Les goûts et les odeurs... doivent être libres !

À première vue, il parait assez évident que les goûts et les odeurs sont libres. Elles ne peuvent pas être possédées. D'ailleurs, la cuisine est un bien commun, elle fait partie des traditions de chaque pays. À tel point que la comida mexicana, par exemple, est patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. De même, chacun est libre de faire sa propre pizza Margherita ou Calzone. La recette est disponible et libre. Sans parler de la bolognaise, dont chaque famille a sa version...

Pizza, domaine publique by Scott Bauer (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Supreme_pizza.jpg) Même quand on s'attaque à des grands noms, le goût reste libre : si le soufflé au fromage est devenu synonyme de repas de stars au Récamier à Paris, il n'en reste pas moins que ma maman peut encore en faire. Quant à l'industrie des boissons gazeuses, on voit que Coca-Cola fait beaucoup d'émules qui vendent leur boisson gazeuse à base d'extrait végétaux en toute légalité. La différence entre le soufflé au fromage du Récamier et celui de ma maman, entre Coca-Cola et Carrefour Cola, réside dans la recette exacte, dans la manière, dans la marque. Certains vendent du rêve, un style, voire un service. Mais le goût, lui, est libre. Pas de droit d'auteur, de copyright ou autre barrières artificielles. Chacun est libre d'associer des saveurs comme il l'entend : c'est un savoir-faire, ce qui n'est pas brevetable.

Or, je ne sais pas si vous le savez, mais le goût et l'odorat sont intimement liés. Sans l'odorat, nous ne pourrions pas goûter autre chose que sucré-salé et acide-amer. Par conséquent, il est légitime de penser que ce qui s'applique aux goûts s'applique également aux odeurs... non ?

Et bien la justice française pense autrement. Pirate Parfum, qui fait en parfumerie ce que fait n'importe quelle pizzeria en cuisine, est poursuivi en justice par les grandes marques de parfum.

Pourquoi ? Parce qu'ils ont un concept original : étant donné que les fragrances sont accessibles à tous, Pirate Parfum souhaite proposer aux gens un parfum de qualité, mais qui ne vend pas une marque ou du rêve. Ils veulent vendre du parfum, au prix du parfum. Pour réduire les coûts, le packaging se veut sobre et tous les parfums ont la même bouteille (blanc pour les femmes, noir pour les hommes). Seul le nom et le contenu change.

Parfume Maker, by Rudolf Ernst, domaine publique sur Wikimedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ernst,_Rodolphe_-_The_Perfume_Maker.jpg)Ce concept me plait. Mon eau de toilette se compose idéalement de bergamote, de galbanum, de genièvre et de menthe 1. Et bien, chez Pirate Parfum, je peux en avoir 100ml pour 26€. Alors que chez ICI Paris XL, je vois que je payerai 27€ pour... 40 ml de Cool Water de Davidoff. Mon choix est vite fait 2.

Mais où est le problème ? Et bien voilà : dans un restaurant, le serveur pourra facilement vous dire que leur recette de soufflé au fromage est la même que celle du Récamier, ou que leur pavé de bœuf à la truffe noir est fait à la manière du Comme chez soi. Cela se fait, et personne n'y trouve à redire. Dans le cas de Pirate-Parfum, cependant, c'est tout le contraire. S'ils disent que leur parfum Stockholm ressemble à Cool Water (je dis bien ressemble — ce n'est pas le même — et ils sont clairs à ce sujet !), ils ont des problèmes judiciaires (voyez l'article de Rue89 à ce sujet). La seule différence est qu'ils l'affichent sur leur site web... Pourquoi n'aurions-nous pas les mêmes droits sur internet qu'en dehors ?

Moi, je suis (très) loin d'être un spécialiste du parfum. Mon seul souhait est d'avoir une eau de toilette. Mais j'aime bien leur concept pirate et j'ai été très satisfait de mon dernier achat chez eux. De ce que j'ai lu, leur parfum semble être de qualité, avec des produits naturels et créé par des experts de la capitale mondiale du parfum, Grasse 3. Le packaging est simple et sympa. Le prix est bas et on peut trouver des réductions sur internet (en tant que client, je viens d'en recevoir, mais je ne sais pas si je peux les communiquer ici). Et l'essentiel : ça sent bon.

Alors si vous aussi, vous vous foutez pas mal de mettre une eau de toilette deux fois plus chère ; si vous aussi, vous aimez le concept pirate... pensez à faire un petit achat chez eux ! En plus, cela les aidera financièrement pour leur défense en justice.


Cet article fait de la publicité pour Pirate Parfum, mais je le fais en toute liberté, sans avoir rien reçu de leur part. Je suis un client satisfait de leur service et interpellé par ce qui leur arrive. En tant que pirate, j'avais envie de réagir suite au courrier qu'ils ont envoyé à leurs clients pour expliquer leur situation.


Photos:

Notes:

  1. Je vous rassure, je ne le savais pas avant d'acheter un parfum chez eux...
  2. En plus, il y a une petite tête de mort sur la bouteille de parfum pirate, Aaaaarrrrrrh !
  3. ...dont la simple évocation me rappelle toujours le Parfum de Süskind.

À l'abordage des élections !

keep-calm-and-vote-pirate-12-bÇa y est, c'est officiel, pour la "mère de toutes les élections", ce 25 mai, les Pirates se présenteront aux citoyens sur des listes ! Naturellement, comme nous ne sommes pas connus et ne pouvons donc pas compter sur l'appui de la presse, vous vous posez certainement quelques questions bien légitimes :

  1. Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?
  2. Pourquoi voter Pirate ?
  3. Où puis-je voter Pirate ?

Les réponses sont vastes, mais cette page veut vous proposer quelques pistes de réponses, pour vous aider à vous retrouver dans la jungle d'information. Surtout ne vous contentez pas de ceci ! Informez-vous aussi sur d'autres sites !

Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?

Réponse facile : si les mots démocratie, vie privée, liberté, transparence, solidarité, cosmopolitisme, écologisme, créativité et partage du savoir sont des concepts qui vous parlent, oui, notre projet est compatible avec vos valeurs, puisque ce sont également les nôtres. Plus d'infos sur la page des valeurs du Parti Pirate.

Une réponse un peu plus complète serait de vous donner ma propre définition des pirates : « un mou­ve­ment international de citoyens qui veulent s’engager pour que la poli­tique intègre les chan­ge­ments radi­caux que vit notre société ». Comment ? Pourquoi ? Ceux qui ont envie d'aborder le sujet en profondeur trouveront une explication dans le trio d'articles que j'ai écrits à ce sujet : le galion des pirates (qui sont les Pirates ?), les balises des pirates (comment fonctionnent-ils ?) et le phare des pirates (quels sont leurs objectifs).

Mais, en (très) résumé, nos objectifs sont les suivants 1 :

  1. Pro­tec­tion de la vie pri­vée : la liberté de chaque indi­vidu ne peut-être assu­rée que si l’état et les socié­tés pri­vées res­pectent sa vie pri­vée, y compris sur internet.
  2. Réforme de la pro­priété intel­lec­tuelle (ou pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel) : les pirates refusent le pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel, refusent les bre­vet sur le vivant et sur le logi­ciel car contre-productif.
  3. Fact-based poli­tics et déci­sion rai­son­née
  4. Rendre la culture libre et acces­sible
  5. Par­ti­ci­pa­tion citoyenne et liberté d’expression
  6. Trans­pa­rence des ins­ti­tu­tions publiques
  7. Légis­la­tion de qua­lité

Autres liens intéressant : une vidéo (extrait de l'émission controverse).

Pourquoi voter Pirate ?

Une fois rassuré sur le fait que nous ne sommes ni des bandits informatiques, ni des racistes, ni des extrémistes, peut-être vous poserez-vous la question : « Tiens, pourquoi je voterais pour eux plutôt que pour un autre parti ? »

Sachant que nous n'entrerons probablement pas dans une majorité et que nous n'aurons au mieux que peu d'élus, notre défi est donc d'infiltrer une "taupe" au Parlement. Une sorte d'espion qui pourra accéder à toute l'information et la transmettre à ses commanditaires : les citoyens. Libérons l'information politique et rendons-là accessible ! Cette idée est développée dans l'article "Une taupe au Parlement wallon".

N'hésitez pas à aussi consulter le programme des Pirates bruxellois. Et encore le programme européen, commun à tous les Pirates d'Europe. Cela vous donnera aussi une bonne idée de ce que nous proposons.

Quoiqu'il en soit, même si vous ne votez pas Pirate, nous vous encourageons à vous informer avant de voter. Voici quelques conseils non partisans pour vous y aider.

Cover-Blog-2014Où pouvez-vous voter Pirate ?

Réponse sur la carte ci-dessous !

Vote2505-CartePIRATE

 

Et donc, merci à vos nombreuses signatures qui nous ont permis de nous présenter !

À l'abordage !

Notes:

  1. Vous trouverez des exemples pour chacune de ces idées dans les articles mentionnés ci-dessus.

Une taupe au Parlement wallon

Pourquoi voter Pirate aux élections régionales wallonnes ? Non, mais c'est vrai quoi... Qu'est-ce que les Pirates vont faire concrètement pour changer les choses ? Il y a huit sièges disponibles pour le Brabant wallon... Et nous n'en aurons pas deux, soyons réalistes. Avec les Pirates du Hainaut et de Liège, nous ne sommes pas près de faire une majorité et de peser dans les décisions politiques.

Alors quoi ? Cela vaut-il la peine de voter Pirate ?

Logo_partipiratenpartij_135pxLa réponse est claire : oui ! Vous vous en doutiez, non ? 🙂 Tout simplement parce que nous vous proposons d'infiltrer une taupe au Parlement... Si nous avons un élu, ce sera assez pour nous permettre d'accéder à l'information et surtout, de la partager !

Vous verrez, à côté de notre taupe Pirate au Parlement wallon, Wikileaks, ce sera de la rigolade. Nous voulons partager avec vous toute l'information qui est aujourd'hui jalousement gardée au sein des sphères du pouvoir, alors qu'elle concerne la population.

Cherchez la taupe...

Cherchez la taupe...

Nos candidats veulent rendre l'information disponible et, surtout, compréhensible 1. Un réel effort de pédagogie et d'information sera fait. De plus, nous voulons analyser pour vous les décisions afin d'en retirer les conclusions importantes, dans une démarche critique, constructive et ouverte.

Un Pirate au Parlement, c'est vous permettre d'accéder au Parlement. C'est vous rapprocher de la décision. Nous voulons libérer l'information politique !

Et ce ne sera que le point de départ du mouvement Pirate...

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Vous avez envie que cela arrive ?

...alors aidez-nous ! Pour permettre aux Pirates de se présenter aux élections, il nous faut encore 100 signatures d'habitants du Brabant wallon. Et ça, pour le lundi 21 avril 2 car nous devons encore les faire valider dans chacune des communes.

Comment signer ? Les instructions précises sont données ici, mais en gros : imprimez les formulaires si on ne vous les a pas donnés, complétez-les et rendez-les à un Pirate, pour le 21 avril au plus tard. Si vous avez le temps et l'envie, vous pouvez également les faire valider dans votre commune. Si non, les Pirates s'en chargeront.

Nous comptons sur vous !

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Notes:

  1. Bien entendu, dans les limites de la légalité et du respect des personnes.
  2. Attention, le lundi 21 est férié et avant, c'est le week-end. Veillez donc à envoyer vos signatures à temps !

Je vous hais - Lettre ouverte aux partis politiques

Cet article est une version hargneuse d'un message qui pourrait être beaucoup plus posé et constructif. Vous trouverez cette autre version dans cet article. Et n'hésitez pas à donner votre avis sur ces deux versions différentes sur cette page.

Masked protester holding Molotov Cocktails seen during clashes in Ukraine, Kyiv. Events of February 18, 2014. -- CC-BY-SA-3.0 by Mstyslav Chernov, via Wikimedia Commons (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Masked_protester_holding_Molotov_Cocktails_seen_during_clashes_in_Ukraine,_Kyiv._Events_of_February_18,_2014.jpg)Je ne crois pas aux partis. Je n'aime pas les partis. J'ai trop vu ce qu'ils apportent de mauvais dans notre société. J'ai trop souvent été témoin de leurs coups tordus, leurs bassesses. Si je me lâchais, je pourrai rabaisser une multitude de belles insultes, bien vulgaires et méchantes, au rang de simple épithète pour partis politiques. Ce que nous utilisons comme vocabulaire pour faire mal, pour injurier, pour traîner nos ennemis dans la boue, les partis belges s'en drapent, du haut de leur pouvoir, comme si de rien n'était : « On dit que je suis électoraliste ? Népotiste ? Corrompu ? Populiste ? M'en fous, car je suis au pouvoir. J'ai le pouvoir »

D'où vient cette haine que j'ai pour ces structures pourries que sont les partis ? Je ne suis qu'un simple citoyen qui lit la presse, certes avec un œil critique, mais quand même... Je crois que mon problème est que je suis idéaliste. J'aspire à un monde meilleur. J'espère « laisser le monde un peu meilleur que quand je l'ai reçu 1 ». Et un idéaliste, c'est visiblement ce qui est le plus éloigné des organisations politiques et de leurs calculs électoraux.

Mais qu'est-ce que cette chose ignoble qu'est un parti politique ?

Normalement, un parti, c'est un ensemble de gens qui partagent des idées et qui souhaitent les mettre en œuvre en étant élus. Aujourd'hui en Belgique, un parti est une structure forte et hyper hiérarchique dont le but est d'obtenir plus de pouvoir de manière à assurer son avenir. Le parti vit pour lui-même, par lui-même. Par la confiscation du pouvoir, il veille à sa propre survie. Les idées avancées ne sont plus qu'une couverture pour faire croire aux derniers des crédules que le parti se bat pour leur bien. Les partis sont, dit-on, institutionnalisés.

En fait, la Belgique est surtout devenue une particratie. Voilà, le vilain mot est lâché. Oui, je pense qu'on vit en particratie. Oui, je trouve cela dramatique. Et c'est pour cela que je hais les partis politiques. Et qu'on ne vienne m'accuser de populisme. Non, ce n'est pas populiste de dire cela, figurez-vous. Même les politologues et hommes politiques le disent. M. Francis Delpérée, sénateur : « Les formations politiques s'approprient volontiers une part des prérogatives citoyennes [...] c'est la particratie 2. » Ou encore M. Jean Faniel, directeur du bien connu CRISP : « la Belgique demeure[...] une particratie, au détriment des parlementaires 3. » Le drame, c'est que ça n'émeut personne ! Comment peut-on dire cela et que ça ne provoque pas un tollé ? Et quand moi je le dis, je serais populiste ? Bande d'aveugles ! Se rend-on seulement compte de ce que cela signifie ?

Vision pessimiste, cruelle et populiste ? Je ne pense pas. Car ce que je dis dans cet article avec dégoût et colère, se retrouve aussi dans n'importe quel journal. Je sais, j'en lis chaque semaine. Et quasiment à chaque fois, je lis des révélations choquantes, grosses comme des maisons, qui prouvent que les partis sont des choses nuisibles pour la société. Et chaque semaine, les journalistes en parlent comme de la chose la plus normale. Moi, ça me désespère. Alors je vous contacte un petit florilège des raisons pour lesquelles je hais les partis.

Avec un peu de recul et de réflexion, il devient évident que le comportement des partis est inadmissible. Non, ce qu'on lit dans les journaux n'est pas normal.

1. Le but d'un parti n'est pas de représenter le peuple ou de promouvoir des idées, mais de gagner une élection.

Si à l'origine, le parti servait à faire avancer des idées, en groupant ensemble des gens qui souhaitaient la même chose, force est de constater qu'aujourd'hui, les idées ainsi que la volonté de représenter le peuple n'est plus à l'ordre du jour. On peut lire le politologue Nicolas Braygaert 4 : « La particratie, telle que nous l'expérimentons neutralise de facto tout leadership susceptible d'imprimer un cap politique ambitieux ». Quant à moi, deux points me font dire que les partis ne travaillent plus sur leurs idées, mais seulement sur leur image.

Tout d'abord, l'affligeante vacuité des slogans électoraux et des messages politiques. Ils sont en effet construits dans un but publicitaire, pour capter de l'audimat. Ce qu'il y a derrière importe finalement très peu. Résultat : c'est à peu près tous les mêmes messages... légèrement orienté pour bien coller à l'image qu'on veut donner pour séduire. « Plus d'emploi, moins d'impôts, plus de solidarité, moins d'insécurité » ; « Je suis pour les centres sportifs. » ; « Je suis pour que les jeunes ait un emploi à 20 ans. » ; « Je suis pour qu'on vive tous heureux. » Je ne sais pas si je dois les traiter de bisounours ou d'enfoirés.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe.

Les messages politiques actuels sont d'une profondeur inouïe. Ça vaut une publicité pour Cap'tain Igloo.

Ensuite, vous remarquerez que les idées politiques n'ont plus leur place pendant les élections. Vous ne nierez pas qu'aujourd'hui, on parle plus de stratégies électorales, d'offensive médiatique, d'image et de storytelling que d'idées. Même les journalistes ne s'arrêtent plus que rarement aux idées développées par un parti, ou par un candidat (et certainement pas au-delà du slogan). À un mois et demi des élections, ils parlent surtout des jeux de stratégie et des rôles des présidents de partis (exemples ici et ici). Qui sera tête de liste ? Quelle machine à voix tirera/poussera la liste ? Quelle stratégie adopter ?  Quand lâcher des infos compromettantes pour les autres ? À quel moment faut-il lâcher telle information ? Et l'intérêt des citoyens, hein !? On en fait quoi, bandes de coprolithes politiciens !? Je sais que les slogans creux sont plus rentables pour vous que les débats de fond, mais c'est aussi votre rôle d'être pédagogique !

Le résultat d'une élection c'est ceci : le parti qui fait la meilleure campagne gagne le pouvoir. Alors que moi j'aimerais que ce soit : le candidat qui a les meilleures idées et qui est le plus efficace est élu représentant du peuple. La nuance est grande, très grande.

2. Le parti politique se fout de l'avis de l'électeur.

L'avis de l'électeur ? Rien à foutre. Le respect du résultat des urnes ? Et puis quoi encore !? L'homme politique est un pion au service de son parti et de son président. Un panneau publicitaire pour attirer le chaland. Rien de plus. Si le citoyen élit quelqu'un à une fonction, cela ne signifie absolument pas que cet élu siégera (exemple ici). Car, in fine, c'est la stratégie du parti qui importe !

Pour preuve, je vous soumets ici un tableau synoptique qui analyse les fonctions exercées par deux mandataires politiques bien connus — MM. Di Rupo et Demotte 5 — en fonction du résultat des élections.

Ce tableau présente différentes colonnes :
-a- les années
-b- les élections qui se sont tenues cette année-là
-c- le résultat des urnes
-d- les colonnes E, F, R, C, respectivement pour les niveaux Européen, Fédéral, Régional et Communal.
-e- les fonctions exercées.
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Les colonnes E, F, R et C indiquent :
(1) en couleur vive, les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau, après avoir été élu
(2) en couleur pastel, les années où le candidat n'a pas exercé de fonction à ce niveau, alors qu'il a été élu
(3) une croix pour les années où le candidat a exercé une fonction à ce niveau alors qu'il n'a pas été élu.
___
Les données de ces tableaux sont principalement issues de Wikipédia et des différents sites officiels qui donnent les résultats des élections en Belgique.

 

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Tableau synoptique des élections et fonctions exercées par MM. Di Rupo et Demotte

Ces tableaux sont riches en enseignements. Qu'y voit-on ? Tout d'abord qu'il n'y a aucune corrélation entre la colonne « élections » et la colonne « fonctions exercées ». Mais aussi que...

  1. Les deux élus se sont présentés à toutes les élections. Toutes. Et on voudrait nous faire croire que c'est parce qu'ils veulent vraiment participer activement à chaque niveau de pouvoir ?
  2. Pendant 11 ans, M. Demotte, élu bourgmestre de Flobecq, n'a pas pu siéger car il avait d'autres fonctions. Il a ensuite démissionné en 2011 pour déménager à Tournai où il se présente en 2012. Où il est à nouveau élu bourgmestre, mais toujours empêché. Donc, en trois mandatures communales, il n'a jamais été à même de prendre ses fonctions de bourgmestre ! Cela ne l'a pas empêché de se représenter à chaque fois. WTF ? Quel sens cela a-t-il ? Et le premier qui me parle d'un bourgmestre empêché qui exerce quand même son influence dans la commune et qu'il siège au conseil communal est en train de souligner très fort à quel point les hommes politiques se foutent comme d'une guigne de la loi sur le cumul des mandat.
  3. En 1999, 2005 et 2006, M. Di Rupo a été ministre-président wallon. Alors qu'il n'avait jamais été élu sur une liste régionale. Comment est-ce possible ? Ah oui... comme le disent si bien les journalistes, le PS « avait la main » car il avait gagné les élections. C'est donc le président qui décide de tout... (Et tout le monde trouve cela normal ?)
  4. Entre 1999 et 2013 (15 ans), M. Demotte aurait dû prester 44 ans de mandat. 30 n'ont pas été prestés et il a exercé pendant un an une fonction à laquelle il n'a jamais été élu.
  5. Sur 15 ans de mandat qu'il aurait dû exercer au niveau fédéral, M. Di Rupo en a presté 6. Sur 6 ans de mandat qu'il aurait du exercer au niveau régional, il en a presté 1 (et je n'en ai pas analysé le contenu).
  6. Les élections européennes se résument visiblement à un concours de celui qui a la plus grosse. On y présente des faiseurs de voix car la circonscription électorale est la plus grande et permet donc de faire un bon score. Ce n'est pas une raison pour penser qu'on lâcherait un poste de président de parti pour l'Europe (ce qui prouve une fois de plus le rôle et la puissance du président de parti).

Mais je n'ai pas tout dit ! Vous aussi, amusez-vous à repérer toutes les manigances que recèlent ces deux tableaux...

Conclusion ? L'électeur n'a rien à dire. Rien à foutre, de l'électeur. Les élections sont réduites à une mesure d'audimat pour des structures avides de pouvoir. À la fin, il n'y a que le parti qui décide et fait voyager ses pions au gré de la stratégie. D'ailleurs, d'après le CRISP, « Aucun mécanisme n´existe pour dissuader ou pénaliser cette pratique. [...] Ainsi, un ministre ou un parlementaire à un autre niveau de pouvoir peut se présenter comme candidat à une élection en vue de soutenir la liste tout en sachant qu´il ne siègera pas s´il est élu 6. » CQFD.

3. Les mandataires politiques ne sont plus élus du peuple, mais élus d'un parti.

Les partis ont le pouvoir, à tel point qu'il est aujourd'hui normal de considérer les élus comme « leurs » élus, au lieu des élus du peuple. D'ailleurs, ne présente-t-on pas toujours les élus comme membre d'un parti ? À nouveau, le vocabulaire utilisé dans les médias est frappant ; la sémantique ne fait pas tout, mais a quand même une valeur de symbole.

Le symbole, quant à lui, est dépassé — et de loin — quand il engendre des pratiques absurdes. L'une d'elles, peut-être la pire, est la notion de consigne de vote. N'y a-t-il vraiment que moi qui suis choqué par ce principe ? Parce que tout le monde en parle comme d'un fait tout-à-fait normal... C'en est même arrivé au point que, pour les dossiers les plus délicats, les parlementaires en viennent à espérer publiquement qu'ils pourront voter selon leur âme et conscience 7. Mais c'est un comble ! C'est votre boulot de faire ça tous les jours, pour tous les votes, nom de dieu !

À nouveau, je désespère : comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que des gens partageant une même idéologie soient obligés de toujours voter de la même manière ? N'y a-t-il jamais de nuances dans une idée ? N'y a-t-il jamais de place pour la discussion ? En fait, la Vérité (avec un grand V) existe, et elle est définie par le parti. Triste constat.

5. Les parti s'accaparent le pouvoir, alors qu'ils n'ont aucune légitimité

Les partis ont le pouvoir. Le meilleur exemple reste encore le rôle donné aux (ou pris par les) présidents de partis. Qu'on soit bien clair : les présidents de partis sont des usurpateurs. Ils n'ont aucune légitimité démocratique. Au-cu-ne. Ils en ont peut-être une au sein de leur parti, uniquement. Et encore. Mais comment se fait-il qu'aujourd'hui ils jouent un rôle essentiel dans la politique belge ? Parce que oui, en pratique ils sont aujourd'hui les grands décideurs.

Un très bon exemple est l'abdication du roi Albert, à laquelle les présidents de parti étaient invités. On y a vu les représentants du pouvoir judiciaire, les ministres (normalement élus), les présidents de la Chambre et du Sénat. Mais les présidents de partis !? Franchement ? Pourquoi se sont-ils incrustés là ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Quel pouvoir représentent-ils ?

Autre exemple, dans un article sur le duo bruxellois Picqué-Moureaux 8, on apprend que « Moureaux établit le statut de la future région bruxelloise » (en 1989 avec Dehaene) et laisse à Picqué le soin de devenir ministre-président. Lui, « préfère la grande politique » (sic) et devient président de la fédération bruxelloise du PS. « Moureaux hérite du vrai pouvoir, des arbitrages, des luttes d'appareil, de la distribution des mandats et de la composition des listes » (re-sic). Est-ce que le journaliste s'est seulement rendu compte de ce qu'il a écrit ? Que la présidence d'une fédération régionale de 4000 membres a plus de pouvoir que le chef du gouvernement bruxellois (un million d'habitants) ? Il n'y a que moi que ça choque ? Il n'y a que moi qui trouve ça aberrant, débile et anti-démocratique ? Après, on viendra me dire que la particratie est une invention des petits partis pour râler sur les grands...

Dans un autre article 9, une politicienne envisage les scénarios si le fin de la Belgique devait se concrétiser en mai 2014. Et déclarer, tout naturellement que « les présidents de partis dissoudraient la Belgique pour recréer immédiatement une confédération d'états indépendants. » Et en quel honneur serait-ce les présidents de partis ? On est au point où on ne fait même plus semblant de prendre en compte la volonté des différents parlements belges, seules assemblées légitimes et démocratiques. Je vous le disais : sans aucune légitimité, les partis ont le pouvoir.

Comment en est-on arrivé à publier ça dans un journal et trouver ça normal ?

Conclusion

Je comptais encore écrire beaucoup de choses, mais cet article est déjà trop long. Je vous épargnerai donc le sujet des intercommunales qui servent à fournir des fonctions aux membres du parti, des administrations pourries par les jeux de nominations ou des société de droits publics où les partis choisissent les gagnants des adjudications publiques en fonction de leurs intérêts. C'est sans doute le sujet où il y a le plus à dire. Il faudrait plus qu'un article pour tout cela.

Mais vous l'aurez compris, je hais les partis politiques, ou au moins ce qu'ils sont devenus. D'aucuns pourront évidemment me reprocher de dire cela et de m'impliquer en même temps chez les Pirates, qui forment un parti... Mais non, je ne trouve pas cela incohérent, et ce, pour plusieurs raisons :

  1. Les Pirates sont, d'après moi, un mouvement citoyen, avant d'être un parti. Je l'explique en long et en large dans cet article. Cette différence marque une différence d'objectif.
  2. Vous noterez que, comme beaucoup de pirates, j'essaye d'utiliser le plus souvent possible le vocable « pirates » plutôt que « Parti Pirate ». Sémantique, à nouveau, mais qui recèle une vraie symbolique. Nous portons des valeurs et des idées, pas un parti.
  3. Comme tout nouveau parti, les pirates n'ont pas d'élus, pas de pouvoir. Nous ne sommes donc pas sujets à ces problèmes. Nous sommes encore beaucoup d'idéalistes, qui pensons plus au bien commun qu'au pouvoir personnel. Le jour où les pirates ont du succès et rentrent dans le jeu de la particratie, je serai le premier à partir. 🙂

Mon souhait avec cet article était multiple. Comme vous l'avez vu, je voulais d'abord laisser sortir tout cette rage qui m'anime quand je lis tout ce que ces crapules font tous les jours. Mais en fait, je voulais délivrer un autre message : oui, nous vivons en particratie. Cet article le démontre assez. Oui, c'est un fait et non, ce n'est pas populiste de le dire. Ce n'est pas juste « pour dire du mal des gens au pouvoir ». Non. C'est pour vous réveiller. Vous aussi, quand vous lirez votre prochain article politique, soyez conscients ! Ce n'est pas parce que c'est écrit en dixième page d'un hebdomadaire quelconque, sans effets de manche, que ce n'est pas scandaleux ! J'ai l'impression que les journalistes se trompent souvent de scandale à mettre en première page...

Note : Je voulais lâcher ma haine des partis, mais n'oubliez pas de lire le côté plus constructif de ce même message en lisant cet article. Il ne s'adresse plus aux partis, mais aux élus. Et puis donnez votre avis sur l'article que vous préférez sur cette page.


Photo :

Notes:

  1. citation de Lord Baden Powell of Gilwell
  2. Le Vif n°46, 15 novembre 2013
  3. Voir ici
  4. Le Vif n°12, 21 mars 2014
  5. Oui, deux socialistes, mais ce sont de loin les plus faciles à trouver
  6. Pour la première fois, cependant, la règle dit qu'un candidate ne peut pas se présenter sur différentes listes en même temps. Mais à un an d'intervalle, pas de problème...
  7. Références : sur la libre ou sur le soir (voir la section MR)
  8. Le Vif n°12 du 21 mars 2014
  9. Le Vif du 26 juillet 2013

Es-tu prêt à donner 0,75 EURO pour la démocratie ?

Logo_partipiratenpartij_135pxVous le savez, les élections approchent. Et avec elles, quantité de promesses aussi démagogiques que variées. Ce message-ci, au contraire des autres, ne vous promet rien : il vous demande un service.

En effet, le Parti Pirate, qui fait partie d'un mouvement international lancé en 2006, participe cette année aux élections en Belgique. Comme pour tous les « petits partis », la route vers les élections passe inévitablement par la récolte de signatures. Pour présenter notre liste à « la mère de toutes les élections », nous devons récolter 21300 signatures, ce qui n’est pas rien. Et il nous en faut encore 100 pour pouvoir présenter une liste en Brabant Wallon !

C'est ici que vous intervenez. Il ne s'agit pas de nous soutenir, de voter pour nous ni même d'être en accord avec notre programme. Vous ne vous engagez à rien en signant les papiers présentés ci-dessous. Il s'agit uniquement de reconnaître au Parti Pirate le droit démocratique d'être candidat aux élections.

Vous pouvez faire ce geste citoyen, important pour la démocratie, en suivant les étapes suivantes :

  1. Télécharger et imprimer les formulaires adhoc (attention, il y en a trois !)
    * En FR pour Bruxelles ici (pas besoin de signer pour les fédérales)
    * In het NL voor Brussel hier (pas besoin de signer pour les fédérales)
    * pour la Wallonie ici
    * voor Vlaanderen hier
  2. Les remplir (attention, il y en a trois à remplir, sauf pour Bruxelles). Vous ne devez PAS remplir le cadre réservé à la commune. Les pirates se chargeront de les faire valider toutes ensemble !
  3. Les envoyer par la poste à l'adresse suivante : rue Gérard 47A à 1040 Bruxelles ou en les donnant en mains propres à un pirate !
  4. Au total, impression, enveloppe et timbre compris, cela devrait vous revenir à moins de 0,75€... Pour plus de démocratie, ce n'est pas mal !
  5. N'hésitez pas à partager cet article sur les réseaux sociaux pour que chacun puisse y répondre.

Si cela vous parle, faites-le maintenant... ou bien vous oublierez ! 🙂 Nous avons besoin de vos signatures pour ce vendredi 18 avril afin que nous puissions encore les faire valider dans chaque commune !

Cet article est évidemment fort peu personnel ; j'aurais préféré vous en parler de vive voix. Je reste néanmoins disponible et me ferai un plaisir de vous rencontrer pour vous présenter les principes et les idées du Parti Pirate si cela vous intéresse. Pour rappel, en 2012, les pirates s’étaient présentés sur plusieurs listes en Belgique et étaient devenus le plus grand des petits partis dans le Brabant Wallon (juste derrière le FDF).

Affiche Pirate

Et si vous vous demandez encore « qu'est-ce que c'est que ces pirates ? », faites donc un tour sur les articles suivants :

Vous aurez également un bon résumé en lisant le folder que nous avons distribué en 2012 lors des élections provinciales et communales. Et voyez aussi, bien sûr, le site des Pirates belges.

Un grand merci pour votre aide !

Piratement vôtre,

Nico

keep-calm-and-sign-for-pirates-2

 

Copier, c'est voler ? Faux ! Utilisez le point Falkvinge !

Dans mon post précédent, j'ai fournit la traduction d'un article de Rick Falkvinge sur l'ineptie qui consiste à dire que « copier, c'est voler ».

Un des commentaires à la fin de l'article m'incite à le prolonger avec d'autres informations. En effet, cet article s'adressait peut-être avant tout à ceux qui connaissent déjà la problématique du droit d'auteur et l'impact qu'ils peuvent avoir sur nos libertés. Une petite mise en contexte est peut-être nécessaire pour les autres.

Copy copy copy by David Goehring on Flickr (http://www.flickr.com/photos/carbonnyc/3063453222/)

C'est débile, cette argumentation !

On pourrait facilement croire que cette argumentation qui consiste à séparer la copie du vol, c'est du pipeau... c'est jouer sur les mots. Et c'est vrai que finalement, c'est de la rhétorique. C'est une question de définition. Mais jusqu'à preuve du contraire, ce sont les mots qui font les arguments et ce sont les arguments qui font avancer le débat. Et comme c'est le débat qui fait avancer la société, ... je trouve que ça vaut la peine.

Retour en arrière

Il y a 20 ans, cela ne posait de problème à personne qu'on enregistre les chansons qui passaient à la radio. L'enregistreur VHS était aussi courant dans une famille que la télé qui se plaçait dessus. Et personne ne trouvait aberrant d'enregistrer son émission. Et de fait, il n'y avait rien d'illégal là-dedans (les diffuseurs payent en effet les droits pour).

Aujourd'hui, dès que quelqu'un parle d'une copie, il devient à tout jamais un méchant pirate qui affame les artistes. Le copieur est désormais considéré comme un criminel. Parce que oui, aujourd'hui, tout le monde pense que faire une copie, c'est criminel. Au point que dans les écoles, les professeurs ne se passent plus les préparations de cours entre eux car ils ont l'impression que « quelqu'un profite d'eux », qu'on « leur vole leur travail » (véridique). Vous voyez jusqu'où ça va ? ...Alors que c'est faux ? Toutes les copies ne sont pas criminelles...

Que s'est il passé en 20 ans ?

Voyant que les copies, illégales ou non, étaient de plus en plus faciles à produire et à partager, le tout pour un prix de plus en plus bas et une qualité toujours meilleure, les puissants intermédiaires de la production artistique (artistico-commerciale, devrais-je dire) ont tout mis en place pour imposer à tout le monde l'image du copieur-voleur, pour juguler cette prolifération de copies qui, pensent-ils 1, met à mal leur monopole. À grand renfort de campagnes publicitaires (comme cette vidéo que vous voyez au début de tous vos DVD), ils ont insufflé dans nos esprits l'amalgame qui dit que copier c'est mal.

♦ Vous notez quand même que ce message, sur le plan juridique, est faux ?! ♦

Cette technique est évidemment très avantageuse pour eux. Voler, c'est mal, tout le monde le sait. C'est un message simple, cela ne se discute pas. Et un « voleur » est facilement décrédibilisé face aux ayant-droits. Cet amalgame copieur-voleur est donc l'outil parfait, à la fois pour faire culpabiliser le public 2 et pour empêcher de parler du fond du problème.

Defining Piracy by John Lester on Flickr (http://www.flickr.com/photos/pathfinderlinden/5458147415/)

Le problème comme le dit Rick dans son article, est que ce n'est pas vrai, démonstration à l'appui. Ce message est faux et il faut le combattre. Non pas pour justifier la copie illégale. Mais bien pour recentrer, voire même commencer, un vrai débat.

Le droit d'auteur, un sujet à débattre ?

Si on parle de la copie dans son contexte, c'est-à-dire celui du droit d'auteur, il devient en effet possible d'en débattre. On ouvre la discussion au lieu de la fermer. Parce que oui, le droit d'auteur est un sujet à débattre...

Tenez, pour vous donner une idée : ça vous semblerait tellement absurde que Tintin fasse partie du patrimoine culturel de la Belgique ? Vous n'avez pas l'impression qu'un monument de la chanson comme Jacques Brel fait partie de notre histoire ? Et bien dans les deux cas, on en est très, très loin. Voyez [1] et [2].

Qu'on soit bien clair : je pense sincèrement que tout travail mérite salaire. Et tout artiste doit pouvoir vivre de son activité. C'est évident. Mais toutes les copies ne sont pas mauvaises (point de vue moral, donc) et toutes les copies ne sont pas illégales (point de vue juridique, donc). Mais si on peut parler du droit d'auteur (et droits voisins) sans recevoir un argument fallacieux comme « tu copies, donc tu es un voleur, donc criminel, donc tu as tort et le débat est clos », alors on pourra aborder des questions qui me semblent essentielles et surtout plus constructives, comme :

  • Toutes les copies ne sont pas illégales (non, elles ne sont pas du vol). Comment faire en sorte que nos droits (de consommateur culturel) soient respectés et pas seulement ceux des ayant-droits ? Un juste équilibre est à trouver...
  • Quel est le sens de la durée (70 ans !!!) de protection des droits d'auteur ?
  • Pourquoi des ayant-droits se permettent-ils de mettre des verrous sur le support de l'œuvre ? Car en effet, cela limite nos libertés (celle de la copie privée, celle de l'utilisation du support comme on l'entend 3)
  • Pourquoi le système des droits d'auteur rétribue principalement le distributeur (parfois jusqu'à 95%) et non pas l'artiste ? Dans un monde connecté comme le nôtre, quelle est sa valeur ajoutée, à cet intermédiaire ? À quoi sert-il ?

Donc, oui, je pense que l'article de Rick est très important. Il a du sens. Et ce n'est pas pour soutenir de méchants pirates qui affament les artistes. Les questions citées ci-dessus ne sont pas celles d'un ado qui veut juste télécharger la dernière série à la mode... Il s'agit ici de nos libertés. Et de la culture.

La première chose à faire est de susciter la réflexion. Et pour que la réflexion ait lieu, il faut impérativement que le message « copier, c'est voler » soit combattu comme il se doit.

Le point Falkvinge, le nouveau point Godwin du débat sur la copie

Aussi, je vous propose de désormais utiliser le concept du point Godwin, appliqué à ce genre de discussion... que nous pourrions appeler le point Falkvinge. Dans un débat, atteindre le point Falkvinge revient dès lors à signifier à son interlocuteur qu'il vient de se discréditer en invoquant l'argument fallacieux qui dit que « copier, c'est voler ». En effet cet argument ad hominem n'est basé sur rien de solide, comme démontré par Rick dans son article. 🙂

NB : Une adaptation en anglais de ce dernier paragraphe se trouve ici.


 

Notes:

  1. Puisqu'il est prouvé que c'est plus tôt l'effet inverse, voyez ici : http://korben.info/piratage-vente-albums.html
  2. Voyez la deuxième étape du deil décrit par Ploum ici
  3. Saviez-vous que certains DVD ne peuvent pas être lus sous Linux ? Comment cette discrimination est-elle permise ?

Godwin point for the copyright debate : The Falkvinge point

In the follow-up of the publication of Talking Back Lessons: Retorts To "Copying is Stealing" from Rick Falkvinge, I wrote a translation in French and also a short complementary article in order to explain the context to the people which are not fully aware of the problem of the copyright monopoly. In the latter, I explain why this discussion is important and I define the Falkvinge Point, which seemed important for me to be translated in English.

Copy copy copy by David Goehring on Flickr (http://www.flickr.com/photos/carbonnyc/3063453222/)The Falkvinge point, the new Godwin point for the debate on the copyright

My suggestion is to define the Falkvinge point when someone, in a debate on the Copyright monopoly, asserts that copying is stealing. As this constitutes an arbitrary attack ad hominem, without any objective base —  as demonstrated in the article of Rick Falkvinge —, the debate is closed and whoever mentioned this sentence is considered having lost the debate. 🙂

Defining Piracy by John Lester on Flickr (http://www.flickr.com/photos/pathfinderlinden/5458147415/)


Leçon d'argumentation : réponse à « copier, c'est voler »

Cet article est une traduction d'un texte écrit par Rick Falkvinge sur son site Falkvinge on Infopolicy. L'article original, en anglais, est : Talking back lessons : retorts to "Copying is stealing". La traduction étant par définition une trahison, je vous indique entre parenthèse certains mots anglais pour mieux saisir le sens original.

Pour mieux comprendre cet article, si vous n'avez pas l'habitude de parler du droit d'auteur, j'ai également fait un article complémentaire, pour expliquer le contexte.

2013.08.19-CDDans une série d'articles sur mon blog Falkvinge on Infopolicy, j'ai désormais l'intention de donner des réponses aux mensonges les plus dérangeants répétés à l'envi par les spécialistes du droit d'auteur qui soutiennent ce monopole artificiel. J'ai décidé de le faire car je vois passer des montagnes de foutaises écrites dans certains fils de discussion, et celles-ci restent incontestées (en : unchallenged) et sans réponses, ce qui est très dangereux. Comme je le dis dans mon livre Swarmwise, il est capital, pour sauvegarder nos libertés à long-terme, que de fausses affirmations soient corrigées immédiatement et avec force, dès qu'elles apparaissent.

Aujourd'hui, nous discuterons de l'affirmation « Copier, c'est voler », qui est encore tellement courante. Elle devrait être morte et enterrée depuis au moins quinze ans, mais ce n'est pas le cas. Voici trois exemples pour contrer cet argument. Adaptez-les, traduisez-les et utilisez-les dès qu'elle apparait dans des discussions comme celle-ci sur Reddit.

Il ne faut pas se satisfaire d'une réponse à une fausse affirmation et il faut compter sur les gens qui pensent de manière logique. Une fausse affirmation doit être attaquée avec force (en : hammered) en montrant en quoi elle s'oppose à nos libertés ; il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, mais d'un bras de fer. Il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de montrer que nous avons raison, comme je l'explique dans Swarmwise — c'est ça qui forme la réalité et le futur.

Aujourd'hui, donc, on s'occupe de l'ineptie « Copier c'est voler » (en : copying is stealing). Ne laissez jamais une phrase pareille sans réagir... Voici trois exemples de réponses que vous pouvez utiliser. Copiez-les, remixez-les et adaptez-les à votre manière de parler et à votre situation.

Affirmation fausse : « copier, c'est voler. »

Réponse 1 : Non, pas du tout. Si copier était équivalent à voler, nous n'aurions pas besoin des lois sur les droits d'auteur (en : copyright monopoly laws), puisque les lois sur la propriété suffiraient. Ce sont ces dernières qui définissent le vol. Mais il existe des lois distinctes pour les droits d'auteur et le « vol » n'y est pas défini. Par conséquent, il est évident que ce n'est pas du vol ; ni légal, ni moral, ni économique. Par contre, il s'agit bel et bien d'une infraction aux lois sur les droits d'auteur (et leur monopole) — mais c'est quelque chose de complètement différent. Il s'agit d'une violation d'un monopole privé sanctionnée par l'autorité. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 2 : Non, pas du tout. Personne ne vole rien en copiant. Ils produisent leur propre copie en utilisant leurs propres biens. La différence est très importante et si nous voulons un débat constructif, vous devriez appeler les choses par leur nom. Il s'agit ici de produire sans autorisation des ayant-droits, aussi appelés détenteurs des droits exclusifs (et donc monopolistiques). Personne n'est lésé d'une possession dans ce cas, alors que c'est précisément ça qui définit le vol. Ici, un objet est copié et non pas volé. Vous essayez de redéfinir des mots de manière malhonnête, pour alimenter le débat à la lumière de faits incorrects.

Réponse 3 : Non, pas du tout. Produire sa propre copie en utilisant son propre matériel (son ordinateur, sa mémoire, son réseau) n'est absolument pas équivalent à voler... ni logiquement, ni légalement, ni moralement, ni économiquement, ni philosophiquement. Le débat est passé outre cet argument il y a déjà 15 ans. Essayer de le ressortir aujourd'hui est un non-sens. Si vous voulez vérifier, vous devriez regarder dans un livre de droit. Dans tous ces livres, vous trouverez toujours des chapitres différents pour aborder la propriété et le droit d'auteur. Et seule la violation des droits de propriété définit un vol.

Affirmation fausse qui pourrait suivre : « ...mais ils font perdre de l'argent à X et donc c'est du vol. »

Exemple de réponse : Que X perde de l'argent, c'est peut-être sujet à débat, mais ce n'est pas la discussion ici. Tout le monde fait perdre de l'argent à quelqu'un par ses actions (cuisiner au lieu d'aller au resto, nettoyer sa maison au lieu de payer une femme de ménage). Voler est strictement défini comme le fait de s'approprier indûment, avec ou sans violence, le bien d'autrui, dans le cadre de la législation sur la propriété (lien wikipedia). Et le droit d'auteur n'est pas régi par cette législation-là. Il n'y a pas d'autre définition légale, morale ou populaire du vol. Par contre, vous utilisez le vocable « ils volent » (avec tout son sens juridique) pour dire « ce qu'ils font est mal ». En faisant cela, non seulement vous mentez et vous les calomniez, mais en plus vous vous trompez sur ce que vous vouliez dire, puisque le partage de la culture et de la connaissance est un bienfait pour la société et pour vos semblables.

Prenez ces réponses, utilisez-les ! Il y en aura d'autres à venir dans un futur proche.

La fonction politique est un monopole soumis à l'effet Streisand

Ce week-end était organisé dans ma commune un accueil pour les nouveau-nés. Jeune parent, j’étais invité. Après avoir reçu un beau nounours aux couleurs de Braine-l’Alleud, j’ai aussi eu l‘occasion de discuter, à peu près une heure, avec mon bourgmestre 1, M. Scourneau. Après avoir posé une question presque anodine, il a fait le rapprochement entre mon nom et « le pirate » qui s’est présenté aux élections provinciales en 2012. C’est donc lui qui m’a dit : « Vous avez cinq minutes ? Il faut que vous m'expliquiez un peu cette histoire de pirates... »

Malheureusement, contrairement à lui, je ne suis pas un homme politique rôdé, qui a le sens de la formule. Je suis en effet très réfléchi et je dis rarement quelque chose sans en être sûr. J'écoute, surtout. Résultat : les arguments construits que je peux opposer aux siens ne viennent qu’après la fin de la discussion. Je ne suis décidément pas prêt à être politicien.

Du coup, je me suis dit qu’il serait intéressant de restructurer mes arguments sur ce blog. Une fois écrit, je les aurai mieux en tête pour la prochaine fois et, qui sait, ça pourra servir à d’autres. Je ne relaterai pas ici l’ensemble des idées échangées, mais je reviens sur une, qui m’a particulièrement marqué. Je la résume ainsi : d'après mon bourgmestre, ...

...le métier d’homme politique n’est pas différent d’un autre. On fait confiance à son médecin ou à son garagiste, il en va de même pour le bourgmestre. On n’a pas besoin de comprendre toute la chimie du médicament que donne le médecin ; on ne comprend pas toute la mécanique que répare le garagiste ; et de même, le citoyen n’a pas besoin d’avoir accès à toute l’information sur les activités politiques au sein de sa commune.

Il y a des informations délicates, qui seraient mal comprises si elles étaient divulguées. L’essentiel est finalement le résultat : le médicament soigne, la voiture roule et la commune est bien gérée.

De toute façon, très peu de gens s'intéressent à ces informations. Seul compte le résultat.

J'ai parfois l'impression que le monde politique est obligé de donner le bâton pour se faire battre, contrairement aux autres professions.

La citation n'est pas exacte mot pour mot, mais j'espère avoir retranscrit, sans la trahir, sa pensée. Et voici ce que moi j’aurais du dire, si mon cerveau pouvait avoir la répartie un peu plus rapide.

Non, je n'ai pas confiance en mon garagiste, ni mon médecin.

Je ne suis déjà pas d'accord de dire que j'ai, a priori, confiance en mon médecin ou mon garagiste. En ce qui me concerne, ma confiance n’est disponible pour quelqu’un qu’à travers le filtre de mon esprit critique et de mes choix.

Si vous ne comprenez pas ce que fait votre garagiste, vous êtes libre de suivre des cours de mécanique et comprendre ce qu’il fait. Si vous voulez connaître ce qui se passe dans les molécules de votre corps quand vous prenez le médicament prescrit, vous êtes libre de vous former en chimie. Mais, je l'accorde, il y a mieux à faire que de passer son temps à vérifier ce que font les autres, juste pour être sûr que c'est juste.

...mais c’est possible. Et dans une moindre mesure, c’est même de plus en plus courant. Et bien oui. Moi, par exemple, je suis extrêmement critique vis-à-vis des médecins (je sais, c’est à la mode 2). Et je ne fais confiance qu’à ceux qui, par leurs explications, leurs raisonnements et leurs questions me montrent que je peux avoir confiance en eux. Mon esprit critique fonctionne quand je suis chez un médecin. Je n’ai pas le temps de tout savoir, mais je veux en savoir assez que pour être sûr que le médecin fait le bon choix. Dieu merci, mon médecin de famille, très capables, écoute mes questions et y répond. Si elle ne le faisait pas, je ne resterais pas chez elle.

Pour mon garagiste, par contre, je suis nettement moins regardant. Je me contente du résultat, puisque je ne paye pas les réparations et que, dans mon cas, je juge une panne peu impactante (et j’accepte le risque). Chacun se positionnera comme il le souhaite vis-à-vis de chacun des corps de métier.

Mais en politique, je suis regardant. Je veux savoir. Je veux comprendre. Et, oui, c'est « à la mode ». Mais plus qu'une mode, c'est une lame de fond qui arrive avec l'éducation et les nouvelles technologies (je vous ai déjà parlé des pirates ?). Et voici pourquoi j'ai le droit et pourquoi il est nécessaire d'avoir accès à cette information et pourquoi les institutions politiques devraient faire en sorte que les citoyens y aient véritablement accès.

La fonction politique n’a pas de prix

Votre garagiste, vous le payez pour faire ce que vous voulez. Si vous ne voulez pas réparer votre roue ou votre essuie-glace, c’est votre choix. Pareil chez le médecin : vous n’êtes pas obligé de vous faire soigner votre rhume et vous pouvez choisir des médicaments plus cher, mais sans effets secondaires 3.

Pour la politique, c’est fondamentalement différent. Vous ne payez pas un politicien pour qu’il fasse une action de votre choix. Il a un mandat, il est indépendant et il est rémunéré pour vivre et prendre des actions pour le bien de la société, pas pour faire ce que vous voulez 4.

Alors si une action (directive, loi, règlement, décret) est prise, qu’elle vous concerne et que vous n’avez pas de moyen pour l’influencer... la moindre des choses est que vous puissiez la comprendre. Connaître les raisons, les tenants et les aboutissants et l’historique de cette décision est essentiel. Au moins par respect de celui qui doit la respecter, la mettre en œuvre ou éventuellement la subir.

La fonction politique est un monopole

Si vous n’êtes pas satisfait de votre garagiste ou de votre médecin, vous pouvez en changer. Vous êtes libre 5. Vous êtes également libre de payer plus cher pour un garagiste agréé ou un médecin « reconnu ». Ou moins cher pour un gars qui réparera votre jante en alliage à coups de marteau (cas vécu), ou un charlatan qui vous prescrira le mauvais médicament.

Dans notre société, votre choix dépendra de votre esprit critique et de vos moyens. Mais pas de votre situation géographique (si on fait l’hypothèse d’atomicité des garagistes et des médecins).

L’homme politique, lui, est imposé. En fonction de quoi ? De l’endroit où vous habitez. Uniquement. Certes, vous donnez votre avis aux élections. Mais, primo, cela ne dépend pas que de vous (et votre poids est même minime, quoiqu’essentiel). Et secundo, vous ne pouvez pas en changer avant les prochaines élections.

Public domain by ScooterSE on Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:US_Deluxe_Monopoly_Tokens.jpgAlors oui, la fonction politique est un monopole. Et les monopoles, chez nous, on les régule (enfin, normalement) pour le bien des citoyens et de la société en général. Mais pour bien réguler, il est nécessaire de savoir, de vérifier et donc d'accéder aux informations. Et il serait malsain (et inutile) que ce contrôle soit effectué en interne, ou par des gens qui pourraient y trouver un conflit d'intérêt. Ceci exclut d'emblée tous les hommes et femmes politiques liés à une majorité.

L'information délicate

Quant à l'information délicate qu'il vaut mieux ne pas divulguer, c'est un faux problème, d'après moi. Soit il s'agit effectivement d'une information qu'il ne faut pas divulguer pour de bonnes raisons (par exemple, certaines étapes de passation d'un marché publique, pour des raisons d'égalité des candidats et de saine concurrence, doivent être confidentielles), et alors, il suffit de donner la raison. Les gens peuvent comprendre. Ils ne sont pas idiots.

Soit il s'agit d'une information gênante, auquel cas ce n'est pas une raison pour la cacher. De toute façon, la société évolue vers une acceptation des erreurs... Oui, figurez-vous que les gens apprennent à pardonner.

Je vous étonne, là, non ?

Je précise ma pensée : la foule ne pardonne pas... mais elle peut accepter. Il suffit de comprendre l'effet Streisand, qui est de plus en plus courant : si vous essayez de cacher ou de censurer une information sur Internet, vous prenez le risque de voir cette information diffusée en masse. Par contre, et les community managers commencent à le savoir, en cas de problème, il faut impérativement reconnaître l'erreur et la corriger au plus vite si on veut éviter le scandale et la diabolisation du fautif. C'est aussi vrai en politique, même si le phénomène n'est pas encore aussi important. Mais ça arrive.

http://knowyourmeme.com/memes/streisand-effect

La photo à l'origine de l'effet Streisand

Conclusion : si vous avez une information gênante pour vous, diffusez-la quand même. Simplement, honnêtement. Et corrigez le tir si nécessaire, pour quand même éviter qu'on vous lynche (c'est là l'intérêt). Et si cette info est gênante uniquement parce qu'elle peut être mal comprise, expliquez-la. Oui, c'est chiant de devoir tout expliquer, mais on vit dans une société de communication, il va falloir vous y faire. Je ne dis pas que c'est bien. Mais c'est un constat auquel on n'échappera pas.

Par contre, si l'info est gênante parce que vous êtes malhonnête, alors oui, évidemment, vous préférerez la cacher. Mais alors vous n'empêcherez pas les gens de se poser des questions et de vous soupçonner. Et de finalement découvrir le problème.

Laisser la possibilité

Alors, oui, c'est un fait, peu de gens iront voir cette information. Intéresser les gens à la politique n'est pas chose aisée. Mon bourgmestre s'en plaint, et je le comprends. Néanmoins, il est obligatoire que le citoyen ait la possibilité de se renseigner, s'il le désire. Comme je l'ai montré plus haut, au moins par respect (puisqu'il doit se soumettre aux décisions de la chose publique) et par nécessité (pour éviter les abus liés au monopole de la fonction politique). Bref, il faut laisser la possibilité aux whistleblowers, les tireurs d'alarmes, de faire leur travail.

CC by  FALHakaFalLi on Fotopedia - http://www.fotopedia.com/items/flickr-3354824268

Cette exigence de transparence peut effectivement faire croire qu'on n'aime pas les politiciens, qu'on leur cherche des poux, qu'on n'est pas aussi compréhensif qu'avec un médecin ou un garagiste. Mais il n'en est rien. Je préfère continuer sur la lancée et comparer à une autre profession : joueur de foot. Un match ne se déroule pas sans whistleblower (au sens propre, cette fois, les "souffleurs dans le sifflet"). Et effectivement, les attaquants se feront plus souvent siffler que le gardien... C'est un fait. La faute fait partie du jeu quand on attaque (sauf si elle est intentionnelle, alors carton rouge). Ce n'est pas une raison pour bander les yeux de l'arbitre et lui cacher la faute...

L'attaquant doit accepter de se faire siffler ou bien il doit retourner au vestiaire sans jouer.


Photos:

Notes:

  1. Si des Français me lisent, le bourgmestre d'une commune en est le maire.
  2. Mais après en avoir consulté plusieurs qui donnent des avis différents sur un même problème, force est de constater qu'il faut prendre du recul. Le patient doit aujourd'hui être partie prenante du diagnostic. Ouh, ça ne va pas plaire aux médecins qui me lisent...
  3. Le cas du médecin est quand même particulier car la santé étant considérée comme un bien commun, chacun peut recevoir des aides pour veiller à ce que ce choix ne se fasse pas trop au détriment de la santé
  4. Vous noterez que je me suis abstenu, dans ce paragraphe, de faire des blagues pleines de sous-entendus sur, respectivement, les passe-droits (cf. le mandat), la particratie (cf. l'indépendance) et la corruption (cf. le bien de la société). Ce fut difficile.
  5. dans les limites d’une économie de marché, pour le meilleur ou pour le pire

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.