sur le net, vous payez 5€ par mois, pas plus. Et tout au long du mois, vous cliquez sur les boutons flattr du contenu que vous appréciez. À la fin du mois, vos 5€ seront répartis entre les créateurs que vous aurez flattré (voyez aussi quelques explications complémentaires). Idéal, non ?

Et si cet article vous a plu, pensez à le flattrer 🙂


Life companion - mes meilleures applications Android

Samsung a fait fort avec sa pub pour le Galaxy S4 : « Life Companion ». Ils n'ont pas tout à fait tort. Le smartphone est aujourd'hui un outil tellement utile et utilisé (mais parfois à tort) qu'on se sent tout nu quand on ne l'a pas. Mais le tout est encore de savoir l'utiliser correctement.

Moi, le meilleur moyen que j'ai pour découvrir de bons trucs et astuces, c'est généralement que les autres me les proposent. C'est sur cette base, d'ailleurs, que fonctionnent tous les réseaux sociaux actuels. C'est pourquoi, après avoir découvert quantités de bonnes applications ou de bons trucs sur beaucoup de blogs différents, je vais faire de même. Peut-être que ça aidera certaines personnes.

Le monde des apps

Le monde des apps

Je vous propose donc de passer en revue les principales applications que j'utilise sur mon smartphone Android. À chacun de voir ce qui lui convient après cela. Et n'hésitez pas à m'en proposer de nouvelles...

Je vous suggère une liste classée par type d'utilisation, à savoir : efficacité (Getting things done), lecture et détente, planning et agenda, réseaux sociaux et quelques outils divers, mais bien utiles.

Getting Things Done ou comment être efficace

Je suis un grand fan de la méthode getting things done (GTD) depuis quelques années déjà. Cette méthode d'organisation repose sur le principe qu'il vous faut un outil fiable, pratique et agréable (important) pour y mettre toutes vos tâches à faire et vous libérer l'esprit. Avec les concepts de « inbox » pour capter les choses à faire et l'aménagement de temps pour les classer et les effectuer, c'est tout une méthode qui se met en place, bardée de trucs et astuces simples et utiles (comme par exemple, de ne jamais écrire une tâche « aller faire changer les pneus de la voiture » mais plutôt différentes tâches, plus réduites et plus vite réalisées comme « trouver le numéro du garage » + « appeler le garage et prendre rendez-vous »).

Bref, je ne vais pas vous faire un cours entier sur getting things done. Mais il est important, dans cette méthode, de trouver des outils qui vous conviennent pour vous organiser, de manière que vous trouverez facile et agréable. Et depuis l'avènement des smartphones, GTD est d'autant plus intéressant car tout le monde peut avoir facilement tous les outils qu'il souhaite. Et même trop. C'est ici que l'expérience des autres est utile pour trouver la perle rare, que vous essayerez et que vous déciderez d'adopter si elle vous convient.

Moi, ce qui me convient, c'est une application sur mon smartphone, synchronisée avec un serveur auquel je peux aussi accéder depuis une interface web. Rien à faire : je préfère écrire avec un clavier. Mon smartphone est donc mon outil d'entrée (collecte des choses à faire) si je ne suis pas devant un ordinateur et mon outil d'exécution (consultation des choses à faire). La phase d'organisation, elle, est principalement faite devant un ordinateur.

Après avoir essayé beaucoup (vraiment beaucoup) d'applications qui correspondait à mes critères (dont les très connus remember the milk ou google tasks), mon choix s'est porté sur le duo Toodledo.com et Ultimate to-do list. Toodledo est un service web, à première vue assez laid, mais qui est customizable à souhait et qui colle bien avec la philosophie GTD. L'application Ultimate To-do list est du même acabit. Laide, mais très pratique et encore plus customisable. Personnellement, je n'ai pas hésité longtemps à acheter la version payante (moins de 3 euros dans mon souvenir).

Cette application permet énormément. Mais ce sont les fonctionnalités suivantes qui m'intéressent le plus :

  • utiliser, pour chaque tâches, des catégories, des statuts, des priorités, des dossiers, des contextes (rare !), date butoir, des rappels, etc.;
  • pouvoir afficher et donc filtrer facilement sur base des éléments cité ci-dessus ;
  • afficher un widget (dont le contenu et la taille est hautement customisable) sur votre écran ;
  • afficher un widget 1x1 pour facilement ajouter une tâche.
Aperçu d'une nouvelle tâche

On voit ici tous les champs liées à une tâche. D'autre sont encore possible mais c'est configurable et vous n'êtes pas obligé de les utiliser...

En complément de cette application, j'utilise également Google Keep pour collecter des éléments comme des photos, des liens, parfois une idée, que je dois traiter plus tard. Contrairement à Ultimate to-do list, Keep a l'énorme avantage d'être beaucoup plus user-friendly pour ces tâches-là et d'avoir un système de rappel simplifié (aujourd'hui/demain/2jours/une semaine - matin, midi, soir).

Pour prendre des notes, au sens très large, et archiver des informations qui n'ont pas besoin de rappels, ou qui ne sont pas vraiment des tâches, j'avais l'habitude d'utiliser l'excellent Catch, mais il n'est plus disponible depuis quelques mois. Je me suis mis à la recherche d'un équivalent et j'ai trouvé SpringPad, qui me plait beaucoup. C'est une sorte de Pinterest où on peut épingler, via une extension firefox ou chrome et via la fonction partage de votre smartphone, tout ce qu'on veut : liens, photos, texte, code-barres, etc. Le tout est organisé en notepads, il y a des couleurs, des images, c'est très joli et user-friendly. Moi, j'utilise SpringPad comme un carnet de notes très élaboré, mais il y a aussi une couche « sociale » qui permet de partager ou pas, selon les besoins et les envies. Très pratique pour se partager des infos dans un couple ou au sein d'une famille sans devoir s'envoyer des mails.

Enfin, pour la partie gestion des document, j'utilise un combo DropBox, Ubuntu One et (un peu) Google Drive. Comme j'utilise Ubuntu à la maison, je peux synchroniser DropBox et Ubuntu One sur mon disque dur et, bonus, j'ai fait un lien symbolique entre ces deux dossiers, ce qui fait que ce qui est sauvegardé sur l'un est sauvegardé sur l'autre. Du coup, c'est un système de back-up doublé dans le cloud. Moins de risque lié à un service qui ferme !

Lecture et détente

Le smartphone a ceci de génial que c'est une porte ouverte en continu vers un contenu riche et abondant. Le tout est de trouver les bons outils pour lire ce qu'on veut comme on veut. Je vous renvoie à cet article de Ploum pour vous aider à lire et gérer vos lectures intelligemment. Pour ma part, les outils que j'utilise sont les suivants :

  • Pocket : cette application (et service associé) permet de lire offline tous les articles que vous aurez préalablement choisis, en un click, depuis votre navigateur. Simple, facile, efficace. Seul bémol, pas moyen de flattrer depuis l'application...
  • IFTTT : ce site n'est pas une application, mais vous offre un service If This Then That -- Si ceci, alors cela. Par exemple, si Artimuses.be sort un nouvel article dans son flux RSS, alors place-le dans mon Pocket. Ou si une photo de moi est tagguée sur Facebook, alors télécharge-là dans mon Dropbox. Utile et puissant. Permet de ne pas utiliser un lecteur de flux RSS pour les blogs dont vous êtes sûr de vouloir tout lire (comme moi avec le blog d'un odieux connard, par exemple).
  • Feedly : malgré que certain annoncent la mort du flux RSS, je reste un très grand fan. Alors à la mort de Google Reader, j'ai basculé vers Feedly. Une application et une interface web qui permettent de gérer de manière agréable tous vos flux.
  • Google Play Livre : Il y aussi des livres ou des PDF que je veux pouvoir lire. Ceux-ci ne peuvent pas être enregistré dans Pocket ni dans Feedly. Du coup, il me faut aussi une application liseuse. Pour l'instant, j'utilise bêtement Google Play Livre. C'est facile et ça me permet de lire ce que je veux (il suffit de le télécharger depuis un navigateur pour l'avoir disponible sur le smartphone). Mais je sens qu'il faudrait que je me bouge pour trouver quelque chose de mieux.
  • 9gag : un site bête et méchant où on retrouve tous les mèmes et autres images inutiles mais drôles qui servent à combler un temps mort. L'application n'est qu'une couche d'adaptation du site pour les smartphones. Addictif.

Je vous passe les jeux car je n'arrive pas à m'y accrocher suffisamment pour que j'aie envie d'en conseiller.

Réseaux sociaux

Pour les réseaux sociaux, ce sont les classiques. Les applications originales sont généralement très bonnes et permettent quasiment tout. Comme je ne suis pas compliqué et que je ne gère pas plusieurs comptes d'un même réseau social, je me contente du simple. Google+, Facebook, Twitter, LinkedIn, FourSquare. Rien que les grands classiques.

Je suis aussi inscrit sur un réseau social de niche : Untappd (merci frangin). Il s'agit d'un Foursquare-like mais pour la bière. Vous ne checkez pas un lieu, mais la bière que vous buvez. Très sympa pour les amateurs comme moi. Je suis épaté comme toutes les bières s'y trouvent. Je ne l'ai pas encore prise en défaut, y compris avec une Rulles estivale, une Rodenbach Vintage édition 2011 (tonneau 95) — précis, hein ?! — ou une Steenuilke. Et même le petit Orval y est, alors qu'il n'est disponible que dans le restaurant de l'abbaye. Le seul problème, c'est que c'est évidemment très américain... J'ai débloqué le badge Belgian Holiday (niveau 6) car il considère que je suis en vacances en Belgique. L'application connait des sérieux bugs d'affichage (sur mon Galaxy), mais cela n'empêche pas son utilisation. Si vous vous connectez, vous me trouverez sous le pseudo nycolasy.

Planning et agenda

Notre monde est régit par le temps qui passe. Rendez-vous, heures, planning... Tout cela devient de plus en plus facilement gérable par nos smartphones et leurs applications. J'utilise plusieurs choses.

  • L'agenda de base de mon téléphone. Je préfère utiliser l'application native, bien intégrée, et qui communique convenablement avec mes agendas Google et Exchange (pour le boulot). Comme j'ai un Samsung, c'est une application relativement (quoique...) légère. En tout cas, comparé à mon ancien HTC, oui.
  • Un widget pour l'affichage (Agenda Widget by Anton) car les widgets de base n'affiche pas ce que je veux voir, comme je veux le voir. J'ai maintenant un widget de taille 3x3, avec une liste serrée des éléments à venir (je veux beaucoup d'info sur peu de place), les jours affichés comme « demain » ou « lundi » plutôt que « 31/10/2013 ».
  • Pour se déplacer aussi, beaucoup d'applications sont importantes afin de pouvoir gérer son temps. J'utilise donc Railtime, qui est quand même mieux fait que l'application de la SNCB, ainsi que les widgets BeTrains Liveboards qui permettent d'afficher le panneau d'information d'une gare. Ceux-là sont très précieux. Et puis il y a aussi l'application STIB, bien sûr. Mais l'intérêt est évidemment limité aux Bruxellois.

Outils divers

L'adage le dit, there is an app for that... Et en effet, le smartphone est un concentré d'outils. De manière évidente, il remplace déjà le téléphone, l'ordinateur, l'agenda, le bloc-notes, l'annuaire, le carnet d'adresses et le courrier. Mais il fait encore beaucoup plus ! Il peut aussi faire boussole, lampe de poche (avec Tiny Flash Light), livre de recette (avec Marmiton), encyclopédie (avec Wikipedia), lecteur de code-barres (avec Barcode Scanner), GPS (avec GPS Test), et même les fonctions d'une banque (la vôtre a sûrement une application)... Et ces fonctions étant encore assez classique, j'aimerais encore vous proposer les suivantes, qui le sont moins :

  • Pour ceux qui, comme moi, ont eu l'immense chance d'apprendre à calculer sur une machine à notation polonaise inverse, et en particulier avec la fantastique HP 32SII, je vous présente la calculatrice RPN Calculator, que je recommande vivement. Enfin une calculatrice utilisable !
  • Le smartphone devient un scanner ! Un petit coup d'appareil photo, un peu de recadrage et de traitement d'images et vous avez un magnifique PDF, scan de votre document papier. Je l'utilise très régulièrement. Après avoir découvert la fonction avec l'application fournie avec mon samsung (ScanMaster, gratuite), j'en ai testé quelques autres et j'ai fini par adopter Genius Scan, plus pratique, plus simple et plus puissant. J'ai même pris la version payante.
  • Notre vie numérique étant pleine de comptes, de profils et autre login, la gestion des mots de passe n'est pas chose aisée. Personnellement, j'utilise KeePassX (disponible sous Windows et Linux) qui chiffre, en sécurité (toujours relative), vos mots de passe et vous aide à en trouver des nouveaux, si nécessaire. Et le bonus, c'est que l'application Android existe aussi : KPassDroid qui vous permet donc d'avoir vos mots de passe avec vous. Indispensable.
  • En terme de dictionnaire de traduction, il en existe évidemment plein. Perso, j'en épingle un qui a la bonne idée d'être off-line (pas besoin d'être connecté pour consulter un dico). De plus, il permet de télécharger les dictionnaires qu'on veut (latin, néerlandais, anglais, le dico de l'académie, etc.) et la qualité des dicos proposés est vraiment acceptable, et en tout cas sans commune mesure avec un Google Translate (que je trouve très mauvais). Très pratique, c'est Offline Dictionnaries.
  • Les comptes entre amis sont parfois source de confusion pour ceux qui ne sont pas à l'aise avec les chiffres... Tricount vous apporte une solution facile pour les week-ends ou vacances entre amis.
  • Qui connaît la célèbre phrase « Allô, Madame Laurent ? Télé-secours à l'appareil ! » ? À peu près tous les belges (de plus de 20 ans), je pense. Si cette pub avait été faite à l'époque d'internet, elle aurait certainement donné lieu à un mème ! Et bien figurez-vous que Télé-Secours a aussi son application. À l'aide d'un bouton rouge ou vert, vous pouvez facilement envoyer un SMS pour alerter ou rassurer vos proches sur votre état de santé, avec votre position GPS. Nativement prévue pour iPhone, cette application n'est pas tout-à-fait adapté à Android et encore quelques défauts, mais je fais quand même un coup de pub car c'est un ami qui travaille chez TéléSecours. <PUB>Et au passage, si vous connaissez une personne âgée, la meilleure solution reste encore l'appareil TéléSecours complet </PUB>.

Performances sur smartphone

Un smartphone est un petit ordinateur. Il n'est donc pas inutile de veiller à ses performances et à bien l'utiliser. De plus, pour tous les fans de technologies, c'est un plaisir que de chercher la petite bête et de tout optimiser.

Après avoir suivi les conseils du Hollandais volant pour mieux utiliser votre batterie, je vous suggère encore d'utiliser GSam Battery Monitor (amplement suffisant en version gratuite) pour surveiller votre batterie (température, temps de charge) et les applications les plus gourmandes en ressources. Pour ma part, j'utilise aussi un widget (fourni avec mon Samsung) qui montre le nombre d'applications actives et qui, en un clic, permet d'accéder à la liste de celles-ci et les fermer, si besoin.

Pour le contrôle de votre utilisation des données, j'utilise l'excellent My Data Manager. Gratuite, cette application est hyper complète (gestion de l'abonnement data, du wifi et du roaming, listes des applications gourmandes), bien présentée (graphes, limites, statistiques, etc.) et discrète mais accessible (elle peut s'afficher dans la barre de notifications, ou seulement dans lorsqu'on la déroule — voir photo).

Screenshot de My Data Manager

Une présence discrète et élégante, à la demande.

Last but not least, la vitesse d'écriture sur un Smartphone n'est pas du tout optimale. Vous trouverez un tas d'argumentaires sur le net pour vous expliquer que l'AZERTY n'a aucune raison d'être, ni sur un ordinateur, ni sur smartphone. Bref, sur les conseils de Ploum, j'ai aussi essayé autre chose : MessagEase. MessagEase est un clavier de substitution et le principe est simple. Au lieu d'avoir la trentaine de minuscule touche du clavier azerty, vous en avez neuf principales, avec les lettres les plus courantes (en français : A, N, I, U, O R, T, E, S). Il suffit d'appuyer sur ces boutons pour entrer ces lettres. Tous les autres signes (les autres lettres, mais aussi la ponctuation, les lettres accentuées, les caractères spéciaux) sont accessibles non pas en appuyant sur le bouton, mais en glissant, depuis un des neuf boutons principaux, dans une direction déterminée. Voyez la vidéo pour mieux comprendre. D'emblée, cela vous donné un accès direct à potentiellement 81 signes (9x9). Il faut évidemment un petit temps d'adaptation pour connaître la place de ces touches (et vous avez un petit jeu pour cela, mais vous pouvez prendre tout autre application d'entraînement, comme Fast Type ou autre), mais une fois cela fait, c'est un vrai plaisir à utiliser. N'oublier pas d'installer aussi les listes de mots en anglais, français ou néerlandais. Les points négatifs de cette solution : (1) les réglages sont très peu clairs et pour le moins rébarbatifs (mais assez complet) et (2) j'ai installé plusieurs dictionnaires (EN, FR, NL), mais je ne sais toujours pas comment passer facilement de l'un à l'autre, sachant que j'envoie des SMS aussi bien en FR qu'en NL...

Un point positif autre que la vitesse et la facilité, c'était la tête du revendeur Mobistar quand il a voulu modifier un réglage de mon téléphone et qu'il ne savait pas du tout quoi faire... Priceless. 🙂

Quelques regrets ?

Oui. L'application Flattr ne fait pas son boulot. J'ai installé l'application, mais il n'y a pas moyen de se connecter. J'ai contacté l'équipe, sans réponse. Dommage car j'aime beaucoup le principe de flattr (description ici ou ici). Et vous pouvez d'ailleurs me flattrer en cliquant sur l'icône Flattr en bas ou en haut de cet article, si vous avez apprécié l'article.

SmartphoneJ'espère que vous aurez découvert au moins une application que vous ne connaissiez pas et qui vous sera utile 🙂


Photos:

 

Le changement, c'est maintenant. Et pour toujours.

La société, dans son ensemble, évolue. C'est évident. Et c'est aussi un lieu commun de dire que cette évolution va de plus en plus vite.

Evolution

Depuis que je suis petit, j'en ai conscience car, déjà en primaire, nous apprenions les différentes périodes de l'Histoire. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les longueurs de ces périodes sont de plus en plus courtes ? Préhistoire : 4 millions d'années. Antiquité : 3500 ans. Moyen-âge : 1000 ans. Renaissance : 300 ans. Je me suis toujours demandé jusqu'où cela irait... Y aura-t-il un jour où une période historique sera de 10 ans ? Un an ? Un jour ? Ou bien cela n'aura tout simplement plus de sens ?

Histoire, par Docteur Saint James, on Wikipedia

Les périodes de l'Histoire

Moi, je vois un lien avec une courbe exponentielle qui exprime l'évolution de la société humaine en fonction du temps. Combien de temps faut-il à l'humanité pour faire une étape d'évolution (pour autant que celle-ci soit quantifiable) ? Si on met le temps sur l'abscisse (axe des x) et l'évolution sur l'ordonnée (axe des y), on voit qu'il faut beaucoup de temps au début et de moins en moins avec le temps... À première vue, ça colle bien avec une exponentielle : l'augmentation de l'évolution est bien proportionnelle au niveau de l'évolution.

Si je vous parle de cela aujourd'hui, c'est parce que j'ai l'impression que nous sommes une génération charnière. Je pense que nous sommes à l'abscisse zéro de cette exponentielle de l'évolution. Au moment précis 1 où on passe d'une évolution lente à une évolution rapide.

Fonction exponentielle

Fonction exponentielle

Bien évidemment, on me rétorquera que ça n'a aucun sens et que cela dépend du point de vue... et celui qu'on prend aujourd'hui est forcément subjectif ou arbitraire. Tout comme l'abscisse zéro d'une exponentielle ! Mais lisez d'abord mes observations avant de dire que c'est faux.

Au bon vieux temps

Je suis peut-être trompé par la perception que j'ai de l'Histoire, mais auparavant, les évolutions de société étaient lentes en ce sens que la façon dont les gens vivaient ne changait que très peu avec le temps. Qu'on me comprenne bien : les gens vivaient des choses très différentes (une invasion barbare, une guerre, la chute d'un empire, etc. ne se présentent qu'une fois) mais de la même manière que leurs parents et leurs enfants. La morale, les techniques, les mœurs, tout cela changeait peu et lentement.

J'imagine en l'an 800, que les quelques centaines de millions d'hommes sur terre vivaient, à peu de choses près, la même vie que leurs parents, leurs grands-parents et même leurs arrières-grand-parents. De temps à autre, un événement arrivait (un couronnement impérial, un 25 décembre, par exemple, ou une invasion et un pillage) et cela modifiait les histoires qu'on se racontait autour du feu. Pour le reste, calme plat. La saison arrive et il faut bien semer. Changer est une chose qui n'est pas envisageable.

En 1900, je pense qu'un ouvrier s'attendait à avoir le même style de vie que son père, mais espérait quand même vivre mieux que son grand-père. Mais attention, si changement il y a, il doit être minime, pratique et ne pas remettre en question la manière de vivre et la morale. « Une machine à couper le pain chez la boulangère ? Ça c'est bien une invention pour les femmes paresseuses qui ne le font plus elles-mêmes ! » (véridique). De manière générale, c'est bien l'évolution technique qui peut être acceptée à condition qu'il n'y ait pas d'impact sur la morale.

En 1945, les adultes savaient que leurs enfants auraient une vie différente de la leur. Le progrès était en marche et le rêve américain annonçait la société de consommation. Mais ces mêmes adultes ont quand même éduqué leurs enfants comme leurs parents les avaient éduqués. Comment auraient-ils pu faire autrement ? Les changements n'étaient pas encore les bienvenus. « Une femme qui devient institutrice, OK. Mais de là à faire des études universitaires, faut pas pousser. » Les baby-boomers ont peut-être été la première génération a ne pas recevoir une éducation qui les formait pour la vie qu'ils allaient avoir...

En 1980, nos parents (les baby-boomers) sont également les premiers à se rendre compte qu'ils ne peuvent pas nous éduquer comme le faisaient leurs parents. Changement radical. Ils ont dû s'adapter à une nouvelle donne. La société qui les a élevés n'est pas celle dans laquelle ils vivent. Cette évolution, et le changement en général, est alors perçu comme une fatalité à laquelle il faut bien faire face. Ils essayent de faire au mieux.

Aujourd'hui

Depuis 2000, nous sommes devenus de (jeunes) adultes. L'évolution technique et morale sur la période de notre adolescence est énorme. À 30 ans, le monde que nous connaissons n'est plus le même que celui de notre enfance. Et la perception même du changement évolue aussi.

La flexibilité est reine.

On ne parlait pas du téléphone portable quand j'avais 10 ans. À 20 ans, j'en avais un et j'étais presque un des dernier parmi mes amis. Cela a radicalement changé notre manière de concevoir nos interactions et notre organisation. Quand j'étais petit, je recevais une invitation pour un anniversaire une semaine à l'avance, avec tous les détails (heure d'arrivée, de départ, modalités, etc.). Aujourd'hui, on planifie un souper entre amis trois mois à l'avance (parce que l'agenda est full), mais on organise les détails une heure avant (rendez-vous à 18h30 à tel endroit). La flexibilité est reine.

La remise en question est permanente.

J'ai été aux mouvements de jeunesse et j'y vivais des activités sans jamais me poser de questions sur ce que j'y faisais. Quand j'ai grandi et que je suis devenu animateur, on m'a appris à toujours tout remettre en question. « On fait comme ça parce qu'on a toujours fait comme ça » est devenue à mes yeux la pire justification qu'on puisse donner. Au contraire, il faut repenser les jeux, l'organisation du camp, la manière de faire l'intendance, les totémisations... N'accepter une tradition que si elle a (encore) du sens. La remise en question est permanente. Au point que cette question m'a aujourd'hui poussé à ne pas accepter le système politique dans lequel nous vivons, sous prétexte que c'est celui qu'on a hérité des grands démocrates du XVIIIe siècle. Le mouvement pirate est bien ancré dans cette évolution.

Le changement est perçu comme bénéfique

À notre tour, nous éduquons. Comme je l'ai dit, nos parents ont dû adapter l'éducation qu'ils voulaient donner, contraints de le faire par un monde différent de celui dans lequel ils sont nés. Nous, nous adaptons notre éducation, mais nous sommes consentants. En éducation comme ailleurs, nous aimons le changement, que nous voyons comme porteur de nouvelles idées, d'ouverture et de renouvellement. Bref, d'amélioration.

Évidemment, tout n'est pas positif dans cette accélération. Les défauts d'une société mouvante sont nombreux. Ils vont de la (sur)consommation (il faut bien suivre l'évolution technologique...) à la perte de repère en passant par le stress lié à la rapidité ou à la désorganisation.

Sommes-nous devenus une « génération du changement » pour qui l'évolution est naturelle, contrairement aux générations précédentes ? La génération qui n'essaye plus de faire des barrages contre le courant, mais qui essaye de s'adapter à ce courant du changement ? J'ai tendance à le croire. Nous ne méritons ni gloire ni mérite pour cela. Nous ne sommes pas meilleurs. Nous envisageons les choses autrement et nous avons d'autres qualités que nos aïeux, plus adaptées à notre époque,... et certainement d'autres défauts, aussi.

Mais nous sommes nés à ce moment de l'Histoire, où, paradoxalement, le changement devient la norme. Je trouve cela passionnant car cela ouvre des portes pour l'avenir. En être conscient permet d'espérer beaucoup ! Et de se mettre au boulot en ayant en tête que ce changement n'est encore qu'un début...

2013.10.15-Bane2


Photos

  • Evolution by possan CC-BY-2.0 on Wikimedia
  • Histoire, par Docteur Saint James, on Wikipedia (domaine publique)
  • Fonction exponentielle par Shaoren, sur Wikimedia (Creative Commons)

Notes:

  1. Bon, « précis »... sur l'échelle de l'histoire humaine, « précis » peut signifier quelques dizaines d'années.

Copier, c'est voler ? Faux ! Utilisez le point Falkvinge !

Dans mon post précédent, j'ai fournit la traduction d'un article de Rick Falkvinge sur l'ineptie qui consiste à dire que « copier, c'est voler ».

Un des commentaires à la fin de l'article m'incite à le prolonger avec d'autres informations. En effet, cet article s'adressait peut-être avant tout à ceux qui connaissent déjà la problématique du droit d'auteur et l'impact qu'ils peuvent avoir sur nos libertés. Une petite mise en contexte est peut-être nécessaire pour les autres.

Copy copy copy by David Goehring on Flickr (http://www.flickr.com/photos/carbonnyc/3063453222/)

C'est débile, cette argumentation !

On pourrait facilement croire que cette argumentation qui consiste à séparer la copie du vol, c'est du pipeau... c'est jouer sur les mots. Et c'est vrai que finalement, c'est de la rhétorique. C'est une question de définition. Mais jusqu'à preuve du contraire, ce sont les mots qui font les arguments et ce sont les arguments qui font avancer le débat. Et comme c'est le débat qui fait avancer la société, ... je trouve que ça vaut la peine.

Retour en arrière

Il y a 20 ans, cela ne posait de problème à personne qu'on enregistre les chansons qui passaient à la radio. L'enregistreur VHS était aussi courant dans une famille que la télé qui se plaçait dessus. Et personne ne trouvait aberrant d'enregistrer son émission. Et de fait, il n'y avait rien d'illégal là-dedans (les diffuseurs payent en effet les droits pour).

Aujourd'hui, dès que quelqu'un parle d'une copie, il devient à tout jamais un méchant pirate qui affame les artistes. Le copieur est désormais considéré comme un criminel. Parce que oui, aujourd'hui, tout le monde pense que faire une copie, c'est criminel. Au point que dans les écoles, les professeurs ne se passent plus les préparations de cours entre eux car ils ont l'impression que « quelqu'un profite d'eux », qu'on « leur vole leur travail » (véridique). Vous voyez jusqu'où ça va ? ...Alors que c'est faux ? Toutes les copies ne sont pas criminelles...

Que s'est il passé en 20 ans ?

Voyant que les copies, illégales ou non, étaient de plus en plus faciles à produire et à partager, le tout pour un prix de plus en plus bas et une qualité toujours meilleure, les puissants intermédiaires de la production artistique (artistico-commerciale, devrais-je dire) ont tout mis en place pour imposer à tout le monde l'image du copieur-voleur, pour juguler cette prolifération de copies qui, pensent-ils 1, met à mal leur monopole. À grand renfort de campagnes publicitaires (comme cette vidéo que vous voyez au début de tous vos DVD), ils ont insufflé dans nos esprits l'amalgame qui dit que copier c'est mal.

♦ Vous notez quand même que ce message, sur le plan juridique, est faux ?! ♦

Cette technique est évidemment très avantageuse pour eux. Voler, c'est mal, tout le monde le sait. C'est un message simple, cela ne se discute pas. Et un « voleur » est facilement décrédibilisé face aux ayant-droits. Cet amalgame copieur-voleur est donc l'outil parfait, à la fois pour faire culpabiliser le public 2 et pour empêcher de parler du fond du problème.

Defining Piracy by John Lester on Flickr (http://www.flickr.com/photos/pathfinderlinden/5458147415/)

Le problème comme le dit Rick dans son article, est que ce n'est pas vrai, démonstration à l'appui. Ce message est faux et il faut le combattre. Non pas pour justifier la copie illégale. Mais bien pour recentrer, voire même commencer, un vrai débat.

Le droit d'auteur, un sujet à débattre ?

Si on parle de la copie dans son contexte, c'est-à-dire celui du droit d'auteur, il devient en effet possible d'en débattre. On ouvre la discussion au lieu de la fermer. Parce que oui, le droit d'auteur est un sujet à débattre...

Tenez, pour vous donner une idée : ça vous semblerait tellement absurde que Tintin fasse partie du patrimoine culturel de la Belgique ? Vous n'avez pas l'impression qu'un monument de la chanson comme Jacques Brel fait partie de notre histoire ? Et bien dans les deux cas, on en est très, très loin. Voyez [1] et [2].

Qu'on soit bien clair : je pense sincèrement que tout travail mérite salaire. Et tout artiste doit pouvoir vivre de son activité. C'est évident. Mais toutes les copies ne sont pas mauvaises (point de vue moral, donc) et toutes les copies ne sont pas illégales (point de vue juridique, donc). Mais si on peut parler du droit d'auteur (et droits voisins) sans recevoir un argument fallacieux comme « tu copies, donc tu es un voleur, donc criminel, donc tu as tort et le débat est clos », alors on pourra aborder des questions qui me semblent essentielles et surtout plus constructives, comme :

  • Toutes les copies ne sont pas illégales (non, elles ne sont pas du vol). Comment faire en sorte que nos droits (de consommateur culturel) soient respectés et pas seulement ceux des ayant-droits ? Un juste équilibre est à trouver...
  • Quel est le sens de la durée (70 ans !!!) de protection des droits d'auteur ?
  • Pourquoi des ayant-droits se permettent-ils de mettre des verrous sur le support de l'œuvre ? Car en effet, cela limite nos libertés (celle de la copie privée, celle de l'utilisation du support comme on l'entend 3)
  • Pourquoi le système des droits d'auteur rétribue principalement le distributeur (parfois jusqu'à 95%) et non pas l'artiste ? Dans un monde connecté comme le nôtre, quelle est sa valeur ajoutée, à cet intermédiaire ? À quoi sert-il ?

Donc, oui, je pense que l'article de Rick est très important. Il a du sens. Et ce n'est pas pour soutenir de méchants pirates qui affament les artistes. Les questions citées ci-dessus ne sont pas celles d'un ado qui veut juste télécharger la dernière série à la mode... Il s'agit ici de nos libertés. Et de la culture.

La première chose à faire est de susciter la réflexion. Et pour que la réflexion ait lieu, il faut impérativement que le message « copier, c'est voler » soit combattu comme il se doit.

Le point Falkvinge, le nouveau point Godwin du débat sur la copie

Aussi, je vous propose de désormais utiliser le concept du point Godwin, appliqué à ce genre de discussion... que nous pourrions appeler le point Falkvinge. Dans un débat, atteindre le point Falkvinge revient dès lors à signifier à son interlocuteur qu'il vient de se discréditer en invoquant l'argument fallacieux qui dit que « copier, c'est voler ». En effet cet argument ad hominem n'est basé sur rien de solide, comme démontré par Rick dans son article. 🙂

NB : Une adaptation en anglais de ce dernier paragraphe se trouve ici.


 

Notes:

  1. Puisqu'il est prouvé que c'est plus tôt l'effet inverse, voyez ici : http://korben.info/piratage-vente-albums.html
  2. Voyez la deuxième étape du deil décrit par Ploum ici
  3. Saviez-vous que certains DVD ne peuvent pas être lus sous Linux ? Comment cette discrimination est-elle permise ?

Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

Cet article est une traduction d'un texte écrit par Rick Falkvinge sur son site Falkvinge on Infopolicy. L'article original, en anglais, est : Talking back lessons : retorts to "Copying is stealing". La traduction étant par définition une trahison, je vous indique entre parenthèse certains mots anglais pour mieux saisir le sens original.

Pour mieux comprendre cet article, si vous n'avez pas l'habitude de parler du droit d'auteur, j'ai également fait un article complémentaire, pour expliquer le contexte.

2013.08.19-CDDans une série d'articles sur mon blog Falkvinge on Infopolicy, j'ai désormais l'intention de donner des réponses aux mensonges les plus dérangeants répétés à l'envi par les spécialistes du droit d'auteur qui soutiennent ce monopole artificiel. J'ai décidé de le faire car je vois passer des montagnes de foutaises écrites dans certains fils de discussion, et celles-ci restent incontestées (en : unchallenged) et sans réponses, ce qui est très dangereux. Comme je le dis dans mon livre Swarmwise, il est capital, pour sauvegarder nos libertés à long-terme, que de fausses affirmations soient corrigées immédiatement et avec force, dès qu'elles apparaissent.

Aujourd'hui, nous discuterons de l'affirmation « Copier, c'est voler », qui est encore tellement courante. Elle devrait être morte et enterrée depuis au moins quinze ans, mais ce n'est pas le cas. Voici trois exemples pour contrer cet argument. Adaptez-les, traduisez-les et utilisez-les dès qu'elle apparait dans des discussions comme celle-ci sur Reddit.

Il ne faut pas se satisfaire d'une réponse à une fausse affirmation et il faut compter sur les gens qui pensent de manière logique. Une fausse affirmation doit être attaquée avec force (en : hammered) en montrant en quoi elle s'oppose à nos libertés ; il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, mais d'un bras de fer. Il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de montrer que nous avons raison, comme je l'explique dans Swarmwise — c'est ça qui forme la réalité et le futur.

Aujourd'hui, donc, on s'occupe de l'ineptie « Copier c'est voler » (en : copying is stealing). Ne laissez jamais une phrase pareille sans réagir... Voici trois exemples de réponses que vous pouvez utiliser. Copiez-les, remixez-les et adaptez-les à votre manière de parler et à votre situation.

Affirmation fausse : « copier, c'est voler. »

Réponse 1 : Non, pas du tout. Si copier était équivalent à voler, nous n'aurions pas besoin des lois sur les droits d'auteur (en : copyright monopoly laws), puisque les lois sur la propriété suffiraient. Ce sont ces dernières qui définissent le vol. Mais il existe des lois distinctes pour les droits d'auteur et le « vol » n'y est pas défini. Par conséquent, il est évident que ce n'est pas du vol ; ni légal, ni moral, ni économique. Par contre, il s'agit bel et bien d'une infraction aux lois sur les droits d'auteur (et leur monopole) — mais c'est quelque chose de complètement différent. Il s'agit d'une violation d'un monopole privé sanctionnée par l'autorité. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 2 : Non, pas du tout. Personne ne vole rien en copiant. Ils produisent leur propre copie en utilisant leurs propres biens. La différence est très importante et si nous voulons un débat constructif, vous devriez appeler les choses par leur nom. Il s'agit ici de produire sans autorisation des ayant-droits, aussi appelés détenteurs des droits exclusifs (et donc monopolistiques). Personne n'est lésé d'une possession dans ce cas, alors que c'est précisément ça qui définit le vol. Ici, un objet est copié et non pas volé. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 3 : Non, pas du tout. Produire sa propre copie en utilisant son propre matériel (son ordinateur, sa mémoire, son réseau) n'est absolument pas équivalent à voler... ni logiquement, ni légalement, ni moralement, ni économiquement, ni philosophiquement. Le débat est passé outre cet argument il y a déjà 15 ans. Essayer de le ressortir aujourd'hui est un non-sens. Si vous voulez vérifier, vous devriez regarder dans un livre de droit. Dans tous ces livres, vous trouverez toujours des chapitres différents pour aborder la propriété et le droit d'auteur. Et seule la violation des droits de propriété définit un vol.

Affirmation fausse qui pourrait suivre : « ...mais ils font perdre de l'argent à X et donc c'est du vol. »

Exemple de réponse : Que X perde de l'argent, c'est peut-être sujet à débat, mais ce n'est pas la discussion ici. Tout le monde fait perdre de l'argent à quelqu'un par ses actions (cuisiner au lieu d'aller au resto, nettoyer sa maison au lieu de payer une femme de ménage). Voler est strictement défini comme le fait de s'approprier indûment, avec ou sans violence, le bien d'autrui, dans le cadre de la législation sur la propriété (lien wikipedia). Et le droit d'auteur n'est pas régi par cette législation-là. Il n'y a pas d'autre définition légale, morale ou populaire du vol. Par contre, vous utilisez le vocable « ils volent » (avec tout son sens juridique) pour dire « ce qu'ils font est mal ». En faisant cela, non seulement vous mentez et vous les calomniez, mais en plus vous vous trompez sur ce que vous vouliez dire, puisque le partage de la culture et de la connaissance est un bienfait pour la société et pour vos semblables.

Prenez ces réponses, utilisez-les ! Il y en aura d'autres à venir dans un futur proche.

Les primes

CC by piotr on Flickr (http://www.flickr.com/photos/mamnaimie/6947576458/)Donc, une fois de plus, quelqu'un se plaint de l'administration et leur organisation kafkaïenne. Cette fois, c'est mon tour. Mon histoire n'est pas la pire. C'est juste pour vous raconter...

L'année passée, avant l'hiver, j'ai fait isoler par l'extérieur un mur de ma maison. Pour cela, la région wallonne (pardon, la Wallonie) octroie des primes. Je fais donc une demande.

Comme je vis au XXIe siècle, que j'aime les arbres, que je ne tiens pas particulièrement à donner de l'argent à BPost et que je souhaite gagner du temps,  j'ai suivi l'option « faire votre demande en ligne ». Logique. Je suis donc la démarche, remplis toutes les petites cases en ligne. Vlà-t-y-pas qu'à la fin, on me demande de... bien vouloir imprimer le PDF généré et de l'envoyer par la poste. %#§$*% Quoi !? 1 Sans rire. Je me suis donc amusé à vérifier mes cookies ; je me suis créé un compte sur le portail ; j'ai stressé à chaque clic sur étape suivante (de peur que quelque chose foire) ; je suis revenu en arrière trois fois en découvrant à la huitième étape que je devais répondre autre chose à la troisième ; j'ai re-stressé à chaque fois que je cliquais à nouveau sur étape suivante pour revenir à la huitième étape... Tout ça pour quoi ? Pour épargner un peu d'encre à mon bic 2.

J'y suis malgré tout parvenu. J'ai imprimé le document. Enfin, les documents. Parce qu'ils me redemandaient un document (de 30 pages) que je leur avais déjà donné en 2010 pour d'autres primes. No comment. Et j'ai tout envoyé, fier d'avoir vaincu Kafka. Nous étions début décembre.

Début janvier, j'ai reçu un accusé de réception. Ils avaient reçu ma demande fin décembre. Très bien. Je croyais que tout roulait.

Mi-juillet (six mois après l'accusé de réception, quasiment sept après mon envoi), je reçois un courrier disant que mon dossier est incomplet. Six mois après. Six mois, juste pour vérifier des documents. Soit, je considérerai qu'ils ont reçu beaucoup de demande de primes. Je me penche sur le contenu : que manque-t-il ?

  • l'annexe technique originale signée par l'entrepreneur. Hé oui, j'ai eu le malheur de fonctionner de manière efficace : j'avais donc reçu de mon entrepreneur le document par mail. Je l'ai imprimé et mis dans le dossier, mais ce n'est pas suffisant. Ils veulent recevoir de l'encre de bic, pas de l'encre d'une imprimante... Ils veulent l'original, pour voir la signature de l'entrepreneur.
  • un document quelconque permettant de voir les qualités techniques du produit utilisé. Ce n'était pas demandé. Mais visiblement, mon entrepreneur doit avoir utilisé un matériau exotique qu'ils ne connaissant pas. Du Cantillana DP160. Je dois probablement être le premier en Wallonie à utiliser cela (c'est évidemment ironique, c'est un produit extrêmement courant, d'un producteur connu). D'un autre côté, une simple requête Google donne les infos souhaitées.
  • Le devis. Ce n'était pas demandé non plus, mais visiblement, la facture finale ne suffit pas.

Voilà où j'en suis. Je recontacte donc mon entrepreneur pour lui demander de m'envoyer, par la poste, le papier complété. Je vais imprimer une page trouvée avec Google. Et je vais imprimer le devis. Non, ils ne me feront pas abandonner. Je l'aurai cette prime.

Ce blog se veut cependant constructif. Raconter, c'est bien, mais que peut-on en retirer ? Au moins une conclusion pour mieux comprendre le monde ?

Première hypothèse : l'administration se perd dans les méandres de la bureaucratie. Déjà cité deux fois, Kafka en parlait déjà il y a longtemps. Dans ce cas-ci, cela signifierait que les règlements et autres instructions sont tellement complexes que les fonctionnaires sont obligés de les suivre à la lettre, sans jamais se poser une question sur le sens de ce qu'ils font. Surtout, ne pas comprendre le contenu et s'arrêter à la forme. Évidemment, j'en entends certains, heureux de casser du fonctionnaire, qui clameront à l'envi que c'est de cela qu'il s'agit.

J'ai quand même du mal à me dire que ce genre de choses est possible. Je n'imagine pas comment un type qui doit faire ça toute sa carrière ne se suicide pas. J'ai donc une autre hypothèse, pas plus agréable : l'administration met tout en œuvre pour décourager les gens de demander des primes. Bonne manière de réduire les dépenses. Notons au passage que ce sont les gens lettrés, capables de comprendre une lettre de l'administration, qui ne se laisseront pas démonter. Un comble quand il s'agit de primes.


Notes:

  1. J'ai presque envie de dire « non mais allô, quoi !? »
  2. J'ai cru comprendre, en parcourant le portail énergie de la Wallonie que, pour les demandes de primes 2013, la démarche en ligne, est vraiment en ligne. À vérifier.

La robotique tue l'emploi... décidément, tout le monde le dit.

Vous vous rappelez mon article sur les robots et l'avenir du travail (intitulé « Robotique, emploi et modèle social : le point de départ d'une réflexion sur le revenu de base ») ? J'y expliquais mon point de vue sur l'avenir du travail.

En très résumé, j'y écris que les robots tuent l'emploi. Ce n'est pas en soi négatif. Mais par ailleurs, toute notre économie et notre vie est basée sur l'emploi. Et c'est là que ça devient problématique. Comment peut-on garder un équilibre avec d'un côté, un besoin d'emploi et de l'autre, un progrès qui les supprime ? Et le point de départ de ma réflexion était la sortie de Baxter, un robot créé par ReThinkRobotics qui apporte son lot de nouveauté. Je l'avais qualifié de technologie disruptive.

J'ai été très agréablement étonné, l'autre jour, quand j'ai vu passé un autre article, publié sur le site très connu Wired, qui aborde le même sujet, en parlant du même robot (l'article est anglais est ici et une adaptation en français se trouve ici). Et j'ai constaté que l'auteur, Kevin Kelly, abonde dans mon sens en confirmant que Baxter est disruptif. Lui va beaucoup plus loin que moi à ce sujet et considère que « d'ici la fin du siècle 70% des emplois actuels seront probablement remplacés par l'automatisation ». Bien sûr, lui ne parle pas du revenu de base, ce n'est pas son propos.

Baxter de ReThinkRobotics

Baxter de ReThinkRobotics

Cet article me donne en fait l'occasion d'approfondir une question qui, par contre, nous divise. Dans mon article précédent, j'explique que je ne crois plus au paradigme selon lequel l'évolution et le progrès remplacent des emplois mais en créent au moins autant. L'automatisation n'augmente donc pas le chômage en proposant de nouveaux emplois (programmation, entretien, développement, etc.). Kevin Kelly, par contre, reste convaincu que oui.

La différence, je pense, est qu'il vit dans un monde technophile. Dans ce monde, c'est vrai que le progrès apporte des emplois. Des emplois hautement qualifiés et bien payés, mais limités. Mais pour le reste ? Ceux qui ne sont pas qualifiés ? Il a le bon sens de comparer les révolutions ensemble. Lui-même le dit : « Two hundred years ago, 70 percent of American workers lived on the farm. Today automation has eliminated all but 1 percent of their jobs, replacing them (and their work animals) with machines. But the displaced workers did not sit idle. Instead, automation created hundreds of millions of jobs in entirely new fields. 1 ». Pétri d'optimisme, il suppose que ce sera pareil à l'avenir...

CC by Jiuguang Wang on Wikimdeia (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Nao_humanoid_robot.jpg)

Allez, un peu d'optimisme !

Je ne pense pas comme lui (même si je suis optimiste). Car, comme je le disais dans mon article :

Jusqu’à présent, dans l’histoire humaine, ces deux tendances contradictoires [l'automatisation tueuse d'emploi et le besoin d'emploi pour faire tourner l'économie] se sont équilibrées l’une l’autre. Au début, ce fût grâce aux effets de la croissance démographique : un paysan qui pouvait labourer plus avec son nouveau cheval avait aussi de plus en plus de bouches à nourrir. Ensuite, on a rajouté une couche avec la société de consommation : il faut produire une auto pour chaque famille... et puis on explique qu’il faut deux autos... et les renouveler tous les cinq ans.

Ce sont les deux révolutions industrielles qui ont veillé à ce qu'on puisse affirmer ce que je disais en intro : l’automatisation adoucit le labeur mais crée des nouveaux emplois en contre-partie. Aujourd'hui, la révolution internet ne suffit plus à cette croissance.

Et depuis la parution de mon article précédent, je suis tombé sur d'autres sources, souvent des économistes, qui confirment mon propos, chiffres à l'appui. C'est donc pour moi l'occasion de taper sur le clou. À ce sujet, je vous engage à lire l'article suivant « Où va l’économie numérique ? (1/3) : Vers une innovation sans emplois ? ». Vous y trouverez, à la dernière section intitulée Une innovation sans emplois, une conclusion pertinente ainsi que de nombreuses sources intéressantes qui abondent dans le même sens. C'est donc un complément à mon article précédent 🙂

Je m'en voudrais de terminer cet article sans une touche d'optimisme. Si l'automatisation et les nouvelles technologies menace l'emploi, ce n'est pas forcément négatif. Et comme je veux éviter un raisonnement fallacieux qui condamne d'emblée le progrès, mon message sera surtout celui-ci :

Si le progrès met à mal nos emplois et donc notre économie... Ce n'est pas forcément le progrès qui est mauvais. Ne devons-nous pas aussi remettre en cause notre économie, et donc notre monde basé sur le plein emploi pour tous ?

Début de réponse dans mon autre article...

EDIT Octobre 2014 : plusieurs articles paraissent encore régulièrement à ce sujet, les voici :

CC by sylvar on Flickr (http://www.flickr.com/photos/sylvar/3119015160/)

...ou pas...


Photos :

 

Notes:

  1. Traduction : « Il y a deux cents ans, 70% des travailleurs Américains travaillaient à la ferme. Aujourd'hui, l'automatisation a tout réduit ce nombre à 1%, remplaçant leur travail (et celui de leurs animaux) par des machines. Mais ces travailleurs ne sont pas restés inactif. Au lieu de cela, l'automatisation a créé des centaines de millions d'emplois intéressants dans des nouveaux secteurs. »

Les barrières artificielles

Vous savez ce qui m'énerve beaucoup en ce moment ? Si vous avez lu le titre, vous le savez déjà... les barrières artificielles. J'entends par là tout moyen mis en œuvre par un fournisseur ou une institution en vue de maintenir son client ou son usager captif, afin de sauvegarder son bénéfice ou ses intérêts alors même que d'autres solutions seraient plus efficaces et rentables pour tout le monde.

J'illustre avec un exemple.

Hier soir, je profitais de la chaleur de l'été après l'orage pour déguster un Cornetto. Rien à dire sur le produit, fidèle à lui-même, délicieux. Mais je fus étonné par l'emballage. Il était mis, en gros, et dans toutes les langues : « Ne peut être vendu à l'unité. »

Un emballage de Cornetto

Un emballage de Cornetto

Étonnant, non ? Pourquoi cette précision sur un tel produit ? On a plutôt l'habitude d'y trouver des images alléchantes, des mentions « encore méga plus de chocolat hyper chocolaté » ou autres phrases destinées à tenter le gourmand (que je suis). Visiblement, chez Ola, ils ont peur que des vendeurs vendent ce produit, leur produit ! Après réflexion, je ne vois qu'une seule explication possible. Un producteur de glace dispose probablement de deux réseaux de distribution de leurs produits : un pour les grandes surfaces et un pour les petits vendeurs (vendeurs de glaces, restaurants, cafés, tea-rooms, etc.). Et, visiblement, ils mettent une barrière artificielle entre ces deux réseaux — ce message d'interdiction, donc —  pour que des petits vendeurs n'aillent pas se fournir chez Colruyt ou Carrefour. Je trouve cela interpellant.

À quoi ai-je pensé en voyant cela ?

(Celles et ceux qui n'aiment pas les formules peuvent passer à la section suivante 1.)

Imaginons donc que vous achetiez un cornet glacé, de la marque Lao dans une petite hutte de glace sur la digue à Oostende, tenu par Tino (parce que tous les bons glaciers portent un nom italien, c'est bien connu). En simplifiant, le prix comprend :

  • dans le cas du réseau « petit vendeur » : le prix de production du cornet (Prod) + le prix de la logistique du réseau « petit vendeur » de Lao (Log_{PV}) 2 + les frais de Tino(F_{T}) + le bénéfice de Tino (B_{T1})
  • dans le cas du réseau « grandes surfaces » : le prix de production (Prod) + le prix de la logistique du réseau « grandes surfaces » de Lao (Log_{GS}) 3 + les frais de la grande surface (que nous appellerons) Colfour (F_{C}) 4 + les frais de Tino (F_{T}) + le bénéfice de Tino (B_{T2})

Si je suppose que le prix de vente final au client étant le même (ce sera dans les deux cas environ 2€), on obtient l'égalité suivante (voyez les hypothèses en notes de bas de page 5) :

Prod+Log_{PV}+F_{T}+B_{T1} =Prod+Log_{GS}+F_{C}+F_{T}+B_{T2}

et, en simplifiant,

 Log_{PV}+B_{T1} =Log_{GS}+F_{C}+B_{T2}

.

Et comme je suppose qu'il est plus intéressant pour Tino d'aller se fournir chez Colfour (sinon, pourquoi ce message sur le cornet glacé ?), ceci signifie que B_{T1} < B_{T2} et donc, on obtient :

 Log_{PV} > Log_{GS}+F_{C}

.

Et ça, c'est inquiétant.

Conclusion de l'exemple

Si j'interprète bien le message sur le cornet (tout vient de là), cela signifie que le réseau de distribution « petit vendeur » de Lao (le producteur) coûte plus cher (et est donc moins efficace) que le réseau de distribution « grandes surfaces » plus tous les frais de Colfour (la grande surface) !

Et sachant que la vente à perte est encore interdite en Belgique 6, ceci signifie que personne n'y perd des plumes dans les deux cas. D'un point de vue de la société, les deux modèles sont donc acceptables. Le bénéfice, lui, se déplace soit chez Lao (le producteur), soit chez Tino (le vendeur) 7. Et en soi, il n'y a rien qui dit que l'un le mérite plus que l'autre 8. Sauf que diminuer le prix de revient du cornet pour Tino est le seul espoir pour que Tino, qui vend au particulier, puisse aussi baisser son prix et rendre le cornet glacé plus accessible à tous (car le cornet glacé est un bien essentiel pour la vie, vous en conviendrez). Pour le bien de la société, j'ai donc tendance à préférer que le prix de revient du cornet soit le plus bas (et donc le plus efficace possible).

Mais... dans le cas de la distribution en grandes surfaces, les bénéfices sont certainement limités (pour Lao et pour Colfour) car il s'agit typiquement d'un produit d'appel. Le producteur, même s'il fournit les grandes surfaces, préfère donc continuer à avoir son deuxième réseau de petit vendeur, vraisemblablement plus lucratif pour lui. Il décide donc de mettre cette barrière artificielle pour sauvegarder son bénéfice, même si ce n'est pas le plus efficace pour tout le monde. Et ça, ça m'énerve. C'est compréhensible, mais ça m'énerve.

Mon raisonnement tient-il la route ?

Évidemment, ceci n'est que pure spéculation. Il s'agit d'une réflexion personnelle sur ma terrasse hier soir en mangeant un Cornetto (qui, je le répète, m'a bien goûté). Je n'ai pas d'infos précises sur le cas exposé ici. Et je suis ouvert à ce que des gens mieux informés que moi viennent m'expliquer les détails du système de distribution des cornets glacés.

Par ailleurs, j'aimerais aussi connaître la validité juridique d'un tel message (avis aux avocats qui me liraient). Est-ce légal ? Pourquoi un vendeur ne pourrait-il pas acheter son stock chez Colruyt ou Carrefour (ce que beaucoup font déjà) ? Imaginez une unité scoute ou une école qui vend des friskos à sa fête annuelle ? Interdit aussi ? Et puis quoi encore !? Ou alors il s'agit uniquement d'une mesure psychologique pour faire croire qu'on ne peut pas... et mettre le vendeur mal à l'aise face à son client qui voit ce message ?

Bunny escape CC by http://www.flickr.com/photos/jnyemb/4680191073/

Doit-on rester derrière ces barrières ?

L'exemple de la librairie

N'empêche, si pensé à tout ce raisonnement, c'est aussi parce que je connais d'autres exemples.

Lorsque j'étais étudiant, j'ai travaillé dans une librairie qui vend des livres scolaires. Le prix des dictionnaires était fixé par le distributeur (prix d'achat et prix de vente du libraire). Et il se trouve que pendant la rentrée, les grandes surfaces vendaient, aux particuliers, ces mêmes dictionnaires pour un prix inférieur au prix d'achat du libraire ! C'était un produit d'appel pour les courses de la rentrée... Autant vous dire qu'on ne s'est pas gêné, avec l'équipe, pour aller acheter des charrettes entières de dictionnaires pour refaire les stocks à moindre coût. Est-ce choquant ? Je ne trouve pas. Est-ce illégal ? Je ne pense pas.

D'autres exemples

Et en fait, des barrières artificielles, il y en a énormément. Un des plus connus par les geeks est évidemment le Vendor Lock-in, souvent dans le cas des logiciels (ou des cartouches d'imprimantes, etc.).

Mais en y pensant, n'est-ce pas aussi ce que font les distributeurs de musique en obligeant ses clients à payer à eux ce que les artistes produisent alors que les frais de distribution sont nuls sur un réseau ? (Voyez à ce sujet l'excellent article de Ploum)

...Ou ce que font les partis politiques en utilisant la méthode Imperiali aux élections ?

...Ou ce que font les gouvernements quand ils censurent un pan entier d'Internet à sa population (on pense évidemment aux méchant, comme la Chine ou l'Iran, mais aussi au Royaume-Uni...) ?

...Ou ce que fait un opérateur télécom en bridant l'accès à Internet de ces clients pour uniquement promouvoir les sites qui lui rapporte ?

...Ou ce que fait Monsanto en vendant des semences qu'il est interdit de replanter ? Juste pour qu'on leur rachète des semences...

Je vous encourage tous, chers lecteurs, à chercher ces « barrières artificielles » dans les situations polémiques. D'après moi, cela fournit une excellente grille de lecture pour évaluer une situation où quelqu'un se prétend floué. Y a-t-il oui ou non une barrière ? Est-elle artificielle ? Si oui, il y a des chances qu'on entrave clairement, arbitrairement, et parfois gravement, la liberté de certaines personnes.

Après, la défense de la liberté est un choix politique. Certains s'en contrefoutent. Moi, je suis pour. I'm a Pirate.

CC by Macinate on http://www.flickr.com/photos/macinate/2082583800/


Notes:

  1. Les autres apprécieront le plugin LaTeX pour WordPress que je viens d'installer.
  2. Le bénéfice de Lao est compris dans ce prix
  3. Le bénéfice de Lao est compris dans ce prix
  4. Le bénéfice de Colfour est compris dans ce prix
  5. Je considère que le prix de production est le même dans les deux cas, et les frais de Tino également (c'est-à-dire prendre sa camionette et aller se fournir chez Colfour ou un grossiste). Le bénéfice de Tino, lui, est différent. Les bénéfices du Lao ou de Colfour varient, bien sûr, mais est compris dans les termes Logistique qui sont différents.
  6. Mais peut-être plus pour longtemps puisque la Cour européenne de Justice a estimé que ceci était en contradiction avec la législation européenne — voir ici
  7. Comme expliqué plus loin, je considère que le bénéfice des grandes surface est quasi-nul sur la vente de ce produit précis.
  8. Je refuse en effet les arguments du genre : « c'est un entrepreneur, donc un gentil, qui se bat avec une grosse entreprise, qui est donc forcément méchante ». Non, les gros ne sont pas toujours méchants.

Quand les banques se comparent à Facebook...

Il y a quelques jours, la publicité illustrée ci-dessous s'affichait dans les rues de nos villes, en même temps que toute une série de variantes. Celles-ci proclamaient, par exemple, qu'on pouvait « télécharger l'app partout », qu'elle « se trouvait entre Facebook et Spotify » à l'aide de multiples références au monde des smartphones.

Publicité Hello Bank

Publicité Hello Bank!

Rien de bien grave, donc : c'est juste un nouveau compte chez BNP Paribas Fortis (quel nom, je vous jure). Il a ceci d'original qu'il est orienté mobile. C'est à la mode. D'après une rapide lecture de leur site promotionnel, il s'agit d'un compte tout-à-fait normal. Mais au lieu de s'inscrire dans une banque (ce qu'on faisait depuis toujours) ou sur un site web (ce qu'on faisait depuis environ 5 ans), il s'agit cette fois de s'inscrire via une application smartphone ou tablette. That's it.

Pour bien faire la pub de cette nouvelle approche, ou plutôt de ce nouvel outil, les références pleuvent pour bien situer le produit dans le monde mobile des smartphones et des tablettes, comme expliqué en début de cet article. Compréhensible et logique.

Toutefois, une de ces pubs me chiffonnent un peu. C'est évidemment celle qui illustre cet article. Il y est dit : « Combien coûte un compte Hello Bank! ? Rien, comme votre compte facebook. »

Remarque typographique liminaire

Alors première chose, avec cette affiche, nos amis typographes et autres graphistes auront frisé la crise cardiaque (moi-même dont l'arrière-grand-père était imprimeur, j'ai mal) en voyant un mot, directement suivi d'un point d'exclamation, lui-même suivi d'une espace 1, suivie d'un point d'interrogation (« Bank! ? »). Alors qu'en toute logique, il faudrait un mot, suivi d'une espace, suivi d'un point d'interrogation (« Bank ? »), ou d'un point d'exlamation (« Bank ! »). Ou à la rigueur, des deux à la fois (« Bank !? »). C'est l'inconvénient de la prolifération des marques avec des éléments de ponctuation inclus 2. Passons. Tout le monde n'a pas la typographie et l'accentuation des capitales (et pas seulement des majuscules) comme passion.

Un compte en banque pour publier des photos de lolcats ?

Mais surtout, ce qui m'a frappé, c'est le fait qu'une banque — c'est-à-dire une institution respectable qui doit gérer votre argent en toute confiance (on ne rigole pas, là dans le fond) — se retrouve à se comparer à Facebook.

Premièrement, ça ne fait pas sérieux. Facebook est une plateforme de contacts, d'échange et de partage de vidéos de chats mignons/énervants/drôles (biffez les mentions inutiles). J'espère que cette banque compte faire autre chose avec l'argent qui lui sera confié.

Ensuite, ont-ils vraiment réfléchi à l'image de Facebook ? La première chose qui me vient à l'esprit, à moi, quand on me parle de Facebook, c'est : beaucoup de blabla superficiel et des problèmes de respect de la vie privée. Une banque a-t-elle vraiment envie de se comparer à ça ? J'avoue ne pas comprendre.

Enfin, dans notre monde de plus en plus numérique et connecté, c'est devenu un lieu commun de dire « Si un service est gratuit pour le public, c'est que c'est le public le produit ! » C'est aussi le message que vous nous faire passer cette banque ?

Certes, je m'efforce de faire partie de ceux qui exercent leur esprit critique. L'image de Facebook est donc peut-être différente chez moi que chez le cœur de cible de cette campagne... Quoique, en y réfléchissant bien, ce cœur de cible doit probablement être le groupe des 20-35 ans hyper connectés qui ont smartphone et tablette. Bref, des gens un peu comme moi (même si je n'ai pas de tablette).

Sérieusement

Avec un peu de recul, j'imagine que les responsables de la banque, ou plus probablement les responsables créatifs de la campagne, se seront posé ces questions. Et vraisemblablement, la conclusion de leurs réflexions a été de conclure que non, l'image de Facebook n'est pas mauvaise, au contraire. J'imagine facilement l'explication d'un créatif (genre le roman 99 francs) : « Oui, mais vous comprenez, cette marque possède intrinsèquement une connotation hyper positive, surtout auprès du public jeune.Son potentiel d'attachement est énoôorme parce qu'elle incarne la connexion, l'instantané et le plaisir... On ne peut pas passer à côté d'un atout pareil en terme d'image. »

Et finalement, c'est sans doute là que ça me fait mal. Certes Facebook n'incarne pas le mal absolu et ne représente pas tous les dangers. C'est même sans doute une sacrée invention, il faut le reconnaître. Mais de là à le prendre comme valeur de référence pour une banque ou pour un compte... Il y a de la marge ! Et pourtant, force est de constater que c'est le cas. Facebook est devenu la référence ultime (j'en avais déjà parlé, indirectement, ici).

Et j'avais juste envie de vous le faire remarquer, histoire d'en être conscient et d'y réfléchir. Est-ce ce type de modèle que nous voulons ?

Notes:

  1. Oui, une espace, au féminin. C'est expliqué ici.
  2. Notons au passage que le nom « Hello Bank! » ne respecte donc pas les règles de typographies françaises, qui auraient exigés une espace entre « Bank » et « ! »

La fonction politique est un monopole soumis à l'effet Streisand

Ce week-end était organisé dans ma commune un accueil pour les nouveau-nés. Jeune parent, j’étais invité. Après avoir reçu un beau nounours aux couleurs de Braine-l’Alleud, j’ai aussi eu l‘occasion de discuter, à peu près une heure, avec mon bourgmestre 1, M. Scourneau. Après avoir posé une question presque anodine, il a fait le rapprochement entre mon nom et « le pirate » qui s’est présenté aux élections provinciales en 2012. C’est donc lui qui m’a dit : « Vous avez cinq minutes ? Il faut que vous m'expliquiez un peu cette histoire de pirates... »

Malheureusement, contrairement à lui, je ne suis pas un homme politique rôdé, qui a le sens de la formule. Je suis en effet très réfléchi et je dis rarement quelque chose sans en être sûr. J'écoute, surtout. Résultat : les arguments construits que je peux opposer aux siens ne viennent qu’après la fin de la discussion. Je ne suis décidément pas prêt à être politicien.

Du coup, je me suis dit qu’il serait intéressant de restructurer mes arguments sur ce blog. Une fois écrit, je les aurai mieux en tête pour la prochaine fois et, qui sait, ça pourra servir à d’autres. Je ne relaterai pas ici l’ensemble des idées échangées, mais je reviens sur une, qui m’a particulièrement marqué. Je la résume ainsi : d'après mon bourgmestre, ...

...le métier d’homme politique n’est pas différent d’un autre. On fait confiance à son médecin ou à son garagiste, il en va de même pour le bourgmestre. On n’a pas besoin de comprendre toute la chimie du médicament que donne le médecin ; on ne comprend pas toute la mécanique que répare le garagiste ; et de même, le citoyen n’a pas besoin d’avoir accès à toute l’information sur les activités politiques au sein de sa commune.

Il y a des informations délicates, qui seraient mal comprises si elles étaient divulguées. L’essentiel est finalement le résultat : le médicament soigne, la voiture roule et la commune est bien gérée.

De toute façon, très peu de gens s'intéressent à ces informations. Seul compte le résultat.

J'ai parfois l'impression que le monde politique est obligé de donner le bâton pour se faire battre, contrairement aux autres professions.

La citation n'est pas exacte mot pour mot, mais j'espère avoir retranscrit, sans la trahir, sa pensée. Et voici ce que moi j’aurais du dire, si mon cerveau pouvait avoir la répartie un peu plus rapide.

Non, je n'ai pas confiance en mon garagiste, ni mon médecin.

Je ne suis déjà pas d'accord de dire que j'ai, a priori, confiance en mon médecin ou mon garagiste. En ce qui me concerne, ma confiance n’est disponible pour quelqu’un qu’à travers le filtre de mon esprit critique et de mes choix.

Si vous ne comprenez pas ce que fait votre garagiste, vous êtes libre de suivre des cours de mécanique et comprendre ce qu’il fait. Si vous voulez connaître ce qui se passe dans les molécules de votre corps quand vous prenez le médicament prescrit, vous êtes libre de vous former en chimie. Mais, je l'accorde, il y a mieux à faire que de passer son temps à vérifier ce que font les autres, juste pour être sûr que c'est juste.

...mais c’est possible. Et dans une moindre mesure, c’est même de plus en plus courant. Et bien oui. Moi, par exemple, je suis extrêmement critique vis-à-vis des médecins (je sais, c’est à la mode 2). Et je ne fais confiance qu’à ceux qui, par leurs explications, leurs raisonnements et leurs questions me montrent que je peux avoir confiance en eux. Mon esprit critique fonctionne quand je suis chez un médecin. Je n’ai pas le temps de tout savoir, mais je veux en savoir assez que pour être sûr que le médecin fait le bon choix. Dieu merci, mon médecin de famille, très capables, écoute mes questions et y répond. Si elle ne le faisait pas, je ne resterais pas chez elle.

Pour mon garagiste, par contre, je suis nettement moins regardant. Je me contente du résultat, puisque je ne paye pas les réparations et que, dans mon cas, je juge une panne peu impactante (et j’accepte le risque). Chacun se positionnera comme il le souhaite vis-à-vis de chacun des corps de métier.

Mais en politique, je suis regardant. Je veux savoir. Je veux comprendre. Et, oui, c'est « à la mode ». Mais plus qu'une mode, c'est une lame de fond qui arrive avec l'éducation et les nouvelles technologies (je vous ai déjà parlé des pirates ?). Et voici pourquoi j'ai le droit et pourquoi il est nécessaire d'avoir accès à cette information et pourquoi les institutions politiques devraient faire en sorte que les citoyens y aient véritablement accès.

La fonction politique n’a pas de prix

Votre garagiste, vous le payez pour faire ce que vous voulez. Si vous ne voulez pas réparer votre roue ou votre essuie-glace, c’est votre choix. Pareil chez le médecin : vous n’êtes pas obligé de vous faire soigner votre rhume et vous pouvez choisir des médicaments plus cher, mais sans effets secondaires 3.

Pour la politique, c’est fondamentalement différent. Vous ne payez pas un politicien pour qu’il fasse une action de votre choix. Il a un mandat, il est indépendant et il est rémunéré pour vivre et prendre des actions pour le bien de la société, pas pour faire ce que vous voulez 4.

Alors si une action (directive, loi, règlement, décret) est prise, qu’elle vous concerne et que vous n’avez pas de moyen pour l’influencer... la moindre des choses est que vous puissiez la comprendre. Connaître les raisons, les tenants et les aboutissants et l’historique de cette décision est essentiel. Au moins par respect de celui qui doit la respecter, la mettre en œuvre ou éventuellement la subir.

La fonction politique est un monopole

Si vous n’êtes pas satisfait de votre garagiste ou de votre médecin, vous pouvez en changer. Vous êtes libre 5. Vous êtes également libre de payer plus cher pour un garagiste agréé ou un médecin « reconnu ». Ou moins cher pour un gars qui réparera votre jante en alliage à coups de marteau (cas vécu), ou un charlatan qui vous prescrira le mauvais médicament.

Dans notre société, votre choix dépendra de votre esprit critique et de vos moyens. Mais pas de votre situation géographique (si on fait l’hypothèse d’atomicité des garagistes et des médecins).

L’homme politique, lui, est imposé. En fonction de quoi ? De l’endroit où vous habitez. Uniquement. Certes, vous donnez votre avis aux élections. Mais, primo, cela ne dépend pas que de vous (et votre poids est même minime, quoiqu’essentiel). Et secundo, vous ne pouvez pas en changer avant les prochaines élections.

Public domain by ScooterSE on Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:US_Deluxe_Monopoly_Tokens.jpgAlors oui, la fonction politique est un monopole. Et les monopoles, chez nous, on les régule (enfin, normalement) pour le bien des citoyens et de la société en général. Mais pour bien réguler, il est nécessaire de savoir, de vérifier et donc d'accéder aux informations. Et il serait malsain (et inutile) que ce contrôle soit effectué en interne, ou par des gens qui pourraient y trouver un conflit d'intérêt. Ceci exclut d'emblée tous les hommes et femmes politiques liés à une majorité.

L'information délicate

Quant à l'information délicate qu'il vaut mieux ne pas divulguer, c'est un faux problème, d'après moi. Soit il s'agit effectivement d'une information qu'il ne faut pas divulguer pour de bonnes raisons (par exemple, certaines étapes de passation d'un marché publique, pour des raisons d'égalité des candidats et de saine concurrence, doivent être confidentielles), et alors, il suffit de donner la raison. Les gens peuvent comprendre. Ils ne sont pas idiots.

Soit il s'agit d'une information gênante, auquel cas ce n'est pas une raison pour la cacher. De toute façon, la société évolue vers une acceptation des erreurs... Oui, figurez-vous que les gens apprennent à pardonner.

Je vous étonne, là, non ?

Je précise ma pensée : la foule ne pardonne pas... mais elle peut accepter. Il suffit de comprendre l'effet Streisand, qui est de plus en plus courant : si vous essayez de cacher ou de censurer une information sur Internet, vous prenez le risque de voir cette information diffusée en masse. Par contre, et les community managers commencent à le savoir, en cas de problème, il faut impérativement reconnaître l'erreur et la corriger au plus vite si on veut éviter le scandale et la diabolisation du fautif. C'est aussi vrai en politique, même si le phénomène n'est pas encore aussi important. Mais ça arrive.

http://knowyourmeme.com/memes/streisand-effect

La photo à l'origine de l'effet Streisand

Conclusion : si vous avez une information gênante pour vous, diffusez-la quand même. Simplement, honnêtement. Et corrigez le tir si nécessaire, pour quand même éviter qu'on vous lynche (c'est là l'intérêt). Et si cette info est gênante uniquement parce qu'elle peut être mal comprise, expliquez-la. Oui, c'est chiant de devoir tout expliquer, mais on vit dans une société de communication, il va falloir vous y faire. Je ne dis pas que c'est bien. Mais c'est un constat auquel on n'échappera pas.

Par contre, si l'info est gênante parce que vous êtes malhonnête, alors oui, évidemment, vous préférerez la cacher. Mais alors vous n'empêcherez pas les gens de se poser des questions et de vous soupçonner. Et de finalement découvrir le problème.

Laisser la possibilité

Alors, oui, c'est un fait, peu de gens iront voir cette information. Intéresser les gens à la politique n'est pas chose aisée. Mon bourgmestre s'en plaint, et je le comprends. Néanmoins, il est obligatoire que le citoyen ait la possibilité de se renseigner, s'il le désire. Comme je l'ai montré plus haut, au moins par respect (puisqu'il doit se soumettre aux décisions de la chose publique) et par nécessité (pour éviter les abus liés au monopole de la fonction politique). Bref, il faut laisser la possibilité aux whistleblowers, les tireurs d'alarmes, de faire leur travail.

CC by  FALHakaFalLi on Fotopedia - http://www.fotopedia.com/items/flickr-3354824268

Cette exigence de transparence peut effectivement faire croire qu'on n'aime pas les politiciens, qu'on leur cherche des poux, qu'on n'est pas aussi compréhensif qu'avec un médecin ou un garagiste. Mais il n'en est rien. Je préfère continuer sur la lancée et comparer à une autre profession : joueur de foot. Un match ne se déroule pas sans whistleblower (au sens propre, cette fois, les "souffleurs dans le sifflet"). Et effectivement, les attaquants se feront plus souvent siffler que le gardien... C'est un fait. La faute fait partie du jeu quand on attaque (sauf si elle est intentionnelle, alors carton rouge). Ce n'est pas une raison pour bander les yeux de l'arbitre et lui cacher la faute...

L'attaquant doit accepter de se faire siffler ou bien il doit retourner au vestiaire sans jouer.


Photos:

Notes:

  1. Si des Français me lisent, le bourgmestre d'une commune en est le maire.
  2. Mais après en avoir consulté plusieurs qui donnent des avis différents sur un même problème, force est de constater qu'il faut prendre du recul. Le patient doit aujourd'hui être partie prenante du diagnostic. Ouh, ça ne va pas plaire aux médecins qui me lisent...
  3. Le cas du médecin est quand même particulier car la santé étant considérée comme un bien commun, chacun peut recevoir des aides pour veiller à ce que ce choix ne se fasse pas trop au détriment de la santé
  4. Vous noterez que je me suis abstenu, dans ce paragraphe, de faire des blagues pleines de sous-entendus sur, respectivement, les passe-droits (cf. le mandat), la particratie (cf. l'indépendance) et la corruption (cf. le bien de la société). Ce fut difficile.
  5. dans les limites d’une économie de marché, pour le meilleur ou pour le pire