Noël est passé, mais il vous reste quelques cadeaux à faire !

Noël est fini. Vous avez offert tous vos cadeaux. Mais ne pensez-vous pas qu'il faudrait encore en faire quelques autres ? À certains qui en ont encore bien besoin ?

Attention, dans cet article, il y a des appels aux dons !

Cadeaux de Noël par Alan Cleaver sur FlickrInternet : tout gratuit

« Avec Internet, tout est gratuit, c'est bien connu. Les gens ont pris l'habitude de ne rien payer. Et c'est bien pour ça que tout va mal : la presse périclite, les artistes ont faim et les petits commerces se meurent. La faute aux méchants téléchargeurs et aux inconscients qui achètent sur ebay ou Amazon. »

Avouez que c'est un discours que vous entendez souvent, voire que vous tenez vous-même. N'est-ce pas ? Qui n'a jamais vécu le cas de vouloir acheter une bédé dans un bon vieux marchand de bédés, et après en avoir essayé quatre « qui-ne-l'avaient-pas-mais-on-peut-commander-ça-arrivera-dans-10-jours », a fini par l'acheter sur Amazon (moins cher et livré chez soi le lendemain), non sans une certaine culpabilité ?

Internet : tout payant

Et la culpabilité fonctionne bien. C'est même là-dessus que beaucoup de monde joue pour vous obliger à payer. Un abonnement (qui « rétribue » les artistes), une taxe de solidarité (qui sera « redistribuée » aux industries en déclin), une cotisation de solidarité (pour être « solidaire » avec toutes les victimes d'Internet), des restrictions des droits d'utilisation (les DRM et leur pertinence), ou même des publicités (pour payer l'auteur « indépendant »), vous permettra de vous sentir moins coupable. « J'ai payé pour ce service, donc, c'est bon, je suis en ordre avec ma conscience. » Énormément de monde rentre dans ce système (vous aussi ?) et accepte de payer artificiellement plus cher pour un certain service online, tout en regrettant de voir disparaître les petits commerces à cause de ces services, justement.

Face à ce constat, une minorité de geeks — que j'appellerai « gentils extrémistes du libre » — tiennent un discours qui va à contre-sens de ce système. Ils réclament un internet libre et gratuit à tout vent. Ils encouragent le téléchargement illégal (tout simplement parce que l'offre légale n'offre pas les mêmes qualité, disponibilité, flexibilité et respect des droits du client). Ils s'offusquent de l'utilisation insensée qui est faite du copyright et des non-sens qui en résultent. Ils s'indignent qu'on puisse imposer une taxe qui redistribuera de l'argent à des gens qui n'en ont pas besoin et qui ne le méritent pas, etc.

Étant moi-même assez proche de penser cela, je ne peux pas leur donner tout à fait tort, et vous trouverez assez d'arguments sur Internet pour comprendre leur raisonnement (ici, ici et ici et voyez les liens dans l'article). Quant à moi, j'aimerais vous proposer une autre solution : ni tout gratuit, ni tout payant.

L'Internet du don... pas payant, mais pas gratuit.

À l'instar de Ploum qui présente son blog comme payant, mais avec un prix libre, j'aimerais vous encourager à donner. Oui, c'est étonnant, mais on peut aussi donner, plutôt que de se laisser imposer des taxes ou des abonnements inutiles et inefficaces. Le gros avantage du don est qu'il permet aussi de déculpabiliser, mais en plus, de décider soi-même où va son argent. Mais ce n'est pas toujours facile de savoir où et comment donner.

Alors voici quelques pistes de solutions pour vous, qui constitue d'après moi, une troisième voie intéressante.

(1) En cette période de fête, il est souvent de tradition de faire un don auprès des organisations humanitaires bien connues (UNICEF, WWF, MSF, Amnesty, Îles de paix, etc.) ou d'autres asbl moins humanitaires, mais tout aussi importantes (comme Les Scouts). Pour le belge moyen, c'est effectivement le dernier moment pour faire un don qu'il pourra déduire de ses impôts en juin prochain. Même dans la générosité, il n'y a pas de petits profits (je dis ça, mais je le fais aussi). Je ne peux que vous encourager à le faire. Après tout, c'est aussi un moyen de dire à l'état de donner de l'argent à ces ONG. N'hésitez pas à aussi soutenir des plus petites organisations que vous connaissez et qui valent la peine !

(2) Et si pour une fois, vous pensiez à faire un don égoïste (en plus des dons mentionnés ci-dessous qui restent importants) ? J'entends par là des dons à des organisations qui vous permettent, aujourd'hui, de surfer librement sur Internet. Des organisations qui, malgré les scandales récents de PRISM et consort, font en sorte que votre vie privée existe même sur internet. Des organismes qui militent pour vos droits et défendent la neutralité d'internet. Des associations qui prônent le partage du savoir. Que diriez-vous de faire des dons à

(3) Et comme bonne résolution pour l'année 2014, vous devriez essayer Flattr. Il s'agit d'un système de micro-paiement qui permet de donner de l'argent à tous les créateurs de contenus que vous voulez. Si vous estimez que vous payeriez bien 5€ par mois pour tout ce que vous lisez/voyez sur le net, vous payez 5€ par mois, pas plus. Et tout au long du mois, vous cliquez sur les boutons flattr du contenu que vous appréciez. À la fin du mois, vos 5€ seront répartis entre les créateurs que vous aurez flattré (voyez aussi quelques explications complémentaires). Idéal, non ?

Et si cet article vous a plu, pensez à le flattrer 🙂


Quand les banques se comparent à Facebook...

Il y a quelques jours, la publicité illustrée ci-dessous s'affichait dans les rues de nos villes, en même temps que toute une série de variantes. Celles-ci proclamaient, par exemple, qu'on pouvait « télécharger l'app partout », qu'elle « se trouvait entre Facebook et Spotify » à l'aide de multiples références au monde des smartphones.

Publicité Hello Bank

Publicité Hello Bank!

Rien de bien grave, donc : c'est juste un nouveau compte chez BNP Paribas Fortis (quel nom, je vous jure). Il a ceci d'original qu'il est orienté mobile. C'est à la mode. D'après une rapide lecture de leur site promotionnel, il s'agit d'un compte tout-à-fait normal. Mais au lieu de s'inscrire dans une banque (ce qu'on faisait depuis toujours) ou sur un site web (ce qu'on faisait depuis environ 5 ans), il s'agit cette fois de s'inscrire via une application smartphone ou tablette. That's it.

Pour bien faire la pub de cette nouvelle approche, ou plutôt de ce nouvel outil, les références pleuvent pour bien situer le produit dans le monde mobile des smartphones et des tablettes, comme expliqué en début de cet article. Compréhensible et logique.

Toutefois, une de ces pubs me chiffonnent un peu. C'est évidemment celle qui illustre cet article. Il y est dit : « Combien coûte un compte Hello Bank! ? Rien, comme votre compte facebook. »

Remarque typographique liminaire

Alors première chose, avec cette affiche, nos amis typographes et autres graphistes auront frisé la crise cardiaque (moi-même dont l'arrière-grand-père était imprimeur, j'ai mal) en voyant un mot, directement suivi d'un point d'exclamation, lui-même suivi d'une espace 1, suivie d'un point d'interrogation (« Bank! ? »). Alors qu'en toute logique, il faudrait un mot, suivi d'une espace, suivi d'un point d'interrogation (« Bank ? »), ou d'un point d'exlamation (« Bank ! »). Ou à la rigueur, des deux à la fois (« Bank !? »). C'est l'inconvénient de la prolifération des marques avec des éléments de ponctuation inclus 2. Passons. Tout le monde n'a pas la typographie et l'accentuation des capitales (et pas seulement des majuscules) comme passion.

Un compte en banque pour publier des photos de lolcats ?

Mais surtout, ce qui m'a frappé, c'est le fait qu'une banque — c'est-à-dire une institution respectable qui doit gérer votre argent en toute confiance (on ne rigole pas, là dans le fond) — se retrouve à se comparer à Facebook.

Premièrement, ça ne fait pas sérieux. Facebook est une plateforme de contacts, d'échange et de partage de vidéos de chats mignons/énervants/drôles (biffez les mentions inutiles). J'espère que cette banque compte faire autre chose avec l'argent qui lui sera confié.

Ensuite, ont-ils vraiment réfléchi à l'image de Facebook ? La première chose qui me vient à l'esprit, à moi, quand on me parle de Facebook, c'est : beaucoup de blabla superficiel et des problèmes de respect de la vie privée. Une banque a-t-elle vraiment envie de se comparer à ça ? J'avoue ne pas comprendre.

Enfin, dans notre monde de plus en plus numérique et connecté, c'est devenu un lieu commun de dire « Si un service est gratuit pour le public, c'est que c'est le public le produit ! » C'est aussi le message que vous nous faire passer cette banque ?

Certes, je m'efforce de faire partie de ceux qui exercent leur esprit critique. L'image de Facebook est donc peut-être différente chez moi que chez le cœur de cible de cette campagne... Quoique, en y réfléchissant bien, ce cœur de cible doit probablement être le groupe des 20-35 ans hyper connectés qui ont smartphone et tablette. Bref, des gens un peu comme moi (même si je n'ai pas de tablette).

Sérieusement

Avec un peu de recul, j'imagine que les responsables de la banque, ou plus probablement les responsables créatifs de la campagne, se seront posé ces questions. Et vraisemblablement, la conclusion de leurs réflexions a été de conclure que non, l'image de Facebook n'est pas mauvaise, au contraire. J'imagine facilement l'explication d'un créatif (genre le roman 99 francs) : « Oui, mais vous comprenez, cette marque possède intrinsèquement une connotation hyper positive, surtout auprès du public jeune.Son potentiel d'attachement est énoôorme parce qu'elle incarne la connexion, l'instantané et le plaisir... On ne peut pas passer à côté d'un atout pareil en terme d'image. »

Et finalement, c'est sans doute là que ça me fait mal. Certes Facebook n'incarne pas le mal absolu et ne représente pas tous les dangers. C'est même sans doute une sacrée invention, il faut le reconnaître. Mais de là à le prendre comme valeur de référence pour une banque ou pour un compte... Il y a de la marge ! Et pourtant, force est de constater que c'est le cas. Facebook est devenu la référence ultime (j'en avais déjà parlé, indirectement, ici).

Et j'avais juste envie de vous le faire remarquer, histoire d'en être conscient et d'y réfléchir. Est-ce ce type de modèle que nous voulons ?

Notes:

  1. Oui, une espace, au féminin. C'est expliqué ici.
  2. Notons au passage que le nom « Hello Bank! » ne respecte donc pas les règles de typographies françaises, qui auraient exigés une espace entre « Bank » et « ! »