Les goûts et les odeurs... doivent être libres !

À première vue, il parait assez évident que les goûts et les odeurs sont libres. Elles ne peuvent pas être possédées. D'ailleurs, la cuisine est un bien commun, elle fait partie des traditions de chaque pays. À tel point que la comida mexicana, par exemple, est patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. De même, chacun est libre de faire sa propre pizza Margherita ou Calzone. La recette est disponible et libre. Sans parler de la bolognaise, dont chaque famille a sa version...

Pizza, domaine publique by Scott Bauer (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Supreme_pizza.jpg) Même quand on s'attaque à des grands noms, le goût reste libre : si le soufflé au fromage est devenu synonyme de repas de stars au Récamier à Paris, il n'en reste pas moins que ma maman peut encore en faire. Quant à l'industrie des boissons gazeuses, on voit que Coca-Cola fait beaucoup d'émules qui vendent leur boisson gazeuse à base d'extrait végétaux en toute légalité. La différence entre le soufflé au fromage du Récamier et celui de ma maman, entre Coca-Cola et Carrefour Cola, réside dans la recette exacte, dans la manière, dans la marque. Certains vendent du rêve, un style, voire un service. Mais le goût, lui, est libre. Pas de droit d'auteur, de copyright ou autre barrières artificielles. Chacun est libre d'associer des saveurs comme il l'entend : c'est un savoir-faire, ce qui n'est pas brevetable.

Or, je ne sais pas si vous le savez, mais le goût et l'odorat sont intimement liés. Sans l'odorat, nous ne pourrions pas goûter autre chose que sucré-salé et acide-amer. Par conséquent, il est légitime de penser que ce qui s'applique aux goûts s'applique également aux odeurs... non ?

Et bien la justice française pense autrement. Pirate Parfum, qui fait en parfumerie ce que fait n'importe quelle pizzeria en cuisine, est poursuivi en justice par les grandes marques de parfum.

Pourquoi ? Parce qu'ils ont un concept original : étant donné que les fragrances sont accessibles à tous, Pirate Parfum souhaite proposer aux gens un parfum de qualité, mais qui ne vend pas une marque ou du rêve. Ils veulent vendre du parfum, au prix du parfum. Pour réduire les coûts, le packaging se veut sobre et tous les parfums ont la même bouteille (blanc pour les femmes, noir pour les hommes). Seul le nom et le contenu change.

Parfume Maker, by Rudolf Ernst, domaine publique sur Wikimedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ernst,_Rodolphe_-_The_Perfume_Maker.jpg)Ce concept me plait. Mon eau de toilette se compose idéalement de bergamote, de galbanum, de genièvre et de menthe 1. Et bien, chez Pirate Parfum, je peux en avoir 100ml pour 26€. Alors que chez ICI Paris XL, je vois que je payerai 27€ pour... 40 ml de Cool Water de Davidoff. Mon choix est vite fait 2.

Mais où est le problème ? Et bien voilà : dans un restaurant, le serveur pourra facilement vous dire que leur recette de soufflé au fromage est la même que celle du Récamier, ou que leur pavé de bœuf à la truffe noir est fait à la manière du Comme chez soi. Cela se fait, et personne n'y trouve à redire. Dans le cas de Pirate-Parfum, cependant, c'est tout le contraire. S'ils disent que leur parfum Stockholm ressemble à Cool Water (je dis bien ressemble — ce n'est pas le même — et ils sont clairs à ce sujet !), ils ont des problèmes judiciaires (voyez l'article de Rue89 à ce sujet). La seule différence est qu'ils l'affichent sur leur site web... Pourquoi n'aurions-nous pas les mêmes droits sur internet qu'en dehors ?

Moi, je suis (très) loin d'être un spécialiste du parfum. Mon seul souhait est d'avoir une eau de toilette. Mais j'aime bien leur concept pirate et j'ai été très satisfait de mon dernier achat chez eux. De ce que j'ai lu, leur parfum semble être de qualité, avec des produits naturels et créé par des experts de la capitale mondiale du parfum, Grasse 3. Le packaging est simple et sympa. Le prix est bas et on peut trouver des réductions sur internet (en tant que client, je viens d'en recevoir, mais je ne sais pas si je peux les communiquer ici). Et l'essentiel : ça sent bon.

Alors si vous aussi, vous vous foutez pas mal de mettre une eau de toilette deux fois plus chère ; si vous aussi, vous aimez le concept pirate... pensez à faire un petit achat chez eux ! En plus, cela les aidera financièrement pour leur défense en justice.


Cet article fait de la publicité pour Pirate Parfum, mais je le fais en toute liberté, sans avoir rien reçu de leur part. Je suis un client satisfait de leur service et interpellé par ce qui leur arrive. En tant que pirate, j'avais envie de réagir suite au courrier qu'ils ont envoyé à leurs clients pour expliquer leur situation.


Photos:

Notes:

  1. Je vous rassure, je ne le savais pas avant d'acheter un parfum chez eux...
  2. En plus, il y a une petite tête de mort sur la bouteille de parfum pirate, Aaaaarrrrrrh !
  3. ...dont la simple évocation me rappelle toujours le Parfum de Süskind.

À l'abordage des élections !

keep-calm-and-vote-pirate-12-bÇa y est, c'est officiel, pour la "mère de toutes les élections", ce 25 mai, les Pirates se présenteront aux citoyens sur des listes ! Naturellement, comme nous ne sommes pas connus et ne pouvons donc pas compter sur l'appui de la presse, vous vous posez certainement quelques questions bien légitimes :

  1. Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?
  2. Pourquoi voter Pirate ?
  3. Où puis-je voter Pirate ?

Les réponses sont vastes, mais cette page veut vous proposer quelques pistes de réponses, pour vous aider à vous retrouver dans la jungle d'information. Surtout ne vous contentez pas de ceci ! Informez-vous aussi sur d'autres sites !

Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?

Réponse facile : si les mots démocratie, vie privée, liberté, transparence, solidarité, cosmopolitisme, écologisme, créativité et partage du savoir sont des concepts qui vous parlent, oui, notre projet est compatible avec vos valeurs, puisque ce sont également les nôtres. Plus d'infos sur la page des valeurs du Parti Pirate.

Une réponse un peu plus complète serait de vous donner ma propre définition des pirates : « un mou­ve­ment international de citoyens qui veulent s’engager pour que la poli­tique intègre les chan­ge­ments radi­caux que vit notre société ». Comment ? Pourquoi ? Ceux qui ont envie d'aborder le sujet en profondeur trouveront une explication dans le trio d'articles que j'ai écrits à ce sujet : le galion des pirates (qui sont les Pirates ?), les balises des pirates (comment fonctionnent-ils ?) et le phare des pirates (quels sont leurs objectifs).

Mais, en (très) résumé, nos objectifs sont les suivants 1 :

  1. Pro­tec­tion de la vie pri­vée : la liberté de chaque indi­vidu ne peut-être assu­rée que si l’état et les socié­tés pri­vées res­pectent sa vie pri­vée, y compris sur internet.
  2. Réforme de la pro­priété intel­lec­tuelle (ou pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel) : les pirates refusent le pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel, refusent les bre­vet sur le vivant et sur le logi­ciel car contre-productif.
  3. Fact-based poli­tics et déci­sion rai­son­née
  4. Rendre la culture libre et acces­sible
  5. Par­ti­ci­pa­tion citoyenne et liberté d’expression
  6. Trans­pa­rence des ins­ti­tu­tions publiques
  7. Légis­la­tion de qua­lité

Autres liens intéressant : une vidéo (extrait de l'émission controverse).

Pourquoi voter Pirate ?

Une fois rassuré sur le fait que nous ne sommes ni des bandits informatiques, ni des racistes, ni des extrémistes, peut-être vous poserez-vous la question : « Tiens, pourquoi je voterais pour eux plutôt que pour un autre parti ? »

Sachant que nous n'entrerons probablement pas dans une majorité et que nous n'aurons au mieux que peu d'élus, notre défi est donc d'infiltrer une "taupe" au Parlement. Une sorte d'espion qui pourra accéder à toute l'information et la transmettre à ses commanditaires : les citoyens. Libérons l'information politique et rendons-là accessible ! Cette idée est développée dans l'article "Une taupe au Parlement wallon".

N'hésitez pas à aussi consulter le programme des Pirates bruxellois. Et encore le programme européen, commun à tous les Pirates d'Europe. Cela vous donnera aussi une bonne idée de ce que nous proposons.

Quoiqu'il en soit, même si vous ne votez pas Pirate, nous vous encourageons à vous informer avant de voter. Voici quelques conseils non partisans pour vous y aider.

Cover-Blog-2014Où pouvez-vous voter Pirate ?

Réponse sur la carte ci-dessous !

Vote2505-CartePIRATE

 

Et donc, merci à vos nombreuses signatures qui nous ont permis de nous présenter !

À l'abordage !

Notes:

  1. Vous trouverez des exemples pour chacune de ces idées dans les articles mentionnés ci-dessus.

Soyez les élus du peuple - Lettre ouverte aux élus de ce pays

Cet article est une version posée et constructive d'un message qui pourrait être beaucoup plus hargneux. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Paul de Tarse / CC-BY-SA-3.0 by Peppe Guida, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Napoli._Chiesa_dei_Santi_Severino_e_Sossio._San_Paolo._041.jpg)

Chers élus de ce pays,
Chers représentants du peuple,
Chers représentants de la démocratie,

Je suis désolé, mais ces titres que je viens de vous donner sonnent un peu faux. Je n'ai pas l'impression de voir, dans les journaux (que je n'achète pas), les dignes représentants des citoyens.

Qu'êtes-vous, en tant qu'élu ?

Je souhaiterais, par cette lettre ouverte, vous exhorter à être ce que vous êtes censés être. D'après le CRISP 1, « l´élection est la principale manière de désigner les représentants de la population » et il précise : « L'électeur accorde sa voix ou son suffrage à un ou plusieurs candidats, voire à une liste de candidats ».

Il est donc bien clair que vous devez représenter les citoyens. Pas un parti. Les citoyens ont d'abord voté pour vous. Ou alors pour plusieurs candidats. Pas pour un parti. Même si cette liste est faite, décidée, entérinée par un parti — bien que ce ne soit pas obligatoire — cette liste reste avant tout une liste de candidats.

De plus, le mandat que vous recevez lorsque vous êtes élus est un mandat représentatif. Par opposition au mandat impératif, cela signifie que vous n'êtes pas obligés de faire ce que vos électeurs vous demandent. La constitution est claire là-dessus : « Art. 42 - Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus » et « Art. 58 - Aucun membre de l'une ou de l'autre Chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions et votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions. » Si cela vous permet de mentir sans aucun scrupule en période électorale, le but est surtout de vous laisser libre de considérer l'intérêt général au lieu des intérêts particuliers une fois élu ; le but est de vous laisser votre conscience au moment de voter.

Évidemment, ça, c'est la théorie. C'est comme ça que c'est défini. Et j'aimerais tellement qu'on en revienne à ces fondamentaux. Parce que non, je ne crois pas que cela se passe comme ça en pratique.

Car, oui, n'avez-vous pas l'impression, parfois, de mentir ? Que dit votre conscience quand vous pensez A mais que votre parti vous dit de voter B 2 ? Comment peut-on accepter, et même envisager, un concept aussi absurde et anti-démocratique que celui de « consigne de parti » ? Et pourtant, c'est bien ce qui se passe tous les jours. Mais qui vous a élu ? Le parti ou les citoyens ? Et qui représentez-vous ? Le parti ou les citoyens ? Selon la constitution, la réponse est claire et nette. Et réalité, la réponse est l'inverse. Oui, c'est le parti qui vous a permis de vous présenter. C'est le parti qui vous fournit l'arsenal nécessaire pour remporter une victoire électorale. C'est le parti qui vous fournit les idées à défendre et les outils pour le faire. Alors, oui, vous pensez être redevable au parti.

Et si je vous proposais autre chose — soyons utopistes ! Une fois élu, prenez votre liberté. Renoncez à votre parti et faites ce pour quoi vous êtes élus : travaillez, en votre âme et conscience, pour les citoyens. Soyez un peu fier, que diable ! Vous êtes élu, vous ! Prenez la place qui vous revient. Vous n'avez pas à vous plier à une discipline de parti... Prenez-en conscience !

L'utopie d'un parti utile

Moi je ne suis pas contre les partis. Je suis contre ce qu'ils sont devenus. Imaginez un peu un monde où la notion de parti politique (tel que défini par Wikipedia) penche plutôt du côté idéologique que du côté institutionnel. Un parti serait un rassemblement de gens qui pensent, ensemble. Qui ont des projets. Et ceux-ci se nourrissent des idées des uns et des autres. Dans ce cas, le parti ne serait pas une organisation qui tente de gagner le pouvoir pour lui-même, mais un lieu d'échange et de création, de soutien au développement d'idées. Bref un monde où la particratie n'existe pas.

Ce serait beau. Impossible, mais beau. Oui, je sais bien que ça ne marcherait pas mieux que ce qu'on a aujourd'hui. Évidemment, il est nécessaire que le parti ait aussi, pour partie, le but de conquérir le pouvoir. Sinon, ses belles idées ne servent à rien. Mais la situation actuelle est tellement extrême du côté « conquête du pouvoir » que la seule manière de ramener le pendule plus au milieu est de parler de l'autre côté du balancier, le côté des belles idées.

Oui, Mesdames et Messieurs les élus, je vous demande de veiller à remettre les partis à leurs places et à reprendre la vôtre. Je voudrais vivre en démocratie, que vous devriez incarner, plutôt qu'en particratie.

Je compte sur vous ? Moi, de mon côté, je m'efforcerai de faire évoluer les esprits, avec ce blog et en étant chez les pirates.

@+

Nico,
Citoyen critico-constructif

Note : Je voulais être constructif avec vous, qui êtes une personne. Mais n'oubliez pas de voir le côté moins poli du message que je viens de vous donner en lisant cet article. Il reprend le fond de ma pensée, non pas sur vous, mais sur votre parti. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photos :

Notes:

  1. Centre de Recherche et d'Information Socio-Politique - voyez l'excellent site, mais malheureusement incomplet, sur le vocabulaire politique.
  2. ...et ne venez pas dire que vous êtes toujours du même avis que votre parti... Si vous n'avez pas un zeste d'esprit critique, vous ne méritez pas d'être élu.

Condamnons à mort les fumeurs (enfin, pas tous)

« On ne jette pas ses papiers par terre ». C'est une évidence aujourd'hui. Après deux ou trois décennies de matraquage écologique, le réflexe est entré dans les mœurs. Personne ne soutiendra que c'est normal et sans impact de balancer son chewing gum ou son emballage de chocolat en pleine rue.

Bien sûr, il suffit de voir l'état d'une cour de récréation ou certaines coins de nos villes pour savoir que beaucoup le font encore. Mais ils le font quand personne ne regarde. En cachette. Ils ont honte et ils savent qu'ils sont coupables. Le regard de la société (aidé parfois par des amendes administratives communales) ne leur laisse pas la conscience tranquille.

Et pourtant... il y a encore une frange de la population qui ne se gène pas. Qui jette à tout va ses détritus. À la vue et au su de tout le monde. Au beau milieu d'une foule. Même devant des représentants de l'ordre. Ils s'en foutent. C'est normal pour eux. Je veux parler des fumeurs-qui-jettent-leurs-mégots-par-terre.

Creative commons by zigazou76 on Flickr (http://www.flickr.com/photos/zigazou76/5635823152/)Ces gens-là se foutent du regard de la société. Et ils ne pensent qu'à leur facilité, peu importe l'impact pour les autres et l'environnement. Ils n'ont que mépris pour les autres. Je suis sur un quai de gare bondé ? Cela ne me dérange pas de jeter nonchalamment mon mégot sur les rails... Je roule en voiture ? Quoi de plus naturel que de laisser mon mégot filer par la fenêtre...

Et puis quoi encore, bande de coprolithes !? Ça met jusqu'à 15 ans à se décomposer, un mégot ! Et ce n'est pas sans impact : plein de produits toxiques sont relâchés dans la nature avec cette saleté.

Smoking Carp - Creative Commons by Wouter Hagens on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cyprinus_carpio_smoking.jpg)« Ouiiii, mais on ne peut pas mettre un mégot dans une poubelle, il y a danger d'incendie. » Ça, c'est ton problème, mon coco. Tu fumes, t'assumes 1. Mais je signale quand même que plein (mais alors plein) de poubelles sont équipées d'éteignoirs (petit bout de métal pour bien écraser et refroidir le mégot) voir même de cendriers. Et s'il n'y en a pas, eh bien tu écrases ton mégot par terre avec ton talon et puis tu le ramasses et tu vas le jeter dans une poubelle ! Sans compter que tu peux acheter un cendrier de poche. Pas cher et pratique. Ça t'évitera peut-être de mettre le feu à la forêt, sous prétexte d'éviter de mettre le feu à une poubelle, espèce de traîne-potence.

Je n'ai rien contre les fumeurs. Je pense qu'avec les interdictions en vigueur aujourd'hui, les non-fumeurs sont bien assez protégés du tabagisme passif. Mais il faut être cohérent et assumer. Stop à cette nonchalance et cette impunité. Il faut que le contrôle social s'exerce aussi sur ce genre de cas.

Malgré ce que le titre de cet article suggère (c'est purement racoleur, je l'avoue), je me contenterai de vous encourager à faire la remarque à vos amis, mais aussi aux inconnus en rue. Ça fait un peu donneur de leçon — mais en Suisse, on trouverait ça normal — et c'est difficile. Moi-même, je n'en ai pas toujours le courage, mais de plus en plus je lâche un « Eh ben bravo ! » quand quelqu'un jette son mégot sous mes yeux. Et ça n'arrive que trop souvent...

Mégot: Domaine public by Antranias on PixaBay - http://pixabay.com/fr/m%C3%A9got-de-cigarette-d%C3%A9vers-cigarette-238161/


Photo

Notes:

  1. Pour reprendre une blague connue : moi, mon plaisir, c'est de boire une bonne bière. Je n'emmerde pas tout le monde avec les conséquences de ce petit plaisir ; je ne vais pas pisser n'importe où en pleine rue.

Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

Cet article est une traduction d'un texte écrit par Rick Falkvinge sur son site Falkvinge on Infopolicy. L'article original, en anglais, est : Talking back lessons : retorts to "Copying is stealing". La traduction étant par définition une trahison, je vous indique entre parenthèse certains mots anglais pour mieux saisir le sens original.

Pour mieux comprendre cet article, si vous n'avez pas l'habitude de parler du droit d'auteur, j'ai également fait un article complémentaire, pour expliquer le contexte.

2013.08.19-CDDans une série d'articles sur mon blog Falkvinge on Infopolicy, j'ai désormais l'intention de donner des réponses aux mensonges les plus dérangeants répétés à l'envi par les spécialistes du droit d'auteur qui soutiennent ce monopole artificiel. J'ai décidé de le faire car je vois passer des montagnes de foutaises écrites dans certains fils de discussion, et celles-ci restent incontestées (en : unchallenged) et sans réponses, ce qui est très dangereux. Comme je le dis dans mon livre Swarmwise, il est capital, pour sauvegarder nos libertés à long-terme, que de fausses affirmations soient corrigées immédiatement et avec force, dès qu'elles apparaissent.

Aujourd'hui, nous discuterons de l'affirmation « Copier, c'est voler », qui est encore tellement courante. Elle devrait être morte et enterrée depuis au moins quinze ans, mais ce n'est pas le cas. Voici trois exemples pour contrer cet argument. Adaptez-les, traduisez-les et utilisez-les dès qu'elle apparait dans des discussions comme celle-ci sur Reddit.

Il ne faut pas se satisfaire d'une réponse à une fausse affirmation et il faut compter sur les gens qui pensent de manière logique. Une fausse affirmation doit être attaquée avec force (en : hammered) en montrant en quoi elle s'oppose à nos libertés ; il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, mais d'un bras de fer. Il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de montrer que nous avons raison, comme je l'explique dans Swarmwise — c'est ça qui forme la réalité et le futur.

Aujourd'hui, donc, on s'occupe de l'ineptie « Copier c'est voler » (en : copying is stealing). Ne laissez jamais une phrase pareille sans réagir... Voici trois exemples de réponses que vous pouvez utiliser. Copiez-les, remixez-les et adaptez-les à votre manière de parler et à votre situation.

Affirmation fausse : « copier, c'est voler. »

Réponse 1 : Non, pas du tout. Si copier était équivalent à voler, nous n'aurions pas besoin des lois sur les droits d'auteur (en : copyright monopoly laws), puisque les lois sur la propriété suffiraient. Ce sont ces dernières qui définissent le vol. Mais il existe des lois distinctes pour les droits d'auteur et le « vol » n'y est pas défini. Par conséquent, il est évident que ce n'est pas du vol ; ni légal, ni moral, ni économique. Par contre, il s'agit bel et bien d'une infraction aux lois sur les droits d'auteur (et leur monopole) — mais c'est quelque chose de complètement différent. Il s'agit d'une violation d'un monopole privé sanctionnée par l'autorité. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 2 : Non, pas du tout. Personne ne vole rien en copiant. Ils produisent leur propre copie en utilisant leurs propres biens. La différence est très importante et si nous voulons un débat constructif, vous devriez appeler les choses par leur nom. Il s'agit ici de produire sans autorisation des ayant-droits, aussi appelés détenteurs des droits exclusifs (et donc monopolistiques). Personne n'est lésé d'une possession dans ce cas, alors que c'est précisément ça qui définit le vol. Ici, un objet est copié et non pas volé. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 3 : Non, pas du tout. Produire sa propre copie en utilisant son propre matériel (son ordinateur, sa mémoire, son réseau) n'est absolument pas équivalent à voler... ni logiquement, ni légalement, ni moralement, ni économiquement, ni philosophiquement. Le débat est passé outre cet argument il y a déjà 15 ans. Essayer de le ressortir aujourd'hui est un non-sens. Si vous voulez vérifier, vous devriez regarder dans un livre de droit. Dans tous ces livres, vous trouverez toujours des chapitres différents pour aborder la propriété et le droit d'auteur. Et seule la violation des droits de propriété définit un vol.

Affirmation fausse qui pourrait suivre : « ...mais ils font perdre de l'argent à X et donc c'est du vol. »

Exemple de réponse : Que X perde de l'argent, c'est peut-être sujet à débat, mais ce n'est pas la discussion ici. Tout le monde fait perdre de l'argent à quelqu'un par ses actions (cuisiner au lieu d'aller au resto, nettoyer sa maison au lieu de payer une femme de ménage). Voler est strictement défini comme le fait de s'approprier indûment, avec ou sans violence, le bien d'autrui, dans le cadre de la législation sur la propriété (lien wikipedia). Et le droit d'auteur n'est pas régi par cette législation-là. Il n'y a pas d'autre définition légale, morale ou populaire du vol. Par contre, vous utilisez le vocable « ils volent » (avec tout son sens juridique) pour dire « ce qu'ils font est mal ». En faisant cela, non seulement vous mentez et vous les calomniez, mais en plus vous vous trompez sur ce que vous vouliez dire, puisque le partage de la culture et de la connaissance est un bienfait pour la société et pour vos semblables.

Prenez ces réponses, utilisez-les ! Il y en aura d'autres à venir dans un futur proche.

Les barrières artificielles

Vous savez ce qui m'énerve beaucoup en ce moment ? Si vous avez lu le titre, vous le savez déjà... les barrières artificielles. J'entends par là tout moyen mis en œuvre par un fournisseur ou une institution en vue de maintenir son client ou son usager captif, afin de sauvegarder son bénéfice ou ses intérêts alors même que d'autres solutions seraient plus efficaces et rentables pour tout le monde.

J'illustre avec un exemple.

Hier soir, je profitais de la chaleur de l'été après l'orage pour déguster un Cornetto. Rien à dire sur le produit, fidèle à lui-même, délicieux. Mais je fus étonné par l'emballage. Il était mis, en gros, et dans toutes les langues : « Ne peut être vendu à l'unité. »

Un emballage de Cornetto

Un emballage de Cornetto

Étonnant, non ? Pourquoi cette précision sur un tel produit ? On a plutôt l'habitude d'y trouver des images alléchantes, des mentions « encore méga plus de chocolat hyper chocolaté » ou autres phrases destinées à tenter le gourmand (que je suis). Visiblement, chez Ola, ils ont peur que des vendeurs vendent ce produit, leur produit ! Après réflexion, je ne vois qu'une seule explication possible. Un producteur de glace dispose probablement de deux réseaux de distribution de leurs produits : un pour les grandes surfaces et un pour les petits vendeurs (vendeurs de glaces, restaurants, cafés, tea-rooms, etc.). Et, visiblement, ils mettent une barrière artificielle entre ces deux réseaux — ce message d'interdiction, donc —  pour que des petits vendeurs n'aillent pas se fournir chez Colruyt ou Carrefour. Je trouve cela interpellant.

À quoi ai-je pensé en voyant cela ?

(Celles et ceux qui n'aiment pas les formules peuvent passer à la section suivante 1.)

Imaginons donc que vous achetiez un cornet glacé, de la marque Lao dans une petite hutte de glace sur la digue à Oostende, tenu par Tino (parce que tous les bons glaciers portent un nom italien, c'est bien connu). En simplifiant, le prix comprend :

  • dans le cas du réseau « petit vendeur » : le prix de production du cornet (Prod) + le prix de la logistique du réseau « petit vendeur » de Lao (Log_{PV}) 2 + les frais de Tino(F_{T}) + le bénéfice de Tino (B_{T1})
  • dans le cas du réseau « grandes surfaces » : le prix de production (Prod) + le prix de la logistique du réseau « grandes surfaces » de Lao (Log_{GS}) 3 + les frais de la grande surface (que nous appellerons) Colfour (F_{C}) 4 + les frais de Tino (F_{T}) + le bénéfice de Tino (B_{T2})

Si je suppose que le prix de vente final au client étant le même (ce sera dans les deux cas environ 2€), on obtient l'égalité suivante (voyez les hypothèses en notes de bas de page 5) :

Prod+Log_{PV}+F_{T}+B_{T1} =Prod+Log_{GS}+F_{C}+F_{T}+B_{T2}

et, en simplifiant,

 Log_{PV}+B_{T1} =Log_{GS}+F_{C}+B_{T2}

.

Et comme je suppose qu'il est plus intéressant pour Tino d'aller se fournir chez Colfour (sinon, pourquoi ce message sur le cornet glacé ?), ceci signifie que B_{T1} < B_{T2} et donc, on obtient :

 Log_{PV} > Log_{GS}+F_{C}

.

Et ça, c'est inquiétant.

Conclusion de l'exemple

Si j'interprète bien le message sur le cornet (tout vient de là), cela signifie que le réseau de distribution « petit vendeur » de Lao (le producteur) coûte plus cher (et est donc moins efficace) que le réseau de distribution « grandes surfaces » plus tous les frais de Colfour (la grande surface) !

Et sachant que la vente à perte est encore interdite en Belgique 6, ceci signifie que personne n'y perd des plumes dans les deux cas. D'un point de vue de la société, les deux modèles sont donc acceptables. Le bénéfice, lui, se déplace soit chez Lao (le producteur), soit chez Tino (le vendeur) 7. Et en soi, il n'y a rien qui dit que l'un le mérite plus que l'autre 8. Sauf que diminuer le prix de revient du cornet pour Tino est le seul espoir pour que Tino, qui vend au particulier, puisse aussi baisser son prix et rendre le cornet glacé plus accessible à tous (car le cornet glacé est un bien essentiel pour la vie, vous en conviendrez). Pour le bien de la société, j'ai donc tendance à préférer que le prix de revient du cornet soit le plus bas (et donc le plus efficace possible).

Mais... dans le cas de la distribution en grandes surfaces, les bénéfices sont certainement limités (pour Lao et pour Colfour) car il s'agit typiquement d'un produit d'appel. Le producteur, même s'il fournit les grandes surfaces, préfère donc continuer à avoir son deuxième réseau de petit vendeur, vraisemblablement plus lucratif pour lui. Il décide donc de mettre cette barrière artificielle pour sauvegarder son bénéfice, même si ce n'est pas le plus efficace pour tout le monde. Et ça, ça m'énerve. C'est compréhensible, mais ça m'énerve.

Mon raisonnement tient-il la route ?

Évidemment, ceci n'est que pure spéculation. Il s'agit d'une réflexion personnelle sur ma terrasse hier soir en mangeant un Cornetto (qui, je le répète, m'a bien goûté). Je n'ai pas d'infos précises sur le cas exposé ici. Et je suis ouvert à ce que des gens mieux informés que moi viennent m'expliquer les détails du système de distribution des cornets glacés.

Par ailleurs, j'aimerais aussi connaître la validité juridique d'un tel message (avis aux avocats qui me liraient). Est-ce légal ? Pourquoi un vendeur ne pourrait-il pas acheter son stock chez Colruyt ou Carrefour (ce que beaucoup font déjà) ? Imaginez une unité scoute ou une école qui vend des friskos à sa fête annuelle ? Interdit aussi ? Et puis quoi encore !? Ou alors il s'agit uniquement d'une mesure psychologique pour faire croire qu'on ne peut pas... et mettre le vendeur mal à l'aise face à son client qui voit ce message ?

Bunny escape CC by http://www.flickr.com/photos/jnyemb/4680191073/

Doit-on rester derrière ces barrières ?

L'exemple de la librairie

N'empêche, si pensé à tout ce raisonnement, c'est aussi parce que je connais d'autres exemples.

Lorsque j'étais étudiant, j'ai travaillé dans une librairie qui vend des livres scolaires. Le prix des dictionnaires était fixé par le distributeur (prix d'achat et prix de vente du libraire). Et il se trouve que pendant la rentrée, les grandes surfaces vendaient, aux particuliers, ces mêmes dictionnaires pour un prix inférieur au prix d'achat du libraire ! C'était un produit d'appel pour les courses de la rentrée... Autant vous dire qu'on ne s'est pas gêné, avec l'équipe, pour aller acheter des charrettes entières de dictionnaires pour refaire les stocks à moindre coût. Est-ce choquant ? Je ne trouve pas. Est-ce illégal ? Je ne pense pas.

D'autres exemples

Et en fait, des barrières artificielles, il y en a énormément. Un des plus connus par les geeks est évidemment le Vendor Lock-in, souvent dans le cas des logiciels (ou des cartouches d'imprimantes, etc.).

Mais en y pensant, n'est-ce pas aussi ce que font les distributeurs de musique en obligeant ses clients à payer à eux ce que les artistes produisent alors que les frais de distribution sont nuls sur un réseau ? (Voyez à ce sujet l'excellent article de Ploum)

...Ou ce que font les partis politiques en utilisant la méthode Imperiali aux élections ?

...Ou ce que font les gouvernements quand ils censurent un pan entier d'Internet à sa population (on pense évidemment aux méchant, comme la Chine ou l'Iran, mais aussi au Royaume-Uni...) ?

...Ou ce que fait un opérateur télécom en bridant l'accès à Internet de ces clients pour uniquement promouvoir les sites qui lui rapporte ?

...Ou ce que fait Monsanto en vendant des semences qu'il est interdit de replanter ? Juste pour qu'on leur rachète des semences...

Je vous encourage tous, chers lecteurs, à chercher ces « barrières artificielles » dans les situations polémiques. D'après moi, cela fournit une excellente grille de lecture pour évaluer une situation où quelqu'un se prétend floué. Y a-t-il oui ou non une barrière ? Est-elle artificielle ? Si oui, il y a des chances qu'on entrave clairement, arbitrairement, et parfois gravement, la liberté de certaines personnes.

Après, la défense de la liberté est un choix politique. Certains s'en contrefoutent. Moi, je suis pour. I'm a Pirate.

CC by Macinate on http://www.flickr.com/photos/macinate/2082583800/


Notes:

  1. Les autres apprécieront le plugin LaTeX pour WordPress que je viens d'installer.
  2. Le bénéfice de Lao est compris dans ce prix
  3. Le bénéfice de Lao est compris dans ce prix
  4. Le bénéfice de Colfour est compris dans ce prix
  5. Je considère que le prix de production est le même dans les deux cas, et les frais de Tino également (c'est-à-dire prendre sa camionette et aller se fournir chez Colfour ou un grossiste). Le bénéfice de Tino, lui, est différent. Les bénéfices du Lao ou de Colfour varient, bien sûr, mais est compris dans les termes Logistique qui sont différents.
  6. Mais peut-être plus pour longtemps puisque la Cour européenne de Justice a estimé que ceci était en contradiction avec la législation européenne — voir ici
  7. Comme expliqué plus loin, je considère que le bénéfice des grandes surface est quasi-nul sur la vente de ce produit précis.
  8. Je refuse en effet les arguments du genre : « c'est un entrepreneur, donc un gentil, qui se bat avec une grosse entreprise, qui est donc forcément méchante ». Non, les gros ne sont pas toujours méchants.