Encore une bonne raison de soutenir le revenu de base !

CC BY-SA by Camdiluv on Flickr (https://www.flickr.com/photos/camdiluv/4441155157/sizes/o/)

Après vous avoir parlé des raisons économiques qui poussent au revenu de base, et après en avoir balayé les mauvais arguments contre...voici un petit témoignage qui explique pourquoi il est sensé.


C'est l'histoire d'une famille tout ce qu'il y a de plus normal : M. et Mme Normal sont deux employés et ils ont deux enfants en bas âge. Le premier va à l'école. Le second va à la crèche. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils ont de 24 à 32 jours de congés par an. C'est plus que le minimum légal (20) et plus que beaucoup d'indépendants.

On est presque en juillet, tout va bien. Il fait beau. Et M.et Mme Normal ont réussi un improbable casse-tête : caser l'ainé (3 ans) tous les jours de juillet. Bon, ils passeront le mois sur les routes à le conduire à droite et à gauche. Mais il faut ce qu'il faut. Et puis M. et Mme Normal sont bien chanceux. Ils ont un emploi, eux.

Ce problème ne se pose pas pour le petit, tout va bien : la crèche n'est fermée que deux semaines durant les mois d'été. Ouf, les vacances sont organisées sans consommer tous les jours de congé de M. et Mme Normal. Ben oui, il faut bien en garder pour les vacances de Toussaint, de Noël, de Carnaval, de Pâques. Et puis pour les congés pédagogiques. Et les ponts. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Tout est organisé et bien compté.

Même lorsque le petit attrape une varicelle, tout va bien. Il ne peut plus aller à la crèche pendant deux semaines, mais il existe un service de garde-malades. Bon, ça coûte plus cher, mais il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils peuvent se le permettre.

Ils auraient préféré garder l'enfant malade eux-mêmes, mais ce n'est pas possible. Le premier jour, ils peuvent prendre un congé social (non-payé) car c'est un cas de force majeure. Mais le lendemain, il faut aller travailler. Il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Le système a tout prévu pour eux : ils peuvent travailler.

M. et Mme Normal ont décidément beaucoup de chance. Vraiment beaucoup de chance. La semaine prochaine, l'aîné sera à la maison, gardé par une baby-sitter. Le petit sera à la maison, gardé par une garde malade de la crèche. La première ne sait pas garder les deux enfants (elle est trop jeune). La seconde ne peut pas garder un autre enfant que celui qui est malade (elle n'est pas payée pour ça). Mais M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils pourront aller travailler pendant que deux personnes payées s'occupent de leurs deux enfants.


Ceci est une fiction, mais vachement inspiré de faits réels. Elle montre que les "chanceux" de notre société sont ceux qui peuvent (doivent ?) toujours aller travailler. Même s'ils ne sont pas indispensables au travail pendant deux semaines. Même si cela amène des situations absurdes. Mais il faut ce qu'il faut...

Mais en quoi la situation changerait avec un revenu de base ?

Primo, je pense que les employeurs n'offriraient plus de travail. Ils en chercheraient. Et ce sont les travailleurs qui offriraient leurs services. Après tout, n'évoluons-nous pas vers une économie d'abondance ? Ceci établirait un rapport de force plus équitable entre employeurs et travailleurs. Et favoriserait l'équilibre travail-vie privée des travailleurs. Je pense que nous aurions plus facilement des congés sociaux (comme ils s'appellent maintenant) pour répondre aux besoins (entre autres familiaux) des humains que sont les employés. Et surtout, prendre ces congés non-payés ne constituerait plus un handicap pour les familles moins favorisées puisqu'elles seraient assurées d'un revenu de base.

Secundo, je pense que les gens se rendraient compte qu'ils travaillent pour vivre et non l'inverse. Le revenu de base permettrait de libérer les gens de ce carcan "il faut un emploi (travail rémunéré) pour exister". Et s'occuper d'un enfant malade deviendrait aussi un travail respecté, qui a du sens.

Et tout cela sans imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui sont indispensables à leur travail (ou croient l'être) peuvent toujours aller travailler et payer des gens pour s'occuper de leurs enfants malades. Simplement, avec un revenu de base, j'aimerais qu'on ne les appelle plus "chanceux".


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Je vous hais - Lettre ouverte aux partis politiques

Cet article est une version hargneuse d'un message qui pourrait être beaucoup plus posé et constructif. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Masked protester holding Molotov Cocktails seen during clashes in Ukraine, Kyiv. Events of February 18, 2014. -- CC-BY-SA-3.0 by Mstyslav Chernov, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Masked_protester_holding_Molotov_Cocktails_seen_during_clashes_in_Ukraine,_Kyiv._Events_of_February_18,_2014.jpg)Je ne crois pas aux partis. Je n'aime pas les partis. J'ai trop vu ce qu'ils apportent de mauvais dans notre société. J'ai trop souvent été témoin de leurs coups tordus, leurs bassesses. Si je me lâchais, je pourrai rabaisser une multitude de belles insultes, bien vulgaires et méchantes, au rang de simple épithète pour partis politiques. Ce que nous utilisons comme vocabulaire pour faire mal, pour injurier, pour traîner nos ennemis dans la boue, les partis belges s'en drapent, du haut de leur pouvoir, comme si de rien n'était : « On dit que je suis électoraliste ? Népotiste ? Corrompu ? Populiste ? M'en fous, car je suis au pouvoir. J'ai le pouvoir »

D'où vient cette haine que j'ai pour ces structures pourries que sont les partis ? Je ne suis qu'un simple citoyen qui lit la presse, certes avec un œil critique, mais quand même... Je crois que mon problème est que je suis idéaliste. J'aspire à un monde meilleur. J'espère « laisser le monde un peu meilleur que quand je l'ai reçu 1 ». Et un idéaliste, c'est visiblement ce qui est le plus éloigné des organisations politiques et de leurs calculs électoraux.

Mais qu'est-ce que cette chose ignoble qu'est un parti politique ?

Normalement, un parti, c'est un ensemble de gens qui partagent des idées et qui souhaitent les mettre en œuvre en étant élus. Aujourd'hui en Belgique, un parti est une structure forte et hyper hiérarchique dont le but est d'obtenir plus de pouvoir de manière à assurer son avenir. Le parti vit pour lui-même, par lui-même. Par la confiscation du pouvoir, il veille à sa propre survie. Les idées avancées ne sont plus qu'une couverture pour faire croire aux derniers des crédules que le parti se bat pour leur bien. Les partis sont, dit-on, institutionnalisés.

En fait, la Belgique est surtout devenue une particratie. Voilà, le vilain mot est lâché. Oui, je pense qu'on vit en particratie. Oui, je trouve cela dramatique. Et c'est pour cela que je hais les partis politiques. Et qu'on ne vienne m'accuser de populisme. Non, ce n'est pas populiste de dire cela, figurez-vous. Même les politologues et hommes politiques le disent. M. Francis Delpérée, sénateur : « Les formations politiques s'approprient volontiers une part des prérogatives citoyennes [...] c'est la particratie 2. » Ou encore M. Jean Faniel, directeur du bien connu CRISP : « la Belgique demeure[...] une particratie, au détriment des parlementaires 3. » Le drame, c'est que ça n'émeut personne ! Comment peut-on dire cela et que ça ne provoque pas un tollé ? Et quand moi je le dis, je serais populiste ? Bande d'aveugles ! Se rend-on seulement compte de ce que cela signifie ?

Vision pessimiste, cruelle et populiste ? Je ne pense pas. Car ce que je dis dans cet article avec dégoût et colère, se retrouve aussi dans n'importe quel journal. Je sais, j'en lis chaque semaine. Et quasiment à chaque fois, je lis des révélations choquantes, grosses comme des maisons, qui prouvent que les partis sont des choses nuisibles pour la société. Et chaque semaine, les journalistes en parlent comme de la chose la plus normale. Moi, ça me désespère. Alors je vous contacte un petit florilège des raisons pour lesquelles je hais les partis.

Avec un peu de recul et de réflexion, il devient évident que le comportement des partis est inadmissible. Non, ce qu'on lit dans les journaux n'est pas normal.

1. Le but d'un parti n'est pas de représenter le peuple ou de promouvoir des idées, mais de gagner une élection.

Si à l'origine, le parti servait à faire avancer des idées, en groupant ensemble des gens qui souhaitaient la même chose, force est de constater qu'aujourd'hui, les idées ainsi que la volonté de représenter le peuple n'est plus à l'ordre du jour. On peut lire le politologue Nicolas Braygaert 4 : « La particratie, telle que nous l'expérimentons neutralise de facto tout leadership susceptible d'imprimer un cap politique ambitieux ». Quant à moi, deux points me font dire que les partis ne travaillent plus sur leurs idées, mais seulement sur leur image.

Tout d'abord, l'affligeante vacuité des slogans électoraux et des messages politiques. Ils sont en effet construits dans un but publicitaire, pour capter de l'audimat. Ce qu'il y a derrière importe finalement très peu. Résultat : c'est à peu près tous les mêmes messages... légèrement orienté pour bien coller à l'image qu'on veut donner pour séduire. « Plus d'emploi, moins d'impôts, plus de solidarité, moins d'insécurité » ; « Je suis pour les centres sportifs. » ; « Je suis pour que les jeunes ait un emploi à 20 ans. » ; « Je suis pour qu'on vive tous heureux. » Je ne sais pas si je dois les traiter de bisounours ou d'enfoirés.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe. Ça vaut une publicité pour Cap'tain Igloo.

Ensuite, vous remarquerez que les idées politiques n'ont plus leur place pendant les élections. Vous ne nierez pas qu'aujourd'hui, on parle plus de stratégies électorales, d'offensive médiatique, d'image et de storytelling que d'idées. Même les journalistes ne s'arrêtent plus que rarement aux idées développées par un parti, ou par un candidat (et certainement pas au-delà du slogan). À un mois et demi des élections, ils parlent surtout des jeux de stratégie et des rôles des présidents de partis (exemples ici et ici). Qui sera tête de liste ? Quelle machine à voix tirera/poussera la liste ? Quelle stratégie adopter ?  Quand lâcher des infos compromettantes pour les autres ? À quel moment faut-il lâcher telle information ? Et l'intérêt des citoyens, hein !? On en fait quoi, bandes de coprolithes politiciens !? Je sais que les slogans creux sont plus rentables pour vous que les débats de fond, mais c'est aussi votre rôle d'être pédagogique !

Le résultat d'une élection c'est ceci : le parti qui fait la meilleure campagne gagne le pouvoir. Alors que moi j'aimerais que ce soit : le candidat qui a les meilleures idées et qui est le plus efficace est élu représentant du peuple. La nuance est grande, très grande.

2. Le parti politique se fout de l'avis de l'électeur.

L'avis de l'électeur ? Rien à foutre. Le respect du résultat des urnes ? Et puis quoi encore !? L'homme politique est un pion au service de son parti et de son président. Un panneau publicitaire pour attirer le chaland. Rien de plus. Si le citoyen élit quelqu'un à une fonction, cela ne signifie absolument pas que cet élu siégera (exemple ici). Car, in fine, c'est la stratégie du parti qui importe !

Pour preuve, je vous soumets ici un tableau synoptique qui analyse les fonctions exercées par deux mandataires politiques bien connus — MM. Di Rupo et Demotte 5 — en fonction du résultat des élections.

Ce tableau présente différentes colonnes :
-a- les années
-b- les élections qui se sont tenues cette année-là
-c- le résultat des urnes
-d- les colonnes E, F, R, C, respectivement pour les niveaux Européen, Fédéral, Régional et Communal.
-e- les fonctions exercées.
___
Les colonnes E, F, R et C indiquent :
(1) en couleur vive, les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau, après avoir été élu
(2) en couleur pastel, les années où le candidat n'a pas exercé de fonction à ce niveau, alors qu'il a été élu
(3) une croix pour les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau alors qu'il n'a pas été élu.
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Les données de ces tableaux sont principalement issues de Wikipédia et des différents sites officiels qui donnent les résultats des élections en Belgique.

 

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Ces tableaux sont riches en enseignements. Qu'y voit-on ? Tout d'abord qu'il n'y a aucune corrélation entre la colonne « élections » et la colonne « fonctions exercées ». Mais aussi que...

  1. Les deux élus se sont présentés à toutes les élections. Toutes. Et on voudrait nous faire croire que c'est parce qu'ils veulent vraiment participer activement à chaque niveau de pouvoir ?
  2. Pendant 11 ans, M. Demotte, élu bourgmestre de Flobecq, n'a pas pu siéger car il avait d'autres fonctions. Il a ensuite démissionné en 2011 pour déménager à Tournai où il se présente en 2012. Où il est à nouveau élu bourgmestre, mais toujours empêché. Donc, en trois mandatures communales, il n'a jamais été à même de prendre ses fonctions de bourgmestre ! Cela ne l'a pas empêché de se représenter à chaque fois. WTF ? Quel sens cela a-t-il ? Et le premier qui me parle d'un bourgmestre empêché qui exerce quand même son influence dans la commune et qu'il siège au conseil communal est en train de souligner très fort à quel point les hommes politiques se foutent comme d'une guigne de la loi sur le cumul des mandat.
  3. En 1999, 2005 et 2006, M. Di Rupo a été ministre-président wallon. Alors qu'il n'avait jamais été élu sur une liste régionale. Comment est-ce possible ? Ah oui... comme le disent si bien les journalistes, le PS « avait la main » car il avait gagné les élections. C'est donc le président qui décide de tout... (Et tout le monde trouve cela normal ?)
  4. Entre 1999 et 2013 (15 ans), M. Demotte aurait dû prester 44 ans de mandat. 30 n'ont pas été prestés et il a exercé pendant un an une fonction à laquelle il n'a jamais été élu.
  5. Sur 15 ans de mandat qu'il aurait dû exercer au niveau fédéral, M. Di Rupo en a presté 6. Sur 6 ans de mandat qu'il aurait du exercer au niveau régional, il en a presté 1 (et je n'en ai pas analysé le contenu).
  6. Les élections européennes se résument visiblement à un concours de celui qui a la plus grosse. On y présente des faiseurs de voix car la circonscription électorale est la plus grande et permet donc de faire un bon score. Ce n'est pas une raison pour penser qu'on lâcherait un poste de président de parti pour l'Europe (ce qui prouve une fois de plus le rôle et la puissance du président de parti).

Mais je n'ai pas tout dit ! Vous aussi, amusez-vous à repérer toutes les manigances que recèlent ces deux tableaux...

Conclusion ? L'électeur n'a rien à dire. Rien à foutre, de l'électeur. Les élections sont réduites à une mesure d'audimat pour des structures avides de pouvoir. À la fin, il n'y a que le parti qui décide et fait voyager ses pions au gré de la stratégie. D'ailleurs, d'après le CRISP, « Aucun mécanisme n´existe pour dissuader ou pénaliser cette pratique. [...] Ainsi, un ministre ou un parlementaire à un autre niveau de pouvoir peut se présenter comme candidat à une élection en vue de soutenir la liste tout en sachant qu´il ne siègera pas s´il est élu 6. » CQFD.

3. Les mandataires politiques ne sont plus élus du peuple, mais élus d'un parti.

Les partis ont le pouvoir, à tel point qu'il est aujourd'hui normal de considérer les élus comme « leurs » élus, au lieu des élus du peuple. D'ailleurs, ne présente-t-on pas toujours les élus comme membre d'un parti ? À nouveau, le vocabulaire utilisé dans les médias est frappant ; la sémantique ne fait pas tout, mais a quand même une valeur de symbole.

Le symbole, quant à lui, est dépassé — et de loin — quand il engendre des pratiques absurdes. L'une d'elles, peut-être la pire, est la notion de consigne de vote. N'y a-t-il vraiment que moi qui suis choqué par ce principe ? Parce que tout le monde en parle comme d'un fait tout-à-fait normal... C'en est même arrivé au point que, pour les dossiers les plus délicats, les parlementaires en viennent à espérer publiquement qu'ils pourront voter selon leur âme et conscience 7. Mais c'est un comble ! C'est votre boulot de faire ça tous les jours, pour tous les votes, nom de dieu !

À nouveau, je désespère : comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que des gens partageant une même idéologie soient obligés de toujours voter de la même manière ? N'y a-t-il jamais de nuances dans une idée ? N'y a-t-il jamais de place pour la discussion ? En fait, la Vérité (avec un grand V) existe, et elle est définie par le parti. Triste constat.

5. Les parti s'accaparent le pouvoir, alors qu'ils n'ont aucune légitimité

Les partis ont le pouvoir. Le meilleur exemple reste encore le rôle donné aux (ou pris par les) présidents de partis. Qu'on soit bien clair : les présidents de partis sont des usurpateurs. Ils n'ont aucune légitimité démocratique. Au-cu-ne. Ils en ont peut-être une au sein de leur parti, uniquement. Et encore. Mais comment se fait-il qu'aujourd'hui ils jouent un rôle essentiel dans la politique belge ? Parce que oui, en pratique ils sont aujourd'hui les grands décideurs.

Un très bon exemple est l'abdication du roi Albert, à laquelle les présidents de parti étaient invités. On y a vu les représentants du pouvoir judiciaire, les ministres (normalement élus), les présidents de la Chambre et du Sénat. Mais les présidents de partis !? Franchement ? Pourquoi se sont-ils incrustés là ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Quel pouvoir représentent-ils ?

Autre exemple, dans un article sur le duo bruxellois Picqué-Moureaux 8, on apprend que « Moureaux établit le statut de la future région bruxelloise » (en 1989 avec Dehaene) et laisse à Picqué le soin de devenir ministre-président. Lui, « préfère la grande politique » (sic) et devient président de la fédération bruxelloise du PS. « Moureaux hérite du vrai pouvoir, des arbitrages, des luttes d'appareil, de la distribution des mandats et de la composition des listes » (re-sic). Est-ce que le journaliste s'est seulement rendu compte de ce qu'il a écrit ? Que la présidence d'une fédération régionale de 4000 membres a plus de pouvoir que le chef du gouvernement bruxellois (un million d'habitants) ? Il n'y a que moi que ça choque ? Il n'y a que moi qui trouve ça aberrant, débile et anti-démocratique ? Après, on viendra me dire que la particratie est une invention des petits partis pour râler sur les grands...

Dans un autre article 9, une politicienne envisage les scénarios si le fin de la Belgique devait se concrétiser en mai 2014. Et déclarer, tout naturellement que « les présidents de partis dissoudraient la Belgique pour recréer immédiatement une confédération d'états indépendants. » Et en quel honneur serait-ce les présidents de partis ? On est au point où on ne fait même plus semblant de prendre en compte la volonté des différents parlements belges, seules assemblées légitimes et démocratiques. Je vous le disais : sans aucune légitimité, les partis ont le pouvoir.

Comment en est-on arrivé à publier ça dans un journal et trouver ça normal ?

Conclusion

Je comptais encore écrire beaucoup de choses, mais cet article est déjà trop long. Je vous épargnerai donc le sujet des intercommunales qui servent à fournir des fonctions aux membres du parti, des administrations pourries par les jeux de nominations ou des société de droits publics où les partis choisissent les gagnants des adjudications publiques en fonction de leurs intérêts. C'est sans doute le sujet où il y a le plus à dire. Il faudrait plus qu'un article pour tout cela.

Mais vous l'aurez compris, je hais les partis politiques, ou au moins ce qu'ils sont devenus. D'aucuns pourront évidemment me reprocher de dire cela et de m'impliquer en même temps chez les Pirates, qui forment un parti... Mais non, je ne trouve pas cela incohérent, et ce, pour plusieurs raisons :

  1. Les Pirates sont, d'après moi, un mouvement citoyen, avant d'être un parti. Je l'explique en long et en large dans cet article. Cette différence marque une différence d'objectif.
  2. Vous noterez que, comme beaucoup de pirates, j'essaye d'utiliser le plus souvent possible le vocable « pirates » plutôt que « Parti Pirate ». Sémantique, à nouveau, mais qui recèle une vraie symbolique. Nous portons des valeurs et des idées, pas un parti.
  3. Comme tout nouveau parti, les pirates n'ont pas d'élus, pas de pouvoir. Nous ne sommes donc pas sujets à ces problèmes. Nous sommes encore beaucoup d'idéalistes, qui pensons plus au bien commun qu'au pouvoir personnel. Le jour où les pirates ont du succès et rentrent dans le jeu de la particratie, je serai le premier à partir. 🙂

Mon souhait avec cet article était multiple. Comme vous l'avez vu, je voulais d'abord laisser sortir tout cette rage qui m'anime quand je lis tout ce que ces crapules font tous les jours. Mais en fait, je voulais délivrer un autre message : oui, nous vivons en particratie. Cet article le démontre assez. Oui, c'est un fait et non, ce n'est pas populiste de le dire. Ce n'est pas juste « pour dire du mal des gens au pouvoir ». Non. C'est pour vous réveiller. Vous aussi, quand vous lirez votre prochain article politique, soyez conscients ! Ce n'est pas parce que c'est écrit en dixième page d'un hebdomadaire quelconque, sans effets de manche, que ce n'est pas scandaleux ! J'ai l'impression que les journalistes se trompent souvent de scandale à mettre en première page...

Note : Je voulais lâcher ma haine des partis, mais n'oubliez pas de lire le côté plus constructif de ce même message en lisant cet article. Il ne s'adresse plus aux partis, mais aux élus. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photo :

Notes:

  1. citation de Lord Baden Powell of Gilwell
  2. Le Vif n°46, 15 novembre 2013
  3. Voir ici
  4. Le Vif n°12, 21 mars 2014
  5. Oui, deux socialistes, mais ce sont de loin les plus faciles à trouver
  6. Pour la première fois, cependant, la règle dit qu'un candidate ne peut pas se présenter sur différentes listes en même temps. Mais à un an d'intervalle, pas de problème...
  7. Références : sur la libre ou sur le soir (voir la section MR)
  8. Le Vif n°12 du 21 mars 2014
  9. Le Vif du 26 juillet 2013

Soyez les élus du peuple - Lettre ouverte aux élus de ce pays

Cet article est une version posée et constructive d'un message qui pourrait être beaucoup plus hargneux. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Paul de Tarse / CC-BY-SA-3.0 by Peppe Guida, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Napoli._Chiesa_dei_Santi_Severino_e_Sossio._San_Paolo._041.jpg)

Chers élus de ce pays,
Chers représentants du peuple,
Chers représentants de la démocratie,

Je suis désolé, mais ces titres que je viens de vous donner sonnent un peu faux. Je n'ai pas l'impression de voir, dans les journaux (que je n'achète pas), les dignes représentants des citoyens.

Qu'êtes-vous, en tant qu'élu ?

Je souhaiterais, par cette lettre ouverte, vous exhorter à être ce que vous êtes censés être. D'après le CRISP 1, « l´élection est la principale manière de désigner les représentants de la population » et il précise : « L'électeur accorde sa voix ou son suffrage à un ou plusieurs candidats, voire à une liste de candidats ».

Il est donc bien clair que vous devez représenter les citoyens. Pas un parti. Les citoyens ont d'abord voté pour vous. Ou alors pour plusieurs candidats. Pas pour un parti. Même si cette liste est faite, décidée, entérinée par un parti — bien que ce ne soit pas obligatoire — cette liste reste avant tout une liste de candidats.

De plus, le mandat que vous recevez lorsque vous êtes élus est un mandat représentatif. Par opposition au mandat impératif, cela signifie que vous n'êtes pas obligés de faire ce que vos électeurs vous demandent. La constitution est claire là-dessus : « Art. 42 - Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus » et « Art. 58 - Aucun membre de l'une ou de l'autre Chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions et votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions. » Si cela vous permet de mentir sans aucun scrupule en période électorale, le but est surtout de vous laisser libre de considérer l'intérêt général au lieu des intérêts particuliers une fois élu ; le but est de vous laisser votre conscience au moment de voter.

Évidemment, ça, c'est la théorie. C'est comme ça que c'est défini. Et j'aimerais tellement qu'on en revienne à ces fondamentaux. Parce que non, je ne crois pas que cela se passe comme ça en pratique.

Car, oui, n'avez-vous pas l'impression, parfois, de mentir ? Que dit votre conscience quand vous pensez A mais que votre parti vous dit de voter B 2 ? Comment peut-on accepter, et même envisager, un concept aussi absurde et anti-démocratique que celui de « consigne de parti » ? Et pourtant, c'est bien ce qui se passe tous les jours. Mais qui vous a élu ? Le parti ou les citoyens ? Et qui représentez-vous ? Le parti ou les citoyens ? Selon la constitution, la réponse est claire et nette. Et réalité, la réponse est l'inverse. Oui, c'est le parti qui vous a permis de vous présenter. C'est le parti qui vous fournit l'arsenal nécessaire pour remporter une victoire électorale. C'est le parti qui vous fournit les idées à défendre et les outils pour le faire. Alors, oui, vous pensez être redevable au parti.

Et si je vous proposais autre chose — soyons utopistes ! Une fois élu, prenez votre liberté. Renoncez à votre parti et faites ce pour quoi vous êtes élus : travaillez, en votre âme et conscience, pour les citoyens. Soyez un peu fier, que diable ! Vous êtes élu, vous ! Prenez la place qui vous revient. Vous n'avez pas à vous plier à une discipline de parti... Prenez-en conscience !

L'utopie d'un parti utile

Moi je ne suis pas contre les partis. Je suis contre ce qu'ils sont devenus. Imaginez un peu un monde où la notion de parti politique (tel que défini par Wikipedia) penche plutôt du côté idéologique que du côté institutionnel. Un parti serait un rassemblement de gens qui pensent, ensemble. Qui ont des projets. Et ceux-ci se nourrissent des idées des uns et des autres. Dans ce cas, le parti ne serait pas une organisation qui tente de gagner le pouvoir pour lui-même, mais un lieu d'échange et de création, de soutien au développement d'idées. Bref un monde où la particratie n'existe pas.

Ce serait beau. Impossible, mais beau. Oui, je sais bien que ça ne marcherait pas mieux que ce qu'on a aujourd'hui. Évidemment, il est nécessaire que le parti ait aussi, pour partie, le but de conquérir le pouvoir. Sinon, ses belles idées ne servent à rien. Mais la situation actuelle est tellement extrême du côté « conquête du pouvoir » que la seule manière de ramener le pendule plus au milieu est de parler de l'autre côté du balancier, le côté des belles idées.

Oui, Mesdames et Messieurs les élus, je vous demande de veiller à remettre les partis à leurs places et à reprendre la vôtre. Je voudrais vivre en démocratie, que vous devriez incarner, plutôt qu'en particratie.

Je compte sur vous ? Moi, de mon côté, je m'efforcerai de faire évoluer les esprits, avec ce blog et en étant chez les pirates.

@+

Nico,
Citoyen critico-constructif

Note : Je voulais être constructif avec vous, qui êtes une personne. Mais n'oubliez pas de voir le côté moins poli du message que je viens de vous donner en lisant cet article. Il reprend le fond de ma pensée, non pas sur vous, mais sur votre parti. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photos :

Notes:

  1. Centre de Recherche et d'Information Socio-Politique - voyez l'excellent site, mais malheureusement incomplet, sur le vocabulaire politique.
  2. ...et ne venez pas dire que vous êtes toujours du même avis que votre parti... Si vous n'avez pas un zeste d'esprit critique, vous ne méritez pas d'être élu.

Deux articles pour un message

Cocktail Molotov pour un orateurCe que je lis dans les journaux, dans les articles politiques, me révolte. En les lisant, je bous souvent de rage. Et pourtant, je suis un type calme, posé. J'essaye toujours de m'exprimer sans trop d'émotions pour laisser place à la réflexion. Mais, putain, ça me dégoûte de lire tout ce qu'osent les partis, au mépris de la déontologie, au mépris des électeurs, au mépris de la démocratie... au mépris de tout ! Mais la plupart de temps, je me force à rester sans émotions, à énoncer des faits. Rester objectif pour ne pas déforcer les arguments.

Mais il y a des jours où je n'ai plus du tout envie d'être posé. Alors voilà, cette fois, j'ai fait deux articles pour le prix d'un.

Bref, deux versions d'un même message. N'étant ni rebelle ni mouton, mon but est de polir le message des premiers pour faire bouger les seconds. Alors si deux articles permettent de toucher deux fois plus de personnes parce qu'ils sont différents, pourquoi pas ?

Et dites-moi lequel vous avez préféré...
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Photos :

L'utopie de Bruxelles Mobilité

Une très intéressante utopie est présentée ici par Bruxelles Mobilité. Elle présente ce que pourrait être Bruxelles en 2040, si les politiciens étaient un peu motivés. De belles images et de beaux projets. On y montre par exemple à quoi pourrait ressembler la gare d'Etterbeek en 2040. De quoi s'inspirer et réfléchir.

La gare d'Etterbeek en 2040

La gare d'Etterbeek en 2040 (rebaptisée en Bruxelles-Campus)

Évidemment, c'est une utopie. Le but n'est pas qu'on finisse tous sur un vélo avec les mollets surdimensionnés (surtout que le site ne le montre pas, mais Bruxelles est quand même bien vallonnée). Le but est bien d'inspirer, de libérer les esprits et de permettre de penser autrement. En tant que pirate, je ne peux qu'adhérer à ce principe.

Je voulais également épingler une des réflexions présentées dans les tranches de vie (que vous lirez ici). ZITA (inventée, je suppose) y parle de Bruxelles Métropole, une sorte de méga intercommunale de 60 communes pour gérer la mobilité convenablement et ensemble. Exactement ce que je proposais dans un de mes articles précédent (spécialement sur le paragraphe "Les routes et les infrastructures")... Les grands esprits se rencontrent. 🙂

À certains moments, cela rejoint aussi la vision des Google Car de Ploum (ici ou ici) à part que pour Bruxelles Mobilité, le train existe encore, plus que jamais dans un vrai plan de multi-modalité (auquel je crois plus que le tout-à-la-google-car).

Bref, pas mal de réflexions intéressantes que je voulais vous partager !

Note : Par contre, je me demande pourquoi ils ont mis le Prince Laurent sur un vélo au milieu de la rue Béliard (voyez la photo ci-dessous et cliquez pour agrandir). 🙂

La rue Béliard en 2040

La rue Bélliard en 2040


Utilisation des photos : conformément à ce qui est indiqué sur le site de Mobil2040, (L'utilisation des informations contenues sur ce site est autorisée et même encouragée [...]), j'ai utilisé les photos à titre d'illustration en mentionnant qu'elles proviennent de Bruxelles Mobilité. Bruxelles Mobilité se réserve cependant tous les droits de propriété intellectuelle de ces images.

Le changement, c'est maintenant. Et pour toujours.

La société, dans son ensemble, évolue. C'est évident. Et c'est aussi un lieu commun de dire que cette évolution va de plus en plus vite.

Evolution

Depuis que je suis petit, j'en ai conscience car, déjà en primaire, nous apprenions les différentes périodes de l'Histoire. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les longueurs de ces périodes sont de plus en plus courtes ? Préhistoire : 4 millions d'années. Antiquité : 3500 ans. Moyen-âge : 1000 ans. Renaissance : 300 ans. Je me suis toujours demandé jusqu'où cela irait... Y aura-t-il un jour où une période historique sera de 10 ans ? Un an ? Un jour ? Ou bien cela n'aura tout simplement plus de sens ?

Histoire, par Docteur Saint James, on Wikipedia

Les périodes de l'Histoire

Moi, je vois un lien avec une courbe exponentielle qui exprime l'évolution de la société humaine en fonction du temps. Combien de temps faut-il à l'humanité pour faire une étape d'évolution (pour autant que celle-ci soit quantifiable) ? Si on met le temps sur l'abscisse (axe des x) et l'évolution sur l'ordonnée (axe des y), on voit qu'il faut beaucoup de temps au début et de moins en moins avec le temps... À première vue, ça colle bien avec une exponentielle : l'augmentation de l'évolution est bien proportionnelle au niveau de l'évolution.

Si je vous parle de cela aujourd'hui, c'est parce que j'ai l'impression que nous sommes une génération charnière. Je pense que nous sommes à l'abscisse zéro de cette exponentielle de l'évolution. Au moment précis 1 où on passe d'une évolution lente à une évolution rapide.

Fonction exponentielle

Fonction exponentielle

Bien évidemment, on me rétorquera que ça n'a aucun sens et que cela dépend du point de vue... et celui qu'on prend aujourd'hui est forcément subjectif ou arbitraire. Tout comme l'abscisse zéro d'une exponentielle ! Mais lisez d'abord mes observations avant de dire que c'est faux.

Au bon vieux temps

Je suis peut-être trompé par la perception que j'ai de l'Histoire, mais auparavant, les évolutions de société étaient lentes en ce sens que la façon dont les gens vivaient ne changait que très peu avec le temps. Qu'on me comprenne bien : les gens vivaient des choses très différentes (une invasion barbare, une guerre, la chute d'un empire, etc. ne se présentent qu'une fois) mais de la même manière que leurs parents et leurs enfants. La morale, les techniques, les mœurs, tout cela changeait peu et lentement.

J'imagine en l'an 800, que les quelques centaines de millions d'hommes sur terre vivaient, à peu de choses près, la même vie que leurs parents, leurs grands-parents et même leurs arrières-grand-parents. De temps à autre, un événement arrivait (un couronnement impérial, un 25 décembre, par exemple, ou une invasion et un pillage) et cela modifiait les histoires qu'on se racontait autour du feu. Pour le reste, calme plat. La saison arrive et il faut bien semer. Changer est une chose qui n'est pas envisageable.

En 1900, je pense qu'un ouvrier s'attendait à avoir le même style de vie que son père, mais espérait quand même vivre mieux que son grand-père. Mais attention, si changement il y a, il doit être minime, pratique et ne pas remettre en question la manière de vivre et la morale. « Une machine à couper le pain chez la boulangère ? Ça c'est bien une invention pour les femmes paresseuses qui ne le font plus elles-mêmes ! » (véridique). De manière générale, c'est bien l'évolution technique qui peut être acceptée à condition qu'il n'y ait pas d'impact sur la morale.

En 1945, les adultes savaient que leurs enfants auraient une vie différente de la leur. Le progrès était en marche et le rêve américain annonçait la société de consommation. Mais ces mêmes adultes ont quand même éduqué leurs enfants comme leurs parents les avaient éduqués. Comment auraient-ils pu faire autrement ? Les changements n'étaient pas encore les bienvenus. « Une femme qui devient institutrice, OK. Mais de là à faire des études universitaires, faut pas pousser. » Les baby-boomers ont peut-être été la première génération a ne pas recevoir une éducation qui les formait pour la vie qu'ils allaient avoir...

En 1980, nos parents (les baby-boomers) sont également les premiers à se rendre compte qu'ils ne peuvent pas nous éduquer comme le faisaient leurs parents. Changement radical. Ils ont dû s'adapter à une nouvelle donne. La société qui les a élevés n'est pas celle dans laquelle ils vivent. Cette évolution, et le changement en général, est alors perçu comme une fatalité à laquelle il faut bien faire face. Ils essayent de faire au mieux.

Aujourd'hui

Depuis 2000, nous sommes devenus de (jeunes) adultes. L'évolution technique et morale sur la période de notre adolescence est énorme. À 30 ans, le monde que nous connaissons n'est plus le même que celui de notre enfance. Et la perception même du changement évolue aussi.

La flexibilité est reine.

On ne parlait pas du téléphone portable quand j'avais 10 ans. À 20 ans, j'en avais un et j'étais presque un des dernier parmi mes amis. Cela a radicalement changé notre manière de concevoir nos interactions et notre organisation. Quand j'étais petit, je recevais une invitation pour un anniversaire une semaine à l'avance, avec tous les détails (heure d'arrivée, de départ, modalités, etc.). Aujourd'hui, on planifie un souper entre amis trois mois à l'avance (parce que l'agenda est full), mais on organise les détails une heure avant (rendez-vous à 18h30 à tel endroit). La flexibilité est reine.

La remise en question est permanente.

J'ai été aux mouvements de jeunesse et j'y vivais des activités sans jamais me poser de questions sur ce que j'y faisais. Quand j'ai grandi et que je suis devenu animateur, on m'a appris à toujours tout remettre en question. « On fait comme ça parce qu'on a toujours fait comme ça » est devenue à mes yeux la pire justification qu'on puisse donner. Au contraire, il faut repenser les jeux, l'organisation du camp, la manière de faire l'intendance, les totémisations... N'accepter une tradition que si elle a (encore) du sens. La remise en question est permanente. Au point que cette question m'a aujourd'hui poussé à ne pas accepter le système politique dans lequel nous vivons, sous prétexte que c'est celui qu'on a hérité des grands démocrates du XVIIIe siècle. Le mouvement pirate est bien ancré dans cette évolution.

Le changement est perçu comme bénéfique

À notre tour, nous éduquons. Comme je l'ai dit, nos parents ont dû adapter l'éducation qu'ils voulaient donner, contraints de le faire par un monde différent de celui dans lequel ils sont nés. Nous, nous adaptons notre éducation, mais nous sommes consentants. En éducation comme ailleurs, nous aimons le changement, que nous voyons comme porteur de nouvelles idées, d'ouverture et de renouvellement. Bref, d'amélioration.

Évidemment, tout n'est pas positif dans cette accélération. Les défauts d'une société mouvante sont nombreux. Ils vont de la (sur)consommation (il faut bien suivre l'évolution technologique...) à la perte de repère en passant par le stress lié à la rapidité ou à la désorganisation.

Sommes-nous devenus une « génération du changement » pour qui l'évolution est naturelle, contrairement aux générations précédentes ? La génération qui n'essaye plus de faire des barrages contre le courant, mais qui essaye de s'adapter à ce courant du changement ? J'ai tendance à le croire. Nous ne méritons ni gloire ni mérite pour cela. Nous ne sommes pas meilleurs. Nous envisageons les choses autrement et nous avons d'autres qualités que nos aïeux, plus adaptées à notre époque,... et certainement d'autres défauts, aussi.

Mais nous sommes nés à ce moment de l'Histoire, où, paradoxalement, le changement devient la norme. Je trouve cela passionnant car cela ouvre des portes pour l'avenir. En être conscient permet d'espérer beaucoup ! Et de se mettre au boulot en ayant en tête que ce changement n'est encore qu'un début...

2013.10.15-Bane2


Photos

  • Evolution by possan CC-BY-2.0 on Wikimedia
  • Histoire, par Docteur Saint James, on Wikipedia (domaine publique)
  • Fonction exponentielle par Shaoren, sur Wikimedia (Creative Commons)

Notes:

  1. Bon, « précis »... sur l'échelle de l'histoire humaine, « précis » peut signifier quelques dizaines d'années.

Les primes

CC by piotr on Flickr (http://www.flickr.com/photos/mamnaimie/6947576458/)Donc, une fois de plus, quelqu'un se plaint de l'administration et leur organisation kafkaïenne. Cette fois, c'est mon tour. Mon histoire n'est pas la pire. C'est juste pour vous raconter...

L'année passée, avant l'hiver, j'ai fait isoler par l'extérieur un mur de ma maison. Pour cela, la région wallonne (pardon, la Wallonie) octroie des primes. Je fais donc une demande.

Comme je vis au XXIe siècle, que j'aime les arbres, que je ne tiens pas particulièrement à donner de l'argent à BPost et que je souhaite gagner du temps,  j'ai suivi l'option « faire votre demande en ligne ». Logique. Je suis donc la démarche, remplis toutes les petites cases en ligne. Vlà-t-y-pas qu'à la fin, on me demande de... bien vouloir imprimer le PDF généré et de l'envoyer par la poste. %#§$*% Quoi !? 1 Sans rire. Je me suis donc amusé à vérifier mes cookies ; je me suis créé un compte sur le portail ; j'ai stressé à chaque clic sur étape suivante (de peur que quelque chose foire) ; je suis revenu en arrière trois fois en découvrant à la huitième étape que je devais répondre autre chose à la troisième ; j'ai re-stressé à chaque fois que je cliquais à nouveau sur étape suivante pour revenir à la huitième étape... Tout ça pour quoi ? Pour épargner un peu d'encre à mon bic 2.

J'y suis malgré tout parvenu. J'ai imprimé le document. Enfin, les documents. Parce qu'ils me redemandaient un document (de 30 pages) que je leur avais déjà donné en 2010 pour d'autres primes. No comment. Et j'ai tout envoyé, fier d'avoir vaincu Kafka. Nous étions début décembre.

Début janvier, j'ai reçu un accusé de réception. Ils avaient reçu ma demande fin décembre. Très bien. Je croyais que tout roulait.

Mi-juillet (six mois après l'accusé de réception, quasiment sept après mon envoi), je reçois un courrier disant que mon dossier est incomplet. Six mois après. Six mois, juste pour vérifier des documents. Soit, je considérerai qu'ils ont reçu beaucoup de demande de primes. Je me penche sur le contenu : que manque-t-il ?

  • l'annexe technique originale signée par l'entrepreneur. Hé oui, j'ai eu le malheur de fonctionner de manière efficace : j'avais donc reçu de mon entrepreneur le document par mail. Je l'ai imprimé et mis dans le dossier, mais ce n'est pas suffisant. Ils veulent recevoir de l'encre de bic, pas de l'encre d'une imprimante... Ils veulent l'original, pour voir la signature de l'entrepreneur.
  • un document quelconque permettant de voir les qualités techniques du produit utilisé. Ce n'était pas demandé. Mais visiblement, mon entrepreneur doit avoir utilisé un matériau exotique qu'ils ne connaissant pas. Du Cantillana DP160. Je dois probablement être le premier en Wallonie à utiliser cela (c'est évidemment ironique, c'est un produit extrêmement courant, d'un producteur connu). D'un autre côté, une simple requête Google donne les infos souhaitées.
  • Le devis. Ce n'était pas demandé non plus, mais visiblement, la facture finale ne suffit pas.

Voilà où j'en suis. Je recontacte donc mon entrepreneur pour lui demander de m'envoyer, par la poste, le papier complété. Je vais imprimer une page trouvée avec Google. Et je vais imprimer le devis. Non, ils ne me feront pas abandonner. Je l'aurai cette prime.

Ce blog se veut cependant constructif. Raconter, c'est bien, mais que peut-on en retirer ? Au moins une conclusion pour mieux comprendre le monde ?

Première hypothèse : l'administration se perd dans les méandres de la bureaucratie. Déjà cité deux fois, Kafka en parlait déjà il y a longtemps. Dans ce cas-ci, cela signifierait que les règlements et autres instructions sont tellement complexes que les fonctionnaires sont obligés de les suivre à la lettre, sans jamais se poser une question sur le sens de ce qu'ils font. Surtout, ne pas comprendre le contenu et s'arrêter à la forme. Évidemment, j'en entends certains, heureux de casser du fonctionnaire, qui clameront à l'envi que c'est de cela qu'il s'agit.

J'ai quand même du mal à me dire que ce genre de choses est possible. Je n'imagine pas comment un type qui doit faire ça toute sa carrière ne se suicide pas. J'ai donc une autre hypothèse, pas plus agréable : l'administration met tout en œuvre pour décourager les gens de demander des primes. Bonne manière de réduire les dépenses. Notons au passage que ce sont les gens lettrés, capables de comprendre une lettre de l'administration, qui ne se laisseront pas démonter. Un comble quand il s'agit de primes.


Notes:

  1. J'ai presque envie de dire « non mais allô, quoi !? »
  2. J'ai cru comprendre, en parcourant le portail énergie de la Wallonie que, pour les demandes de primes 2013, la démarche en ligne, est vraiment en ligne. À vérifier.

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.