La fonction politique est un monopole soumis à l'effet Streisand

Ce week-end était organisé dans ma commune un accueil pour les nouveau-nés. Jeune parent, j’étais invité. Après avoir reçu un beau nounours aux couleurs de Braine-l’Alleud, j’ai aussi eu l‘occasion de discuter, à peu près une heure, avec mon bourgmestre 1, M. Scourneau. Après avoir posé une question presque anodine, il a fait le rapprochement entre mon nom et « le pirate » qui s’est présenté aux élections provinciales en 2012. C’est donc lui qui m’a dit : « Vous avez cinq minutes ? Il faut que vous m'expliquiez un peu cette histoire de pirates... »

Malheureusement, contrairement à lui, je ne suis pas un homme politique rôdé, qui a le sens de la formule. Je suis en effet très réfléchi et je dis rarement quelque chose sans en être sûr. J'écoute, surtout. Résultat : les arguments construits que je peux opposer aux siens ne viennent qu’après la fin de la discussion. Je ne suis décidément pas prêt à être politicien.

Du coup, je me suis dit qu’il serait intéressant de restructurer mes arguments sur ce blog. Une fois écrit, je les aurai mieux en tête pour la prochaine fois et, qui sait, ça pourra servir à d’autres. Je ne relaterai pas ici l’ensemble des idées échangées, mais je reviens sur une, qui m’a particulièrement marqué. Je la résume ainsi : d'après mon bourgmestre, ...

...le métier d’homme politique n’est pas différent d’un autre. On fait confiance à son médecin ou à son garagiste, il en va de même pour le bourgmestre. On n’a pas besoin de comprendre toute la chimie du médicament que donne le médecin ; on ne comprend pas toute la mécanique que répare le garagiste ; et de même, le citoyen n’a pas besoin d’avoir accès à toute l’information sur les activités politiques au sein de sa commune.

Il y a des informations délicates, qui seraient mal comprises si elles étaient divulguées. L’essentiel est finalement le résultat : le médicament soigne, la voiture roule et la commune est bien gérée.

De toute façon, très peu de gens s'intéressent à ces informations. Seul compte le résultat.

J'ai parfois l'impression que le monde politique est obligé de donner le bâton pour se faire battre, contrairement aux autres professions.

La citation n'est pas exacte mot pour mot, mais j'espère avoir retranscrit, sans la trahir, sa pensée. Et voici ce que moi j’aurais du dire, si mon cerveau pouvait avoir la répartie un peu plus rapide.

Non, je n'ai pas confiance en mon garagiste, ni mon médecin.

Je ne suis déjà pas d'accord de dire que j'ai, a priori, confiance en mon médecin ou mon garagiste. En ce qui me concerne, ma confiance n’est disponible pour quelqu’un qu’à travers le filtre de mon esprit critique et de mes choix.

Si vous ne comprenez pas ce que fait votre garagiste, vous êtes libre de suivre des cours de mécanique et comprendre ce qu’il fait. Si vous voulez connaître ce qui se passe dans les molécules de votre corps quand vous prenez le médicament prescrit, vous êtes libre de vous former en chimie. Mais, je l'accorde, il y a mieux à faire que de passer son temps à vérifier ce que font les autres, juste pour être sûr que c'est juste.

...mais c’est possible. Et dans une moindre mesure, c’est même de plus en plus courant. Et bien oui. Moi, par exemple, je suis extrêmement critique vis-à-vis des médecins (je sais, c’est à la mode 2). Et je ne fais confiance qu’à ceux qui, par leurs explications, leurs raisonnements et leurs questions me montrent que je peux avoir confiance en eux. Mon esprit critique fonctionne quand je suis chez un médecin. Je n’ai pas le temps de tout savoir, mais je veux en savoir assez que pour être sûr que le médecin fait le bon choix. Dieu merci, mon médecin de famille, très capables, écoute mes questions et y répond. Si elle ne le faisait pas, je ne resterais pas chez elle.

Pour mon garagiste, par contre, je suis nettement moins regardant. Je me contente du résultat, puisque je ne paye pas les réparations et que, dans mon cas, je juge une panne peu impactante (et j’accepte le risque). Chacun se positionnera comme il le souhaite vis-à-vis de chacun des corps de métier.

Mais en politique, je suis regardant. Je veux savoir. Je veux comprendre. Et, oui, c'est « à la mode ». Mais plus qu'une mode, c'est une lame de fond qui arrive avec l'éducation et les nouvelles technologies (je vous ai déjà parlé des pirates ?). Et voici pourquoi j'ai le droit et pourquoi il est nécessaire d'avoir accès à cette information et pourquoi les institutions politiques devraient faire en sorte que les citoyens y aient véritablement accès.

La fonction politique n’a pas de prix

Votre garagiste, vous le payez pour faire ce que vous voulez. Si vous ne voulez pas réparer votre roue ou votre essuie-glace, c’est votre choix. Pareil chez le médecin : vous n’êtes pas obligé de vous faire soigner votre rhume et vous pouvez choisir des médicaments plus cher, mais sans effets secondaires 3.

Pour la politique, c’est fondamentalement différent. Vous ne payez pas un politicien pour qu’il fasse une action de votre choix. Il a un mandat, il est indépendant et il est rémunéré pour vivre et prendre des actions pour le bien de la société, pas pour faire ce que vous voulez 4.

Alors si une action (directive, loi, règlement, décret) est prise, qu’elle vous concerne et que vous n’avez pas de moyen pour l’influencer... la moindre des choses est que vous puissiez la comprendre. Connaître les raisons, les tenants et les aboutissants et l’historique de cette décision est essentiel. Au moins par respect de celui qui doit la respecter, la mettre en œuvre ou éventuellement la subir.

La fonction politique est un monopole

Si vous n’êtes pas satisfait de votre garagiste ou de votre médecin, vous pouvez en changer. Vous êtes libre 5. Vous êtes également libre de payer plus cher pour un garagiste agréé ou un médecin « reconnu ». Ou moins cher pour un gars qui réparera votre jante en alliage à coups de marteau (cas vécu), ou un charlatan qui vous prescrira le mauvais médicament.

Dans notre société, votre choix dépendra de votre esprit critique et de vos moyens. Mais pas de votre situation géographique (si on fait l’hypothèse d’atomicité des garagistes et des médecins).

L’homme politique, lui, est imposé. En fonction de quoi ? De l’endroit où vous habitez. Uniquement. Certes, vous donnez votre avis aux élections. Mais, primo, cela ne dépend pas que de vous (et votre poids est même minime, quoiqu’essentiel). Et secundo, vous ne pouvez pas en changer avant les prochaines élections.

Public domain by ScooterSE on Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:US_Deluxe_Monopoly_Tokens.jpgAlors oui, la fonction politique est un monopole. Et les monopoles, chez nous, on les régule (enfin, normalement) pour le bien des citoyens et de la société en général. Mais pour bien réguler, il est nécessaire de savoir, de vérifier et donc d'accéder aux informations. Et il serait malsain (et inutile) que ce contrôle soit effectué en interne, ou par des gens qui pourraient y trouver un conflit d'intérêt. Ceci exclut d'emblée tous les hommes et femmes politiques liés à une majorité.

L'information délicate

Quant à l'information délicate qu'il vaut mieux ne pas divulguer, c'est un faux problème, d'après moi. Soit il s'agit effectivement d'une information qu'il ne faut pas divulguer pour de bonnes raisons (par exemple, certaines étapes de passation d'un marché publique, pour des raisons d'égalité des candidats et de saine concurrence, doivent être confidentielles), et alors, il suffit de donner la raison. Les gens peuvent comprendre. Ils ne sont pas idiots.

Soit il s'agit d'une information gênante, auquel cas ce n'est pas une raison pour la cacher. De toute façon, la société évolue vers une acceptation des erreurs... Oui, figurez-vous que les gens apprennent à pardonner.

Je vous étonne, là, non ?

Je précise ma pensée : la foule ne pardonne pas... mais elle peut accepter. Il suffit de comprendre l'effet Streisand, qui est de plus en plus courant : si vous essayez de cacher ou de censurer une information sur Internet, vous prenez le risque de voir cette information diffusée en masse. Par contre, et les community managers commencent à le savoir, en cas de problème, il faut impérativement reconnaître l'erreur et la corriger au plus vite si on veut éviter le scandale et la diabolisation du fautif. C'est aussi vrai en politique, même si le phénomène n'est pas encore aussi important. Mais ça arrive.

http://knowyourmeme.com/memes/streisand-effect

La photo à l'origine de l'effet Streisand

Conclusion : si vous avez une information gênante pour vous, diffusez-la quand même. Simplement, honnêtement. Et corrigez le tir si nécessaire, pour quand même éviter qu'on vous lynche (c'est là l'intérêt). Et si cette info est gênante uniquement parce qu'elle peut être mal comprise, expliquez-la. Oui, c'est chiant de devoir tout expliquer, mais on vit dans une société de communication, il va falloir vous y faire. Je ne dis pas que c'est bien. Mais c'est un constat auquel on n'échappera pas.

Par contre, si l'info est gênante parce que vous êtes malhonnête, alors oui, évidemment, vous préférerez la cacher. Mais alors vous n'empêcherez pas les gens de se poser des questions et de vous soupçonner. Et de finalement découvrir le problème.

Laisser la possibilité

Alors, oui, c'est un fait, peu de gens iront voir cette information. Intéresser les gens à la politique n'est pas chose aisée. Mon bourgmestre s'en plaint, et je le comprends. Néanmoins, il est obligatoire que le citoyen ait la possibilité de se renseigner, s'il le désire. Comme je l'ai montré plus haut, au moins par respect (puisqu'il doit se soumettre aux décisions de la chose publique) et par nécessité (pour éviter les abus liés au monopole de la fonction politique). Bref, il faut laisser la possibilité aux whistleblowers, les tireurs d'alarmes, de faire leur travail.

CC by  FALHakaFalLi on Fotopedia - http://www.fotopedia.com/items/flickr-3354824268

Cette exigence de transparence peut effectivement faire croire qu'on n'aime pas les politiciens, qu'on leur cherche des poux, qu'on n'est pas aussi compréhensif qu'avec un médecin ou un garagiste. Mais il n'en est rien. Je préfère continuer sur la lancée et comparer à une autre profession : joueur de foot. Un match ne se déroule pas sans whistleblower (au sens propre, cette fois, les "souffleurs dans le sifflet"). Et effectivement, les attaquants se feront plus souvent siffler que le gardien... C'est un fait. La faute fait partie du jeu quand on attaque (sauf si elle est intentionnelle, alors carton rouge). Ce n'est pas une raison pour bander les yeux de l'arbitre et lui cacher la faute...

L'attaquant doit accepter de se faire siffler ou bien il doit retourner au vestiaire sans jouer.


Photos:

Notes:

  1. Si des Français me lisent, le bourgmestre d'une commune en est le maire.
  2. Mais après en avoir consulté plusieurs qui donnent des avis différents sur un même problème, force est de constater qu'il faut prendre du recul. Le patient doit aujourd'hui être partie prenante du diagnostic. Ouh, ça ne va pas plaire aux médecins qui me lisent...
  3. Le cas du médecin est quand même particulier car la santé étant considérée comme un bien commun, chacun peut recevoir des aides pour veiller à ce que ce choix ne se fasse pas trop au détriment de la santé
  4. Vous noterez que je me suis abstenu, dans ce paragraphe, de faire des blagues pleines de sous-entendus sur, respectivement, les passe-droits (cf. le mandat), la particratie (cf. l'indépendance) et la corruption (cf. le bien de la société). Ce fut difficile.
  5. dans les limites d’une économie de marché, pour le meilleur ou pour le pire

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.

Les résultats communaux alternatifs de Braine-l'Alleud

Je sais, les élections communales sont loin derrière nous. Il n’empêche, je voulais revenir sur ce sujet pour faire une courte analyse post-mortem des élections. Et en particulier des résultats à Braine-l’Alleud. Avec un petit peu d'inspiration, on peut imaginer beaucoup de choses. « Et si... »

Maison Communale de Braine-l'Alleud par Jean-Pol GRANDMONT

Maison Communale de Braine-l'Alleud

Les données d’entrées

À Braine-l’Alleud, nous avions quatre liste :

  • Liste du Bourgmestre (MR + PS + quelques indépendants)
  • Intérêts Brainois (CDH + quelques indépendants)
  • Écolo
  • FDF

Et les résultats furent les suivants 1 :

Résultats officiels

Résultats officiels

Voyez aussi le site officiel des élections et le site de la commune pour les résultats complets et les membres du conseil. On notera également une abstention de 3298 personnes inscrites qui n'ont pas voté.

Et si on changeait de méthode d'attribution des sièges ?

Ce sujet a déjà été abordé dans ce même blog. Mais il est intéressant de voir, en pratique, ce que ça donnerait à Braine, non ? Ici, je ne présente que les résultats et je vous renvoie à l'article précédent pour la discussion car je pense que les conclusions sont toujours les mêmes.

Résulats avec les différentes méthodes

Résulats avec les différentes méthodes

Et si on prenait en compte les gens qui ne veulent pas voter pour une liste classique ?

Après tout, voter blanc est un acte conscient et critique. C'est un moyen d'expression. Ils sont 1331 à Braine-l'Alleud à avoir posé ce geste. Prenons-les en compte. Faisons cela simplement : imaginons une liste fictive qui rassemble les votes blancs, pour voir ce que ça donne...

Résultats avec votes blancs

Résultats avec votes blancs

Étonnant, non ? Un siège (ou deux, dans un cas) serait attribué aux gens qui votent blanc ! Je trouve cela interpelant que ceux qui refusent de voter pour les politiciens « classiques » devraient, normalement, avoir un ou deux représentant(s) au conseil communal ! Et si on tirait un citoyen au sort pour remplir cette fonction ?

Et si on imaginait des jeux politiques ?

Dans le cas de Braine-l’Alleud, il est intéressant de savoir que IB (tendance CDH) et Écolo ont failli faire une liste commune contre la liste du bourgmestre. La locale Écolo a finalement choisi de faire cavalier seul car, sur base des résultats de l’élection précédente, cela revenant à se faire hara-kiri 2. Du coup, on peut les comprendre. Et concrètement, ça aurait donné quoi s'ils l'avaient quand même fait ?

Faisons l’hypothèse que le nombre de voix d’une telle liste commune aurait été la simple addition des deux listes réelles, ce qui est une hypothèse conservatrice. Dans ce cas, les résultats auraient été les suivants.

Résultats avec listes communes

Résultats avec listes communes

Après, je ne sais pas de quoi aurait été fait l’accord. Cela aurait-il été à l’avantage d’IB ou d’Écolo, je n’en sais rien. N’empêche qu’ils auraient eu un siège en plus au détriment de la liste du bourgmestre... À méditer pour les prochains accords...

UPDATE (1er février 2013) : après information, il semblerait qu'au vu des résultats personnels, Écolo aurait récolté un (1) siège et IB douze (12) sièges en cas d'alliance. On comprend mieux leur décision.

Conclusion

Pas de grande conclusion, mais simplement l’envie de vous partager le fruit d’une curiosité de ma part. L’outil était développé pour l’article précédent, alors autant l’utiliser ! 🙂

Et puis un petit peu d'imagination n'a jamais fait de tort à personne.


Photos :

Notes:

  1. J’ai fais le choix de compter les votes blancs pour calculer le pourcentage des voix, mais pas les abstentions.
  2. D’après leurs dires, moi, je n’ai pas fait l’exercice.

La loi du plus gros

Merci à Thomas Cason, Lionel Dricot et Gauthier Zarmati qui ont aidé à creuser les mathématiques derrière les méthodes présentées afin d'en ressortir l'essentiel. Merci encore à Gauthier et Lio pour la relecture de l'article avant publication.

Le Parti Pirate, aux élections communales, a raté un siège à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Il manquait 14 voix pour en obtenir un. C'eût été le siège du premier élu pirate en Belgique. Dommage.

Foule pirate

La foule pirate en délire qu'on aurait pu voir, si seulement...

Pourtant, les Pirates ont fait plus de 5,16% à cette élection, soit 1 voix sur 20. Comme il y a 31 sièges disponibles, on pourrait s’attendre à ce que le Parti Pirate puisse obtenir 1,6 siège, c’est-à-dire 1 ou 2 selon l’arrondi utilisé. Pourtant, les pirates n’en ont pas obtenu. Étonnant, non ? Sans doute pensiez-vous que la méthode pour attribuer les sièges était absolue, équitable et proportionelle ? Vous vous trompiez. En réalité, il y a plusieurs méthodes : la méthode d’Hondt, Imperiali ou Saint-Laguë sont les plus connues. Mais il y en a d’autres. Comme leurs résultats diffèrent, savoir quand utiliser l’une ou l’autre est un choix très politique.

Mais, je vous entends déjà : « Un petit parti qui tente d’expliquer son échec par la méthode utilisée... Classique ! ». Je vous rassure, ce n'est pas le but de cet article. Nous ne remettrons pas en cause les élections, nous y avons participé en connaissance de cause. Les objectifs de cet article sont simples :

  • exposer la situation au public, puisque nous avons constaté que beaucoup de gens ne le savent pas ;
  • amener les gens à réfléchir aux avantages et inconvénients des différents systèmes ;
  • poser des questions pour l'avenir.

C'est quoi cette histoire de thon en boite et de chien flamand ?

 

D'hondt

D'hondt

D'Hondt n'est pas un chien flamand. Victor de son prénom, c'est un juriste belge qui a élaboré en 1899 (ce n'est donc pas tout neuf) une méthode pour réaliser un scrutin proportionnel. Cette méthode (dite méthode d'Hondt) est aujourd'hui utilisée en Belgique (pour les législatives et les régionales), mais aussi en Espagne, en Israël, en Australie et bien d'autres encore pour différents types de scrutin.

Cette méthode a l'air complexe quand on l'explique pas à pas, et quand on lit les explications sur certains sites (celui du Sénat, par exemple). Mais elle est mathématiquement assez simple.

Quand à Imperiali, ce n'est pas une marque de thon en boîte, mais bien une variation de la méthode d'Hondt. Pour faire simple, on utilise d'autres facteurs (arbitraires) à certains moment dans la démarche et ça modifie le résultat. Cette méthode, peu expliquée sur internet, est utilisée uniquement pour les élections communales en Belgique.

D’autres méthodes, dont Sainte-Laguë (utilisée en Allemagne, Suède, Norvège, Danemark, entre autres) sont à découvrir sur Wikipedia. Je vous laisse le bonheur de découvrir par vous-même.

Et en pratique, ça veut dire quoi ?

Faisons l’exercice de calculer l’attribution des sièges selon différentes méthodes pour les élections communales à Ottignies-Louvain-la-Neuve en 2012 1. Le tableau ci-dessous vous donne les résultats (colonne 1) et la répartition des sièges selon la méthode Imperiali (colonne 2), la méthode d'Hondt (colonne 3) et la méthode de Sainte-Laguë (colonne 4).

Tableau des résultats

Tableau des résultats

On voit aisément la différence que peut apporter le choix d’une méthode. Si Imperiali n’était pas utilisé mais plutôt une des deux autres méthodes, les pirates aurait eu un voire deux sièges. En fait, on peut résumer 2 comme suit :

  • la méthode d’Hondt, pour faire simple, attribue les sièges « entiers » proportionnellement et les « erreurs d’arrondis » sont attribués aux listes qui ont la plus forte moyenne par siège, généralement les grosses listes 3. Dans l’exemple, on voit effectivement que les sièges « coûtent » plus chers aux petits partis.
  • la méthode Imperiali est une modification de la méthode d’Hondt de manière à rendre le premier siège deux fois plus difficile à obtenir. Il s’agit en fait d’une recette de cuisine pour favoriser davantage les grosses listes. La logique derrière l’algorithme, si elle existe, est absconse 4 et en tout cas déconnectée du sens commun.
  • la méthode de Saint-Laguë quant à elle, attribue les sièges « entiers » proportionnellement et les « erreurs d’arrondis » sont répartis. Elle diminue donc l’avantage des grands partis, et en tout cas rend le premier siège plus facile à obtenir 5.

S’il n’y avait pas le problème des arrondis (un cas « parfait » où il y a un siège par 1000 habitants 6), la méthode d’Hondt permettrait d’obtenir un siège à la 1000e voix ; la méthode Imperiali seulement à la 2000e voix (c’est comme si le premier siège n’est pas attribué) et Sainte-Laguë dès la 500e voix (parce qu’à 500, on est plus proche de 1000 que de 0).

Quel est le maître-achat ?

Quelle méthode est la meilleure ? Ce serait trop facile, s’il y avait une réponse. C'est en effet ici qu'on quitte les mathématiques pour se diriger vers la politique. La question n’est plus de savoir comment optimiser un critère, mais plutôt, quel est le bon critère. On ne passera pas à côté des questions de pouvoirs.

La méthode d’Hondt est largement répandue et depuis bien longtemps. Cela laisse penser que c’est une bonne méthode. Considérer que l’attribution des sièges se fait en arrondissant les voix vers le bas sauf pour les grosses listes... Pourquoi pas ? C’est un critère comme un autre et cela facilite la constitution d’une majorité. C’est en tout cas une méthode que les partis aux pouvoirs ne sont pas près de lâcher.

Saint-Laguë, par contre, favorise les petits partis puisque le premier siège est plus facile à obtenir 7. Ceci peut représenter un problème car n'importe quel rigolo pourrait obtenir un siège facilement. Et malré cela, on observe que cette méthode est également répandue (Allemagne, Suède, Norvège, ...). C'est dû au fait que cet inconvénient peut facilement être éliminé. Une solution simple consite à prendre le coefficient 1.4 au lieu de 1 comme premier diviseur de la méthode. Une autre est de placer un seuil électoral.

Enfin, il y a Imperiali. Elle n’est utilisée qu’en Belgique et exclusivement pour les communales. Et on se demande même pourquoi elle existe encore.

  1. Tout d’abord, si on considère que la proportionnalité doit être le critère d'optimisation pour l’attribution des sièges, cette méthode est sous-optimale 8 — les autres aussi, mais pas de manière aussi accentuée. Pour Imperiali, il faut en effet deux fois plus de voix que la proportion pour obtenir le premier siège.
  2. Ensuite, à une époque où la distinction gauche droite ne signifie plus grand chose ; à une époque où les guerres internes aux partis sont tellement présentes... ne peut-on pas penser que les gens collaborent, peu importe leur parti ? Oui, là, je me rends bien compte que je suis naïf.
  3. Et puis quand on voit le nombre d’abus, lorsqu’un bourgmestre est assis sur une majorité écrasante... est-il idiot de penser qu’il vaut mieux une majorité contrebalancée par une opposition forte ? Le cas d’un conseil communal n’est pas celui d’un Sénat !
  4. De plus, l’origine de cette méthode est liée à un fait historique dépassé. Avant juin 2007 9, une majorité communale ne pouvait être modifiée en cours de législature. Par conséquent, cela pouvait avoir un sens de vouloir une majorité forte et de donner un poids plus grands aux grands partis — même si cela foulait aux pieds le principe de proportionalité... Mais c’est désormais du passé ! Cette raison n’existe plus... et la méthode Imperiali n'en devient que plus questionnable.
  5. Enfin, si cette méthode avait vraiment un sens, pourquoi n’est-elle utilisée nulle part ailleurs ?

Et pour l'avenir ?

Nous n'aurons pas de système parfait tout simplement car le choix du critère d'optimisation ne sera jamais bien défini. C'est un choix politique et donc toujours discutable 10. Mais il existe déjà beaucoup de méthode ; beaucoup a déjà été écrit sur le sujet.

Que l'on choisisse d'Hondt ou Sainte-Laguë, ou même une autre famille de méthode (telle que les méthodes du plus fort reste, dont nous n'avons pas parlé ici), peu m'importe. Mais la méthode Imperiali... Franchement !? N'est-il pas temps de se poser la question de son adéquation par rapport à notre système politique ?

Interrogation


Photos :

 

 

Notes:

  1. Les résultats officiels sont ici
  2. Ceci est bien un résumé de vulgarisation. N’y cherchez pas de vérité mathématique.
  3. Voir l’explication complète dans « Les paradoxes du vote », Jean-Louis Boursin, Ed. Odile Jacob, pp. 200 et suivantes
  4. Oui, j’ai du aller vérifier quel était le féminin de abscons...
  5. Voir l’explication complète dans « Les paradoxes du vote », Jean-Louis Boursin, Ed. Odile Jacob, p. 209.
  6. Un cas parfait pourrait être une élection avec une population infinie et, en moyenne, un siège d’élus pour 1000 habitants.
  7. Comme nous sommes un petit parti (nous, les pirates), je pourrais évidemement soutenir que c’est la meilleur méthode 🙂
  8. Moi je dirais même injuste, mais il y a des mathématiciens dans la salle.
  9. Voir l’article L1123-1 du code de la démocratie locale et de la décentralisation, ajouté par le décret du 27 juin 2007. Voir aussi cet article qui en parle
  10. Qui a dit « c'est plutôt parce que les politiciens sont incapables de comprendre les mathématiques » ? 🙂

Ne votez pas pour moi !

Ça y est, c'est officiel, depuis ce week-end, je suis candidat Pirate aux élections provinciales en Brabant wallon (district de Nivelles). Je suis sur la liste avec Alexandra et Alexis.

Moi, candidat ? Il y a un an encore, je ne l'aurais pas cru.

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nicolasy

J'ai toujours été intéressé par la politique et par la noblesse de sa fonction (oui, oui, je sais...). Mais je ne pensais pas rejoindre un jour un parti, vu que je n'en avais jamais trouvé qui me correspondait vraiment... Jusqu'à ce que je croise le sillon d'un navire pirate...

Mais ne votez pas pour moi.

Ne votez pas pour moi !

Ne votez pas pour moi si vous voulez que je vote des décrets provinciaux pour un enseignement provincial de meilleure qualité.
Ne votez pas pour moi si vous voulez que je prenne des mesures qui favorisent les mouvements de jeunesse, la diversité ou la rencontre d'autres cultures.
Ne votez pas pour moi si vous espérez que je vous offre des routes et des infrastructures provinciales belles et de bonne qualité.
Ne votez pas pour moi si vous pensez que je choisirai des projets novateurs pour le Brabant wallon.
Ne votez pas pour moi si vous voulez que je fasse tout cela une fois élu.

Mais...

Si vous souhaitez savoir quelles sont les finances de l’enseignement provincial et, à partir de là, donner des idées pour améliorer les choses ;
Si vous êtes impliqués dans un projet d’ouverture ou qui soutient la jeunesse et que vous avez besoin de la Province pour le réaliser ;
Si vous voulez comprendre l’équilibre budgétaire de la Province qui fait que telle ou telle route n’est pas assez entretenue — et surtout si vous avez une suggestion pour mieux faire ;
Si vous souhaitez donnez votre avis quand la Province veut lancer une nouveau projet (qu’il soit mégalomane ou approprié, utile ou inutile, petit ou grand) ;
Alors, votez pour moi. Oui, si vous souhaitez participer à la vie du Brabant wallon, alors votez pour moi.

La différence pirate

Vous l'aurez compris, le candidat pirate n'est pas un candidat habituel. Je ne serai pas élu pour que, pendant 6 ans, vous ne sachiez pas ce qui se passe en conseil provincial. Je ne viendrai pas, après 5 ans et 10 mois, vous serrer la main sur un marché pour que vous votiez pour moi.

La politique doit évoluer et ne plus fonctionner en vase clos. Comme nous disposons aujourd'hui des moyens techniques pour que le citoyen participe, le rôle de l'homme politique n'est plus de faire la politique à la place du citoyen.

En ce qui me concerne, je souhaite être plutôt une sorte de « manager politique », à savoir quelqu'un dont le rôle est de mettre les informations à dispositions, récolter les suggestions, écouter les remarques, canaliser les énergies et tenir compte de chacun (même ceux qui ne s'expriment pas). Tout cela dans le but de construire une proposition cohérente, positive et globale.

Les Pirates n'ont donc aucune idée à défendre ?

Si, bien sûr. Le mouvement pirate est international et issu d'internet et de la génération Y. Nos revendications sont donc nombreuses, telles que :
* la réforme du droit d'auteur ;
* la réforme de la propriété intellectuelle et en particulier assurer l'interdiction des brevets sur les médicaments ;
* la protection de la vie privée, lié à liberté d'expression ;
* la mise à disposition et le partage du savoir et des connaissances pour chacun (sur Internet) ;
* le respect de chaque humain dans sa différence et l'encouragement à la diversité ;
* mais aussi — et peut-être surtout — le renforcement du droit des citoyens.
Cette dernière idée passe principalement par une transparence maximale des instutions publiques, les discussions citoyennes (en ligne en IRL), la prise en compte du « wisdom of the crowd » et enfin, l'utilisation d'outil de participation (tel que LiquidFeedback).

Mais soyons réalistes... Ce n'est pas au conseil provincial du BW que nous parlerons de ces idées... sauf de la dernière ! Même en BW, les pirates peuvent déjà apporter un vent nouveau, par petites touches, qui renforce le pouvoir du citoyen.

Concrètement

Afin que chacun puisse participer si et comme il le souhaite, il faut commencer par avoir accès aux informations. C'est pourquoi je propose d'emblée de mettre en œuvre les mesures simplissimes que j'ai développées suite à notre visite au conseil provicial :

  • publier les dates des conseils provinciaux pour l'année, plutôt qu'une semaine avant ;
  • permettre aux citoyens, sans devoir le demander par courrier, d'avoir accès aux décisions du conseil, ainsi qu'aux contenus des propositions (ce qui n'est pas le cas pour l'instant) ;
  • faire mieux que le code de la démocratie locale et engager l'administration à répondre aux mails également (actuellement, l'obligation de réponse est limitée au courrier papier).

Ça, ce sont des « mesurettes » qui devraient déjà être prises, je vous l'accorde. Mais toujours dans le but de promouvoir la participation citoyenne, je souhaite également :

  • live-tweeter les conseils provinciaux et, si possible, les commissions de travail 1 ;
  • mettre à disposition tous les éléments qui permettent aux citoyens de comprendre les décisions politiques ;
  • discuter de ces décisions, lors de leur préparation, comme après leur vote, avec les citoyens, au travers de discussion online (via un forum dédié) et réelle (via des réunions mensuelles) ;
  • faire appel, de manière publique, à des spécialistes indépendants ainsi qu'aux citoyens lambda qui le désirent pour obtenir un avis pertinent sur un problème précis.

Je ne m'engagerai donc pas sur d'autres mesures plus précises. En effet, il suffit d'une majorité récalcitrante, un budget trop serré, des événements qui réorientent les priorités, ou même un problème mal posé... pour qu'elles ne se voient jamais réalisées. Laissons les idées évoluer ensemble et trouvons des solutions en collaborant, plutôt que de se battre pour son idée dans son coin 2.

Par contre je m'engage, en tant que père de famille, ingénieur et citoyen du monde, à faire preuve d'esprit critique, d'ouverture d'esprit, d'intelligence, de pragmatisme et de vision à long terme afin que nous puissions construire, avec les autres élus et les citoyens, des projets bénéfiques pour la société dans son ensemble et jamais au profit d'intérêt personnel. Le tout selon les principes pirates.

Mais ça, ce n'est pas en vous serrant la main sur un marché que vous saurez si j'en suis capable. Alors venez aux prochaines réunions pirates 🙂

2012-09-03_CDV_nico-2_m

Notes:

  1. Certains le font déjà, comme @PierreHUART
  2. Voir mon (trop long) article sur les idées politiques et leur évolution : « Le Parti Pirate : le transport en commun de la politique ».