Je vous hais - Lettre ouverte aux partis politiques

Cet article est une version hargneuse d'un message qui pourrait être beaucoup plus posé et constructif. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Masked protester holding Molotov Cocktails seen during clashes in Ukraine, Kyiv. Events of February 18, 2014. -- CC-BY-SA-3.0 by Mstyslav Chernov, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Masked_protester_holding_Molotov_Cocktails_seen_during_clashes_in_Ukraine,_Kyiv._Events_of_February_18,_2014.jpg)Je ne crois pas aux partis. Je n'aime pas les partis. J'ai trop vu ce qu'ils apportent de mauvais dans notre société. J'ai trop souvent été témoin de leurs coups tordus, leurs bassesses. Si je me lâchais, je pourrai rabaisser une multitude de belles insultes, bien vulgaires et méchantes, au rang de simple épithète pour partis politiques. Ce que nous utilisons comme vocabulaire pour faire mal, pour injurier, pour traîner nos ennemis dans la boue, les partis belges s'en drapent, du haut de leur pouvoir, comme si de rien n'était : « On dit que je suis électoraliste ? Népotiste ? Corrompu ? Populiste ? M'en fous, car je suis au pouvoir. J'ai le pouvoir »

D'où vient cette haine que j'ai pour ces structures pourries que sont les partis ? Je ne suis qu'un simple citoyen qui lit la presse, certes avec un œil critique, mais quand même... Je crois que mon problème est que je suis idéaliste. J'aspire à un monde meilleur. J'espère « laisser le monde un peu meilleur que quand je l'ai reçu 1 ». Et un idéaliste, c'est visiblement ce qui est le plus éloigné des organisations politiques et de leurs calculs électoraux.

Mais qu'est-ce que cette chose ignoble qu'est un parti politique ?

Normalement, un parti, c'est un ensemble de gens qui partagent des idées et qui souhaitent les mettre en œuvre en étant élus. Aujourd'hui en Belgique, un parti est une structure forte et hyper hiérarchique dont le but est d'obtenir plus de pouvoir de manière à assurer son avenir. Le parti vit pour lui-même, par lui-même. Par la confiscation du pouvoir, il veille à sa propre survie. Les idées avancées ne sont plus qu'une couverture pour faire croire aux derniers des crédules que le parti se bat pour leur bien. Les partis sont, dit-on, institutionnalisés.

En fait, la Belgique est surtout devenue une particratie. Voilà, le vilain mot est lâché. Oui, je pense qu'on vit en particratie. Oui, je trouve cela dramatique. Et c'est pour cela que je hais les partis politiques. Et qu'on ne vienne m'accuser de populisme. Non, ce n'est pas populiste de dire cela, figurez-vous. Même les politologues et hommes politiques le disent. M. Francis Delpérée, sénateur : « Les formations politiques s'approprient volontiers une part des prérogatives citoyennes [...] c'est la particratie 2. » Ou encore M. Jean Faniel, directeur du bien connu CRISP : « la Belgique demeure[...] une particratie, au détriment des parlementaires 3. » Le drame, c'est que ça n'émeut personne ! Comment peut-on dire cela et que ça ne provoque pas un tollé ? Et quand moi je le dis, je serais populiste ? Bande d'aveugles ! Se rend-on seulement compte de ce que cela signifie ?

Vision pessimiste, cruelle et populiste ? Je ne pense pas. Car ce que je dis dans cet article avec dégoût et colère, se retrouve aussi dans n'importe quel journal. Je sais, j'en lis chaque semaine. Et quasiment à chaque fois, je lis des révélations choquantes, grosses comme des maisons, qui prouvent que les partis sont des choses nuisibles pour la société. Et chaque semaine, les journalistes en parlent comme de la chose la plus normale. Moi, ça me désespère. Alors je vous contacte un petit florilège des raisons pour lesquelles je hais les partis.

Avec un peu de recul et de réflexion, il devient évident que le comportement des partis est inadmissible. Non, ce qu'on lit dans les journaux n'est pas normal.

1. Le but d'un parti n'est pas de représenter le peuple ou de promouvoir des idées, mais de gagner une élection.

Si à l'origine, le parti servait à faire avancer des idées, en groupant ensemble des gens qui souhaitaient la même chose, force est de constater qu'aujourd'hui, les idées ainsi que la volonté de représenter le peuple n'est plus à l'ordre du jour. On peut lire le politologue Nicolas Braygaert 4 : « La particratie, telle que nous l'expérimentons neutralise de facto tout leadership susceptible d'imprimer un cap politique ambitieux ». Quant à moi, deux points me font dire que les partis ne travaillent plus sur leurs idées, mais seulement sur leur image.

Tout d'abord, l'affligeante vacuité des slogans électoraux et des messages politiques. Ils sont en effet construits dans un but publicitaire, pour capter de l'audimat. Ce qu'il y a derrière importe finalement très peu. Résultat : c'est à peu près tous les mêmes messages... légèrement orienté pour bien coller à l'image qu'on veut donner pour séduire. « Plus d'emploi, moins d'impôts, plus de solidarité, moins d'insécurité » ; « Je suis pour les centres sportifs. » ; « Je suis pour que les jeunes ait un emploi à 20 ans. » ; « Je suis pour qu'on vive tous heureux. » Je ne sais pas si je dois les traiter de bisounours ou d'enfoirés.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe. Ça vaut une publicité pour Cap'tain Igloo.

Ensuite, vous remarquerez que les idées politiques n'ont plus leur place pendant les élections. Vous ne nierez pas qu'aujourd'hui, on parle plus de stratégies électorales, d'offensive médiatique, d'image et de storytelling que d'idées. Même les journalistes ne s'arrêtent plus que rarement aux idées développées par un parti, ou par un candidat (et certainement pas au-delà du slogan). À un mois et demi des élections, ils parlent surtout des jeux de stratégie et des rôles des présidents de partis (exemples ici et ici). Qui sera tête de liste ? Quelle machine à voix tirera/poussera la liste ? Quelle stratégie adopter ?  Quand lâcher des infos compromettantes pour les autres ? À quel moment faut-il lâcher telle information ? Et l'intérêt des citoyens, hein !? On en fait quoi, bandes de coprolithes politiciens !? Je sais que les slogans creux sont plus rentables pour vous que les débats de fond, mais c'est aussi votre rôle d'être pédagogique !

Le résultat d'une élection c'est ceci : le parti qui fait la meilleure campagne gagne le pouvoir. Alors que moi j'aimerais que ce soit : le candidat qui a les meilleures idées et qui est le plus efficace est élu représentant du peuple. La nuance est grande, très grande.

2. Le parti politique se fout de l'avis de l'électeur.

L'avis de l'électeur ? Rien à foutre. Le respect du résultat des urnes ? Et puis quoi encore !? L'homme politique est un pion au service de son parti et de son président. Un panneau publicitaire pour attirer le chaland. Rien de plus. Si le citoyen élit quelqu'un à une fonction, cela ne signifie absolument pas que cet élu siégera (exemple ici). Car, in fine, c'est la stratégie du parti qui importe !

Pour preuve, je vous soumets ici un tableau synoptique qui analyse les fonctions exercées par deux mandataires politiques bien connus — MM. Di Rupo et Demotte 5 — en fonction du résultat des élections.

Ce tableau présente différentes colonnes :
-a- les années
-b- les élections qui se sont tenues cette année-là
-c- le résultat des urnes
-d- les colonnes E, F, R, C, respectivement pour les niveaux Européen, Fédéral, Régional et Communal.
-e- les fonctions exercées.
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Les colonnes E, F, R et C indiquent :
(1) en couleur vive, les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau, après avoir été élu
(2) en couleur pastel, les années où le candidat n'a pas exercé de fonction à ce niveau, alors qu'il a été élu
(3) une croix pour les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau alors qu'il n'a pas été élu.
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Les données de ces tableaux sont principalement issues de Wikipédia et des différents sites officiels qui donnent les résultats des élections en Belgique.

 

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Ces tableaux sont riches en enseignements. Qu'y voit-on ? Tout d'abord qu'il n'y a aucune corrélation entre la colonne « élections » et la colonne « fonctions exercées ». Mais aussi que...

  1. Les deux élus se sont présentés à toutes les élections. Toutes. Et on voudrait nous faire croire que c'est parce qu'ils veulent vraiment participer activement à chaque niveau de pouvoir ?
  2. Pendant 11 ans, M. Demotte, élu bourgmestre de Flobecq, n'a pas pu siéger car il avait d'autres fonctions. Il a ensuite démissionné en 2011 pour déménager à Tournai où il se présente en 2012. Où il est à nouveau élu bourgmestre, mais toujours empêché. Donc, en trois mandatures communales, il n'a jamais été à même de prendre ses fonctions de bourgmestre ! Cela ne l'a pas empêché de se représenter à chaque fois. WTF ? Quel sens cela a-t-il ? Et le premier qui me parle d'un bourgmestre empêché qui exerce quand même son influence dans la commune et qu'il siège au conseil communal est en train de souligner très fort à quel point les hommes politiques se foutent comme d'une guigne de la loi sur le cumul des mandat.
  3. En 1999, 2005 et 2006, M. Di Rupo a été ministre-président wallon. Alors qu'il n'avait jamais été élu sur une liste régionale. Comment est-ce possible ? Ah oui... comme le disent si bien les journalistes, le PS « avait la main » car il avait gagné les élections. C'est donc le président qui décide de tout... (Et tout le monde trouve cela normal ?)
  4. Entre 1999 et 2013 (15 ans), M. Demotte aurait dû prester 44 ans de mandat. 30 n'ont pas été prestés et il a exercé pendant un an une fonction à laquelle il n'a jamais été élu.
  5. Sur 15 ans de mandat qu'il aurait dû exercer au niveau fédéral, M. Di Rupo en a presté 6. Sur 6 ans de mandat qu'il aurait du exercer au niveau régional, il en a presté 1 (et je n'en ai pas analysé le contenu).
  6. Les élections européennes se résument visiblement à un concours de celui qui a la plus grosse. On y présente des faiseurs de voix car la circonscription électorale est la plus grande et permet donc de faire un bon score. Ce n'est pas une raison pour penser qu'on lâcherait un poste de président de parti pour l'Europe (ce qui prouve une fois de plus le rôle et la puissance du président de parti).

Mais je n'ai pas tout dit ! Vous aussi, amusez-vous à repérer toutes les manigances que recèlent ces deux tableaux...

Conclusion ? L'électeur n'a rien à dire. Rien à foutre, de l'électeur. Les élections sont réduites à une mesure d'audimat pour des structures avides de pouvoir. À la fin, il n'y a que le parti qui décide et fait voyager ses pions au gré de la stratégie. D'ailleurs, d'après le CRISP, « Aucun mécanisme n´existe pour dissuader ou pénaliser cette pratique. [...] Ainsi, un ministre ou un parlementaire à un autre niveau de pouvoir peut se présenter comme candidat à une élection en vue de soutenir la liste tout en sachant qu´il ne siègera pas s´il est élu 6. » CQFD.

3. Les mandataires politiques ne sont plus élus du peuple, mais élus d'un parti.

Les partis ont le pouvoir, à tel point qu'il est aujourd'hui normal de considérer les élus comme « leurs » élus, au lieu des élus du peuple. D'ailleurs, ne présente-t-on pas toujours les élus comme membre d'un parti ? À nouveau, le vocabulaire utilisé dans les médias est frappant ; la sémantique ne fait pas tout, mais a quand même une valeur de symbole.

Le symbole, quant à lui, est dépassé — et de loin — quand il engendre des pratiques absurdes. L'une d'elles, peut-être la pire, est la notion de consigne de vote. N'y a-t-il vraiment que moi qui suis choqué par ce principe ? Parce que tout le monde en parle comme d'un fait tout-à-fait normal... C'en est même arrivé au point que, pour les dossiers les plus délicats, les parlementaires en viennent à espérer publiquement qu'ils pourront voter selon leur âme et conscience 7. Mais c'est un comble ! C'est votre boulot de faire ça tous les jours, pour tous les votes, nom de dieu !

À nouveau, je désespère : comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que des gens partageant une même idéologie soient obligés de toujours voter de la même manière ? N'y a-t-il jamais de nuances dans une idée ? N'y a-t-il jamais de place pour la discussion ? En fait, la Vérité (avec un grand V) existe, et elle est définie par le parti. Triste constat.

5. Les parti s'accaparent le pouvoir, alors qu'ils n'ont aucune légitimité

Les partis ont le pouvoir. Le meilleur exemple reste encore le rôle donné aux (ou pris par les) présidents de partis. Qu'on soit bien clair : les présidents de partis sont des usurpateurs. Ils n'ont aucune légitimité démocratique. Au-cu-ne. Ils en ont peut-être une au sein de leur parti, uniquement. Et encore. Mais comment se fait-il qu'aujourd'hui ils jouent un rôle essentiel dans la politique belge ? Parce que oui, en pratique ils sont aujourd'hui les grands décideurs.

Un très bon exemple est l'abdication du roi Albert, à laquelle les présidents de parti étaient invités. On y a vu les représentants du pouvoir judiciaire, les ministres (normalement élus), les présidents de la Chambre et du Sénat. Mais les présidents de partis !? Franchement ? Pourquoi se sont-ils incrustés là ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Quel pouvoir représentent-ils ?

Autre exemple, dans un article sur le duo bruxellois Picqué-Moureaux 8, on apprend que « Moureaux établit le statut de la future région bruxelloise » (en 1989 avec Dehaene) et laisse à Picqué le soin de devenir ministre-président. Lui, « préfère la grande politique » (sic) et devient président de la fédération bruxelloise du PS. « Moureaux hérite du vrai pouvoir, des arbitrages, des luttes d'appareil, de la distribution des mandats et de la composition des listes » (re-sic). Est-ce que le journaliste s'est seulement rendu compte de ce qu'il a écrit ? Que la présidence d'une fédération régionale de 4000 membres a plus de pouvoir que le chef du gouvernement bruxellois (un million d'habitants) ? Il n'y a que moi que ça choque ? Il n'y a que moi qui trouve ça aberrant, débile et anti-démocratique ? Après, on viendra me dire que la particratie est une invention des petits partis pour râler sur les grands...

Dans un autre article 9, une politicienne envisage les scénarios si le fin de la Belgique devait se concrétiser en mai 2014. Et déclarer, tout naturellement que « les présidents de partis dissoudraient la Belgique pour recréer immédiatement une confédération d'états indépendants. » Et en quel honneur serait-ce les présidents de partis ? On est au point où on ne fait même plus semblant de prendre en compte la volonté des différents parlements belges, seules assemblées légitimes et démocratiques. Je vous le disais : sans aucune légitimité, les partis ont le pouvoir.

Comment en est-on arrivé à publier ça dans un journal et trouver ça normal ?

Conclusion

Je comptais encore écrire beaucoup de choses, mais cet article est déjà trop long. Je vous épargnerai donc le sujet des intercommunales qui servent à fournir des fonctions aux membres du parti, des administrations pourries par les jeux de nominations ou des société de droits publics où les partis choisissent les gagnants des adjudications publiques en fonction de leurs intérêts. C'est sans doute le sujet où il y a le plus à dire. Il faudrait plus qu'un article pour tout cela.

Mais vous l'aurez compris, je hais les partis politiques, ou au moins ce qu'ils sont devenus. D'aucuns pourront évidemment me reprocher de dire cela et de m'impliquer en même temps chez les Pirates, qui forment un parti... Mais non, je ne trouve pas cela incohérent, et ce, pour plusieurs raisons :

  1. Les Pirates sont, d'après moi, un mouvement citoyen, avant d'être un parti. Je l'explique en long et en large dans cet article. Cette différence marque une différence d'objectif.
  2. Vous noterez que, comme beaucoup de pirates, j'essaye d'utiliser le plus souvent possible le vocable « pirates » plutôt que « Parti Pirate ». Sémantique, à nouveau, mais qui recèle une vraie symbolique. Nous portons des valeurs et des idées, pas un parti.
  3. Comme tout nouveau parti, les pirates n'ont pas d'élus, pas de pouvoir. Nous ne sommes donc pas sujets à ces problèmes. Nous sommes encore beaucoup d'idéalistes, qui pensons plus au bien commun qu'au pouvoir personnel. Le jour où les pirates ont du succès et rentrent dans le jeu de la particratie, je serai le premier à partir. 🙂

Mon souhait avec cet article était multiple. Comme vous l'avez vu, je voulais d'abord laisser sortir tout cette rage qui m'anime quand je lis tout ce que ces crapules font tous les jours. Mais en fait, je voulais délivrer un autre message : oui, nous vivons en particratie. Cet article le démontre assez. Oui, c'est un fait et non, ce n'est pas populiste de le dire. Ce n'est pas juste « pour dire du mal des gens au pouvoir ». Non. C'est pour vous réveiller. Vous aussi, quand vous lirez votre prochain article politique, soyez conscients ! Ce n'est pas parce que c'est écrit en dixième page d'un hebdomadaire quelconque, sans effets de manche, que ce n'est pas scandaleux ! J'ai l'impression que les journalistes se trompent souvent de scandale à mettre en première page...

Note : Je voulais lâcher ma haine des partis, mais n'oubliez pas de lire le côté plus constructif de ce même message en lisant cet article. Il ne s'adresse plus aux partis, mais aux élus. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photo :

Notes:

  1. citation de Lord Baden Powell of Gilwell
  2. Le Vif n°46, 15 novembre 2013
  3. Voir ici
  4. Le Vif n°12, 21 mars 2014
  5. Oui, deux socialistes, mais ce sont de loin les plus faciles à trouver
  6. Pour la première fois, cependant, la règle dit qu'un candidate ne peut pas se présenter sur différentes listes en même temps. Mais à un an d'intervalle, pas de problème...
  7. Références : sur la libre ou sur le soir (voir la section MR)
  8. Le Vif n°12 du 21 mars 2014
  9. Le Vif du 26 juillet 2013

Le revenu de base au pays des Bisounours

L'Initiative Citoyenne Européenne pour un revenu de base est clôturée depuis avant-hier et elle n'a pas abouti. Dommage. Néanmoins, j'ai été très étonné du nombre de gens qui en ont parlé autour de moi et sur internet (voyez cette excellente infographie pour ceux qui ne connaissent pas encore le sujet). Étant moi-même partisan depuis un bout de temps, cela m'a fait plaisir. Et, même si l'initiative est clôturée, je pense qu'il faut encore en parler pour continuer à faire évoluer les esprits car, après tout, déjà 285.000 citoyens européens sont déjà favorables à l'idée d'en discuter 1.

Beaucoup de gens sont encore critiques vis-à-vis de cette proposition et c'est bien compréhensible : le changement fait peur. Mais profitons des opposants et de leurs arguments afin de mieux construire une proposition solide. Néanmoins, certains arguments (ceux qui viennent rapidement à l'esprit) ne tiennent pas la route très longtemps et j'aimerais ici leur tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Cet article est un peu un « Guide pratique pour une première discussion sur le revenu de base ». Les questions compliquées qui méritent un débat plus profond ne sont pas abordées ici (juste citées en fin d'article).

Quelle est la formule exacte du revenu de base ?

Tout d'abord, un premier point qui me semble fondamental. Le revenu de base inconditionnel (RDBI), c'est un concept assez vieux et beaucoup de monde en a déjà parlé. Beaucoup de monde et autant de visions. Il y a plein de solutions différentes pour mettre cela en place, de la plus libérale à la plus communiste. Ceci pour souligner que ce qu'on peut lire sur un site n'est pas forcément à prendre comme l'évangile du revenu de base. Et un argument contre une vision du revenu de base n'est pas forcément absolu. Il n'y a pas de formule unique du revenu de base. C'est un choix politique qui peut aller dans tous les sens.

CC by Cancelos on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:F%C3%AAte_des_Roses,_2008,_Bisounours.JPG)

Un monde de bisounours

Avec le revenu de base, est-ce qu'on vivra tous avec les Bisounours, dans un monde arc-en-ciel ?

C'est souvent l'impression que vous laissera le message d'un partisan du revenu de base. Porté par des valeurs de solidarité, d'équité sociale et de progrès, un adhérant se laissera facilement à espérer cela. Mais moi, je ne pense pas qu'une allocation universelle nous permettra de vivre d'amour et d'eau fraiche. La révolution française ou la déclaration universelle des droits de l'homme constituent des avancées considérables en termes de bien-être collectif. Et pourtant, des gens meurent encore de faim aujourd'hui, malgré ces deux étapes. Mais un petit peu moins. Ce sera pareil avec le revenu de base.

Arrêtons de croire que le revenu de base est une douce utopie communiste qui nous mènera chez les Bisounours. Pour moi, l'idée du revenu de base est, entre autres :

Et lorsque nous aurons cela bien en tête, il sera primordial de veiller à ce que la mise en œuvre d'un RDBI se fasse en cohérence avec des valeurs essentielles de solidarité et de justice. Histoire de laisser le monde un peu meilleur que quand nous y sommes venus...

Une fois qu'on ne sera plus considérés comme des Bisounours, quels autres arguments peuvent être facilement écartés ?

« Ce système communiste fera fuir les riches qui n'auront pas envie de payer pour des fainéants qui ne travaillent pas. »

Soyons sérieux. Aucun système au monde n'a durablement empêché la richesse. Ça n'arrivera pas. On ne passera pas d'une civilisation à son contraire et notre société est aujourd'hui toute entière tournée vers la richesse. Si un revenu de base se met en place, il s'agira d'une nouvelle manière, plus efficace et plus épanouissante, de redistribuer la richesse comme le fait aujourd'hui le chômage. Les riches ne verront pas la différence. Les pauvres oui. Et il y aura peut-être bien plus de riches.

« Les gens ne feront plus rien si on leur donne un salaire gratuitement ! »

Ma première réponse à cette remarque est :
— « Et toi, si on te donne un revenu de base qui te permet d'assouvir tes besoins fondamentaux, que fais-tu ? Plus rien ?
— Moi ? Si, je continuerais ! »
CQFD. D'ailleurs, 80% des gens déclarent qu'ils continueraient à travailler. Et 80% des gens pensent que les autres arrêteront. Cherchez l'erreur...

Alors bien sûr, les gens qui ne font déjà rien maintenant ne feront peut-être toujours rien. Mais au moins, on cassera les aprioris qui les enfoncent dans leur situation (« ce sont des mauvais, des chômeurs... ») et ça leur permettra peut-être de sortir de ce cercle vicieux.

De plus, aujourd'hui, il existe beaucoup de pièges à l'emploi où les gens ont tout intérêt à ne pas travailler s'ils veulent gagner plus. Ceci est impossible avec un revenu de base inconditionnel.

Mais la majorité, oui, continuera à faire quelque chose. Un revenu de base, dans ma vision, devrait être suffisant pour se nourrir (en faisant ses courses simplement), se loger (dans un petit appartement) et s'habiller (juste pour ne pas avoir froid). Et vous croyez vraiment que tout le monde va se contenter de ça ? Vous n'aurez pas envie d'avoir un jardin, une maison plus jolie (avec des meubles dedans), de quoi vous payer un resto ou une gaufre chaude de temps en temps ? Et des vêtements de sport ? Ou ces nouvelles chaussures qui sont « trop belles, quoi... ». Rassurez-vous, les gens auront encore envie d'avoir un peu plus que le minimum vital. Je ne pense pas que le revenu de base viendra à bout de la consommation. L'humanité est ainsi faite, pour le meilleur et pour le pire.

Enfin, il y a aussi beaucoup de gens qui arrêteront de travailler par choix, et ce sera une très bonne chose pour tout le monde. Combien d'emplois existent aujourd'hui parce qu'ils sont subventionnés mais ne servent à rien ? Et même sans subventions, qui ne connait pas des gens qui ne font rien à longueur de journée... mais au travail 2  ? Tous ces gens-là ne seraient-il pas mieux ailleurs, à faire quelque chose de constructif ? Il y a assez de besoins dans le monde du non-marchand, considéré comme moins rentable. Avec un revenu de base et un salaire de compensation très bas qu'une ASBL peut payer (d'autant plus si on ne taxe plus les revenus du travail mais de la consommation — voir point suivant), il serait possible d'atteindre un niveau de vie qui, par choix, est suffisant pour beaucoup de gens engagés.

« Comme il y aura moins de gens au travail, les revenus des états vont diminuer et le système va se casser la gueule. »

Pour ma part, je pense qu'il est illusoire de penser qu'on peut mettre en place le RDBI en gardant notre système social actuel dont le fonctionnement est basé (quasi) uniquement sur la taxation des revenus du travail. Ma vision de l'allocation universelle, c'est de dire qu'il n'y a plus de travail pour tout le monde. Acceptons donc l'idée que ce n'est pas le travail qui produira la richesse dont la société a besoin pour assurer le bien-être des citoyens. Ça, c'était possible entre 1945 et 1970, plus maintenant car tout s'automatise.

Si on met le RDBI en place sans rien changer d'autre, le taux d'imposition grimperait effectivement pour compenser la perte ou l'abandon d'emplois rémunérés. C'est évident. Et c'est pour cela que la mise en place d'un revenu de base doit se faire avec une nouvelle manière de capter l'argent nécessaire au fonctionnement de la société. Comme une taxation de la consommation, par exemple (attention, c'est un choix politique, ça !).

« Personne ne sait comment réagira l'économie si on met ce système en place. »

À mon humble avis, personne ne sait jamais avec certitude ce que donnera un changement dans un système économique. En mettant en place les primes photovoltaïques, est-ce que le gouvernement wallon savait exactement comment allait réagir l'économie ? Non, sinon, il ne l'aurait pas fait. Est-ce que les américains savaient exactement comment réagirait l'économie en faisait le plan Marshall après la guerre ? Ils s'en doutaient, mais s'ils avaient su à quel point cela fonctionnerait, ils auraient donné encore plus d'argent ! La seule façon de le savoir c'est de le mettre en place. Le tout est de le faire convenablement, en réfléchissant intelligemment à la formule.

Pour ma part, je ne suis pas devin, mais j'ai l'impression que l'économie se porterait mieux.

  1. Parce que les gens auraient les moyens de se lancer dans des aventures entrepreneuriales beaucoup plus facilement puisqu'ils auraient un filet de sécurité s'ils se plantent. Et Dieu sait si on se plante souvent en tant qu'entrepreneur.
  2. Parce que notre société serait beaucoup plus libre et tournée vers l'innovation dans la mesure où on n'aurait plus peur de l'innovation "qui-risque-de-mettre-en-péril-des-emplois", comme c'est souvent le cas aujourd'hui.
  3. Parce que beaucoup de gens créeraient. Oui, créer. Les gens se lanceraient dans leur passion, ce qui reste le meilleur moyen de créer de la qualité, qui est la base d'un bon équilibre économique.

« Mais il faut quand même mériter son salaire ! Ça ne va pas de recevoir de l'argent sans rien faire... »

Première remarque : la population totale en Belgique est de 11.035.948 personnes en 2012 (source). La population active, quant à elle, est en 2012 composée de 4.479.036 3, soit 40.5% de la population belge. Et les soixante pourcents restants sont en fait composés d'environ 30% qui vivent grâce à leur famille (enfants, étudiants, parents au foyer), 20% de rentiers (retraités, grosses fortunes) et 10% sont au chômage.

Actuellement, donc, 60% de la population ne mérite pas son salaire. Elle vit au crochet de la société.

Deuxième remarque : il faut sans doute faire la différence entre mériter son salaire et mériter de vivre. En effet, le revenu de base propose de donner à chacun afin de satisfaire ses besoins essentiels. Doit-on mériter de vivre ? Rien n'empêche, après le revenu de base, de compléter ses revenus par un salaire mérité que chacun voudra obtenir (ou pas) en fonction de ses propres choix.

« Qui va faire les boulots chiants, alors ? Plus personne ne voudra les faire ! »

L'exemple classique est celui de l'éboueur. Un sale travail que personne ne veut faire. Oui, mais s'il est très bien payé, je suis certain que beaucoup seraient très contents de le faire. Si on y met le prix, il y a toujours un volontaire. Cette phrase pourrait passer pour du libéralisme sauvage (et dangereux). Mais n'oublions pas que cette situation hypothétique diffère fondamentalement de notre situation actuelle : dans une société du revenu de base, c'est le travailleur qui offre son temps de main d'œuvre et ce n'est pas l'employeur qui offre du travail 4. Le travailleur n'a pas la corde au cou s'il ne travaille pas ; il est assuré de survivre. Cette situation renversée permettra, je l'espère, de trouver un équilibre différent de celui que nous connaissons.

De plus, un élément me semble essentiel à ajouter. C'est difficile à concevoir, mais d'après moi, ces boulots chiants sont amenés à disparaître. Tout simplement. En effet, aujourd'hui, le pas à franchir pour licencier des centaines d'éboueurs est immense. La pression politique est forte pour garder l'emploi. Donc, personne ne se risquerait à proposer une solution qui se passe d'éboueurs (un collecteur de poubelle géant, un hélicoptère automatique ramasse-poubelle, que sais-je...) : il se verrait confronté à un refus. Car politiquement, ça ne passerait pas. Du coup, personne ne veut risquer le coup financièrement.

CC by stanjourdan on Flickr (http://www.flickr.com/photos/stanjourdan/8525489347)

Revenu de base en Namibie

 Et quoi, trop facile ? Il n'y a pas d'autres arguments ?

Si, il y a encore beaucoup d'autres points très intéressants à discuter. Le revenu de base pose des questions difficiles. Elles ne sont pas aussi simples que les arguments bisounours donnés dans cet article. Je ne rentrerai donc pas dans leurs détails ici. Mais pour aiguiser votre curiosité, je vais en citer quelques-uns. Voici donc les vrais questions à se poser à propos du revenu de base :

Mais pour moi, le plus grand problème du revenu de base reste encore la transition. Comment peut-on passer de notre système à un autre, sans trop de heurts et de déséquilibre ? Dès que j'en saurai plus, je n'hésiterai pas à vous le faire savoir. 🙂


Photos:

 

Notes:

  1. Et au passage, 125.000 Suisses aussi, qui ont réussi à faire passer un référendum à ce sujet.
  2. D'ailleurs, voici une phrase véridique entendue dans le train par votre serviteur : « Non, moi je n'ai pas envie de télétravailler... je ne fais déjà rien au boulot, mais si en plus je suis chez moi, je ferais encore moins ! » Et donc ces gens-là sont respectables, mais les chômeurs non, c'est ça ?
  3. pour savoir d'où vient ce chiffre, j'ai additionné les trois tranches d'âge présentée dans la source : 335.006 (de 15 à 24 ans) + 3.009.606 (de 25 à 50 ans) + 1.134.422 (de 50 à 64)
  4. Je l'accorde, cette phrase est sujette à caution. Certains pensent en effet que le revenu de base précariserait l'emploi. Moi je crois qu'on peut l'éviter : tout dépend de la volonté politique lors de la mise en place de ce système...

Life companion - mes meilleures applications Android

Samsung a fait fort avec sa pub pour le Galaxy S4 : « Life Companion ». Ils n'ont pas tout à fait tort. Le smartphone est aujourd'hui un outil tellement utile et utilisé (mais parfois à tort) qu'on se sent tout nu quand on ne l'a pas. Mais le tout est encore de savoir l'utiliser correctement.

Moi, le meilleur moyen que j'ai pour découvrir de bons trucs et astuces, c'est généralement que les autres me les proposent. C'est sur cette base, d'ailleurs, que fonctionnent tous les réseaux sociaux actuels. C'est pourquoi, après avoir découvert quantités de bonnes applications ou de bons trucs sur beaucoup de blogs différents, je vais faire de même. Peut-être que ça aidera certaines personnes.

Le monde des apps

Le monde des apps

Je vous propose donc de passer en revue les principales applications que j'utilise sur mon smartphone Android. À chacun de voir ce qui lui convient après cela. Et n'hésitez pas à m'en proposer de nouvelles...

Je vous suggère une liste classée par type d'utilisation, à savoir : efficacité (Getting things done), lecture et détente, planning et agenda, réseaux sociaux et quelques outils divers, mais bien utiles.

Getting Things Done ou comment être efficace

Je suis un grand fan de la méthode getting things done (GTD) depuis quelques années déjà. Cette méthode d'organisation repose sur le principe qu'il vous faut un outil fiable, pratique et agréable (important) pour y mettre toutes vos tâches à faire et vous libérer l'esprit. Avec les concepts de « inbox » pour capter les choses à faire et l'aménagement de temps pour les classer et les effectuer, c'est tout une méthode qui se met en place, bardée de trucs et astuces simples et utiles (comme par exemple, de ne jamais écrire une tâche « aller faire changer les pneus de la voiture » mais plutôt différentes tâches, plus réduites et plus vite réalisées comme « trouver le numéro du garage » + « appeler le garage et prendre rendez-vous »).

Bref, je ne vais pas vous faire un cours entier sur getting things done. Mais il est important, dans cette méthode, de trouver des outils qui vous conviennent pour vous organiser, de manière que vous trouverez facile et agréable. Et depuis l'avènement des smartphones, GTD est d'autant plus intéressant car tout le monde peut avoir facilement tous les outils qu'il souhaite. Et même trop. C'est ici que l'expérience des autres est utile pour trouver la perle rare, que vous essayerez et que vous déciderez d'adopter si elle vous convient.

Moi, ce qui me convient, c'est une application sur mon smartphone, synchronisée avec un serveur auquel je peux aussi accéder depuis une interface web. Rien à faire : je préfère écrire avec un clavier. Mon smartphone est donc mon outil d'entrée (collecte des choses à faire) si je ne suis pas devant un ordinateur et mon outil d'exécution (consultation des choses à faire). La phase d'organisation, elle, est principalement faite devant un ordinateur.

Après avoir essayé beaucoup (vraiment beaucoup) d'applications qui correspondait à mes critères (dont les très connus remember the milk ou google tasks), mon choix s'est porté sur le duo Toodledo.com et Ultimate to-do list. Toodledo est un service web, à première vue assez laid, mais qui est customizable à souhait et qui colle bien avec la philosophie GTD. L'application Ultimate To-do list est du même acabit. Laide, mais très pratique et encore plus customisable. Personnellement, je n'ai pas hésité longtemps à acheter la version payante (moins de 3 euros dans mon souvenir).

Cette application permet énormément. Mais ce sont les fonctionnalités suivantes qui m'intéressent le plus :

  • utiliser, pour chaque tâches, des catégories, des statuts, des priorités, des dossiers, des contextes (rare !), date butoir, des rappels, etc.;
  • pouvoir afficher et donc filtrer facilement sur base des éléments cité ci-dessus ;
  • afficher un widget (dont le contenu et la taille est hautement customisable) sur votre écran ;
  • afficher un widget 1x1 pour facilement ajouter une tâche.
Aperçu d'une nouvelle tâche

On voit ici tous les champs liées à une tâche. D'autre sont encore possible mais c'est configurable et vous n'êtes pas obligé de les utiliser...

En complément de cette application, j'utilise également Google Keep pour collecter des éléments comme des photos, des liens, parfois une idée, que je dois traiter plus tard. Contrairement à Ultimate to-do list, Keep a l'énorme avantage d'être beaucoup plus user-friendly pour ces tâches-là et d'avoir un système de rappel simplifié (aujourd'hui/demain/2jours/une semaine - matin, midi, soir).

Pour prendre des notes, au sens très large, et archiver des informations qui n'ont pas besoin de rappels, ou qui ne sont pas vraiment des tâches, j'avais l'habitude d'utiliser l'excellent Catch, mais il n'est plus disponible depuis quelques mois. Je me suis mis à la recherche d'un équivalent et j'ai trouvé SpringPad, qui me plait beaucoup. C'est une sorte de Pinterest où on peut épingler, via une extension firefox ou chrome et via la fonction partage de votre smartphone, tout ce qu'on veut : liens, photos, texte, code-barres, etc. Le tout est organisé en notepads, il y a des couleurs, des images, c'est très joli et user-friendly. Moi, j'utilise SpringPad comme un carnet de notes très élaboré, mais il y a aussi une couche « sociale » qui permet de partager ou pas, selon les besoins et les envies. Très pratique pour se partager des infos dans un couple ou au sein d'une famille sans devoir s'envoyer des mails.

Enfin, pour la partie gestion des document, j'utilise un combo DropBox, Ubuntu One et (un peu) Google Drive. Comme j'utilise Ubuntu à la maison, je peux synchroniser DropBox et Ubuntu One sur mon disque dur et, bonus, j'ai fait un lien symbolique entre ces deux dossiers, ce qui fait que ce qui est sauvegardé sur l'un est sauvegardé sur l'autre. Du coup, c'est un système de back-up doublé dans le cloud. Moins de risque lié à un service qui ferme !

Lecture et détente

Le smartphone a ceci de génial que c'est une porte ouverte en continu vers un contenu riche et abondant. Le tout est de trouver les bons outils pour lire ce qu'on veut comme on veut. Je vous renvoie à cet article de Ploum pour vous aider à lire et gérer vos lectures intelligemment. Pour ma part, les outils que j'utilise sont les suivants :

  • Pocket : cette application (et service associé) permet de lire offline tous les articles que vous aurez préalablement choisis, en un click, depuis votre navigateur. Simple, facile, efficace. Seul bémol, pas moyen de flattrer depuis l'application...
  • IFTTT : ce site n'est pas une application, mais vous offre un service If This Then That -- Si ceci, alors cela. Par exemple, si Artimuses.be sort un nouvel article dans son flux RSS, alors place-le dans mon Pocket. Ou si une photo de moi est tagguée sur Facebook, alors télécharge-là dans mon Dropbox. Utile et puissant. Permet de ne pas utiliser un lecteur de flux RSS pour les blogs dont vous êtes sûr de vouloir tout lire (comme moi avec le blog d'un odieux connard, par exemple).
  • Feedly : malgré que certain annoncent la mort du flux RSS, je reste un très grand fan. Alors à la mort de Google Reader, j'ai basculé vers Feedly. Une application et une interface web qui permettent de gérer de manière agréable tous vos flux.
  • Google Play Livre : Il y aussi des livres ou des PDF que je veux pouvoir lire. Ceux-ci ne peuvent pas être enregistré dans Pocket ni dans Feedly. Du coup, il me faut aussi une application liseuse. Pour l'instant, j'utilise bêtement Google Play Livre. C'est facile et ça me permet de lire ce que je veux (il suffit de le télécharger depuis un navigateur pour l'avoir disponible sur le smartphone). Mais je sens qu'il faudrait que je me bouge pour trouver quelque chose de mieux.
  • 9gag : un site bête et méchant où on retrouve tous les mèmes et autres images inutiles mais drôles qui servent à combler un temps mort. L'application n'est qu'une couche d'adaptation du site pour les smartphones. Addictif.

Je vous passe les jeux car je n'arrive pas à m'y accrocher suffisamment pour que j'aie envie d'en conseiller.

Réseaux sociaux

Pour les réseaux sociaux, ce sont les classiques. Les applications originales sont généralement très bonnes et permettent quasiment tout. Comme je ne suis pas compliqué et que je ne gère pas plusieurs comptes d'un même réseau social, je me contente du simple. Google+, Facebook, Twitter, LinkedIn, FourSquare. Rien que les grands classiques.

Je suis aussi inscrit sur un réseau social de niche : Untappd (merci frangin). Il s'agit d'un Foursquare-like mais pour la bière. Vous ne checkez pas un lieu, mais la bière que vous buvez. Très sympa pour les amateurs comme moi. Je suis épaté comme toutes les bières s'y trouvent. Je ne l'ai pas encore prise en défaut, y compris avec une Rulles estivale, une Rodenbach Vintage édition 2011 (tonneau 95) — précis, hein ?! — ou une Steenuilke. Et même le petit Orval y est, alors qu'il n'est disponible que dans le restaurant de l'abbaye. Le seul problème, c'est que c'est évidemment très américain... J'ai débloqué le badge Belgian Holiday (niveau 6) car il considère que je suis en vacances en Belgique. L'application connait des sérieux bugs d'affichage (sur mon Galaxy), mais cela n'empêche pas son utilisation. Si vous vous connectez, vous me trouverez sous le pseudo nycolasy.

Planning et agenda

Notre monde est régit par le temps qui passe. Rendez-vous, heures, planning... Tout cela devient de plus en plus facilement gérable par nos smartphones et leurs applications. J'utilise plusieurs choses.

  • L'agenda de base de mon téléphone. Je préfère utiliser l'application native, bien intégrée, et qui communique convenablement avec mes agendas Google et Exchange (pour le boulot). Comme j'ai un Samsung, c'est une application relativement (quoique...) légère. En tout cas, comparé à mon ancien HTC, oui.
  • Un widget pour l'affichage (Agenda Widget by Anton) car les widgets de base n'affiche pas ce que je veux voir, comme je veux le voir. J'ai maintenant un widget de taille 3x3, avec une liste serrée des éléments à venir (je veux beaucoup d'info sur peu de place), les jours affichés comme « demain » ou « lundi » plutôt que « 31/10/2013 ».
  • Pour se déplacer aussi, beaucoup d'applications sont importantes afin de pouvoir gérer son temps. J'utilise donc Railtime, qui est quand même mieux fait que l'application de la SNCB, ainsi que les widgets BeTrains Liveboards qui permettent d'afficher le panneau d'information d'une gare. Ceux-là sont très précieux. Et puis il y a aussi l'application STIB, bien sûr. Mais l'intérêt est évidemment limité aux Bruxellois.

Outils divers

L'adage le dit, there is an app for that... Et en effet, le smartphone est un concentré d'outils. De manière évidente, il remplace déjà le téléphone, l'ordinateur, l'agenda, le bloc-notes, l'annuaire, le carnet d'adresses et le courrier. Mais il fait encore beaucoup plus ! Il peut aussi faire boussole, lampe de poche (avec Tiny Flash Light), livre de recette (avec Marmiton), encyclopédie (avec Wikipedia), lecteur de code-barres (avec Barcode Scanner), GPS (avec GPS Test), et même les fonctions d'une banque (la vôtre a sûrement une application)... Et ces fonctions étant encore assez classique, j'aimerais encore vous proposer les suivantes, qui le sont moins :

  • Pour ceux qui, comme moi, ont eu l'immense chance d'apprendre à calculer sur une machine à notation polonaise inverse, et en particulier avec la fantastique HP 32SII, je vous présente la calculatrice RPN Calculator, que je recommande vivement. Enfin une calculatrice utilisable !
  • Le smartphone devient un scanner ! Un petit coup d'appareil photo, un peu de recadrage et de traitement d'images et vous avez un magnifique PDF, scan de votre document papier. Je l'utilise très régulièrement. Après avoir découvert la fonction avec l'application fournie avec mon samsung (ScanMaster, gratuite), j'en ai testé quelques autres et j'ai fini par adopter Genius Scan, plus pratique, plus simple et plus puissant. J'ai même pris la version payante.
  • Notre vie numérique étant pleine de comptes, de profils et autre login, la gestion des mots de passe n'est pas chose aisée. Personnellement, j'utilise KeePassX (disponible sous Windows et Linux) qui chiffre, en sécurité (toujours relative), vos mots de passe et vous aide à en trouver des nouveaux, si nécessaire. Et le bonus, c'est que l'application Android existe aussi : KPassDroid qui vous permet donc d'avoir vos mots de passe avec vous. Indispensable.
  • En terme de dictionnaire de traduction, il en existe évidemment plein. Perso, j'en épingle un qui a la bonne idée d'être off-line (pas besoin d'être connecté pour consulter un dico). De plus, il permet de télécharger les dictionnaires qu'on veut (latin, néerlandais, anglais, le dico de l'académie, etc.) et la qualité des dicos proposés est vraiment acceptable, et en tout cas sans commune mesure avec un Google Translate (que je trouve très mauvais). Très pratique, c'est Offline Dictionnaries.
  • Les comptes entre amis sont parfois source de confusion pour ceux qui ne sont pas à l'aise avec les chiffres... Tricount vous apporte une solution facile pour les week-ends ou vacances entre amis.
  • Qui connaît la célèbre phrase « Allô, Madame Laurent ? Télé-secours à l'appareil ! » ? À peu près tous les belges (de plus de 20 ans), je pense. Si cette pub avait été faite à l'époque d'internet, elle aurait certainement donné lieu à un mème ! Et bien figurez-vous que Télé-Secours a aussi son application. À l'aide d'un bouton rouge ou vert, vous pouvez facilement envoyer un SMS pour alerter ou rassurer vos proches sur votre état de santé, avec votre position GPS. Nativement prévue pour iPhone, cette application n'est pas tout-à-fait adapté à Android et encore quelques défauts, mais je fais quand même un coup de pub car c'est un ami qui travaille chez TéléSecours. <PUB>Et au passage, si vous connaissez une personne âgée, la meilleure solution reste encore l'appareil TéléSecours complet </PUB>.

Performances sur smartphone

Un smartphone est un petit ordinateur. Il n'est donc pas inutile de veiller à ses performances et à bien l'utiliser. De plus, pour tous les fans de technologies, c'est un plaisir que de chercher la petite bête et de tout optimiser.

Après avoir suivi les conseils du Hollandais volant pour mieux utiliser votre batterie, je vous suggère encore d'utiliser GSam Battery Monitor (amplement suffisant en version gratuite) pour surveiller votre batterie (température, temps de charge) et les applications les plus gourmandes en ressources. Pour ma part, j'utilise aussi un widget (fourni avec mon Samsung) qui montre le nombre d'applications actives et qui, en un clic, permet d'accéder à la liste de celles-ci et les fermer, si besoin.

Pour le contrôle de votre utilisation des données, j'utilise l'excellent My Data Manager. Gratuite, cette application est hyper complète (gestion de l'abonnement data, du wifi et du roaming, listes des applications gourmandes), bien présentée (graphes, limites, statistiques, etc.) et discrète mais accessible (elle peut s'afficher dans la barre de notifications, ou seulement dans lorsqu'on la déroule — voir photo).

Screenshot de My Data Manager

Une présence discrète et élégante, à la demande.

Last but not least, la vitesse d'écriture sur un Smartphone n'est pas du tout optimale. Vous trouverez un tas d'argumentaires sur le net pour vous expliquer que l'AZERTY n'a aucune raison d'être, ni sur un ordinateur, ni sur smartphone. Bref, sur les conseils de Ploum, j'ai aussi essayé autre chose : MessagEase. MessagEase est un clavier de substitution et le principe est simple. Au lieu d'avoir la trentaine de minuscule touche du clavier azerty, vous en avez neuf principales, avec les lettres les plus courantes (en français : A, N, I, U, O R, T, E, S). Il suffit d'appuyer sur ces boutons pour entrer ces lettres. Tous les autres signes (les autres lettres, mais aussi la ponctuation, les lettres accentuées, les caractères spéciaux) sont accessibles non pas en appuyant sur le bouton, mais en glissant, depuis un des neuf boutons principaux, dans une direction déterminée. Voyez la vidéo pour mieux comprendre. D'emblée, cela vous donné un accès direct à potentiellement 81 signes (9x9). Il faut évidemment un petit temps d'adaptation pour connaître la place de ces touches (et vous avez un petit jeu pour cela, mais vous pouvez prendre tout autre application d'entraînement, comme Fast Type ou autre), mais une fois cela fait, c'est un vrai plaisir à utiliser. N'oublier pas d'installer aussi les listes de mots en anglais, français ou néerlandais. Les points négatifs de cette solution : (1) les réglages sont très peu clairs et pour le moins rébarbatifs (mais assez complet) et (2) j'ai installé plusieurs dictionnaires (EN, FR, NL), mais je ne sais toujours pas comment passer facilement de l'un à l'autre, sachant que j'envoie des SMS aussi bien en FR qu'en NL...

Un point positif autre que la vitesse et la facilité, c'était la tête du revendeur Mobistar quand il a voulu modifier un réglage de mon téléphone et qu'il ne savait pas du tout quoi faire... Priceless. 🙂

Quelques regrets ?

Oui. L'application Flattr ne fait pas son boulot. J'ai installé l'application, mais il n'y a pas moyen de se connecter. J'ai contacté l'équipe, sans réponse. Dommage car j'aime beaucoup le principe de flattr (description ici ou ici). Et vous pouvez d'ailleurs me flattrer en cliquant sur l'icône Flattr en bas ou en haut de cet article, si vous avez apprécié l'article.

SmartphoneJ'espère que vous aurez découvert au moins une application que vous ne connaissiez pas et qui vous sera utile 🙂


Photos:

 

Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

Cet article est une traduction d'un texte écrit par Rick Falkvinge sur son site Falkvinge on Infopolicy. L'article original, en anglais, est : Talking back lessons : retorts to "Copying is stealing". La traduction étant par définition une trahison, je vous indique entre parenthèse certains mots anglais pour mieux saisir le sens original.

Pour mieux comprendre cet article, si vous n'avez pas l'habitude de parler du droit d'auteur, j'ai également fait un article complémentaire, pour expliquer le contexte.

2013.08.19-CDDans une série d'articles sur mon blog Falkvinge on Infopolicy, j'ai désormais l'intention de donner des réponses aux mensonges les plus dérangeants répétés à l'envi par les spécialistes du droit d'auteur qui soutiennent ce monopole artificiel. J'ai décidé de le faire car je vois passer des montagnes de foutaises écrites dans certains fils de discussion, et celles-ci restent incontestées (en : unchallenged) et sans réponses, ce qui est très dangereux. Comme je le dis dans mon livre Swarmwise, il est capital, pour sauvegarder nos libertés à long-terme, que de fausses affirmations soient corrigées immédiatement et avec force, dès qu'elles apparaissent.

Aujourd'hui, nous discuterons de l'affirmation « Copier, c'est voler », qui est encore tellement courante. Elle devrait être morte et enterrée depuis au moins quinze ans, mais ce n'est pas le cas. Voici trois exemples pour contrer cet argument. Adaptez-les, traduisez-les et utilisez-les dès qu'elle apparait dans des discussions comme celle-ci sur Reddit.

Il ne faut pas se satisfaire d'une réponse à une fausse affirmation et il faut compter sur les gens qui pensent de manière logique. Une fausse affirmation doit être attaquée avec force (en : hammered) en montrant en quoi elle s'oppose à nos libertés ; il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, mais d'un bras de fer. Il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de montrer que nous avons raison, comme je l'explique dans Swarmwise — c'est ça qui forme la réalité et le futur.

Aujourd'hui, donc, on s'occupe de l'ineptie « Copier c'est voler » (en : copying is stealing). Ne laissez jamais une phrase pareille sans réagir... Voici trois exemples de réponses que vous pouvez utiliser. Copiez-les, remixez-les et adaptez-les à votre manière de parler et à votre situation.

Affirmation fausse : « copier, c'est voler. »

Réponse 1 : Non, pas du tout. Si copier était équivalent à voler, nous n'aurions pas besoin des lois sur les droits d'auteur (en : copyright monopoly laws), puisque les lois sur la propriété suffiraient. Ce sont ces dernières qui définissent le vol. Mais il existe des lois distinctes pour les droits d'auteur et le « vol » n'y est pas défini. Par conséquent, il est évident que ce n'est pas du vol ; ni légal, ni moral, ni économique. Par contre, il s'agit bel et bien d'une infraction aux lois sur les droits d'auteur (et leur monopole) — mais c'est quelque chose de complètement différent. Il s'agit d'une violation d'un monopole privé sanctionnée par l'autorité. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 2 : Non, pas du tout. Personne ne vole rien en copiant. Ils produisent leur propre copie en utilisant leurs propres biens. La différence est très importante et si nous voulons un débat constructif, vous devriez appeler les choses par leur nom. Il s'agit ici de produire sans autorisation des ayant-droits, aussi appelés détenteurs des droits exclusifs (et donc monopolistiques). Personne n'est lésé d'une possession dans ce cas, alors que c'est précisément ça qui définit le vol. Ici, un objet est copié et non pas volé. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 3 : Non, pas du tout. Produire sa propre copie en utilisant son propre matériel (son ordinateur, sa mémoire, son réseau) n'est absolument pas équivalent à voler... ni logiquement, ni légalement, ni moralement, ni économiquement, ni philosophiquement. Le débat est passé outre cet argument il y a déjà 15 ans. Essayer de le ressortir aujourd'hui est un non-sens. Si vous voulez vérifier, vous devriez regarder dans un livre de droit. Dans tous ces livres, vous trouverez toujours des chapitres différents pour aborder la propriété et le droit d'auteur. Et seule la violation des droits de propriété définit un vol.

Affirmation fausse qui pourrait suivre : « ...mais ils font perdre de l'argent à X et donc c'est du vol. »

Exemple de réponse : Que X perde de l'argent, c'est peut-être sujet à débat, mais ce n'est pas la discussion ici. Tout le monde fait perdre de l'argent à quelqu'un par ses actions (cuisiner au lieu d'aller au resto, nettoyer sa maison au lieu de payer une femme de ménage). Voler est strictement défini comme le fait de s'approprier indûment, avec ou sans violence, le bien d'autrui, dans le cadre de la législation sur la propriété (lien wikipedia). Et le droit d'auteur n'est pas régi par cette législation-là. Il n'y a pas d'autre définition légale, morale ou populaire du vol. Par contre, vous utilisez le vocable « ils volent » (avec tout son sens juridique) pour dire « ce qu'ils font est mal ». En faisant cela, non seulement vous mentez et vous les calomniez, mais en plus vous vous trompez sur ce que vous vouliez dire, puisque le partage de la culture et de la connaissance est un bienfait pour la société et pour vos semblables.

Prenez ces réponses, utilisez-les ! Il y en aura d'autres à venir dans un futur proche.

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.

Le Parti Pirate : à gauche ou à droite ?

Quand on présente le Parti Pirate, une des premières questions des gens est souvent : « et vous êtes plutôt à gauche ou plutôt à droite ? ».

Je comprends la question. C'est un moyen facile pour essayer de situer le parti, de le faire rentrer dans des cases prédéfinies et connues. Ainsi, dès le début de la conversation, on sait si on est plutôt pour ou plutôt contre.  Le problème est que ce n'est pas aussi simple que ça.

CC by OliBac on http://www.flickr.com/photos/olibac/2171433514/

À gauche ou à droite ?

Apprenez tout d'abord que, chez les pirates, gauche et droite n'existent pas. On dit « bâbord » ou « tribord ». Et plus sérieusement, la réponse est beaucoup plus complexe.

Ce que je disais avant...

Et donc, quand on me posait la question, je disais quelque chose du genre :

« Le Parti Pirate ne se positionne pas dans cet axe gauche droite qui n'a plus de sens aujourd'hui. Nous ne sommes ni à gauche ni à droite, mais plutôt au-dessus, en-dessous, au milieu et à côté.

En fait, il y a des bonnes idées à gauche comme à droite. Le tout est de ne pas les appliquer bêtement en suivant une idéologie imposée par le parti. Il faut savoir prendre les bonnes idées de chaque côté en faisant preuve de pragmatisme en fonction du contexte. Une politique ne sera pas la même à Bruxelles, Oostende ou Ramillies. La proposition des pirates est d'envisager la politique autrement que sur cette axe gauche-droite.

De plus, la gauche ou la droite ne sont pas définies ! Le PS (socialiste) est parfois plus à droite que le MR (parti de droite en Belgique), qui lui-même n'a pas grand chose de libéral. »

En résumé, trois idées : le modèle gauche-droite n'a pas de sens ; nous ne sommes ni à gauche ni à droite ; nous sommes basés sur le pragmatisme et le refus d'une idéologie. Et cette pensée est assez partagée par d'autres pirates, je pense.

Mais j'ai bien constaté que cette explication ne suffit pas. Les gens doivent à tout prix mettre une étiquette et classer. Sinon, c'est trop exotique et donc dangereux, inutile ou peu crédible (au choix). Et le Parti Pirate est alors classé « petit rigolo ».

Qu'est-ce qui est à gauche et qu'est-ce qui est droite ?

Pour commencer, j'ai lu. J'ai voulu savoir ce qu'est la gauche et la droite. Et finalement, on retombe toujours sur des concepts flous et à géométrie variable (voyez l'article de Wikipedia à ce sujet).

Il est cependant « communément admis » (et les guillemets ont tout leur sens ici 1) qu'on met dans le sac de gauche les épithètes suivants: communiste, socialiste, progressiste, anarchiste et libertariens. Et puis écologiste, aussi. Dans le sac de droite, on fourre pêle-mêle les conservateurs (ou réactionnaires), les libéraux (qui peuvent être très proches des libertariens et très éloignés des réactionnaires), les fascistes (qui peuvent avoir la dictature en commun avec les communistes) et les nationalistes. Et après, il y a encore les centristes qui passent d'un sac à l'autre. La logique gauche-droite est-elle toujours claire pour vous ?

Quoiqu'il en soit, lors des élections de 2012, j'avais cependant lu une chouette réponse pirate à cette question de positionnement 2. Elle proposait de ne pas positionner le parti entier sur l'échiquier habituel, mais éventuellement de positionner chaque proposition du parti, de manière indépendante. C'est beaucoup plus précis et cela montre à l'aide d'exemple que ne nous sommes pas à gauche ou à droite.

Comme je n'arrive pas à remettre la main sur ce texte, je vous propose une version refaite par mes soins.

Les propositions pirates de gauches et celles de droite

Comme expliqué en long et en large dans cet article, il n'est pas évident de définir un programme pirate, puisqu'il est changeant, adapté à chaque contexte et surtout, dépendant des souhaits des citoyens. Néanmoins, certains sujets sont récurrents et on peut en considérer certains comme étant « typiquement pirate ». J'en passe ici certains en revue et je vous propose de leur coller une étiquette politique. Pour l'exercice et pour rigoler.

Sur le plan de la protection de la vie privée, on peut aisément dire que les pirates sont conservateurs. Nous souhaitons préserver les droits acquis au cours des siècles par les différentes révolutions : ceux qui protègent les citoyens des abus de pouvoir. Un bon exemple est expliqué par Rick Falkvinge sur son blog : nos parents pouvaient envoyer ce qu'ils voulaient à qui ils voulaient sans se faire fouiller et suspecter. Il est légitime que nos enfants héritent de ce droit aussi, y compris dans le monde numérique. Les pirates sont par conséquent conservateurs et seraient donc de droite.

Sur le plan du protectionnisme intellectuel, les pirates souhaitent l'abolition des brevets car ils sont contre-productifs pour la société (c'est expliqué ici, ici et ici). Il s'agit d'une proposition clairement libérale (au sens de la liberté d'entreprendre) et donc à droite. D'un autre côté, l'interdiction des brevets pharmaceutique et logiciels sont aussi des revendications qui sont éthiques et solidaires. Ce qui nous ramène plutôt du côté gauche (au sens où c'est l'état qui règlemente pour des raisons sociétales et non économiques).

Sur le plan de l'exercice politique, les pirates revendiquent une transparence sans faille ainsi qu'une participation citoyenne importante. Il s'agit ici de revendications pour assurer que les citoyens restent maîtres de la société dans laquelle ils vivent. On est donc aux antipodes d'un groupe dictatorial (de type communiste à gauche ou fasciste à droite) et bien dans une idée démocrate (qui à ma connaissance n'est ni de gauche ni de droite).

Sur le plan des valeurs, les pirates se démarquent fort des autres partis. Je ne connais en effet pas de parti qui basent leurs actions sur des valeurs, au contraire du parti pirate (voyez mon autre article à ce sujet). Ces valeurs concernent clairement la société dans son ensemble, pour lequel le Parti Pirate a des propositions. Elles concernent tout le monde et vise à une société meilleure. D'après les hypothèses du début on est bien dans le progressisme. Donc de gauche.

Sur le plan de la liberté d'expression, les pirates sont intransigeants (c'est quand même l'article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme). Je ne réexplique pas pourquoi, beaucoup en parle mieux que moi. Mais je ne peux m'empêcher de citer la merveilleuse phrase de Paul Da Silva sur son blog : « la liberté d’expression c’est aussi pour les cons, et j’aime savoir qui sont les cons autour de moi ». Et rien que pour ça, la liberté d'expression est importante. Pour ce point-ci, il me semble qu'on est plutôt du côté libéral — au sens de la liberté — (et donc de droite), mais aussi du côté progressiste (et donc de gauche) 3.

Concernant la décision politique, les pirates prônent une décision basée sur des faits, libérée de l'émotionnel (qui est mauvais conseiller) et dans l'intérêt du plus grand nombre. Ceci pourrait être caractérisé comme intellectuel. C'est à gauche ou à droite, ça ? Il serait malvenu de répondre. Cependant, pour ceux qui ont de l'humour, on pourrait dire (avec un bon paquet de mauvaise foi) qu'une décision politique intellectuelle est caractéristique de la droite, puisqu'il est bien connu que les intellectuels de gauche sont des artistes et les intellectuels de droite sont des ingénieurs élitistes. 🙂

Concernant la culture, les pirates pensent qu'elle est un vecteur de développement et de démocratie. Il faut donc qu'elle soit partagée et accessible. Après tout, toutes les sociétés sont basées sur une culture et toutes les cultures sont le fruit d'une société. Aucun est artiste ne crée sans avoir eu jamais de contact avec une société. On est dans le collectif et le progressiste. Donc à gauche.

À propos du marché, les pirates se positionnent contre tous les monopoles car ils sont dangereux pour la liberté (de choix du consommateur, de parole, etc.). Avec une vue classique, on serait bien dans un domaine libéral. De droite.

Et on pourrait encore citer pas mal d'exemples. Si on vous pose la question « gauche ou droite ? », vous pourrez faire l'exercice !

Bref...

Avec tous ces exemples, peut-être que les gens comprendront mieux qui nous sommes. En tout cas, une chose est sûre, nous ne sommes ni de gauche ni de droite. Certaines idées, quant à elles, sont de gauches, d'autres de droites. Et la plupart ni de gauche ni de droite. En fait, on est un peu des libéraux progressistes. Ou des révolutionnaires conservateurs. Finalement, ce qui nous définit encore le mieux, c'est « Pirate ». 🙂


Photo CC by OliBac on Flickr

 

Notes:

  1. et je m'excuse par avance auprès de tous les politologues qui feront un infarctus en lisant les raccourcis que je fais sur la classification des idéologies politiques, mais il s'agit d'un blog d'un non-politologue à l'adresse de non-politologues.
  2. Si l'un ou l'autre pirate belge s'en souvient, merci de m'envoyer le lien.
  3. Quelqu'un a-t-il déjà trouvé un article qui explique si la déclaration universelle des droits de l'homme est de gauche ou de droite ? Ce serait rigolo.

Le Parti Pirate : Qui, quoi, comment ? (partie 0)

Rick Falkvinge est le fondateur du Parti Pirate suédois. Il fournit sur son site quantités d’information intéressantes, en particulier son gouvernail pirate qui reprend les éléments essentiels du mouvement pirate. C’est entre autres à la lecture de son blog que je suis devenu pirate.

Si ce blog est souvent utilisé comme référence, chacun est libre de d’écrire ce qu’il veut sur le sujet. C'est la nature du mouvement pirate et la liberté d'expression qui veut ça.Ce qui fait que la quantité d’informations publiées est énorme. Toutes ces contributions viennent en complément de ce que Rick décrit. Aujourd’hui, je souhaite faire pareil et je vais tenter un exercice difficile : proposer ma vision structurante de la de la pensée pirate. Rassurez-vous, pas grand chose de nouveau dans le contenu, mais plutôt une nouvelle manière de présenter les idées, de les structurer, de les articuler. Le but est bien d’avoir les idées claires quand on veux expliquer aux gens qui nous sommes.

CC by Piratenpartei DeutschlandCet article est en fait composé de quatre articles dont celui-ci n'est qu'une simple (et longue) introduction ; la matière est trop dense pour n’en faire qu’un article !

Pourquoi faire ?

L’envie d’écrire ce billet m’est venue car j’ai reçu pas mal de remarques et de commentaires suite à mon engagement pirate. Négatif ou positif, ils sont souvent constructifs. Et partager cette expérience me semble utile.

Ce que je retiens de ces interactions, c’est qu’il est essentiel, si on ne veut pas (trop) se tromper, de bien identifier ce qu’on fait et pourquoi. Ne pas confondre le but avec le moyen et savoir d’où l’on vient, cela me parait essentiel, surtout dans un mouvement jeune, qui se construit.

Je me rends bien compte que cet ensemble d’article risque d’être moins plaisant à lire 1, mais je pense qu’il peut aider chaque pirate à mieux exprimer ses idées, en lui donnant une grille de lecture appropriée. Mon objectif, en rejoignant les pirates, n’était-il pas de faire passer les idées pirates ? Présenter la pensée pirate de manière synthétique, voilà un beau moyen de réaliser cet objectif...

Pourquoi maintenant ?

Comme disait l’autre 2, « ce qui se concoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément ». Cela vaut donc la peine de choisir les bons mots. Autant vous le dire, cela fait quelques mois que j’y travaille. Depuis avant les élections communales d’octobre. Mais le temps est venu de me presser pour publier car le Parti Pirate belge se structure en ce moment même. Une assemblée générale est prrévue en mars et des statuts y seront adoptés. Il est donc primordial qu’on prenne le temps d’y réfléchir avant. Voici ma contribution à cette réflexion.

Qui sommes-nous, que voulons-nous, comment fonctionnons-nous ?

Comme annoncé, cette série d'articles en comprend trois.

Dans l’article intutulé « Le galion pirate », je commence par le « qui ? ». Qui sont les pirates ? D’où viennent-ils ? Quel est le mouvement qu’ils représentent ? Bref, quel est l’ADN des pirates ? Quel est leur bateau ? Contrairement aux autres partis qui ne se remettent plus en question, c’est un exercice que nous devons faire.

Dans le second article, « Les balises pirates », il s’agit du « comment ? ». Comment fonctionnent les pirates ? Dans quel cadre évoluent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Quelles sont leurs particularités ?

Enfin, dans le dernier article, « Le phare des pirates », je m’attaque au « quoi ? ». Que veulent-ils ? Quels sont leurs objectifs, leurs revendications ?

CC by Chriswsn

CC by notafish on http://www.flickr.com/photos/notafish/1247038855/CC by dalbera on http://www.flickr.com/photos/dalbera/5744428596/in/photostream/ Quel est le bateau pirate ? Quelle voie navigable emprunte-t-il ? Et vers où vogue-t-il ?

Qui suis-je pour proposer une telle définition de la philosophie pirate ?

D’un côté, je ne suis qu’un pirate, donc ce que je propose ici n’est qu’une proposition, que chacun intérprétera, fera sienne ou non. Elle n’a aucune valeur absolue.
D’un autre côté, je suis un pirate, et donc ce que je propose ici vaut autant que la proposition de quelqu’un d’autre, qu’il soit fondateur du mouvement pirate ou simple moussaillon curieux. Rien qu’avec cette phrase, vous apercevez déjà une facette de la pensée pirate ! 🙂


Les autres articles de la série :


Photos : CC by Piratenpartei Deutschland

Notes:

  1. Pour autant que vous eussiez trouvé intéressants mes autres articles
  2. à savoir Nicolas Boileau

Le Galion des Pirates (La pensée pirate - partie 1)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? » (cet article-ci), du « comment ? » et du « vers quoi ? » du parti pirate.

CC by Chriswsn

Dans quelle embarcation voguent les pirates ?

Cet article vous propose une description des pirates. Dans quelle embarcation voguent-ils ?

Historique : de nouvelles possibilités

Le mouvement pirate est issu du monde informatique, c’est certain. Il émerge en même temps que les nouvelles technologies et de la génération Y, ou digital natives, pour qui ces technologies font partie de la vie courante 1. De la même manière que l’imprimerie a joué un rôle majeur à la renaissance, Internet va nous mener vers une nouvelle société dont nous ne percevons encore que quelques contours flous.

Que ce soit bon ou mauvais, c’est un fait. Nous sentons déjà les prémices de cette (r)évolution quand on observe à quel point les nouvelles technologies font émerger des nouveaux comportements et adaptent nos systèmes de valeurs.

Une remarque s’impose ici (car je sais déjà que cela fera l’objet de commentaires). Oui, la fracture numérique existe. Non, tout le monde n’a pas encore accès à ces technologies. Il n’empêche, il faut déjà évoluer. Malgré l’invention de l’imprimerie en 1454, il existe encore des illettrés aujourd’hui, six siècle plus tard. Cela n’a pas empêché l’imprimerie de répandre les connaissances et de favoriser l’émergence de la Réforme et de la Renaissance. De même, les nouvelles technologies ne sont pas parfaites, tout le monde n’en profite pas. Mais il faut néanmoins en tenir compte et accepter qu’elles fassent évoluer considérablement notre société. Il ne faut pas croire que sous prétexte d’être née avec les NTIC, la génération Y n’a qu’une seule envie :  transformer la société en monde virtuel hyperconnecté et exclusivement dirigé par la technologie. Personnellement, je prends cetté évolution comme un fait et je constate qu’on doit s’adapter.

Quelques exemples pour comprendre

Bref, Internet (pour simplifier) apporte son lot de nouveauté. C’est un lieu commun de dire cela ; c’est évident. Mais je souhaite épingler quelques exemples de ce que nous ont apporté les nouvelles technologies pour montrer le lien entre celles-ci et certaines valeurs, partagées par les pirates.

  1. Le monde de l’Open Source est apparu avec l’informatique. Il s’agit d’un monde qui croit que la collaboration apporte plus que la compétition, mais où chacun reste cependant libre de faire compétition (via un fork). On sent déjà poindre la liberté et la collaboration avec, en trame de fond, une volonté d’efficacité. Si on en rajoute une couche avec le Logiciel Libre 2, il y a en sus des valeurs de liberté essentielles.
  2. Le phénomène des mèmes (contraction de gène et ‘’mimesis’’, imitation) est très intéressant. Le mème est un élément culturel reconnaissable et transmis par imitation (surtout via Internet, donc). Ici, on parle donc de culture, d’imitation et de partage d’information.
  3. Internet, de par sa nature, facilite la communication entre à peu près n’importe qui sur terre 3. L’internaute est habitué à interagir avec d’autres nationalités et d’autres cultures. C’est ainsi qu’apparaissent la diversité et le respect de chacun, dans sa différence.
  4. Les SEL, systèmes d’échanges locaux, fleurissent partout dans nos sociétés. C’est une initiative d’un groupe de gens qui veulent mieux consommer, s’entraider et recréer des liens sociaux en dehors du système de consommation habituel. Internet a rendu possible ces réseaux. Ici, on aborde les notions d’initiative citoyenne, de solidarité et de consommation soutenable.
  5. Enfin, cet article-même (et les blogs en général) est un bon exemple. Je choisis de dire ce que je pense. Et personne n’a — ou ne devrait avoir — le droit de l’interdire. Après, chacun en fait ce qu’il veut. Le lire, l’adopter, le faire sien, le rejeter ou le démolir (non, s’il-vous-plait !). La liberté d’expression est essentielle.

Simples exemples. Mais on constate que les nouveaux moyens de communication influencent en profondeur nos habitudes et cela fait émerger certaines valeurs. Celles-ci, communes à beaucoup de citoyens et de mouvements aujourd’hui, sont aussi à la base du Parti Pirate.

Note : ce qui est écrit ici peut sembler angélique (si tout le monde sur internet respectait chacun, dans sa différence, ça se saurait). Mais je parle bien ici de valeurs qui émergent dans la société, pas forcément chez chaque individu. Dans le débat actuel en France, la plupart des gens que je connais sur internet prennent parti pour le mariage homosexuel (respect de l’autre dans sa différence) mais cela n’empêche pas certains d’avoir un sale caractère et de détester son voisin. 🙂

L’idée partagée créé le mouvement

Les idées peuvent désormais se partager aux quatre coins du monde à la vitesse de l’impulsion électrique. On le voit avec ces exemples, cela donne une spirale créatrice (à mon avis sans précédent dans l’histoire de l’humanité). Les idées se partagent, se mélangent et évoluent comme jamais auparavant.

Cela donne une force particulière à de nombreux mouvements. En plus des pirates, je pense aux indignés, à la simplicité volontaire, aux anonymous, aux objecteurs de croissance, au mouvement de la transition, aux groupes de réflexions sur le revenu de base 4. Et il y en a encore bien d’autres.
Certains sont déjà anciens, mais c’est aujourd’hui que les idées qu’ils portent peuvent sortir de leurs cercles originels peut-être trop fermés. C’est aujourd’hui que ces mouvements évoluent et qu’on en entend parler.

Tous ces groupes ne sont pas les mêmes. Un pirate n’est pas forcément un simplicitaire et vice-versa. Cela dit, ces mouvements partagent des membres et sont intimement compatibles : comme des frères et soeurs, ils sont nés à des moments différents mais évoluent ensemble. Ils partagent une bonne partie d’ADN, même s’ils ont des caractères et des envies différentes.

Un de leurs points communs, c’est d’être « grass-roots ». Concept assez difficile à expliquer, Grass Roots ne possède même pas d’entrée sur Wikipedia en français (avis aux amateurs). Littéralement, il s’agit d’un mouvement en racine d’herbe, c’est-à-dire qui vient du sol, et qui est spontané. Techniquement, cela signifie qu’il s’agit d’un mouvement basé sur l’initiative des gens. Au XXe siècle, on aurait dit un mouvement populaire, pour le peuple et par le peuple. Et on y aurait trouvé une connotation communiste (ou socialiste) de lutte des classes ; si ça vient du peuple, c’est forcément contre les riches et les dirigeants. Et c’est effectivement à gauche que sont classés les mouvements les plus vieux parmi ceux que je citais plus haut.

Mais nous sommes au XXIe siècle et la signification n’est pas celle-là. Ici, ce sont bien les notions de multitude et de spontanéité qui ressortent, celles qui entraînent ce processus créateur dont je parlais. On y retrouve ce côté socialiste du peuple, mais aussi le côté libéral de la liberté. Mais ce processus ne s’inscrit plus dans la hiérarchie sociale que notre société connaît. Et il met donc parfois le système à mal. D’après moi, ce n’est pas forcément parce que ce système est combattu volontairement, mais simplement parce qu’il n’est plus adapté à ce qui est devenu possible.

Pourquoi un mouvement politique ?

Si je pense que le système n’est plus adapté à certains points de vue, ce n’est pas bien grave. Comme disait l’autre, je n’ai que faire de votre business model. Si l’industrie du protectionnisme intellectuel 5 fait faillite, les artistes n’en seront peut-être que plus heureux (même s’ils ne le savent pas encore 6). Si la société de consommation ne fonctionne plus, ce sera très bien pour les simplicitaires.

Par contre, nous vivons à plusieurs êtres humains sur cette planète, il faut donc bien qu’on s’entende et vive ensemble. Il restera donc toujours une « chose publique ». Et il faut qu’elle soit bien gérée, pour le bien de tous. C’est ici que les Pirates prennent leur sens. Le Pirate s’engage en politique car il sait que le système existant n’est plus adapté et il souhaite le modifier. Pour le pirate la chose publique est un problème comme un autre, qu’on peut résoudre en collaborant en politique.

Ma définition des pirates

C’est ainsi que je propose ma définition du parti pirate comme un « mouvement de citoyens qui veulent s'engager pour que la politique intègre les changements radicaux que vit notre société ». Chaque mot est ici important.

  • « un mouvement » : j’aime dire que le parti pirate n’est pas un parti, car cela impliquerait une structure, une pyramide, une représentation forte. De plus, il y a de plus une connotation négative au mot « parti » car le parti existe pour lui-même et pour le pouvoir 7.
  • « citoyen » : pour bien insister sur le caractère universel du mouvement. Ce n’est pas réservé aux hommes politiques professionnels. Tout un chacun peut participer. Et cela implique aussi qu’il n’est pas nécessaire d’être politique professionnel pour être élu. Participer.
  • « qui veulent » : notez le pluriel car le sujet du verbe n’est pas le mouvement, qui n’existe pas en soi, mais les citoyens.
  • « s’engager » : le but est bien de participer et non pas se faire représenter. Ne plus dire : « Voilà, tu es élu, maintenant tu fais ce que tu veux pendant six ans ». Ne plus donner un chèque en blanc aux élus.
  • « pour que la politique intègre... » : le but n’est pas d’avoir le pouvoir. Le but est d’avoir un système politique efficace et adapté au XXIe siècle. Pour ma part, si les partis « traditionnels » arrivent à intégrer ces changements, le parti pirate n’a plus lieu d’être. Et tant mieux (mais j’en doute).

Autre articles de la série : introductionles balises des piratesle phare des pirates


Photo : CC by chriswsn on Flickr

Notes:

  1. Mais le fait que la génération Y en soit l’origine n’exclut pas les autres pour autant !
  2. Ne pas confondre avec Open Source, où vous serez pendu par Stallman
  3. voir ma remarque sur la fracture numérique, plus haut dans l’article.
  4. Voyez aussi mon article à ce sujet
  5. J’utilise volontairement le terme protectionnisme intellectuel pour décrire la propriété individuelle. Rick Falkvinge qui propose de faire cela afin de ne pas se laisser faussement abuser par le terme « propriété » qui porte une connotation positive.
  6. Un moyen pour les aider à comprendre, c’est de leur faire suivre la lettre ouverte aux artistes piratés de Ploum.
  7. Il est cependant vrai que nous sommes un parti au sens que nous nous présentons aux élections. Mais on parle ici de définition philosophique.

Les balises pirates (La pensée pirate - partie 2)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? », du « comment ? » (cet article-ci) et du « vers quoi ? » du parti pirate.

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Quelques bouées pour guider les pirates

Cet article-ci vous propose un ensemble de balises qui définissent le chenal maritime qu’emprunte le galion pirate.

Comment les pirates fonctionnent-ils ?

Le mode de fonctionnement des pirates est intimement lié à leur nature. Il m’a donc été difficile de dissocier le quoi du comment. Néanmoins, dans l’article « le galion pirate », deux éléments ressortent fort : le mouvement grass-roots ainsi que les valeurs du mouvement. Comment ces deux points se déclinent-ils en outils, règles ou balises ?

1. Un fonctionnement grass-roots

Si, dans l’article précédent, on comprend ce que veut dire grass-roots, qu’est-ce que cela implique dans le fonctionnement des pirates ? Tout d’abord, que le processus créateur est lié à la spontanéité et à la liberté des gens gens d’y participer. Tout élément qui vient entraver cette liberté coupe la spontanéité et, par conséquent, le processus créateur. Je pense donc que les règles doivent être limitées au maximum.

Cependant, des règles sont nécessaires pour le fonctionnement d’un groupe. Mais au lieu d’en proposer une liste qui ne sera jamais exhaustive ni applicables à toutes les situations, je propose plutôt un cadre de fonctionnement, balisé par des principes. Ces principes restent volontairement abstraits, afin de ne pas finir en règle figée à appliquer à la lettre. Et c’est dans ce cadre balisé, d’après moi, que chaque groupe définira ses propres règles, si nécessaire.

Ces balises ne sont pas de moi. Elles proviennent généralement de la page du Parti Pirate belge, de Rick Falkvinge ou de discussions entre pirate (principalement en BW). Je ne fais que proposer des les mettre ensemble et de les appeler balises. Passons-les en revue.

1.a La Règle des Trois Pirates

Elle stipule que pour réaliser une action, seuls trois pirates sont nécessaires : il n’est pas besoin de « permission » pour mener une action et pour faire de cette action une activité « officielle » du Parti Pirate.

Avec les exceptions évidentes que cela doit rester dans la légalité ; cela ne doit pas nuire à l’image du Parti ; et pour impliquer des fonds du Parti, il faut une consultation plus large.

Cette première balise a l'immense avantage de laisser la liberté et l'initiative à chacun. Ceci ne coupe donc pas le processus créateur.

1.b Le consensus

Il est encouragé de travailler au consensus, plutôt qu’au vote, pour prendre une décision. Le vote, c’est potentiellement 51% de content et 49% de mécontent. Le consensus permet à chacun de pouvoir se retrouver dans une proposition car il y aura eu discussion et partage.

Attention, ici, on ne parle pas de compromis ou de « consensus mou » comme on entend souvent. L’idée est plutôt de promouvoir un fonctionnement sur ce qui nous rapproche et d’accepter qu’on ne doit pas être d’accord sur tout. Il s'agit bien d'un état d'esprit plus que d'une règle fixe.

1.c La transparence

Les pirates sont encouragés à tout faire dans la transparence. Les réunions sont publiques et ouvertes à tous, si possible même dans un lieu publique. Les compte-rendus disponibles sur le wiki. Les comptes également.

Je considère la transparence comme un outil, voir même l’outil principal, des pirates pour assurer que chacun puisse accéder à l’information. C’est la base pour permettre à chacun de s’informer, se faire un avis, et émettre un jugement et des actes conséquents.

La transparence devrait être la règle, et le huis clos l’exception, toujours motivée.

1.d Assume good faith

Voici un principe qui peut paraître utopique, mais qui en fait est très profond et très utile, car il a des conséquences innattendue. En effet, ce principe propose de supposer la bonne foi des autres. C’est presque caricatural, on dirait « Le scout mérite et fait confiance ». Mais quelle place cela peut-il bien avoir en politique ?

Tout d’abord, cela a l’avantage de maintenir les protagonistes ouverts à la collaboration. Ça change la perspective. L’autre n’est pas d’accord avec nous ? Pas grave, on peut quand même se mettre à sa place et envisager, avec un autre point de vue, que le problème est limité et qu’une solution peut être trouvée.

Une autre conséquence est qu’il faut impérativement trouver un système résilient, c’est-à-dire (dans ce cas) qui n’est pas mis à mal au moindre abus, à la moindre triche. Il faut pouvoir gérer ces problèmes sans pour autant rajouter trente-six lois, règlements ou directives. Cela me permet d’arriver au point suivant : keep it simple.

1.e Keep it simple (and flexible)

Ce principe part du postulat qu’un système complexe est plus facilement attaquable. Des experts peuvent toujours y trouver une faille. En réponse, on y colle une rustine. Et puis une autre et puis une autre sur la première. Au point qu’on occulte le principe original. Une conséquence est l’inflation normative (ou législative) et ses inconvénients.

Un exemple ? Notre système est en grande partie basée sur l’impôt sur le travail. Et pourtant, à force de modifier ou d’ajouter des fragments de lois, nous en sommes arrivés à un système où le core business de milliers d’entreprise est d'aider leurs clients à payer moins d'impôts. Certes, on pense d’abord aux private bankers, aux comptables ou aux fiscalistes qui n’ont pas bonne réputation (seulement si on n’a pas beaucoup d’argent). Mais il faut aussi se rappeler que les voitures de société, les assurances complémentaires ou les chèques-repas, eux aussi, ne sont jamais que des moyens de payer moins d’impôts. Tout cela est permis car notre système est trop complexe.

Bref, ce principe dit qu’on doit éviter la surenchère de règlement. De toute façon, on ne peut pas penser à tout et quelqu’un trouvera toujours le moyen de contourner la règle. Le tout est d’avoir un système assez simple et flexible pour être résilient. Plutôt que d’avoir des règles toutes faites qui répondent à tout, je préfère un mécanisme simple qui permet de résoudre les problèmes.

1.f Les tabous sont tabous

Oui, on peut parler de tout, si c’est nécessaire. Oui, il est toujours bon de remettre les choses en question. Non, un règlement n’est pas absolu. Oui, dans certains, il est de notre devoir de désobéir à une loi.

Cette volonté de remettre les choses en question est déjà bien implantée dans nos sociétés contemporaines qui sont très critiques. Simplement, nous ne remettons pas toujours en question les bons principes. Nous avons encore besoin d’un peu d’exercice.

Les pirates se proposent de rester ouvert à la discussion. Et si on ne veut pas parler d’un sujet, il suffit de dire pourquoi. Et pour éviter de perdre son temps en parole pour le plaisir de discuter (il y a des champions là-dedans), il y a le point suivant : do-it-cracy.

1.g Do-it-cracy

Do it ! Fais-le ! La do-it-cracy propose que celui qui fait quelque chose a raison. Et s’il a tord, la dure réalité le fera échouer. Et si ce qu’il fait n’est pas optimal, quelqu’un d'autre n'a qu'à proposer mieux.

On retrouve ici quelques idées de l’Open Source (comme expliqué dans l'article précédent). Tu es libre de lancer ton projet. S’il ne marche pas, c’est qu’il n’est pas bon (au sens qu’il ne rencontre pas son public). Si tu veux participer à un projet, tu peux. Et si tu as des divergences avec le chef du projet, tu peux faire un fork.

Je vois réellement ce fonctionnement comme un développement organique vers un optimum.

2. Des valeurs communes : le code des pirates

Après ces balises qui définissent le cadre pratique que j’aimerais donner au Parti Pirate, il est encore nécessaire d’envisager un autre cadre. Celui, moins pragmatique, des valeurs. Le Pirate Codex est un magnifique texte qui propose une définition d’un pirate par ses valeurs. Ce texte pourrait se retrouver dans la définition des Pirates (dans l'article le galion pirate), puisqu’il définit un ensemble de valeurs communes, mais j’ai choisi de le placer dans cet article, avec les balises. Il s’agit en effet d'un outil, un moyen de faire mouvement. C’est encore un outil pour communiquer vers l’extérieur et expliquer qui nous sommes. Enfin, c’est aussi une grille de lecture (flexible) utile si, à un moment, on est amené à se poser la question de « ce qui est Pirate ou ne l’est pas ».

  1. Les Pirates sont libres : les Pirates chérissent la liberté, sont indépendants, autonomes, et refusent toute forme d’obédience aveugle. Ils affirment le droit à s’informer soi-même et choisir son propre destin, et la liberté d’opinion. Les Pirates assument la responsabilité qu’induit la liberté.
  2. Les Pirates respectent la vie privée : les Pirates protègent la vie privée. Ils combattent l’obsession croissante de surveillance par l’État et l’économie, car elle empêche le libre développement de l’individu. Une société libre et démocratique est impossible sans un espace de liberté, privé et hors-surveillance.
  3. Les Pirates ont l’esprit critique : les Pirates sont créatifs, curieux, et ne se satisfont pas du statu quo. Ils défient les systèmes, cherchent des points faibles, et trouvent des façons de les corriger. Les Pirates apprennent de leurs erreurs.
  4. Les Pirates sont équitables : les Pirates tiennent leurs promesses. La solidarité est importante quand elle profite à la collectivité. Les Pirates n’acceptent pas la lâcheté et l’indifférence en société, et agissent quand un courage moral est nécessaire.
  5. Les Pirates respectent l’Homme et l’environnement : les Pirates sont pacifiques. Ainsi ils rejettent la peine de mort et la destruction de notre environnement. Les Pirates luttent pour la pérennité de la nature et de ses ressources. Nous n’acceptons aucun brevet sur le vivant.
  6. Les Pirates sont avides de connaissance : L’accès à l’information, à l’éducation, au savoir comme aux avancées scientifiques doit être illimité. Les Pirates soutiennent la culture libre et le logiciel libre.
  7. Les Pirates sont solidaires : Les Pirates respectent la dignité humaine. Ils s’engagent pour une société solidaire où les forts défendent les faibles. Les Pirates défendent une conception de la politique faite d’objectivité et d’équité.
  8. Les Pirates sont cosmopolites : Les Pirates font partie d’un mouvement mondial. Ils s’appuient sur les ressources qu’offre Internet, et par conséquent, pensent et agissent par-delà les frontières.

Vous pourriez trouver cela cul-cul ou boy-scout, il n’empêche que, savoir que des valeurs sont à l’origine du mouvement, cela lui donne une certaine crédibilité, je trouve. Ce texte n’est peut-être pas officiel, mais quels sont les partis qui ont une charte comme celle-ci, même officieuse ?


Autre articles de la série : introductionle galion des piratesle phare des pirates


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Le phare des pirates (La pensée pirate - partie 3)

Cet article fait partie d’un ensemble de quatre articles traitant de la pensée pirate. Cet ensemble ne se veut pas exhaustif, mais plutôt structurant. L’article principal est « Pirate : Qui, quoi, comment ? » et redirige vers des articles traitant du « qui ? », du « comment ? » et du « vers quoi ? » (cet article-ci) du parti pirate.

Note préliminaire : due aux contraintes des dates liées à l'Assemblée Générale du Parti Pirate, je suis contraint de publier cet article maintenant. Il n'est pas prêt et j'aurais souhaité y travailler un peu plus. Tant pis. Tenez-en compte...

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Le phare qui permet de maintenir le cap

Cet article-ci vous présente le phare, la destination de l’embarcation pirate. Vers où navigent-ils ?

De manière très simple, on pourrait dire que le but du mouvement pirate est de faire en sorte que la société dans laquelle nous vivons soit à même de respecter les valeurs pirates. Ce serait un peu trop facile. Allons plus loin dans le concret.

Nos objectifs

Contrairement aux autres partis dont l'ojectif est d'être élu, pour avoir le pouvoir et imposer/proposer leurs idéologies, celui des Pirates me semble fondamentalement différent : changer la politique, de manière à obtenir une société démocratique idéale en phase avec son temps. Pour moi, cela correspond à la notion de l’empowerment 1 du citoyen, c’est-à-dire qu’il n’est plus déconnecté de la décision politique car il reprend possession de la force que la démocratie lui donne. Cette idée est au coeur du gouvernail pirate de Rick Falkvinge. Cet empowerment n’est possible, selon Rick, qu’au travers d’une société...

  • où la liberté de chaque individu est assurée et donc sa vie privée respectée (conditions sine qua non) ;
  • où chaque individu reçoit les mêmes droits et les mêmes devoirs, peu importe sa naissance ;
  • où chacun est libre de s'exprimer, d’entreprendre, de proposer et de partager ;
  • où la connaissance, les outils, la culture et les idées peuvent être échangées sans contraintes ;
  • où chacun a le droit de participer à la vie politique, de proposer des idées et peut tenir les hommes politiques responsables de ce qu’ils font.

Comme il y a une certaine cohérence chez les pirates, ces points se rapprochent des balises des pirates. En effet, si  nous voulons aller vers une société ainsi décrite, il faut appliquer ces mêmes principes dans l'organisation du parti pirate. Comme souvent en politique, les objectifs se mélangent un peu avec les moyens — ou partagent en tout cas la même sémantique.

Nos revendications

Encore plus concrètement, que contient le programme politique des pirates ?

La question est difficile. En effet, si vous avez bien lu les articles précédents (le galion des pirates et les balises pirates) vous aurez compris que le mouvement pirate est grass-roots et qu'il veut reconnecter le citoyen avec la chose publique. Par conséquent, avoir un programme fixe, solide et exhaustif serait contradictoire, puisqu'il doit continuellement être remis en question par, et en phase avec les citoyens. Non pas des technocrates idéologues de partis.

Par conséquent, je proposerais ceci : l'idée première du programme est de s'assurer qu'il est construit avec le citoyen. Pas seulement le citoyen « Pirate », mais tous les citoyens. Ceci rejoint l'idée que l'élu n'est pas un représentant des citoyens, mais plutôt un lien entre les citoyens et la chose publique 2.

Néanmoins, certaines idées sont largement représentées au sein des pirates et méritent qu'on y consacre un peu de temps. Elles sont généralement acceptées comme idées pirates, mais elles sont toujours suceptibles d'être remises en question et d'évoluer. En voici quelques-unes 3:

  1. Protection de la vie privée : la liberté de chaque individu ne peut-être assurée que si l'état et les sociétés privées respectent sa vie privée. Voyez ici ou ici
  2. Réforme de la propriété intellectuelle (ou protectionnisme intellectuel) : les pirates refusent le protectionnisme intellectuel, refusent les brevet sur le vivant et sur le logiciel car contre-productif. Voyez ici, ici, ici ou ici.
  3. Fact-based politics et décision raisonnée 4 : Voyez ici ou ici.
  4. Rendre la culture libre et accessible : Voyez iciici et ici.
  5. Participation citoyenne et liberté d'expression : Voyez ici et ici.
  6. Transparence des institutions publiques : Voyez ici, ici, ici, ou ici.
  7. Législation de qualité : Voyez ici.

Beaucoup d'autres liens seraient sans doute très pertinents. N'hésitez pas à me les envoyer.

Pirate local ou global ?

Évidemment, il s'agit beaucoup de politiques qui ne sont applicables qu'à haut niveau (national, européen voire mondial). Et de fait, ces idées largement partagées le sont justement parce que c'est à un haut niveau. Savoir si un traité tel qu'ACTA est ou n'est pas en phase avec les valeurs pirates est relativement simple (le combattre est autre chose).

Est-ce à dire que les pirates n'ont pas de sens à un niveau communal ? Au contraire ! À un niveau plus proche du citoyen, les idées pirates seront fort différentes d'un contexte à l'autre, d'une commune à l'autre. Et c'est tant mieux. C'est là qu'il sera plus difficile — et donc d'autant plus important — de réfléchir, sur base objective, si une mesure politique a du sens pour les citoyens.

Conclusion rapide

Plutôt qu'un parti, le mouvement pirate est au moins autant un mouvement d'éducation qui vise à rendre aux citoyens la démocratie qui lui appartient en la faisant évoluer vers le XXIe siècle. Esprit critique, décision raisonnée et participation, le tout baigné dans des valeurs en phase avec notre temps et ses possibilités, sont finalement les ingrédients de la recette pirate.


Autre articles de la série : introductionle galion des piratesles balises des pirates


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Notes:

  1. Cette notion est difficilement traduisible, mais wikipedia nous propose autonomisation ou capacitation
  2. Réflexion très importante : à partir du moment où il s'agit d'un lien (= outil) et non d'un représentant (avec une charge symbolique), cet outil doit pouvoir être remplacé si nécessaire, par autre chose. Voyez le logiciel de démocratie liquid liquidFeedack à ce sujet.
  3. Je ne mets qu'une ligne d'explication car il est illusoire de vouloir expliquer tout cela dans cet article. Les liens vous aideront à approfondir les sujets.
  4. Les faits ne sont pas toujours objectifs... ce concept va donc de paire avec l'esprit critique !