Les autres résultats de la mère de toutes les élections

Ah ben oui, moi aussi, je vais faire ma petite analyse sur les résultats des élections... Comme tout le monde ! C'est à la mode ! Mais je vais essayer de faire un travail original en relisant les élections, pas tant sur le plan des résultats que sur ce qu'on pourrait avoir si on adaptait notre système électoral. Comment aurait-on pu voter différemment ?

Urnes de votesJe vous ai déjà chauffé les oreilles avec ce genre d'analyse à l'occasion des communales de 2012 (ici et ici), mais ça vaut la peine d'en refaire une. Vous verrez que les résultats sont surprenants.

Note : Pour ne pas trop embrouiller les choses, je me contente d'analyser les résultats des élections législatives (fédérales) sur base des chiffres du ministère.

Abstentions, vote blancs et nuls

Ce n'est généralement pas le premier élément qui ressort des analyses électorales et pourtant, cela me semble la base pour avoir une vue d'ensemble : savoir qui a voté. Combien de personnes ? Combien de votes ? En Belgique, le ministère de l'intérieur met à notre disposition le nombre d'électeurs inscrits, le nombre de votes valables et le nombre de votes non-valables. L'abstention n'est pas donnée sur le site officiel, puisque le vote est obligatoire (heureusement, c'est facile à calculer). Les votes blancs ne sont pas comptés autrement que mélangés avec les votes nuls.

Le tableau ci-dessous reprend le nombre d'inscrits, de votes valides, d'abstentions et de votes blancs ou nuls (mélangés).

Élections 2014 : voix

On n'en parle quasiment pas dans les journaux, mais ce tableau montre que 15,7% des Belges n'ont pas voté. C'est-à-dire plus que les gens qui ont voté PS (11.67%) ou CD&V (11.61%). Ou plus que les gens qui ont voté Écolo, Groen et cdH réunis (13.6%). Certes, pour la majorité de ces gens, c'est délibéré... mais parce que le système ne leur convient pas ! N'y a-t-il pas là de quoi se poser des questions ?

Bon, il y en a aussi certains qui sont justes cons et ne savent pas remplir un bulletin et parmi eux, beaucoup d'électeurs de Debout les Belges 🙂

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Circonscription unique

Évidemment, me dira-t-on, le taux d'abstention ne monte pas aussi haut que les scores du PS au sein d'une même circonscription électorale. C'est vrai, j'ai pris les chiffres bruts de décoffrage, tels que donnés par le ministère pour le royaume entier. J'ai fait comme si on avait une circonscription unique (en utilisant la même méthode d'attribution des sièges : la méthode d'Hondt).

Mais tiens, au fait, ça donnerait quoi, la circonscription unique, puisqu'on en parle tellement ? Après tout, cela pourrait sembler logique : une élection se gagne à la proportion des voix obtenues... J'ai fait l'exercice pour vous. Le tableau ci-dessous donne le pourcentage des voix, puis nombre de sièges dans les deux cas.

MDTLE_CUQuelques réflexions que cela m'inspire :

  • Le nombre de sièges francophones diminuerait au profit des flamands. Les équilibres durement négociés de réforme en réforme entre flamands et francophones expliquent sans doute cela.
  • Le PS et le MR en feraient principalement les frais, sans gains exceptionnels pour les grands partis flamands.
  • Vous avez vu la différence entre Ecolo et Groen ? Respectivement 3,3% des électeurs et 5,32%... Et pourtant, le même nombre de sièges ! En circonscription unique, ils auraient 5 et 8 sièges au lieu de 6 et 6.
  • Les petits partis seraient plus nombreux ou plus forts : ce serait tout bénef pour le Vlaams Belang, le PTB-Go!, le PP, PVDA+ et Debout les Belges.

Bref, vu que ça nuit aux "grands" francophones, sans tellement aider les "grands" flamands, tout en faisant apparaître des petits extrémistes, on n'est pas prêt de voir apparaître la circonscription unique, moi j'vous le dis !

Peut-on envisager autre chose ?

Pour en revenir aux votes blancs, quelque chose me chiffonne. Comment, dans un pays où le vote est obligatoire, atteint-on des chiffres pareils ? Comment se fait-il que, obligés de voter, nous n'ayons pas la possibilité de dire "non, aucun de ceux-là" et d'être entendus 1 ?

[pullquote]Exprimer un vote pour Chuck Norris ou Anderlecht est aussi une manière d'afficher son mépris à la classe politique en place.[/pullquote]Parce que oui, concrètement, les abstentions, votes blancs et nuls, c'est surtout ça : "foutez-moi la paix avec vos élections, vous ne voyez pas que vous m'emmerdez ? Je n'adhère pas à votre système." À part quelques fainéants qui ne veulent pas se lever pour aller voter, ou quelques idiots qui ne sont pas capables de compléter un bulletin de vote (voir les photos ci-dessus), je pense qu'il s'agit surtout de gens à qui le système politique ne correspond pas/plus. C'est aussi un choix de ne pas voter. Exprimer un vote pour Chuck Norris ou Anderlecht (voir les photos plus haut) est aussi une manière d'afficher son mépris à la classe politique en place.

En le premier qui dit "si aucun de ceux-là ne vous convient, vous n'avez qu'à vous présenter" est prié de se mettre une bonne claque dans la figure de ma part. Parce que

  1. ce n'est pas parce qu'on n'aime pas les candidats qu'on a le temps, l'envie ou les moyens de se présenter ;
  2. on peut aussi vouloir ne pas voter contre le système électoral/politique, plutôt que contre les candidats (on peut haïr le principe de parti, sans pour autant détester les humains qui font de la politique) ;
  3. contrairement à ce qu'on croit, il n'est pas facile du tout de se présenter aux élections : c'est un chemin semé d'embûches ou tout est fait pour vous décourager. Et a fortiori, il y a peu de chances de pouvoir se présenter à tous les niveaux de pouvoirs. Il y a donc toujours un niveau où on peut ne pas vouloir voter.

Il y a donc de très bonnes raisons pour pouvoir dire "non, aucun de ceux-là" !

Proposition : une liste blanche

L'idée n'est pas neuve, mais nous pourrions créer une "liste blanche" regroupant tous les gens dont l'expression électorale n'est pas prise en compte aujourd'hui. Je l'avais déjà proposé ici et Ploum l'avait développé . Abstentions, vote blancs et nuls (qui sont souvent des votes blancs avec un message en plus) seraient comptés et, mieux, pris en compte dans l'élection. Peu de pays comptent les votes blancs et aucun ne les prends réellement en compte dans le calcul des sièges 2. Ça, ce serait une première mondiale !

Cette liste aurait donc des élus fictifs le temps du comptage. Puis, une fois les sièges attribués à la "liste blanche", au lieu de les laisser vides, on les donnerait à des citoyens tirés au sort parmi la population : les élus citoyens. Beaucoup de gens sont assez rétifs à l'idée ("laisser faire le hasard, mais quelle idée !"), mais je vous rappelle que c'est un concept ancien (depuis la Grèce antique). C'est appliqué à différents endroits du monde (voyez l'entrée "stochocratie" sur Wikipédia). Et aujourd'hui, en Belgique, on fait déjà confiance à un jury populaire tiré au sort pour les procès d'assise (qui portent quand même des sujets très graves). Alors pourquoi pas pour de la politique ?

Quels en seraient les inconvénients ?

  • Les inconvénients d'une stochocratie pure (le peuple ne peut sanctionner l'élu en ne le réélisant pas, etc.) sont ici écartés puisqu'on est toujours dans un parlement dont la majorité des membres sont encore choisis par les électeurs.
  • Le risque de tirer au sort le pédophile-nazi de service existe. Mais il est faible. Sur le sujet, Vincent de Coorebyter (politologue à l'ULB et président du CRISP) affirme lui-même : "Il faudrait un hasard formidable pour que le sort compose une assemblée faite uniquement de fascistes et d'imbécile 3". Et puis s'il y en a un, je trouve qu'il a le droit à la parole. Comme disait l'autre, "la liberté de parole, c'est aussi pour les cons car j'aime savoir qui sont les cons autour de moi".
  • L'incompétence des citoyens élus ? S'ils sont capables d'être des jurés pour une cour d'assise, je ne vois pas pourquoi ils ne peuvent pas donner leur avis sur des lois. Et il suffit de lire le rapport final du G1000 pour comprendre que c'est faisable. Et, pour rappel, notre système actuel n'empêche pas non plus d'élire des incompétents (j'en vois déjà l'un ou l'autre qui sourient en imaginant la liste des incompétents).

Bien sûr, il faudrait mettre en place quelques règles simples comme :

  • L'élu citoyen peut refuser d'être tiré au sort. S'il accepte le mandat, il bénéficie des mêmes droits (de parole, de rémunération) et devoirs (de réserve, de participation) que les autres députés, à l'exception des règles ci-dessous.
  • L'élu citoyen doit rester formellement indépendant de tous les partis durant la législature. Il ne peut pas quitter la "liste blanche". Bien sûr, il est libre de suivre un parti dans ses idées et de voter comme il l'entend.
  • L'élu citoyen n'a pas le droit de s'associer aux autres partis pour créer une alliance ou une majorité et n'a, de ce fait, pas la possibilité d'exercer une fonction exécutive. Il doit se cantonner aux fonctions législatives et de contrôle du gouvernement.
  • Un service de soutien et d'accompagnement à ces élus citoyens devrait être mis en place pour les aider, dans la mesure où ce n'est pas leur métier. Les assistants parlementaires normalement attribués aux élus rempliraient très bien cette fonction, une fois formés pour cela.

Mais les avantages d'un tel système seraient nombreux :

  • Nous aurions enfin un peu de représentativité citoyenne au sein du parlement (je ne m'étends pas sur tous les bénéfices de cette représentativité : je vous invite à vous informer sur le G1000).
  • Cela coûterait moins cher que d'autres solutions proposant une participation citoyenne, puisqu'il ne s'agit pas d'inventer un nouvel organe, un sénat citoyen, un référundum, ou autre. Quand les électeurs le veulent, on paye des citoyens plutôt que des politiciens professionnels. C'est tout.
  • Ce système est facile à mettre en place pour les mêmes raisons : pas de création complexe. Juste une adaptation de la situation et plein de nouvelles possibilités.
  • Cela coûterait moins cher que la situation actuelle car aujourd'hui, en plus de la rémunération des élus, l'état finance les partis à la mesure du nombre d'élus. Ce financement ne serait plus nécessaire car la liste blanche n'est pas un parti et n'a pas besoin de donation.
  • Les élus qui sont rétifs à tout tirage au sort peuvent l'éviter en faisant bien leur boulot, ce qui encouragera les gens à voter "traditionnel" et diminuera le nombre d'élus citoyens sur la liste blanche. Ça dépend donc d'eux : s'ils sont aussi bons qu'ils le disent, ils ne perdront rien ! 🙂
  • Un système pareil est intellectuellement facile à défendre : donner une liberté au citoyen qui ne souhaite pas soutenir de candidats imposés me parait indispensable, dans la mesure où on l'oblige à donner son avis.

Si nous avions eu cette liste blanche ce 25 mai...

Appliquer cette liste blanche aux résultats des dernières élections est intéressant : y a-t-il une vraie demande ? Quel en serait l'impact ?

Le tableau ci-dessous reprend les informations du tableau précédent, ainsi que deux nouvelles colonnes donnant les résultats en proportion et en siège d'une élection où les abstentions, les votes blancs et les votes nuls sont groupés dans une liste électorale fictive "blanche".

MDTLE_résultats2La distorsion entre partis étant surtout due à la circonscription unique 4 (voir la discussion à ce sujet plus haut), l'intéressant ici est l'importance du parti "blanc". S'ils étaient comptés, les abstentions, votes nuls et blancs auraient 25 sièges au parlement ! Exactement un sixième des sièges. Ils formeraient le deuxième "parti" du pays, juste derrière la N-VA (27 sièges) et loin devant le PS (15 sièges) !

Autrement dit, si nous prenons en compte l'expression de tous les citoyens -- ce qui parait normal vu qu'on est obligé de voter -- 25 sièges devraient revenir à des élus qui ne sont pas sur les listes !

On peut encore pousser l'exercice plus loin. Imaginons que nous créions une "liste des sans voix" qui regroupe non-seulement les abstentions, votes nuls et votes blancs, mais aussi toutes les voix données à des partis qui n'ont pas gagné de siège. Bref, on rassemble sur une liste tous les gens qui, in fine, ne sont pas représentés au parlement... Dans ce cas-là, on obtient même une liste qui monte à 18.25% (toujours en circonscription unique) et devient majoritaire à 28 sièges devant la N-VA (26 sièges). Fou, non ? L'hypothèse de "liste des sans voix" me parait philosophiquement peu défendable et pratiquement peu faisable (contrairement à la proposition d'une "liste blanche") mais procure l'avantage de mettre en lumière le constat suivant : les gens qui ne sont pas représentés au parlement, dans notre pays où le vote est obligatoire, constitue de loin le groupe d'électeurs le plus important !

Ne devrait-on pas les écouter, ces électeurs ? Que pensez-vous de la proposition de la liste blanche ? Ne serait-ce pas quelque chose à proposer à nos élus ?


Photos:

Notes:

  1. Apparemment, il existe certains pays d'Amérique Latine qui comptent les votes blancs. Mais de ce que j'ai pu lire, la Belgique et le Luxembourg semblent les seuls pays au monde où on est obligés de voter et où on ne laisse pas la possibilité de s'exprimer par un vote blanc.
  2. À part le Pérou où 2/3 de votes blancs obligent à recommencer l'élection.
  3. Le Vif n°21 du 23 mai 2014, p.37
  4. J'ai gardé l'hypothèse de circonscription unique pour tester les résultats avec cette liste blanche. Autrement, ça menait à trop de calculs et je suis fainéant.

De l'indigence de l'offre électorale en Brabant wallon

http://www.flickr.com/photos/97657657@N00/1918688483/Les Pirates se présentant aux régionales ce 25 mai, je pense donc savoir pour qui voter à ce niveau de pouvoir-là. Malheureusement, les Pirates ne seront pas représentés sur les listes aux échelons fédéral et européen. Dommage. Mais du coup, l'importance de bien s'informer sur les partis qui se présentent est d'autant plus grande, selon moi (après tout, "informez-vous" est un de nos slogans...).

Alors à la suite d'un article précédent (les conseils non-partisans pour bien voter), je vous propose de vous informer sur les autres partis en lice dans le Brabant Wallon. La plupart sont également concurrents des Pirates aux élections régionales.

Alors qu'en est-il ? Pour qui voter aux autres niveaux de pouvoir ? Enquête.

Pour un parti traditionnel ?

Je ne m'attarderai pas beaucoup sur ces partis-là. Après tout, ils sont connus (j'y inclus le FDF). Suite au coup de gueule que je leur ai adressé récemment, je ne souhaite pas spécialement les soutenir (mais aurai-je le choix ?).

Je mentionnerai cependant la difficulté de rencontrer les candidats de manière directe. Si on trouve parfois des dates de rencontre imprimées sur leurs tracts, force est de constater qu'il n'y en a pas 36 non plus. Et s'il y en a, il arrive que le tract que vous lisez en rentrant du boulot vous annonce une réunion... dans une heure, voire pour hier (véridique). Point de vue organisation, ça devient difficile.

Bref, exercer son esprit critique et s'informer en rencontrant les candidats n'est pas quelque chose de facile. Mais je ne désespère pas d'y arriver !

Pour un petit parti ?

Il est vrai que les petits partis font les choux gras des journaux. "Ils ont déjà gagné les élections" titrait Le Soir, en référence au fait qu'ils n'ont jamais été si nombreux et qu'ils constituent une inconnue de poids dans l'équation électorale.

Alors qui sont-ils ? En bon Pirate, j'ai pris mon clavier de pèlerin pour aller débusquer les petits partis qui se présentent en Brabant wallon.

Première réflexion : à exactement 20 jours des élections (5 mai), sur le site officiel, l'information n'est pas disponible (elle l'est désormais). On ne connait pas encore les listes car que le calendrier électoral (défini par la loi) annonce que les listes seront officielles au 8 novembre 1. Bravo.

J'ai malgré tout trouvé une liste temporaire sur L'avenir.net. C'est déjà ça. Le journalisme n'est pas encore mort. Alors, par ordre alphabétique des petits partis, nous avons :

  • BUB (Belgische Unie - Union Belge) : le seul parti explicitement pro-Belgique (pas le seul parti national ; les pirates aussi ont une seule structure). Je n'ai pas trouvé de notions extrémistes sur leur site. J'ai toujours un peu de mal avec un parti qui se fonde sur une seule idée. Mais dans la mesure où ce n'est pas l'idée en vogue actuellement, cela peut être utile de s'organiser en parti pour la défendre. Si je suis du genre cosmopolite, tolérant, presque bilingue et pour une rencontre entre les cultures, je ne sais pas encore dire si ce projet unitaire (de retour en arrière) est compatible avec mon idée du futur de la Belgique.
  • Debout les Belges : le parti de Laurent Louis (et quand on définit un parti par une personne, c'est déjà mal parti), le député le plus comique de l'histoire belge. On ne sait pas ce qu'il propose, puisque son programme, qui a l'air plutôt censé à la lecture (si, si), va à l'encontre de ce qu'il a montré durant son mandat de député. À savoir plutôt le sensationnalisme, l'irrespect voire l'injure. Et va également à l'encontre de ce qui est affiché ailleurs sur le site : un article ou Laurent LOUIS s'affiche avec Dieudonné ou un article qui explique qu'il faut retourner au franc belge.
  • La Droite : un parti qui se veut de la droite décomplexée. On y trouve facilement des recettes connues pour résoudre tous les problèmes. En deux clics, on tombe sur plus de sécurité, moins de musulmans. Facile. Il est toujours marrant de voir comme les partis extrémistes ont souvent une attention particulière pour les droits des animaux... quand il s'agit d'interdire des pratiques religieuses. Bref, pas pour moi.
  • MG (Mouvement de Gauche) : Voir PTB-Go. Je ne vois pas de différence, si ce n'est peut-être les personnalités en présence
  • MOVE : sous des allures de site web des années 2000, MOVE (Mouvement et Organisation pour Vivre Ensemble) porte un message manifestement très démocratique et ouvert, jusqu'à ce qu'en deux clics, on arrive à des messages tels que "Il ne peut y avoir de zone de non-droit en Belgique" ; "Il est impératif d'avoir une armée professionnelle, bien entrainée et équipée de matériel moderne" ; "pour un véritable statut juridique de l'animal dans le code civil reconnaissant sa nature d'être vivant et sensible, et non plus considéré comme bien meuble" (encore le droit des animaux !) ; "La naturalisation n'est pas un droit mais une faveur et un honneur" et à propos de la police : "redonnons-lui son rôle militaire, y compris dans la sélection". Autant de phrase qui sonnent doux aux oreilles des extrémistes. Ce qui me dit que je ne voterai pas pour eux non plus.
  • Nation : qui, sur la page "1ère visite", invite le lecteur à ne pas croire qu'ils sont nazis et violents, skinheads, délinquants ou minoritaires. Bon début. Mais ils se revendiquent quand même nationalistes et identitaires. Je vous fais un dessin ? Suivant.
  • NWA (Nouvelle Wallonie Alternative) : Première page, premier article : "les méfaits de l'immigration". Deux vignettes : "l'ami des animaux" (décidément, c'est mignon comme ils adorent les animaux) et "non à l'entrée de la Turquie dans l'UE". Et puis, dans l'introduction de leur manifeste, au paragraphe "Alliance des populistes et nationalistes", ils n'ont même pas pris la peine de changer "Front National" en "NWA". Consternant. Suivant.
  • RWF (Rassemblement Wallonie France) : Mouais. Juste l'opposé de BUB, en fait. Aussi basé sur une seule idée. Mais j'ai nettement mois d'affinité avec cette idée de rattachement à la France, qui, d'après moi va à l'encontre de l'avenir (et c'est un euphémisme).
  • Pirate : que je ne présente plus... Parcourez ce site pour en savoir plus, ou l'article "à l'abordage des élections !".
  • PTB-Go : Ils jouissent d'une couverture médiatique suffisante pour que je ne les présente pas. Selon moi, ils proposent de résoudre des problèmes avec des solutions qui ne sortent pas du cadre habituel, juste plus radicales. Tellement XXe siècle. Et réactionnaire.
  • PP (Parti Populaire) : l'équivalent du PTB-Go, de l'autre côté de l'axe politique droite-gauche (qui ne signifie plus rien, d'après moi). Même commentaire.
  • Stand-up USE (Stand Up for the United States of Europe) : un parti pro-européen qui veut repenser l'Europe en profondeur pour la rendre plus utile, plus efficace, plus démocratique. J'y vois beaucoup de bonnes idées et aussi beaucoup d'intellectualisation (la part belle est donnée à l'histoire et à l'explication de ce qu'est ou devrait être l'Europe ; c'est écrit par des journalistes et des chercheurs en politique). Ce dernier point me laisse penser que ce sont des gens intelligents. Je n'ai pas vu de propos racistes, ni "nationaliste européen". À première vue des gens recommandables. Une déception : peu d'accroche internationale avec d'autres mouvements dans d'autres pays pour promouvoir cette vision (si ce n'est un accord timidement affiché avec le la section belge du European Federalist Party).
    Après avoir entendu la tête de liste à la radio, mon sentiment se confirme qu'il s'agit de bonnes idées. Ils ont aussi l'avantage revendiqué, comme chez les Pirates, d'être un mouvement et non pas un parti, ce qui leur permet de critiquer constructivement la politique sans rentrer dans le jeu électoraliste. Ça permet de prendre du recul et de faire des propositions bien plus censées 2.
  • VEGA : sur les listes européennes uniquement, VEGA est un peu comme le PTB-Go. Mais à lire un peu plus ce qu'ils proposent, je me dois de reconnaitre que plusieurs points m'ont fait plaisir : renforcement des protections juridiques des lanceurs d'alertes ; refus des accords transatlantiques (tels qu'ACTA) ou le projet d'une vraie Europe. Puis, on y retrouve aussi les habituels dogmes verts-rouges que j'apprécie moins (parce qu'ils sont dogmatiques, pas forcément pour leurs contenus). Si ce n'est les points cités, je tendrais à les classer comme le PTB-Go!.
  • VLC (Valeurs Libérales Citoyennes) : j'ai d'abord pensé au lecteur multimédia VideoLan, mais non, c'est bien un parti. Et qui se présente genre bon chic bon genre. Leurs premières idées ont l'air sensées, quoiqu'un peu populistes. Puis survient rapidement l'image "L'islam, un défi pour la démocratie". Et, quelques clics plus tard, dans le programme : "Islam et insécurité", "Protection animale" (où, cette fois, le halal est clairement identifié comme la cible de ce point), "Fin des discriminations anti-belges". Pour le reste, du classique : moins d'impôts, plus de bouclier social, plus de démocratie, plus de sécurité. Beaucoup de populisme et de racisme. Pas de fond. Et on ne voit que le président. Personne d'autre. Pas pour moi, donc.

Conclusion

Elle est dure la conclusion. Soit les partis habituels, soit... peu de choix. Si on écarte les partis non recommandables ou qui sont basés sur des dogmes que je rejette, il reste BUB (au fédéral uniquement) ou Stand UP USE (à l'Europe uniquement). Ces deux partis portent des projets clairs qui ne heurtent pas mes convictions fondamentales (pas extrémistes, racistes, réactionnaire, dépassé, etc.).

Si Stand-Up for United States of Europe me plait et me parle (même si je ne suis pas en ligne avec tout ce qui est dit), BUB ne me convainc que très peu. Et puis BUB ne parle pas de participation citoyenne ou de liberté de l'information...

Toutefois, mention particulière à VEGA que j'aurais eu tendance à éliminer d'emblée pour son côté gauchiste extrême. C'est un parti qui est incompatible avec certaines de mes convictions, mais certains points, par contre, sont très bien, comme je l'ai mentionné.

Enfin, un autre point : qu'est-ce qu'il y a comme parti d'extrême droite ! C'est fou, ça ! Moi, j'en étais resté à l'idée qu'il y a eu, un jour, le FN en Belgique et qu'il n'existait plus qu'à travers une ou deux factions qui vivotaient. Mais non : cinq partis différents (6, si on compte le Parti Populaire) ! C'est beaucoup trop.

Alors, voter pour un petit parti ou un parti traditionnel qui ne sera pas dans la majorité (pourquoi ? voyez la règle numéro 3 de mon autre article) ? Je ne vais pas répondre pour vous ! (mais aux régionales... Pirate, hein ! 🙂 )

En tout cas, n'oubliez pas de voter pour des idées, pas pour un visage ni pour un parti.


Photos

Notes:

  1. Note : le 8 novembre, l'ensemble des circonscriptions étaient disponibles, mais pas le BW.
  2. Rappelez-moi que je dois développer cela dans un futur article.

À l'abordage des élections !

keep-calm-and-vote-pirate-12-bÇa y est, c'est officiel, pour la "mère de toutes les élections", ce 25 mai, les Pirates se présenteront aux citoyens sur des listes ! Naturellement, comme nous ne sommes pas connus et ne pouvons donc pas compter sur l'appui de la presse, vous vous posez certainement quelques questions bien légitimes :

  1. Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?
  2. Pourquoi voter Pirate ?
  3. Où puis-je voter Pirate ?

Les réponses sont vastes, mais cette page veut vous proposer quelques pistes de réponses, pour vous aider à vous retrouver dans la jungle d'information. Surtout ne vous contentez pas de ceci ! Informez-vous aussi sur d'autres sites !

Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?

Réponse facile : si les mots démocratie, vie privée, liberté, transparence, solidarité, cosmopolitisme, écologisme, créativité et partage du savoir sont des concepts qui vous parlent, oui, notre projet est compatible avec vos valeurs, puisque ce sont également les nôtres. Plus d'infos sur la page des valeurs du Parti Pirate.

Une réponse un peu plus complète serait de vous donner ma propre définition des pirates : « un mou­ve­ment international de citoyens qui veulent s’engager pour que la poli­tique intègre les chan­ge­ments radi­caux que vit notre société ». Comment ? Pourquoi ? Ceux qui ont envie d'aborder le sujet en profondeur trouveront une explication dans le trio d'articles que j'ai écrits à ce sujet : le galion des pirates (qui sont les Pirates ?), les balises des pirates (comment fonctionnent-ils ?) et le phare des pirates (quels sont leurs objectifs).

Mais, en (très) résumé, nos objectifs sont les suivants 1 :

  1. Pro­tec­tion de la vie pri­vée : la liberté de chaque indi­vidu ne peut-être assu­rée que si l’état et les socié­tés pri­vées res­pectent sa vie pri­vée, y compris sur internet.
  2. Réforme de la pro­priété intel­lec­tuelle (ou pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel) : les pirates refusent le pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel, refusent les bre­vet sur le vivant et sur le logi­ciel car contre-productif.
  3. Fact-based poli­tics et déci­sion rai­son­née
  4. Rendre la culture libre et acces­sible
  5. Par­ti­ci­pa­tion citoyenne et liberté d’expression
  6. Trans­pa­rence des ins­ti­tu­tions publiques
  7. Légis­la­tion de qua­lité

Autres liens intéressant : une vidéo (extrait de l'émission controverse).

Pourquoi voter Pirate ?

Une fois rassuré sur le fait que nous ne sommes ni des bandits informatiques, ni des racistes, ni des extrémistes, peut-être vous poserez-vous la question : « Tiens, pourquoi je voterais pour eux plutôt que pour un autre parti ? »

Sachant que nous n'entrerons probablement pas dans une majorité et que nous n'aurons au mieux que peu d'élus, notre défi est donc d'infiltrer une "taupe" au Parlement. Une sorte d'espion qui pourra accéder à toute l'information et la transmettre à ses commanditaires : les citoyens. Libérons l'information politique et rendons-là accessible ! Cette idée est développée dans l'article "Une taupe au Parlement wallon".

N'hésitez pas à aussi consulter le programme des Pirates bruxellois. Et encore le programme européen, commun à tous les Pirates d'Europe. Cela vous donnera aussi une bonne idée de ce que nous proposons.

Quoiqu'il en soit, même si vous ne votez pas Pirate, nous vous encourageons à vous informer avant de voter. Voici quelques conseils non partisans pour vous y aider.

Cover-Blog-2014Où pouvez-vous voter Pirate ?

Réponse sur la carte ci-dessous !

Vote2505-CartePIRATE

 

Et donc, merci à vos nombreuses signatures qui nous ont permis de nous présenter !

À l'abordage !

Notes:

  1. Vous trouverez des exemples pour chacune de ces idées dans les articles mentionnés ci-dessus.

Petit guide électoral à l'attention des bien-pensants (et des autres)

Flèches "toutes directions"

En garçon bien éduqué, combien de fois n'ai-je pas dit et répété, depuis des années, que « voter est un droit mais aussi un devoir » ? En effet, la bien-pensance veut qu'on respecte ceux qui se sont battus lors des révolutions passées pour obtenir le droit de vote... en allant voter.

D'un côté, ça se tient : le je-m'en-foutisme n'est pas la meilleure manière de gérer la chose publique. Participer à la vie politique, ne fût-ce qu'en votant, est nécessaire pour qu'une représentation démocratique soit... démocratique.

Mais en pratique, une élection, est-ce la panacée ?

Car j'ai de plus en plus tendance à croire qu'une élection, en tout cas en Belgique, ne sert plus à grand-chose.

Premièrement, parce que les élections ne sont pas prévues pour être démocratiques, tout simplement. En effet, comme me le disait encore mon pote Montesquieu l'autre jour : "Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie." D'ailleurs, comme l'explique très bien cet article, les révolutions ont remplacé une aristocratie héréditaire par une aristocratie élective (quoiqu'en Belgique, on en revient à l'héréditaire, vu le nombre de "fils de" en politique 1).

Deuxièmement parce que, tout comme faire l'amour tous les cinq ans, ce n'est pas une vie sexuelle, voter tous les quatre/cinq/six ans, ce n'est pas une démocratie. La démocratie, c'est plus que cela. Elle nécessite de laisser la liberté à chaque citoyen de s'informer, juger et participer s'il le souhaite. Il doit pouvoir exercer ces droits tout au long d'une législature 2.

Troisièmement, parce que les règles qui régissent les élections ne sont pas démocratiques. L'accès à l'élection pour toute nouvelle forme d'idée ou de parti est arbitrairement limité, comme démontré ici, appauvrissant ainsi le débat démocratique. De plus, la méthode de répartition, elle aussi, pose question quant à la sur-représentation des grosses listes. Enfin, les votes blancs, seule possibilité pour l'électeur d'exprimer sa désapprobation, ne sont pas pris en compte.

Quatrièmement, parce que les élections ne sont plus un plébiscite des candidats qui représentent le mieux les intérêts des citoyens, mais plutôt une simple mesure d'audimat qui donne au président de parti -- et à personne d'autre -- un peu plus ou un peu mois de puissance face aux autres présidents de partis. Je l'ai abondamment illustré et même démontré dans un article précédent.

Alors quoi ? Élections, piège à cons ?

Bien que je ne sois plus très loin de le penser, je n'en suis pas encore là. Je vais encore essayer de considérer les élections comme un mal nécessaire et, fidèle au principe de mon blog, je m'efforcerai d'être constructif dans le contexte qui est le mien, où aller voter est obligatoire.

[pullquote]L'élection n'est que le café matinal de votre journée démocratique.[/pullquote]Bref, je vais vous engager à aller voter, oui. Mais comment ? Tout d'abord, je vous propose d'arrêter de penser que les élections constituent l'événement majeur de la démocratie. Le bulletin que vous déposerez bientôt n'est pas la démocratie. Ce n'est qu'un acte que vous posez. La suite reste à faire. Tout comme le café que vous prenez le matin n'est pas votre journée, mais seulement une condition sine qua non pour vivre votre journée autrement qu'à moitié endormi. Donc, non, il ne faut pas voter "parce que c'est là que se joue la démocratie."

Mais alors comment et pour qui voter ?

Oui, bien sûr, ils sont tous pourris. Je veux dire les partis sont tous pourris. Le système est pourri. Mais peut-être pas tous les hommes et femmes politiques. Alors voici en exclusivité, la meilleure manière de voter aux prochaines élections.

Règle n°1 : Faites fonctionner votre cortex (réflexion) et inhibez votre cerveau limbique (émotions). M. Truc vous a serré la main en rue ? Mme Chose vous a souri et adressé une parole gentille lors de votre rencontre ? Très bien. Ne laissez pas ces éléments insignifiants influencer votre vote. Ne vous laissez pas guider par vos émotions dans ce cas-ci et reportez-vous aux règles 2 à 5. Une bonne poignée de main ne fait pas un bon élu. Un sourire non plus.

Règle n°2a : Oubliez votre carte de parti si vous en avez une. Être membre d'un parti, c'est très bien. C'est beau, c'est noble. Avoir des idées, les partager, les discuter, c'est essentiel. Mais se laisser diriger par une carte au moment de voter, c'est absurde 3. N'oubliez pas que la personne qui profitera de votre vote (c'est-à-dire vraisemblablement la tête de liste de "votre" parti) est peut-être ignoble. Ou ne siégera pas. Ou ne partage pas vos idées. Ou est arriviste. Ou est incompétente. Est-ce elle que vous voulez vraiment voir élue ? L'important n'est pas que l'élu soit de votre couleur, mais qu'il vous corresponde. Ne votez pas pour un parti, mais pour une personne (à condition d'appliquer la règle 5).

Règle n°2b : Si vous n'êtes pas membre d'un parti, oubliez quand même vos habitudes de vote ! Ne votez pas pour un parti, mais pour une personne (à condition d'appliquer la règle 5).
[Mise à jour] Beaucoup de personnes me disent qu'il faut plutôt voter pour un parti que pour une personne. Ce serait cohérent et je serais d'accord avec cette idée, si seulement les partis représentaient réellement des idées. Le PS qui propose des mesures plus libérales que le MR ou l'inverse, c'est courant. C'est pourquoi j'abandonne l'idée qu'un parti incarne des idées qui seront mises en oeuvre. Par conséquent, je propose de voter pour une personne dont vous connaissez les idées, puisque celles d'un parti, vous n'en êtes pas sûr. Voyez à cet effet la règle 4.[/Mise à jour]

Règle n°3 : Une démocratie équilibrée est une démocratie avec une majorité faible et une opposition forte. Donc, préférez ceux qui n'auront pas le pouvoir et soutenez-les, s'ils peuvent jouer un rôle d'opposition constructive. Ce n'est peut-être pas la solution la meilleure en termes d'efficacité, mais je préfère vivre en démocratie moins efficace qu'en dictature hyper-efficace.

Règle n°4 : N'oubliez pas que vous ne devez jamais croire les promesses électorales. Je ne dis pas ça pour être populiste et faire croire "qu'ils sont tous mauvais". Je dis ça parce que la Constitution belge le permet. En bref, la Constitution prévoit que le parlementaire n'est pas obligé de voter ce que souhaitent ses électeurs (Art. 42). Et on ne peut pas lui reprocher ses votes et ses opinions (Art. 58). Par conséquent, les mensonges électoraux sont couverts par la Constitution 4. CQFD. Sachez-le et ne vous basez donc pas là-dessus pour voter.

Règle n°5a : Si vous penchez pour un candidat qui se représente, informez-vous ! La transparence n'est pas le point fort de la Belgique, mais essayez de savoir ce que le candidat de votre choix a fait durant la dernière législature. C'est un travail fastidieux, mais c'est le seul moyen de savoir ce qu'il vaut, puisque son programme, par définition, ne vous aidera pas. Il faut également savoir s'il a l'intention de siéger ou pas. Est-ce qu'il se présentera à d'autres élections avant le terme de son mandat ? Compte-t-il cumuler sa fonction ? Ou, plus précisément, a-t-il l'habitude de le faire ? Pour cela, le rencontrer lors d'un meeting n'est pas suffisant, mais au moins nécessaire. Quelques outils pour vous y aider :

  • Cumuleo.be vous permet de vérifier les mandats exercés par un élu belge. En bref, vous saurez s'il est un cumulard ou pas.
  • Votewatch.eu vous permet de vérifier les votes exprimés par les parlementaires européens. Par exemple, vous trouverez les résultats du vote sur le traité ACTA sur cette page. Ce site permet aussi de voir si l'élu a voté contre la consigne de parti ou non 5.
  • WeCitizens.be qui se veut un observatoire de la vie politique belge. Leurs conseils pour les électeurs (qui tiennent en 6 lignes) rejoignent en partie cet article.

Règle n°5b : Si vous penchez pour un candidat qui ne s'est encore jamais présenté, à nouveau, informez-vous ! Qui est-il ? Que fait-il ? Quelles valeurs porte-t-il ? Être votre cousin, l'amie de votre femme ou le collègue d'un ami ne suffit pas à être un bon élu. Avoir une bonne tête non plus.

Je pense que beaucoup de bien-pensants de la politique se seraient contentés de vous indiquer la règle 5a. Je ne dirais pas que c'est un excellent début, car je la place en dernière position. Comme vous le voyez, je pense aussi que c'est important, mais loin d'être suffisant.

Pour moi, la chose essentielle à retenir : "Ne croyez pas les affiches. Informez-vous !"

Allez, bon vote !

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Photos

  • "Panneau toutes directions", image issue du domaine public, par Joël Dyon sur Wikimedia
  • Bannière "Informez-vous", Creative Commons par moi, sur base de matériel Creative Commons.

Notes:

  1. ...et j'en suis quand même tombé sur mon cul de voir qu'il existe une liste des "fils de" en politique belge sur Wikipedia. C'est dire si c'est un phénomène !
  2. Sans pour autant tomber dans une démocratie directe pure pour laquelle notre société n'est clairement pas prête.
  3. En fait, en l'écrivant, je me rends compte que la règle 2 est un corollaire de la règle 1 : réfléchissez au lieu de vous baser sur vos émotions (appartenir à un parti est une manière de définir son identité et est donc basé sur des émotions)
  4. Pour éviter tout reproche de populisme, je tiens à préciser que le sens de ces deux articles de la Constitution sont essentiels pour préserver l'indépendance des élus. C'est important. Mais cela a aussi, comme effet secondaire, de couvrir les mensonges électoraux.
  5. La consigne de parti étant un concept anti-démocratique au possible, comme je l'explique dans cet article.

Je vous hais - Lettre ouverte aux partis politiques

Cet article est une version hargneuse d'un message qui pourrait être beaucoup plus posé et constructif. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Masked protester holding Molotov Cocktails seen during clashes in Ukraine, Kyiv. Events of February 18, 2014. -- CC-BY-SA-3.0 by Mstyslav Chernov, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Masked_protester_holding_Molotov_Cocktails_seen_during_clashes_in_Ukraine,_Kyiv._Events_of_February_18,_2014.jpg)Je ne crois pas aux partis. Je n'aime pas les partis. J'ai trop vu ce qu'ils apportent de mauvais dans notre société. J'ai trop souvent été témoin de leurs coups tordus, leurs bassesses. Si je me lâchais, je pourrai rabaisser une multitude de belles insultes, bien vulgaires et méchantes, au rang de simple épithète pour partis politiques. Ce que nous utilisons comme vocabulaire pour faire mal, pour injurier, pour traîner nos ennemis dans la boue, les partis belges s'en drapent, du haut de leur pouvoir, comme si de rien n'était : « On dit que je suis électoraliste ? Népotiste ? Corrompu ? Populiste ? M'en fous, car je suis au pouvoir. J'ai le pouvoir »

D'où vient cette haine que j'ai pour ces structures pourries que sont les partis ? Je ne suis qu'un simple citoyen qui lit la presse, certes avec un œil critique, mais quand même... Je crois que mon problème est que je suis idéaliste. J'aspire à un monde meilleur. J'espère « laisser le monde un peu meilleur que quand je l'ai reçu 1 ». Et un idéaliste, c'est visiblement ce qui est le plus éloigné des organisations politiques et de leurs calculs électoraux.

Mais qu'est-ce que cette chose ignoble qu'est un parti politique ?

Normalement, un parti, c'est un ensemble de gens qui partagent des idées et qui souhaitent les mettre en œuvre en étant élus. Aujourd'hui en Belgique, un parti est une structure forte et hyper hiérarchique dont le but est d'obtenir plus de pouvoir de manière à assurer son avenir. Le parti vit pour lui-même, par lui-même. Par la confiscation du pouvoir, il veille à sa propre survie. Les idées avancées ne sont plus qu'une couverture pour faire croire aux derniers des crédules que le parti se bat pour leur bien. Les partis sont, dit-on, institutionnalisés.

En fait, la Belgique est surtout devenue une particratie. Voilà, le vilain mot est lâché. Oui, je pense qu'on vit en particratie. Oui, je trouve cela dramatique. Et c'est pour cela que je hais les partis politiques. Et qu'on ne vienne m'accuser de populisme. Non, ce n'est pas populiste de dire cela, figurez-vous. Même les politologues et hommes politiques le disent. M. Francis Delpérée, sénateur : « Les formations politiques s'approprient volontiers une part des prérogatives citoyennes [...] c'est la particratie 2. » Ou encore M. Jean Faniel, directeur du bien connu CRISP : « la Belgique demeure[...] une particratie, au détriment des parlementaires 3. » Le drame, c'est que ça n'émeut personne ! Comment peut-on dire cela et que ça ne provoque pas un tollé ? Et quand moi je le dis, je serais populiste ? Bande d'aveugles ! Se rend-on seulement compte de ce que cela signifie ?

Vision pessimiste, cruelle et populiste ? Je ne pense pas. Car ce que je dis dans cet article avec dégoût et colère, se retrouve aussi dans n'importe quel journal. Je sais, j'en lis chaque semaine. Et quasiment à chaque fois, je lis des révélations choquantes, grosses comme des maisons, qui prouvent que les partis sont des choses nuisibles pour la société. Et chaque semaine, les journalistes en parlent comme de la chose la plus normale. Moi, ça me désespère. Alors je vous contacte un petit florilège des raisons pour lesquelles je hais les partis.

Avec un peu de recul et de réflexion, il devient évident que le comportement des partis est inadmissible. Non, ce qu'on lit dans les journaux n'est pas normal.

1. Le but d'un parti n'est pas de représenter le peuple ou de promouvoir des idées, mais de gagner une élection.

Si à l'origine, le parti servait à faire avancer des idées, en groupant ensemble des gens qui souhaitaient la même chose, force est de constater qu'aujourd'hui, les idées ainsi que la volonté de représenter le peuple n'est plus à l'ordre du jour. On peut lire le politologue Nicolas Braygaert 4 : « La particratie, telle que nous l'expérimentons neutralise de facto tout leadership susceptible d'imprimer un cap politique ambitieux ». Quant à moi, deux points me font dire que les partis ne travaillent plus sur leurs idées, mais seulement sur leur image.

Tout d'abord, l'affligeante vacuité des slogans électoraux et des messages politiques. Ils sont en effet construits dans un but publicitaire, pour capter de l'audimat. Ce qu'il y a derrière importe finalement très peu. Résultat : c'est à peu près tous les mêmes messages... légèrement orienté pour bien coller à l'image qu'on veut donner pour séduire. « Plus d'emploi, moins d'impôts, plus de solidarité, moins d'insécurité » ; « Je suis pour les centres sportifs. » ; « Je suis pour que les jeunes ait un emploi à 20 ans. » ; « Je suis pour qu'on vive tous heureux. » Je ne sais pas si je dois les traiter de bisounours ou d'enfoirés.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe. Ça vaut une publicité pour Cap'tain Igloo.

Ensuite, vous remarquerez que les idées politiques n'ont plus leur place pendant les élections. Vous ne nierez pas qu'aujourd'hui, on parle plus de stratégies électorales, d'offensive médiatique, d'image et de storytelling que d'idées. Même les journalistes ne s'arrêtent plus que rarement aux idées développées par un parti, ou par un candidat (et certainement pas au-delà du slogan). À un mois et demi des élections, ils parlent surtout des jeux de stratégie et des rôles des présidents de partis (exemples ici et ici). Qui sera tête de liste ? Quelle machine à voix tirera/poussera la liste ? Quelle stratégie adopter ?  Quand lâcher des infos compromettantes pour les autres ? À quel moment faut-il lâcher telle information ? Et l'intérêt des citoyens, hein !? On en fait quoi, bandes de coprolithes politiciens !? Je sais que les slogans creux sont plus rentables pour vous que les débats de fond, mais c'est aussi votre rôle d'être pédagogique !

Le résultat d'une élection c'est ceci : le parti qui fait la meilleure campagne gagne le pouvoir. Alors que moi j'aimerais que ce soit : le candidat qui a les meilleures idées et qui est le plus efficace est élu représentant du peuple. La nuance est grande, très grande.

2. Le parti politique se fout de l'avis de l'électeur.

L'avis de l'électeur ? Rien à foutre. Le respect du résultat des urnes ? Et puis quoi encore !? L'homme politique est un pion au service de son parti et de son président. Un panneau publicitaire pour attirer le chaland. Rien de plus. Si le citoyen élit quelqu'un à une fonction, cela ne signifie absolument pas que cet élu siégera (exemple ici). Car, in fine, c'est la stratégie du parti qui importe !

Pour preuve, je vous soumets ici un tableau synoptique qui analyse les fonctions exercées par deux mandataires politiques bien connus — MM. Di Rupo et Demotte 5 — en fonction du résultat des élections.

Ce tableau présente différentes colonnes :
-a- les années
-b- les élections qui se sont tenues cette année-là
-c- le résultat des urnes
-d- les colonnes E, F, R, C, respectivement pour les niveaux Européen, Fédéral, Régional et Communal.
-e- les fonctions exercées.
___
Les colonnes E, F, R et C indiquent :
(1) en couleur vive, les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau, après avoir été élu
(2) en couleur pastel, les années où le candidat n'a pas exercé de fonction à ce niveau, alors qu'il a été élu
(3) une croix pour les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau alors qu'il n'a pas été élu.
___
Les données de ces tableaux sont principalement issues de Wikipédia et des différents sites officiels qui donnent les résultats des élections en Belgique.

 

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Ces tableaux sont riches en enseignements. Qu'y voit-on ? Tout d'abord qu'il n'y a aucune corrélation entre la colonne « élections » et la colonne « fonctions exercées ». Mais aussi que...

  1. Les deux élus se sont présentés à toutes les élections. Toutes. Et on voudrait nous faire croire que c'est parce qu'ils veulent vraiment participer activement à chaque niveau de pouvoir ?
  2. Pendant 11 ans, M. Demotte, élu bourgmestre de Flobecq, n'a pas pu siéger car il avait d'autres fonctions. Il a ensuite démissionné en 2011 pour déménager à Tournai où il se présente en 2012. Où il est à nouveau élu bourgmestre, mais toujours empêché. Donc, en trois mandatures communales, il n'a jamais été à même de prendre ses fonctions de bourgmestre ! Cela ne l'a pas empêché de se représenter à chaque fois. WTF ? Quel sens cela a-t-il ? Et le premier qui me parle d'un bourgmestre empêché qui exerce quand même son influence dans la commune et qu'il siège au conseil communal est en train de souligner très fort à quel point les hommes politiques se foutent comme d'une guigne de la loi sur le cumul des mandat.
  3. En 1999, 2005 et 2006, M. Di Rupo a été ministre-président wallon. Alors qu'il n'avait jamais été élu sur une liste régionale. Comment est-ce possible ? Ah oui... comme le disent si bien les journalistes, le PS « avait la main » car il avait gagné les élections. C'est donc le président qui décide de tout... (Et tout le monde trouve cela normal ?)
  4. Entre 1999 et 2013 (15 ans), M. Demotte aurait dû prester 44 ans de mandat. 30 n'ont pas été prestés et il a exercé pendant un an une fonction à laquelle il n'a jamais été élu.
  5. Sur 15 ans de mandat qu'il aurait dû exercer au niveau fédéral, M. Di Rupo en a presté 6. Sur 6 ans de mandat qu'il aurait du exercer au niveau régional, il en a presté 1 (et je n'en ai pas analysé le contenu).
  6. Les élections européennes se résument visiblement à un concours de celui qui a la plus grosse. On y présente des faiseurs de voix car la circonscription électorale est la plus grande et permet donc de faire un bon score. Ce n'est pas une raison pour penser qu'on lâcherait un poste de président de parti pour l'Europe (ce qui prouve une fois de plus le rôle et la puissance du président de parti).

Mais je n'ai pas tout dit ! Vous aussi, amusez-vous à repérer toutes les manigances que recèlent ces deux tableaux...

Conclusion ? L'électeur n'a rien à dire. Rien à foutre, de l'électeur. Les élections sont réduites à une mesure d'audimat pour des structures avides de pouvoir. À la fin, il n'y a que le parti qui décide et fait voyager ses pions au gré de la stratégie. D'ailleurs, d'après le CRISP, « Aucun mécanisme n´existe pour dissuader ou pénaliser cette pratique. [...] Ainsi, un ministre ou un parlementaire à un autre niveau de pouvoir peut se présenter comme candidat à une élection en vue de soutenir la liste tout en sachant qu´il ne siègera pas s´il est élu 6. » CQFD.

3. Les mandataires politiques ne sont plus élus du peuple, mais élus d'un parti.

Les partis ont le pouvoir, à tel point qu'il est aujourd'hui normal de considérer les élus comme « leurs » élus, au lieu des élus du peuple. D'ailleurs, ne présente-t-on pas toujours les élus comme membre d'un parti ? À nouveau, le vocabulaire utilisé dans les médias est frappant ; la sémantique ne fait pas tout, mais a quand même une valeur de symbole.

Le symbole, quant à lui, est dépassé — et de loin — quand il engendre des pratiques absurdes. L'une d'elles, peut-être la pire, est la notion de consigne de vote. N'y a-t-il vraiment que moi qui suis choqué par ce principe ? Parce que tout le monde en parle comme d'un fait tout-à-fait normal... C'en est même arrivé au point que, pour les dossiers les plus délicats, les parlementaires en viennent à espérer publiquement qu'ils pourront voter selon leur âme et conscience 7. Mais c'est un comble ! C'est votre boulot de faire ça tous les jours, pour tous les votes, nom de dieu !

À nouveau, je désespère : comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que des gens partageant une même idéologie soient obligés de toujours voter de la même manière ? N'y a-t-il jamais de nuances dans une idée ? N'y a-t-il jamais de place pour la discussion ? En fait, la Vérité (avec un grand V) existe, et elle est définie par le parti. Triste constat.

5. Les parti s'accaparent le pouvoir, alors qu'ils n'ont aucune légitimité

Les partis ont le pouvoir. Le meilleur exemple reste encore le rôle donné aux (ou pris par les) présidents de partis. Qu'on soit bien clair : les présidents de partis sont des usurpateurs. Ils n'ont aucune légitimité démocratique. Au-cu-ne. Ils en ont peut-être une au sein de leur parti, uniquement. Et encore. Mais comment se fait-il qu'aujourd'hui ils jouent un rôle essentiel dans la politique belge ? Parce que oui, en pratique ils sont aujourd'hui les grands décideurs.

Un très bon exemple est l'abdication du roi Albert, à laquelle les présidents de parti étaient invités. On y a vu les représentants du pouvoir judiciaire, les ministres (normalement élus), les présidents de la Chambre et du Sénat. Mais les présidents de partis !? Franchement ? Pourquoi se sont-ils incrustés là ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Quel pouvoir représentent-ils ?

Autre exemple, dans un article sur le duo bruxellois Picqué-Moureaux 8, on apprend que « Moureaux établit le statut de la future région bruxelloise » (en 1989 avec Dehaene) et laisse à Picqué le soin de devenir ministre-président. Lui, « préfère la grande politique » (sic) et devient président de la fédération bruxelloise du PS. « Moureaux hérite du vrai pouvoir, des arbitrages, des luttes d'appareil, de la distribution des mandats et de la composition des listes » (re-sic). Est-ce que le journaliste s'est seulement rendu compte de ce qu'il a écrit ? Que la présidence d'une fédération régionale de 4000 membres a plus de pouvoir que le chef du gouvernement bruxellois (un million d'habitants) ? Il n'y a que moi que ça choque ? Il n'y a que moi qui trouve ça aberrant, débile et anti-démocratique ? Après, on viendra me dire que la particratie est une invention des petits partis pour râler sur les grands...

Dans un autre article 9, une politicienne envisage les scénarios si le fin de la Belgique devait se concrétiser en mai 2014. Et déclarer, tout naturellement que « les présidents de partis dissoudraient la Belgique pour recréer immédiatement une confédération d'états indépendants. » Et en quel honneur serait-ce les présidents de partis ? On est au point où on ne fait même plus semblant de prendre en compte la volonté des différents parlements belges, seules assemblées légitimes et démocratiques. Je vous le disais : sans aucune légitimité, les partis ont le pouvoir.

Comment en est-on arrivé à publier ça dans un journal et trouver ça normal ?

Conclusion

Je comptais encore écrire beaucoup de choses, mais cet article est déjà trop long. Je vous épargnerai donc le sujet des intercommunales qui servent à fournir des fonctions aux membres du parti, des administrations pourries par les jeux de nominations ou des société de droits publics où les partis choisissent les gagnants des adjudications publiques en fonction de leurs intérêts. C'est sans doute le sujet où il y a le plus à dire. Il faudrait plus qu'un article pour tout cela.

Mais vous l'aurez compris, je hais les partis politiques, ou au moins ce qu'ils sont devenus. D'aucuns pourront évidemment me reprocher de dire cela et de m'impliquer en même temps chez les Pirates, qui forment un parti... Mais non, je ne trouve pas cela incohérent, et ce, pour plusieurs raisons :

  1. Les Pirates sont, d'après moi, un mouvement citoyen, avant d'être un parti. Je l'explique en long et en large dans cet article. Cette différence marque une différence d'objectif.
  2. Vous noterez que, comme beaucoup de pirates, j'essaye d'utiliser le plus souvent possible le vocable « pirates » plutôt que « Parti Pirate ». Sémantique, à nouveau, mais qui recèle une vraie symbolique. Nous portons des valeurs et des idées, pas un parti.
  3. Comme tout nouveau parti, les pirates n'ont pas d'élus, pas de pouvoir. Nous ne sommes donc pas sujets à ces problèmes. Nous sommes encore beaucoup d'idéalistes, qui pensons plus au bien commun qu'au pouvoir personnel. Le jour où les pirates ont du succès et rentrent dans le jeu de la particratie, je serai le premier à partir. 🙂

Mon souhait avec cet article était multiple. Comme vous l'avez vu, je voulais d'abord laisser sortir tout cette rage qui m'anime quand je lis tout ce que ces crapules font tous les jours. Mais en fait, je voulais délivrer un autre message : oui, nous vivons en particratie. Cet article le démontre assez. Oui, c'est un fait et non, ce n'est pas populiste de le dire. Ce n'est pas juste « pour dire du mal des gens au pouvoir ». Non. C'est pour vous réveiller. Vous aussi, quand vous lirez votre prochain article politique, soyez conscients ! Ce n'est pas parce que c'est écrit en dixième page d'un hebdomadaire quelconque, sans effets de manche, que ce n'est pas scandaleux ! J'ai l'impression que les journalistes se trompent souvent de scandale à mettre en première page...

Note : Je voulais lâcher ma haine des partis, mais n'oubliez pas de lire le côté plus constructif de ce même message en lisant cet article. Il ne s'adresse plus aux partis, mais aux élus. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photo :

Notes:

  1. citation de Lord Baden Powell of Gilwell
  2. Le Vif n°46, 15 novembre 2013
  3. Voir ici
  4. Le Vif n°12, 21 mars 2014
  5. Oui, deux socialistes, mais ce sont de loin les plus faciles à trouver
  6. Pour la première fois, cependant, la règle dit qu'un candidate ne peut pas se présenter sur différentes listes en même temps. Mais à un an d'intervalle, pas de problème...
  7. Références : sur la libre ou sur le soir (voir la section MR)
  8. Le Vif n°12 du 21 mars 2014
  9. Le Vif du 26 juillet 2013

Soyez les élus du peuple - Lettre ouverte aux élus de ce pays

Cet article est une version posée et constructive d'un message qui pourrait être beaucoup plus hargneux. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Paul de Tarse / CC-BY-SA-3.0 by Peppe Guida, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Napoli._Chiesa_dei_Santi_Severino_e_Sossio._San_Paolo._041.jpg)

Chers élus de ce pays,
Chers représentants du peuple,
Chers représentants de la démocratie,

Je suis désolé, mais ces titres que je viens de vous donner sonnent un peu faux. Je n'ai pas l'impression de voir, dans les journaux (que je n'achète pas), les dignes représentants des citoyens.

Qu'êtes-vous, en tant qu'élu ?

Je souhaiterais, par cette lettre ouverte, vous exhorter à être ce que vous êtes censés être. D'après le CRISP 1, « l´élection est la principale manière de désigner les représentants de la population » et il précise : « L'électeur accorde sa voix ou son suffrage à un ou plusieurs candidats, voire à une liste de candidats ».

Il est donc bien clair que vous devez représenter les citoyens. Pas un parti. Les citoyens ont d'abord voté pour vous. Ou alors pour plusieurs candidats. Pas pour un parti. Même si cette liste est faite, décidée, entérinée par un parti — bien que ce ne soit pas obligatoire — cette liste reste avant tout une liste de candidats.

De plus, le mandat que vous recevez lorsque vous êtes élus est un mandat représentatif. Par opposition au mandat impératif, cela signifie que vous n'êtes pas obligés de faire ce que vos électeurs vous demandent. La constitution est claire là-dessus : « Art. 42 - Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus » et « Art. 58 - Aucun membre de l'une ou de l'autre Chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions et votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions. » Si cela vous permet de mentir sans aucun scrupule en période électorale, le but est surtout de vous laisser libre de considérer l'intérêt général au lieu des intérêts particuliers une fois élu ; le but est de vous laisser votre conscience au moment de voter.

Évidemment, ça, c'est la théorie. C'est comme ça que c'est défini. Et j'aimerais tellement qu'on en revienne à ces fondamentaux. Parce que non, je ne crois pas que cela se passe comme ça en pratique.

Car, oui, n'avez-vous pas l'impression, parfois, de mentir ? Que dit votre conscience quand vous pensez A mais que votre parti vous dit de voter B 2 ? Comment peut-on accepter, et même envisager, un concept aussi absurde et anti-démocratique que celui de « consigne de parti » ? Et pourtant, c'est bien ce qui se passe tous les jours. Mais qui vous a élu ? Le parti ou les citoyens ? Et qui représentez-vous ? Le parti ou les citoyens ? Selon la constitution, la réponse est claire et nette. Et réalité, la réponse est l'inverse. Oui, c'est le parti qui vous a permis de vous présenter. C'est le parti qui vous fournit l'arsenal nécessaire pour remporter une victoire électorale. C'est le parti qui vous fournit les idées à défendre et les outils pour le faire. Alors, oui, vous pensez être redevable au parti.

Et si je vous proposais autre chose — soyons utopistes ! Une fois élu, prenez votre liberté. Renoncez à votre parti et faites ce pour quoi vous êtes élus : travaillez, en votre âme et conscience, pour les citoyens. Soyez un peu fier, que diable ! Vous êtes élu, vous ! Prenez la place qui vous revient. Vous n'avez pas à vous plier à une discipline de parti... Prenez-en conscience !

L'utopie d'un parti utile

Moi je ne suis pas contre les partis. Je suis contre ce qu'ils sont devenus. Imaginez un peu un monde où la notion de parti politique (tel que défini par Wikipedia) penche plutôt du côté idéologique que du côté institutionnel. Un parti serait un rassemblement de gens qui pensent, ensemble. Qui ont des projets. Et ceux-ci se nourrissent des idées des uns et des autres. Dans ce cas, le parti ne serait pas une organisation qui tente de gagner le pouvoir pour lui-même, mais un lieu d'échange et de création, de soutien au développement d'idées. Bref un monde où la particratie n'existe pas.

Ce serait beau. Impossible, mais beau. Oui, je sais bien que ça ne marcherait pas mieux que ce qu'on a aujourd'hui. Évidemment, il est nécessaire que le parti ait aussi, pour partie, le but de conquérir le pouvoir. Sinon, ses belles idées ne servent à rien. Mais la situation actuelle est tellement extrême du côté « conquête du pouvoir » que la seule manière de ramener le pendule plus au milieu est de parler de l'autre côté du balancier, le côté des belles idées.

Oui, Mesdames et Messieurs les élus, je vous demande de veiller à remettre les partis à leurs places et à reprendre la vôtre. Je voudrais vivre en démocratie, que vous devriez incarner, plutôt qu'en particratie.

Je compte sur vous ? Moi, de mon côté, je m'efforcerai de faire évoluer les esprits, avec ce blog et en étant chez les pirates.

@+

Nico,
Citoyen critico-constructif

Note : Je voulais être constructif avec vous, qui êtes une personne. Mais n'oubliez pas de voir le côté moins poli du message que je viens de vous donner en lisant cet article. Il reprend le fond de ma pensée, non pas sur vous, mais sur votre parti. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photos :

Notes:

  1. Centre de Recherche et d'Information Socio-Politique - voyez l'excellent site, mais malheureusement incomplet, sur le vocabulaire politique.
  2. ...et ne venez pas dire que vous êtes toujours du même avis que votre parti... Si vous n'avez pas un zeste d'esprit critique, vous ne méritez pas d'être élu.

Deux articles pour un message

Cocktail Molotov pour un orateurCe que je lis dans les journaux, dans les articles politiques, me révolte. En les lisant, je bous souvent de rage. Et pourtant, je suis un type calme, posé. J'essaye toujours de m'exprimer sans trop d'émotions pour laisser place à la réflexion. Mais, putain, ça me dégoûte de lire tout ce qu'osent les partis, au mépris de la déontologie, au mépris des électeurs, au mépris de la démocratie... au mépris de tout ! Mais la plupart de temps, je me force à rester sans émotions, à énoncer des faits. Rester objectif pour ne pas déforcer les arguments.

Mais il y a des jours où je n'ai plus du tout envie d'être posé. Alors voilà, cette fois, j'ai fait deux articles pour le prix d'un.

Bref, deux versions d'un même message. N'étant ni rebelle ni mouton, mon but est de polir le message des premiers pour faire bouger les seconds. Alors si deux articles permettent de toucher deux fois plus de personnes parce qu'ils sont différents, pourquoi pas ?

Et dites-moi lequel vous avez préféré...
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Photos :

Es-tu prêt à donner 0,75 EURO pour la démocratie ?

Logo_partipiratenpartij_135pxVous le savez, les élections approchent. Et avec elles, quantité de promesses aussi démagogiques que variées. Ce message-ci, au contraire des autres, ne vous promet rien : il vous demande un service.

En effet, le Parti Pirate, qui fait partie d'un mouvement international lancé en 2006, participe cette année aux élections en Belgique. Comme pour tous les « petits partis », la route vers les élections passe inévitablement par la récolte de signatures. Pour présenter notre liste à « la mère de toutes les élections », nous devons récolter 21300 signatures, ce qui n’est pas rien. Et il nous en faut encore 100 pour pouvoir présenter une liste en Brabant Wallon !

C'est ici que vous intervenez. Il ne s'agit pas de nous soutenir, de voter pour nous ni même d'être en accord avec notre programme. Vous ne vous engagez à rien en signant les papiers présentés ci-dessous. Il s'agit uniquement de reconnaître au Parti Pirate le droit démocratique d'être candidat aux élections.

Vous pouvez faire ce geste citoyen, important pour la démocratie, en suivant les étapes suivantes :

  1. Télécharger et imprimer les formulaires adhoc (attention, il y en a trois !)
    * En FR pour Bruxelles ici (pas besoin de signer pour les fédérales)
    * In het NL voor Brussel hier (pas besoin de signer pour les fédérales)
    * pour la Wallonie ici
    * voor Vlaanderen hier
  2. Les remplir (attention, il y en a trois à remplir, sauf pour Bruxelles). Vous ne devez PAS remplir le cadre réservé à la commune. Les pirates se chargeront de les faire valider toutes ensemble !
  3. Les envoyer par la poste à l'adresse suivante : rue Gérard 47A à 1040 Bruxelles ou en les donnant en mains propres à un pirate !
  4. Au total, impression, enveloppe et timbre compris, cela devrait vous revenir à moins de 0,75€... Pour plus de démocratie, ce n'est pas mal !
  5. N'hésitez pas à partager cet article sur les réseaux sociaux pour que chacun puisse y répondre.

Si cela vous parle, faites-le maintenant... ou bien vous oublierez ! 🙂 Nous avons besoin de vos signatures pour ce vendredi 18 avril afin que nous puissions encore les faire valider dans chaque commune !

Cet article est évidemment fort peu personnel ; j'aurais préféré vous en parler de vive voix. Je reste néanmoins disponible et me ferai un plaisir de vous rencontrer pour vous présenter les principes et les idées du Parti Pirate si cela vous intéresse. Pour rappel, en 2012, les pirates s’étaient présentés sur plusieurs listes en Belgique et étaient devenus le plus grand des petits partis dans le Brabant Wallon (juste derrière le FDF).

Affiche Pirate

Et si vous vous demandez encore « qu'est-ce que c'est que ces pirates ? », faites donc un tour sur les articles suivants :

Vous aurez également un bon résumé en lisant le folder que nous avons distribué en 2012 lors des élections provinciales et communales. Et voyez aussi, bien sûr, le site des Pirates belges.

Un grand merci pour votre aide !

Piratement vôtre,

Nico

keep-calm-and-sign-for-pirates-2

 

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.

Le Parti Pirate : à gauche ou à droite ?

Quand on présente le Parti Pirate, une des premières questions des gens est souvent : « et vous êtes plutôt à gauche ou plutôt à droite ? ».

Je comprends la question. C'est un moyen facile pour essayer de situer le parti, de le faire rentrer dans des cases prédéfinies et connues. Ainsi, dès le début de la conversation, on sait si on est plutôt pour ou plutôt contre.  Le problème est que ce n'est pas aussi simple que ça.

CC by OliBac on http://www.flickr.com/photos/olibac/2171433514/

À gauche ou à droite ?

Apprenez tout d'abord que, chez les pirates, gauche et droite n'existent pas. On dit « bâbord » ou « tribord ». Et plus sérieusement, la réponse est beaucoup plus complexe.

Ce que je disais avant...

Et donc, quand on me posait la question, je disais quelque chose du genre :

« Le Parti Pirate ne se positionne pas dans cet axe gauche droite qui n'a plus de sens aujourd'hui. Nous ne sommes ni à gauche ni à droite, mais plutôt au-dessus, en-dessous, au milieu et à côté.

En fait, il y a des bonnes idées à gauche comme à droite. Le tout est de ne pas les appliquer bêtement en suivant une idéologie imposée par le parti. Il faut savoir prendre les bonnes idées de chaque côté en faisant preuve de pragmatisme en fonction du contexte. Une politique ne sera pas la même à Bruxelles, Oostende ou Ramillies. La proposition des pirates est d'envisager la politique autrement que sur cette axe gauche-droite.

De plus, la gauche ou la droite ne sont pas définies ! Le PS (socialiste) est parfois plus à droite que le MR (parti de droite en Belgique), qui lui-même n'a pas grand chose de libéral. »

En résumé, trois idées : le modèle gauche-droite n'a pas de sens ; nous ne sommes ni à gauche ni à droite ; nous sommes basés sur le pragmatisme et le refus d'une idéologie. Et cette pensée est assez partagée par d'autres pirates, je pense.

Mais j'ai bien constaté que cette explication ne suffit pas. Les gens doivent à tout prix mettre une étiquette et classer. Sinon, c'est trop exotique et donc dangereux, inutile ou peu crédible (au choix). Et le Parti Pirate est alors classé « petit rigolo ».

Qu'est-ce qui est à gauche et qu'est-ce qui est droite ?

Pour commencer, j'ai lu. J'ai voulu savoir ce qu'est la gauche et la droite. Et finalement, on retombe toujours sur des concepts flous et à géométrie variable (voyez l'article de Wikipedia à ce sujet).

Il est cependant « communément admis » (et les guillemets ont tout leur sens ici 1) qu'on met dans le sac de gauche les épithètes suivants: communiste, socialiste, progressiste, anarchiste et libertariens. Et puis écologiste, aussi. Dans le sac de droite, on fourre pêle-mêle les conservateurs (ou réactionnaires), les libéraux (qui peuvent être très proches des libertariens et très éloignés des réactionnaires), les fascistes (qui peuvent avoir la dictature en commun avec les communistes) et les nationalistes. Et après, il y a encore les centristes qui passent d'un sac à l'autre. La logique gauche-droite est-elle toujours claire pour vous ?

Quoiqu'il en soit, lors des élections de 2012, j'avais cependant lu une chouette réponse pirate à cette question de positionnement 2. Elle proposait de ne pas positionner le parti entier sur l'échiquier habituel, mais éventuellement de positionner chaque proposition du parti, de manière indépendante. C'est beaucoup plus précis et cela montre à l'aide d'exemple que ne nous sommes pas à gauche ou à droite.

Comme je n'arrive pas à remettre la main sur ce texte, je vous propose une version refaite par mes soins.

Les propositions pirates de gauches et celles de droite

Comme expliqué en long et en large dans cet article, il n'est pas évident de définir un programme pirate, puisqu'il est changeant, adapté à chaque contexte et surtout, dépendant des souhaits des citoyens. Néanmoins, certains sujets sont récurrents et on peut en considérer certains comme étant « typiquement pirate ». J'en passe ici certains en revue et je vous propose de leur coller une étiquette politique. Pour l'exercice et pour rigoler.

Sur le plan de la protection de la vie privée, on peut aisément dire que les pirates sont conservateurs. Nous souhaitons préserver les droits acquis au cours des siècles par les différentes révolutions : ceux qui protègent les citoyens des abus de pouvoir. Un bon exemple est expliqué par Rick Falkvinge sur son blog : nos parents pouvaient envoyer ce qu'ils voulaient à qui ils voulaient sans se faire fouiller et suspecter. Il est légitime que nos enfants héritent de ce droit aussi, y compris dans le monde numérique. Les pirates sont par conséquent conservateurs et seraient donc de droite.

Sur le plan du protectionnisme intellectuel, les pirates souhaitent l'abolition des brevets car ils sont contre-productifs pour la société (c'est expliqué ici, ici et ici). Il s'agit d'une proposition clairement libérale (au sens de la liberté d'entreprendre) et donc à droite. D'un autre côté, l'interdiction des brevets pharmaceutique et logiciels sont aussi des revendications qui sont éthiques et solidaires. Ce qui nous ramène plutôt du côté gauche (au sens où c'est l'état qui règlemente pour des raisons sociétales et non économiques).

Sur le plan de l'exercice politique, les pirates revendiquent une transparence sans faille ainsi qu'une participation citoyenne importante. Il s'agit ici de revendications pour assurer que les citoyens restent maîtres de la société dans laquelle ils vivent. On est donc aux antipodes d'un groupe dictatorial (de type communiste à gauche ou fasciste à droite) et bien dans une idée démocrate (qui à ma connaissance n'est ni de gauche ni de droite).

Sur le plan des valeurs, les pirates se démarquent fort des autres partis. Je ne connais en effet pas de parti qui basent leurs actions sur des valeurs, au contraire du parti pirate (voyez mon autre article à ce sujet). Ces valeurs concernent clairement la société dans son ensemble, pour lequel le Parti Pirate a des propositions. Elles concernent tout le monde et vise à une société meilleure. D'après les hypothèses du début on est bien dans le progressisme. Donc de gauche.

Sur le plan de la liberté d'expression, les pirates sont intransigeants (c'est quand même l'article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme). Je ne réexplique pas pourquoi, beaucoup en parle mieux que moi. Mais je ne peux m'empêcher de citer la merveilleuse phrase de Paul Da Silva sur son blog : « la liberté d’expression c’est aussi pour les cons, et j’aime savoir qui sont les cons autour de moi ». Et rien que pour ça, la liberté d'expression est importante. Pour ce point-ci, il me semble qu'on est plutôt du côté libéral — au sens de la liberté — (et donc de droite), mais aussi du côté progressiste (et donc de gauche) 3.

Concernant la décision politique, les pirates prônent une décision basée sur des faits, libérée de l'émotionnel (qui est mauvais conseiller) et dans l'intérêt du plus grand nombre. Ceci pourrait être caractérisé comme intellectuel. C'est à gauche ou à droite, ça ? Il serait malvenu de répondre. Cependant, pour ceux qui ont de l'humour, on pourrait dire (avec un bon paquet de mauvaise foi) qu'une décision politique intellectuelle est caractéristique de la droite, puisqu'il est bien connu que les intellectuels de gauche sont des artistes et les intellectuels de droite sont des ingénieurs élitistes. 🙂

Concernant la culture, les pirates pensent qu'elle est un vecteur de développement et de démocratie. Il faut donc qu'elle soit partagée et accessible. Après tout, toutes les sociétés sont basées sur une culture et toutes les cultures sont le fruit d'une société. Aucun est artiste ne crée sans avoir eu jamais de contact avec une société. On est dans le collectif et le progressiste. Donc à gauche.

À propos du marché, les pirates se positionnent contre tous les monopoles car ils sont dangereux pour la liberté (de choix du consommateur, de parole, etc.). Avec une vue classique, on serait bien dans un domaine libéral. De droite.

Et on pourrait encore citer pas mal d'exemples. Si on vous pose la question « gauche ou droite ? », vous pourrez faire l'exercice !

Bref...

Avec tous ces exemples, peut-être que les gens comprendront mieux qui nous sommes. En tout cas, une chose est sûre, nous ne sommes ni de gauche ni de droite. Certaines idées, quant à elles, sont de gauches, d'autres de droites. Et la plupart ni de gauche ni de droite. En fait, on est un peu des libéraux progressistes. Ou des révolutionnaires conservateurs. Finalement, ce qui nous définit encore le mieux, c'est « Pirate ». 🙂


Photo CC by OliBac on Flickr

 

Notes:

  1. et je m'excuse par avance auprès de tous les politologues qui feront un infarctus en lisant les raccourcis que je fais sur la classification des idéologies politiques, mais il s'agit d'un blog d'un non-politologue à l'adresse de non-politologues.
  2. Si l'un ou l'autre pirate belge s'en souvient, merci de m'envoyer le lien.
  3. Quelqu'un a-t-il déjà trouvé un article qui explique si la déclaration universelle des droits de l'homme est de gauche ou de droite ? Ce serait rigolo.