Les goûts et les odeurs... doivent être libres !

À première vue, il parait assez évident que les goûts et les odeurs sont libres. Elles ne peuvent pas être possédées. D'ailleurs, la cuisine est un bien commun, elle fait partie des traditions de chaque pays. À tel point que la comida mexicana, par exemple, est patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. De même, chacun est libre de faire sa propre pizza Margherita ou Calzone. La recette est disponible et libre. Sans parler de la bolognaise, dont chaque famille a sa version...

Pizza, domaine publique by Scott Bauer (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Supreme_pizza.jpg) Même quand on s'attaque à des grands noms, le goût reste libre : si le soufflé au fromage est devenu synonyme de repas de stars au Récamier à Paris, il n'en reste pas moins que ma maman peut encore en faire. Quant à l'industrie des boissons gazeuses, on voit que Coca-Cola fait beaucoup d'émules qui vendent leur boisson gazeuse à base d'extrait végétaux en toute légalité. La différence entre le soufflé au fromage du Récamier et celui de ma maman, entre Coca-Cola et Carrefour Cola, réside dans la recette exacte, dans la manière, dans la marque. Certains vendent du rêve, un style, voire un service. Mais le goût, lui, est libre. Pas de droit d'auteur, de copyright ou autre barrières artificielles. Chacun est libre d'associer des saveurs comme il l'entend : c'est un savoir-faire, ce qui n'est pas brevetable.

Or, je ne sais pas si vous le savez, mais le goût et l'odorat sont intimement liés. Sans l'odorat, nous ne pourrions pas goûter autre chose que sucré-salé et acide-amer. Par conséquent, il est légitime de penser que ce qui s'applique aux goûts s'applique également aux odeurs... non ?

Et bien la justice française pense autrement. Pirate Parfum, qui fait en parfumerie ce que fait n'importe quelle pizzeria en cuisine, est poursuivi en justice par les grandes marques de parfum.

Pourquoi ? Parce qu'ils ont un concept original : étant donné que les fragrances sont accessibles à tous, Pirate Parfum souhaite proposer aux gens un parfum de qualité, mais qui ne vend pas une marque ou du rêve. Ils veulent vendre du parfum, au prix du parfum. Pour réduire les coûts, le packaging se veut sobre et tous les parfums ont la même bouteille (blanc pour les femmes, noir pour les hommes). Seul le nom et le contenu change.

Parfume Maker, by Rudolf Ernst, domaine publique sur Wikimedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ernst,_Rodolphe_-_The_Perfume_Maker.jpg)Ce concept me plait. Mon eau de toilette se compose idéalement de bergamote, de galbanum, de genièvre et de menthe 1. Et bien, chez Pirate Parfum, je peux en avoir 100ml pour 26€. Alors que chez ICI Paris XL, je vois que je payerai 27€ pour... 40 ml de Cool Water de Davidoff. Mon choix est vite fait 2.

Mais où est le problème ? Et bien voilà : dans un restaurant, le serveur pourra facilement vous dire que leur recette de soufflé au fromage est la même que celle du Récamier, ou que leur pavé de bœuf à la truffe noir est fait à la manière du Comme chez soi. Cela se fait, et personne n'y trouve à redire. Dans le cas de Pirate-Parfum, cependant, c'est tout le contraire. S'ils disent que leur parfum Stockholm ressemble à Cool Water (je dis bien ressemble — ce n'est pas le même — et ils sont clairs à ce sujet !), ils ont des problèmes judiciaires (voyez l'article de Rue89 à ce sujet). La seule différence est qu'ils l'affichent sur leur site web... Pourquoi n'aurions-nous pas les mêmes droits sur internet qu'en dehors ?

Moi, je suis (très) loin d'être un spécialiste du parfum. Mon seul souhait est d'avoir une eau de toilette. Mais j'aime bien leur concept pirate et j'ai été très satisfait de mon dernier achat chez eux. De ce que j'ai lu, leur parfum semble être de qualité, avec des produits naturels et créé par des experts de la capitale mondiale du parfum, Grasse 3. Le packaging est simple et sympa. Le prix est bas et on peut trouver des réductions sur internet (en tant que client, je viens d'en recevoir, mais je ne sais pas si je peux les communiquer ici). Et l'essentiel : ça sent bon.

Alors si vous aussi, vous vous foutez pas mal de mettre une eau de toilette deux fois plus chère ; si vous aussi, vous aimez le concept pirate... pensez à faire un petit achat chez eux ! En plus, cela les aidera financièrement pour leur défense en justice.


Cet article fait de la publicité pour Pirate Parfum, mais je le fais en toute liberté, sans avoir rien reçu de leur part. Je suis un client satisfait de leur service et interpellé par ce qui leur arrive. En tant que pirate, j'avais envie de réagir suite au courrier qu'ils ont envoyé à leurs clients pour expliquer leur situation.


Photos:

Notes:

  1. Je vous rassure, je ne le savais pas avant d'acheter un parfum chez eux...
  2. En plus, il y a une petite tête de mort sur la bouteille de parfum pirate, Aaaaarrrrrrh !
  3. ...dont la simple évocation me rappelle toujours le Parfum de Süskind.

Noël est passé, mais il vous reste quelques cadeaux à faire !

Noël est fini. Vous avez offert tous vos cadeaux. Mais ne pensez-vous pas qu'il faudrait encore en faire quelques autres ? À certains qui en ont encore bien besoin ?

Attention, dans cet article, il y a des appels aux dons !

Cadeaux de Noël par Alan Cleaver sur FlickrInternet : tout gratuit

« Avec Internet, tout est gratuit, c'est bien connu. Les gens ont pris l'habitude de ne rien payer. Et c'est bien pour ça que tout va mal : la presse périclite, les artistes ont faim et les petits commerces se meurent. La faute aux méchants téléchargeurs et aux inconscients qui achètent sur ebay ou Amazon. »

Avouez que c'est un discours que vous entendez souvent, voire que vous tenez vous-même. N'est-ce pas ? Qui n'a jamais vécu le cas de vouloir acheter une bédé dans un bon vieux marchand de bédés, et après en avoir essayé quatre « qui-ne-l'avaient-pas-mais-on-peut-commander-ça-arrivera-dans-10-jours », a fini par l'acheter sur Amazon (moins cher et livré chez soi le lendemain), non sans une certaine culpabilité ?

Internet : tout payant

Et la culpabilité fonctionne bien. C'est même là-dessus que beaucoup de monde joue pour vous obliger à payer. Un abonnement (qui « rétribue » les artistes), une taxe de solidarité (qui sera « redistribuée » aux industries en déclin), une cotisation de solidarité (pour être « solidaire » avec toutes les victimes d'Internet), des restrictions des droits d'utilisation (les DRM et leur pertinence), ou même des publicités (pour payer l'auteur « indépendant »), vous permettra de vous sentir moins coupable. « J'ai payé pour ce service, donc, c'est bon, je suis en ordre avec ma conscience. » Énormément de monde rentre dans ce système (vous aussi ?) et accepte de payer artificiellement plus cher pour un certain service online, tout en regrettant de voir disparaître les petits commerces à cause de ces services, justement.

Face à ce constat, une minorité de geeks — que j'appellerai « gentils extrémistes du libre » — tiennent un discours qui va à contre-sens de ce système. Ils réclament un internet libre et gratuit à tout vent. Ils encouragent le téléchargement illégal (tout simplement parce que l'offre légale n'offre pas les mêmes qualité, disponibilité, flexibilité et respect des droits du client). Ils s'offusquent de l'utilisation insensée qui est faite du copyright et des non-sens qui en résultent. Ils s'indignent qu'on puisse imposer une taxe qui redistribuera de l'argent à des gens qui n'en ont pas besoin et qui ne le méritent pas, etc.

Étant moi-même assez proche de penser cela, je ne peux pas leur donner tout à fait tort, et vous trouverez assez d'arguments sur Internet pour comprendre leur raisonnement (ici, ici et ici et voyez les liens dans l'article). Quant à moi, j'aimerais vous proposer une autre solution : ni tout gratuit, ni tout payant.

L'Internet du don... pas payant, mais pas gratuit.

À l'instar de Ploum qui présente son blog comme payant, mais avec un prix libre, j'aimerais vous encourager à donner. Oui, c'est étonnant, mais on peut aussi donner, plutôt que de se laisser imposer des taxes ou des abonnements inutiles et inefficaces. Le gros avantage du don est qu'il permet aussi de déculpabiliser, mais en plus, de décider soi-même où va son argent. Mais ce n'est pas toujours facile de savoir où et comment donner.

Alors voici quelques pistes de solutions pour vous, qui constitue d'après moi, une troisième voie intéressante.

(1) En cette période de fête, il est souvent de tradition de faire un don auprès des organisations humanitaires bien connues (UNICEF, WWF, MSF, Amnesty, Îles de paix, etc.) ou d'autres asbl moins humanitaires, mais tout aussi importantes (comme Les Scouts). Pour le belge moyen, c'est effectivement le dernier moment pour faire un don qu'il pourra déduire de ses impôts en juin prochain. Même dans la générosité, il n'y a pas de petits profits (je dis ça, mais je le fais aussi). Je ne peux que vous encourager à le faire. Après tout, c'est aussi un moyen de dire à l'état de donner de l'argent à ces ONG. N'hésitez pas à aussi soutenir des plus petites organisations que vous connaissez et qui valent la peine !

(2) Et si pour une fois, vous pensiez à faire un don égoïste (en plus des dons mentionnés ci-dessous qui restent importants) ? J'entends par là des dons à des organisations qui vous permettent, aujourd'hui, de surfer librement sur Internet. Des organisations qui, malgré les scandales récents de PRISM et consort, font en sorte que votre vie privée existe même sur internet. Des organismes qui militent pour vos droits et défendent la neutralité d'internet. Des associations qui prônent le partage du savoir. Que diriez-vous de faire des dons à

(3) Et comme bonne résolution pour l'année 2014, vous devriez essayer Flattr. Il s'agit d'un système de micro-paiement qui permet de donner de l'argent à tous les créateurs de contenus que vous voulez. Si vous estimez que vous payeriez bien 5€ par mois pour tout ce que vous lisez/voyez sur le net, vous payez 5€ par mois, pas plus. Et tout au long du mois, vous cliquez sur les boutons flattr du contenu que vous appréciez. À la fin du mois, vos 5€ seront répartis entre les créateurs que vous aurez flattré (voyez aussi quelques explications complémentaires). Idéal, non ?

Et si cet article vous a plu, pensez à le flattrer 🙂


Copier, c'est voler ? Faux ! Utilisez le point Falkvinge !

Dans mon post précédent, j'ai fournit la traduction d'un article de Rick Falkvinge sur l'ineptie qui consiste à dire que « copier, c'est voler ».

Un des commentaires à la fin de l'article m'incite à le prolonger avec d'autres informations. En effet, cet article s'adressait peut-être avant tout à ceux qui connaissent déjà la problématique du droit d'auteur et l'impact qu'ils peuvent avoir sur nos libertés. Une petite mise en contexte est peut-être nécessaire pour les autres.

Copy copy copy by David Goehring on Flickr (http://www.flickr.com/photos/carbonnyc/3063453222/)

C'est débile, cette argumentation !

On pourrait facilement croire que cette argumentation qui consiste à séparer la copie du vol, c'est du pipeau... c'est jouer sur les mots. Et c'est vrai que finalement, c'est de la rhétorique. C'est une question de définition. Mais jusqu'à preuve du contraire, ce sont les mots qui font les arguments et ce sont les arguments qui font avancer le débat. Et comme c'est le débat qui fait avancer la société, ... je trouve que ça vaut la peine.

Retour en arrière

Il y a 20 ans, cela ne posait de problème à personne qu'on enregistre les chansons qui passaient à la radio. L'enregistreur VHS était aussi courant dans une famille que la télé qui se plaçait dessus. Et personne ne trouvait aberrant d'enregistrer son émission. Et de fait, il n'y avait rien d'illégal là-dedans (les diffuseurs payent en effet les droits pour).

Aujourd'hui, dès que quelqu'un parle d'une copie, il devient à tout jamais un méchant pirate qui affame les artistes. Le copieur est désormais considéré comme un criminel. Parce que oui, aujourd'hui, tout le monde pense que faire une copie, c'est criminel. Au point que dans les écoles, les professeurs ne se passent plus les préparations de cours entre eux car ils ont l'impression que « quelqu'un profite d'eux », qu'on « leur vole leur travail » (véridique). Vous voyez jusqu'où ça va ? ...Alors que c'est faux ? Toutes les copies ne sont pas criminelles...

Que s'est il passé en 20 ans ?

Voyant que les copies, illégales ou non, étaient de plus en plus faciles à produire et à partager, le tout pour un prix de plus en plus bas et une qualité toujours meilleure, les puissants intermédiaires de la production artistique (artistico-commerciale, devrais-je dire) ont tout mis en place pour imposer à tout le monde l'image du copieur-voleur, pour juguler cette prolifération de copies qui, pensent-ils 1, met à mal leur monopole. À grand renfort de campagnes publicitaires (comme cette vidéo que vous voyez au début de tous vos DVD), ils ont insufflé dans nos esprits l'amalgame qui dit que copier c'est mal.

♦ Vous notez quand même que ce message, sur le plan juridique, est faux ?! ♦

Cette technique est évidemment très avantageuse pour eux. Voler, c'est mal, tout le monde le sait. C'est un message simple, cela ne se discute pas. Et un « voleur » est facilement décrédibilisé face aux ayant-droits. Cet amalgame copieur-voleur est donc l'outil parfait, à la fois pour faire culpabiliser le public 2 et pour empêcher de parler du fond du problème.

Defining Piracy by John Lester on Flickr (http://www.flickr.com/photos/pathfinderlinden/5458147415/)

Le problème comme le dit Rick dans son article, est que ce n'est pas vrai, démonstration à l'appui. Ce message est faux et il faut le combattre. Non pas pour justifier la copie illégale. Mais bien pour recentrer, voire même commencer, un vrai débat.

Le droit d'auteur, un sujet à débattre ?

Si on parle de la copie dans son contexte, c'est-à-dire celui du droit d'auteur, il devient en effet possible d'en débattre. On ouvre la discussion au lieu de la fermer. Parce que oui, le droit d'auteur est un sujet à débattre...

Tenez, pour vous donner une idée : ça vous semblerait tellement absurde que Tintin fasse partie du patrimoine culturel de la Belgique ? Vous n'avez pas l'impression qu'un monument de la chanson comme Jacques Brel fait partie de notre histoire ? Et bien dans les deux cas, on en est très, très loin. Voyez [1] et [2].

Qu'on soit bien clair : je pense sincèrement que tout travail mérite salaire. Et tout artiste doit pouvoir vivre de son activité. C'est évident. Mais toutes les copies ne sont pas mauvaises (point de vue moral, donc) et toutes les copies ne sont pas illégales (point de vue juridique, donc). Mais si on peut parler du droit d'auteur (et droits voisins) sans recevoir un argument fallacieux comme « tu copies, donc tu es un voleur, donc criminel, donc tu as tort et le débat est clos », alors on pourra aborder des questions qui me semblent essentielles et surtout plus constructives, comme :

  • Toutes les copies ne sont pas illégales (non, elles ne sont pas du vol). Comment faire en sorte que nos droits (de consommateur culturel) soient respectés et pas seulement ceux des ayant-droits ? Un juste équilibre est à trouver...
  • Quel est le sens de la durée (70 ans !!!) de protection des droits d'auteur ?
  • Pourquoi des ayant-droits se permettent-ils de mettre des verrous sur le support de l'œuvre ? Car en effet, cela limite nos libertés (celle de la copie privée, celle de l'utilisation du support comme on l'entend 3)
  • Pourquoi le système des droits d'auteur rétribue principalement le distributeur (parfois jusqu'à 95%) et non pas l'artiste ? Dans un monde connecté comme le nôtre, quelle est sa valeur ajoutée, à cet intermédiaire ? À quoi sert-il ?

Donc, oui, je pense que l'article de Rick est très important. Il a du sens. Et ce n'est pas pour soutenir de méchants pirates qui affament les artistes. Les questions citées ci-dessus ne sont pas celles d'un ado qui veut juste télécharger la dernière série à la mode... Il s'agit ici de nos libertés. Et de la culture.

La première chose à faire est de susciter la réflexion. Et pour que la réflexion ait lieu, il faut impérativement que le message « copier, c'est voler » soit combattu comme il se doit.

Le point Falkvinge, le nouveau point Godwin du débat sur la copie

Aussi, je vous propose de désormais utiliser le concept du point Godwin, appliqué à ce genre de discussion... que nous pourrions appeler le point Falkvinge. Dans un débat, atteindre le point Falkvinge revient dès lors à signifier à son interlocuteur qu'il vient de se discréditer en invoquant l'argument fallacieux qui dit que « copier, c'est voler ». En effet cet argument ad hominem n'est basé sur rien de solide, comme démontré par Rick dans son article. 🙂

NB : Une adaptation en anglais de ce dernier paragraphe se trouve ici.


 

Notes:

  1. Puisqu'il est prouvé que c'est plus tôt l'effet inverse, voyez ici : http://korben.info/piratage-vente-albums.html
  2. Voyez la deuxième étape du deil décrit par Ploum ici
  3. Saviez-vous que certains DVD ne peuvent pas être lus sous Linux ? Comment cette discrimination est-elle permise ?

Godwin point for the copyright debate : The Falkvinge point

In the follow-up of the publication of Talking Back Lessons: Retorts To "Copying is Stealing" from Rick Falkvinge, I wrote a translation in French and also a short complementary article in order to explain the context to the people which are not fully aware of the problem of the copyright monopoly. In the latter, I explain why this discussion is important and I define the Falkvinge Point, which seemed important for me to be translated in English.

Copy copy copy by David Goehring on Flickr (http://www.flickr.com/photos/carbonnyc/3063453222/)The Falkvinge point, the new Godwin point for the debate on the copyright

My suggestion is to define the Falkvinge point when someone, in a debate on the Copyright monopoly, asserts that copying is stealing. As this constitutes an arbitrary attack ad hominem, without any objective base —  as demonstrated in the article of Rick Falkvinge —, the debate is closed and whoever mentioned this sentence is considered having lost the debate. 🙂

Defining Piracy by John Lester on Flickr (http://www.flickr.com/photos/pathfinderlinden/5458147415/)


Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

Cet article est une traduction d'un texte écrit par Rick Falkvinge sur son site Falkvinge on Infopolicy. L'article original, en anglais, est : Talking back lessons : retorts to "Copying is stealing". La traduction étant par définition une trahison, je vous indique entre parenthèse certains mots anglais pour mieux saisir le sens original.

Pour mieux comprendre cet article, si vous n'avez pas l'habitude de parler du droit d'auteur, j'ai également fait un article complémentaire, pour expliquer le contexte.

2013.08.19-CDDans une série d'articles sur mon blog Falkvinge on Infopolicy, j'ai désormais l'intention de donner des réponses aux mensonges les plus dérangeants répétés à l'envi par les spécialistes du droit d'auteur qui soutiennent ce monopole artificiel. J'ai décidé de le faire car je vois passer des montagnes de foutaises écrites dans certains fils de discussion, et celles-ci restent incontestées (en : unchallenged) et sans réponses, ce qui est très dangereux. Comme je le dis dans mon livre Swarmwise, il est capital, pour sauvegarder nos libertés à long-terme, que de fausses affirmations soient corrigées immédiatement et avec force, dès qu'elles apparaissent.

Aujourd'hui, nous discuterons de l'affirmation « Copier, c'est voler », qui est encore tellement courante. Elle devrait être morte et enterrée depuis au moins quinze ans, mais ce n'est pas le cas. Voici trois exemples pour contrer cet argument. Adaptez-les, traduisez-les et utilisez-les dès qu'elle apparait dans des discussions comme celle-ci sur Reddit.

Il ne faut pas se satisfaire d'une réponse à une fausse affirmation et il faut compter sur les gens qui pensent de manière logique. Une fausse affirmation doit être attaquée avec force (en : hammered) en montrant en quoi elle s'oppose à nos libertés ; il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, mais d'un bras de fer. Il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de montrer que nous avons raison, comme je l'explique dans Swarmwise — c'est ça qui forme la réalité et le futur.

Aujourd'hui, donc, on s'occupe de l'ineptie « Copier c'est voler » (en : copying is stealing). Ne laissez jamais une phrase pareille sans réagir... Voici trois exemples de réponses que vous pouvez utiliser. Copiez-les, remixez-les et adaptez-les à votre manière de parler et à votre situation.

Affirmation fausse : « copier, c'est voler. »

Réponse 1 : Non, pas du tout. Si copier était équivalent à voler, nous n'aurions pas besoin des lois sur les droits d'auteur (en : copyright monopoly laws), puisque les lois sur la propriété suffiraient. Ce sont ces dernières qui définissent le vol. Mais il existe des lois distinctes pour les droits d'auteur et le « vol » n'y est pas défini. Par conséquent, il est évident que ce n'est pas du vol ; ni légal, ni moral, ni économique. Par contre, il s'agit bel et bien d'une infraction aux lois sur les droits d'auteur (et leur monopole) — mais c'est quelque chose de complètement différent. Il s'agit d'une violation d'un monopole privé sanctionnée par l'autorité. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 2 : Non, pas du tout. Personne ne vole rien en copiant. Ils produisent leur propre copie en utilisant leurs propres biens. La différence est très importante et si nous voulons un débat constructif, vous devriez appeler les choses par leur nom. Il s'agit ici de produire sans autorisation des ayant-droits, aussi appelés détenteurs des droits exclusifs (et donc monopolistiques). Personne n'est lésé d'une possession dans ce cas, alors que c'est précisément ça qui définit le vol. Ici, un objet est copié et non pas volé. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 3 : Non, pas du tout. Produire sa propre copie en utilisant son propre matériel (son ordinateur, sa mémoire, son réseau) n'est absolument pas équivalent à voler... ni logiquement, ni légalement, ni moralement, ni économiquement, ni philosophiquement. Le débat est passé outre cet argument il y a déjà 15 ans. Essayer de le ressortir aujourd'hui est un non-sens. Si vous voulez vérifier, vous devriez regarder dans un livre de droit. Dans tous ces livres, vous trouverez toujours des chapitres différents pour aborder la propriété et le droit d'auteur. Et seule la violation des droits de propriété définit un vol.

Affirmation fausse qui pourrait suivre : « ...mais ils font perdre de l'argent à X et donc c'est du vol. »

Exemple de réponse : Que X perde de l'argent, c'est peut-être sujet à débat, mais ce n'est pas la discussion ici. Tout le monde fait perdre de l'argent à quelqu'un par ses actions (cuisiner au lieu d'aller au resto, nettoyer sa maison au lieu de payer une femme de ménage). Voler est strictement défini comme le fait de s'approprier indûment, avec ou sans violence, le bien d'autrui, dans le cadre de la législation sur la propriété (lien wikipedia). Et le droit d'auteur n'est pas régi par cette législation-là. Il n'y a pas d'autre définition légale, morale ou populaire du vol. Par contre, vous utilisez le vocable « ils volent » (avec tout son sens juridique) pour dire « ce qu'ils font est mal ». En faisant cela, non seulement vous mentez et vous les calomniez, mais en plus vous vous trompez sur ce que vous vouliez dire, puisque le partage de la culture et de la connaissance est un bienfait pour la société et pour vos semblables.

Prenez ces réponses, utilisez-les ! Il y en aura d'autres à venir dans un futur proche.