Encore une bonne raison de soutenir le revenu de base !

CC BY-SA by Camdiluv on Flickr (https://www.flickr.com/photos/camdiluv/4441155157/sizes/o/)

Après vous avoir parlé des raisons économiques qui poussent au revenu de base, et après en avoir balayé les mauvais arguments contre...voici un petit témoignage qui explique pourquoi il est sensé.


C'est l'histoire d'une famille tout ce qu'il y a de plus normal : M. et Mme Normal sont deux employés et ils ont deux enfants en bas âge. Le premier va à l'école. Le second va à la crèche. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils ont de 24 à 32 jours de congés par an. C'est plus que le minimum légal (20) et plus que beaucoup d'indépendants.

On est presque en juillet, tout va bien. Il fait beau. Et M.et Mme Normal ont réussi un improbable casse-tête : caser l'ainé (3 ans) tous les jours de juillet. Bon, ils passeront le mois sur les routes à le conduire à droite et à gauche. Mais il faut ce qu'il faut. Et puis M. et Mme Normal sont bien chanceux. Ils ont un emploi, eux.

Ce problème ne se pose pas pour le petit, tout va bien : la crèche n'est fermée que deux semaines durant les mois d'été. Ouf, les vacances sont organisées sans consommer tous les jours de congé de M. et Mme Normal. Ben oui, il faut bien en garder pour les vacances de Toussaint, de Noël, de Carnaval, de Pâques. Et puis pour les congés pédagogiques. Et les ponts. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Tout est organisé et bien compté.

Même lorsque le petit attrape une varicelle, tout va bien. Il ne peut plus aller à la crèche pendant deux semaines, mais il existe un service de garde-malades. Bon, ça coûte plus cher, mais il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils peuvent se le permettre.

Ils auraient préféré garder l'enfant malade eux-mêmes, mais ce n'est pas possible. Le premier jour, ils peuvent prendre un congé social (non-payé) car c'est un cas de force majeure. Mais le lendemain, il faut aller travailler. Il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Le système a tout prévu pour eux : ils peuvent travailler.

M. et Mme Normal ont décidément beaucoup de chance. Vraiment beaucoup de chance. La semaine prochaine, l'aîné sera à la maison, gardé par une baby-sitter. Le petit sera à la maison, gardé par une garde malade de la crèche. La première ne sait pas garder les deux enfants (elle est trop jeune). La seconde ne peut pas garder un autre enfant que celui qui est malade (elle n'est pas payée pour ça). Mais M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils pourront aller travailler pendant que deux personnes payées s'occupent de leurs deux enfants.


Ceci est une fiction, mais vachement inspiré de faits réels. Elle montre que les "chanceux" de notre société sont ceux qui peuvent (doivent ?) toujours aller travailler. Même s'ils ne sont pas indispensables au travail pendant deux semaines. Même si cela amène des situations absurdes. Mais il faut ce qu'il faut...

Mais en quoi la situation changerait avec un revenu de base ?

Primo, je pense que les employeurs n'offriraient plus de travail. Ils en chercheraient. Et ce sont les travailleurs qui offriraient leurs services. Après tout, n'évoluons-nous pas vers une économie d'abondance ? Ceci établirait un rapport de force plus équitable entre employeurs et travailleurs. Et favoriserait l'équilibre travail-vie privée des travailleurs. Je pense que nous aurions plus facilement des congés sociaux (comme ils s'appellent maintenant) pour répondre aux besoins (entre autres familiaux) des humains que sont les employés. Et surtout, prendre ces congés non-payés ne constituerait plus un handicap pour les familles moins favorisées puisqu'elles seraient assurées d'un revenu de base.

Secundo, je pense que les gens se rendraient compte qu'ils travaillent pour vivre et non l'inverse. Le revenu de base permettrait de libérer les gens de ce carcan "il faut un emploi (travail rémunéré) pour exister". Et s'occuper d'un enfant malade deviendrait aussi un travail respecté, qui a du sens.

Et tout cela sans imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui sont indispensables à leur travail (ou croient l'être) peuvent toujours aller travailler et payer des gens pour s'occuper de leurs enfants malades. Simplement, avec un revenu de base, j'aimerais qu'on ne les appelle plus "chanceux".


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Le revenu de base au pays des Bisounours

L'Initiative Citoyenne Européenne pour un revenu de base est clôturée depuis avant-hier et elle n'a pas abouti. Dommage. Néanmoins, j'ai été très étonné du nombre de gens qui en ont parlé autour de moi et sur internet (voyez cette excellente infographie pour ceux qui ne connaissent pas encore le sujet). Étant moi-même partisan depuis un bout de temps, cela m'a fait plaisir. Et, même si l'initiative est clôturée, je pense qu'il faut encore en parler pour continuer à faire évoluer les esprits car, après tout, déjà 285.000 citoyens européens sont déjà favorables à l'idée d'en discuter 1.

Beaucoup de gens sont encore critiques vis-à-vis de cette proposition et c'est bien compréhensible : le changement fait peur. Mais profitons des opposants et de leurs arguments afin de mieux construire une proposition solide. Néanmoins, certains arguments (ceux qui viennent rapidement à l'esprit) ne tiennent pas la route très longtemps et j'aimerais ici leur tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Cet article est un peu un « Guide pratique pour une première discussion sur le revenu de base ». Les questions compliquées qui méritent un débat plus profond ne sont pas abordées ici (juste citées en fin d'article).

Quelle est la formule exacte du revenu de base ?

Tout d'abord, un premier point qui me semble fondamental. Le revenu de base inconditionnel (RDBI), c'est un concept assez vieux et beaucoup de monde en a déjà parlé. Beaucoup de monde et autant de visions. Il y a plein de solutions différentes pour mettre cela en place, de la plus libérale à la plus communiste. Ceci pour souligner que ce qu'on peut lire sur un site n'est pas forcément à prendre comme l'évangile du revenu de base. Et un argument contre une vision du revenu de base n'est pas forcément absolu. Il n'y a pas de formule unique du revenu de base. C'est un choix politique qui peut aller dans tous les sens.

CC by Cancelos on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:F%C3%AAte_des_Roses,_2008,_Bisounours.JPG)

Un monde de bisounours

Avec le revenu de base, est-ce qu'on vivra tous avec les Bisounours, dans un monde arc-en-ciel ?

C'est souvent l'impression que vous laissera le message d'un partisan du revenu de base. Porté par des valeurs de solidarité, d'équité sociale et de progrès, un adhérant se laissera facilement à espérer cela. Mais moi, je ne pense pas qu'une allocation universelle nous permettra de vivre d'amour et d'eau fraiche. La révolution française ou la déclaration universelle des droits de l'homme constituent des avancées considérables en termes de bien-être collectif. Et pourtant, des gens meurent encore de faim aujourd'hui, malgré ces deux étapes. Mais un petit peu moins. Ce sera pareil avec le revenu de base.

Arrêtons de croire que le revenu de base est une douce utopie communiste qui nous mènera chez les Bisounours. Pour moi, l'idée du revenu de base est, entre autres :

Et lorsque nous aurons cela bien en tête, il sera primordial de veiller à ce que la mise en œuvre d'un RDBI se fasse en cohérence avec des valeurs essentielles de solidarité et de justice. Histoire de laisser le monde un peu meilleur que quand nous y sommes venus...

Une fois qu'on ne sera plus considérés comme des Bisounours, quels autres arguments peuvent être facilement écartés ?

« Ce système communiste fera fuir les riches qui n'auront pas envie de payer pour des fainéants qui ne travaillent pas. »

Soyons sérieux. Aucun système au monde n'a durablement empêché la richesse. Ça n'arrivera pas. On ne passera pas d'une civilisation à son contraire et notre société est aujourd'hui toute entière tournée vers la richesse. Si un revenu de base se met en place, il s'agira d'une nouvelle manière, plus efficace et plus épanouissante, de redistribuer la richesse comme le fait aujourd'hui le chômage. Les riches ne verront pas la différence. Les pauvres oui. Et il y aura peut-être bien plus de riches.

« Les gens ne feront plus rien si on leur donne un salaire gratuitement ! »

Ma première réponse à cette remarque est :
— « Et toi, si on te donne un revenu de base qui te permet d'assouvir tes besoins fondamentaux, que fais-tu ? Plus rien ?
— Moi ? Si, je continuerais ! »
CQFD. D'ailleurs, 80% des gens déclarent qu'ils continueraient à travailler. Et 80% des gens pensent que les autres arrêteront. Cherchez l'erreur...

Alors bien sûr, les gens qui ne font déjà rien maintenant ne feront peut-être toujours rien. Mais au moins, on cassera les aprioris qui les enfoncent dans leur situation (« ce sont des mauvais, des chômeurs... ») et ça leur permettra peut-être de sortir de ce cercle vicieux.

De plus, aujourd'hui, il existe beaucoup de pièges à l'emploi où les gens ont tout intérêt à ne pas travailler s'ils veulent gagner plus. Ceci est impossible avec un revenu de base inconditionnel.

Mais la majorité, oui, continuera à faire quelque chose. Un revenu de base, dans ma vision, devrait être suffisant pour se nourrir (en faisant ses courses simplement), se loger (dans un petit appartement) et s'habiller (juste pour ne pas avoir froid). Et vous croyez vraiment que tout le monde va se contenter de ça ? Vous n'aurez pas envie d'avoir un jardin, une maison plus jolie (avec des meubles dedans), de quoi vous payer un resto ou une gaufre chaude de temps en temps ? Et des vêtements de sport ? Ou ces nouvelles chaussures qui sont « trop belles, quoi... ». Rassurez-vous, les gens auront encore envie d'avoir un peu plus que le minimum vital. Je ne pense pas que le revenu de base viendra à bout de la consommation. L'humanité est ainsi faite, pour le meilleur et pour le pire.

Enfin, il y a aussi beaucoup de gens qui arrêteront de travailler par choix, et ce sera une très bonne chose pour tout le monde. Combien d'emplois existent aujourd'hui parce qu'ils sont subventionnés mais ne servent à rien ? Et même sans subventions, qui ne connait pas des gens qui ne font rien à longueur de journée... mais au travail 2  ? Tous ces gens-là ne seraient-il pas mieux ailleurs, à faire quelque chose de constructif ? Il y a assez de besoins dans le monde du non-marchand, considéré comme moins rentable. Avec un revenu de base et un salaire de compensation très bas qu'une ASBL peut payer (d'autant plus si on ne taxe plus les revenus du travail mais de la consommation — voir point suivant), il serait possible d'atteindre un niveau de vie qui, par choix, est suffisant pour beaucoup de gens engagés.

« Comme il y aura moins de gens au travail, les revenus des états vont diminuer et le système va se casser la gueule. »

Pour ma part, je pense qu'il est illusoire de penser qu'on peut mettre en place le RDBI en gardant notre système social actuel dont le fonctionnement est basé (quasi) uniquement sur la taxation des revenus du travail. Ma vision de l'allocation universelle, c'est de dire qu'il n'y a plus de travail pour tout le monde. Acceptons donc l'idée que ce n'est pas le travail qui produira la richesse dont la société a besoin pour assurer le bien-être des citoyens. Ça, c'était possible entre 1945 et 1970, plus maintenant car tout s'automatise.

Si on met le RDBI en place sans rien changer d'autre, le taux d'imposition grimperait effectivement pour compenser la perte ou l'abandon d'emplois rémunérés. C'est évident. Et c'est pour cela que la mise en place d'un revenu de base doit se faire avec une nouvelle manière de capter l'argent nécessaire au fonctionnement de la société. Comme une taxation de la consommation, par exemple (attention, c'est un choix politique, ça !).

« Personne ne sait comment réagira l'économie si on met ce système en place. »

À mon humble avis, personne ne sait jamais avec certitude ce que donnera un changement dans un système économique. En mettant en place les primes photovoltaïques, est-ce que le gouvernement wallon savait exactement comment allait réagir l'économie ? Non, sinon, il ne l'aurait pas fait. Est-ce que les américains savaient exactement comment réagirait l'économie en faisait le plan Marshall après la guerre ? Ils s'en doutaient, mais s'ils avaient su à quel point cela fonctionnerait, ils auraient donné encore plus d'argent ! La seule façon de le savoir c'est de le mettre en place. Le tout est de le faire convenablement, en réfléchissant intelligemment à la formule.

Pour ma part, je ne suis pas devin, mais j'ai l'impression que l'économie se porterait mieux.

  1. Parce que les gens auraient les moyens de se lancer dans des aventures entrepreneuriales beaucoup plus facilement puisqu'ils auraient un filet de sécurité s'ils se plantent. Et Dieu sait si on se plante souvent en tant qu'entrepreneur.
  2. Parce que notre société serait beaucoup plus libre et tournée vers l'innovation dans la mesure où on n'aurait plus peur de l'innovation "qui-risque-de-mettre-en-péril-des-emplois", comme c'est souvent le cas aujourd'hui.
  3. Parce que beaucoup de gens créeraient. Oui, créer. Les gens se lanceraient dans leur passion, ce qui reste le meilleur moyen de créer de la qualité, qui est la base d'un bon équilibre économique.

« Mais il faut quand même mériter son salaire ! Ça ne va pas de recevoir de l'argent sans rien faire... »

Première remarque : la population totale en Belgique est de 11.035.948 personnes en 2012 (source). La population active, quant à elle, est en 2012 composée de 4.479.036 3, soit 40.5% de la population belge. Et les soixante pourcents restants sont en fait composés d'environ 30% qui vivent grâce à leur famille (enfants, étudiants, parents au foyer), 20% de rentiers (retraités, grosses fortunes) et 10% sont au chômage.

Actuellement, donc, 60% de la population ne mérite pas son salaire. Elle vit au crochet de la société.

Deuxième remarque : il faut sans doute faire la différence entre mériter son salaire et mériter de vivre. En effet, le revenu de base propose de donner à chacun afin de satisfaire ses besoins essentiels. Doit-on mériter de vivre ? Rien n'empêche, après le revenu de base, de compléter ses revenus par un salaire mérité que chacun voudra obtenir (ou pas) en fonction de ses propres choix.

« Qui va faire les boulots chiants, alors ? Plus personne ne voudra les faire ! »

L'exemple classique est celui de l'éboueur. Un sale travail que personne ne veut faire. Oui, mais s'il est très bien payé, je suis certain que beaucoup seraient très contents de le faire. Si on y met le prix, il y a toujours un volontaire. Cette phrase pourrait passer pour du libéralisme sauvage (et dangereux). Mais n'oublions pas que cette situation hypothétique diffère fondamentalement de notre situation actuelle : dans une société du revenu de base, c'est le travailleur qui offre son temps de main d'œuvre et ce n'est pas l'employeur qui offre du travail 4. Le travailleur n'a pas la corde au cou s'il ne travaille pas ; il est assuré de survivre. Cette situation renversée permettra, je l'espère, de trouver un équilibre différent de celui que nous connaissons.

De plus, un élément me semble essentiel à ajouter. C'est difficile à concevoir, mais d'après moi, ces boulots chiants sont amenés à disparaître. Tout simplement. En effet, aujourd'hui, le pas à franchir pour licencier des centaines d'éboueurs est immense. La pression politique est forte pour garder l'emploi. Donc, personne ne se risquerait à proposer une solution qui se passe d'éboueurs (un collecteur de poubelle géant, un hélicoptère automatique ramasse-poubelle, que sais-je...) : il se verrait confronté à un refus. Car politiquement, ça ne passerait pas. Du coup, personne ne veut risquer le coup financièrement.

CC by stanjourdan on Flickr (http://www.flickr.com/photos/stanjourdan/8525489347)

Revenu de base en Namibie

 Et quoi, trop facile ? Il n'y a pas d'autres arguments ?

Si, il y a encore beaucoup d'autres points très intéressants à discuter. Le revenu de base pose des questions difficiles. Elles ne sont pas aussi simples que les arguments bisounours donnés dans cet article. Je ne rentrerai donc pas dans leurs détails ici. Mais pour aiguiser votre curiosité, je vais en citer quelques-uns. Voici donc les vrais questions à se poser à propos du revenu de base :

Mais pour moi, le plus grand problème du revenu de base reste encore la transition. Comment peut-on passer de notre système à un autre, sans trop de heurts et de déséquilibre ? Dès que j'en saurai plus, je n'hésiterai pas à vous le faire savoir. 🙂


Photos:

 

Notes:

  1. Et au passage, 125.000 Suisses aussi, qui ont réussi à faire passer un référendum à ce sujet.
  2. D'ailleurs, voici une phrase véridique entendue dans le train par votre serviteur : « Non, moi je n'ai pas envie de télétravailler... je ne fais déjà rien au boulot, mais si en plus je suis chez moi, je ferais encore moins ! » Et donc ces gens-là sont respectables, mais les chômeurs non, c'est ça ?
  3. pour savoir d'où vient ce chiffre, j'ai additionné les trois tranches d'âge présentée dans la source : 335.006 (de 15 à 24 ans) + 3.009.606 (de 25 à 50 ans) + 1.134.422 (de 50 à 64)
  4. Je l'accorde, cette phrase est sujette à caution. Certains pensent en effet que le revenu de base précariserait l'emploi. Moi je crois qu'on peut l'éviter : tout dépend de la volonté politique lors de la mise en place de ce système...

La robotique tue l'emploi... décidément, tout le monde le dit.

Vous vous rappelez mon article sur les robots et l'avenir du travail (intitulé « Robotique, emploi et modèle social : le point de départ d'une réflexion sur le revenu de base ») ? J'y expliquais mon point de vue sur l'avenir du travail.

En très résumé, j'y écris que les robots tuent l'emploi. Ce n'est pas en soi négatif. Mais par ailleurs, toute notre économie et notre vie est basée sur l'emploi. Et c'est là que ça devient problématique. Comment peut-on garder un équilibre avec d'un côté, un besoin d'emploi et de l'autre, un progrès qui les supprime ? Et le point de départ de ma réflexion était la sortie de Baxter, un robot créé par ReThinkRobotics qui apporte son lot de nouveauté. Je l'avais qualifié de technologie disruptive.

J'ai été très agréablement étonné, l'autre jour, quand j'ai vu passé un autre article, publié sur le site très connu Wired, qui aborde le même sujet, en parlant du même robot (l'article est anglais est ici et une adaptation en français se trouve ici). Et j'ai constaté que l'auteur, Kevin Kelly, abonde dans mon sens en confirmant que Baxter est disruptif. Lui va beaucoup plus loin que moi à ce sujet et considère que « d'ici la fin du siècle 70% des emplois actuels seront probablement remplacés par l'automatisation ». Bien sûr, lui ne parle pas du revenu de base, ce n'est pas son propos.

Baxter de ReThinkRobotics

Baxter de ReThinkRobotics

Cet article me donne en fait l'occasion d'approfondir une question qui, par contre, nous divise. Dans mon article précédent, j'explique que je ne crois plus au paradigme selon lequel l'évolution et le progrès remplacent des emplois mais en créent au moins autant. L'automatisation n'augmente donc pas le chômage en proposant de nouveaux emplois (programmation, entretien, développement, etc.). Kevin Kelly, par contre, reste convaincu que oui.

La différence, je pense, est qu'il vit dans un monde technophile. Dans ce monde, c'est vrai que le progrès apporte des emplois. Des emplois hautement qualifiés et bien payés, mais limités. Mais pour le reste ? Ceux qui ne sont pas qualifiés ? Il a le bon sens de comparer les révolutions ensemble. Lui-même le dit : « Two hundred years ago, 70 percent of American workers lived on the farm. Today automation has eliminated all but 1 percent of their jobs, replacing them (and their work animals) with machines. But the displaced workers did not sit idle. Instead, automation created hundreds of millions of jobs in entirely new fields. 1 ». Pétri d'optimisme, il suppose que ce sera pareil à l'avenir...

CC by Jiuguang Wang on Wikimdeia (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Nao_humanoid_robot.jpg)

Allez, un peu d'optimisme !

Je ne pense pas comme lui (même si je suis optimiste). Car, comme je le disais dans mon article :

Jusqu’à présent, dans l’histoire humaine, ces deux tendances contradictoires [l'automatisation tueuse d'emploi et le besoin d'emploi pour faire tourner l'économie] se sont équilibrées l’une l’autre. Au début, ce fût grâce aux effets de la croissance démographique : un paysan qui pouvait labourer plus avec son nouveau cheval avait aussi de plus en plus de bouches à nourrir. Ensuite, on a rajouté une couche avec la société de consommation : il faut produire une auto pour chaque famille... et puis on explique qu’il faut deux autos... et les renouveler tous les cinq ans.

Ce sont les deux révolutions industrielles qui ont veillé à ce qu'on puisse affirmer ce que je disais en intro : l’automatisation adoucit le labeur mais crée des nouveaux emplois en contre-partie. Aujourd'hui, la révolution internet ne suffit plus à cette croissance.

Et depuis la parution de mon article précédent, je suis tombé sur d'autres sources, souvent des économistes, qui confirment mon propos, chiffres à l'appui. C'est donc pour moi l'occasion de taper sur le clou. À ce sujet, je vous engage à lire l'article suivant « Où va l’économie numérique ? (1/3) : Vers une innovation sans emplois ? ». Vous y trouverez, à la dernière section intitulée Une innovation sans emplois, une conclusion pertinente ainsi que de nombreuses sources intéressantes qui abondent dans le même sens. C'est donc un complément à mon article précédent 🙂

Je m'en voudrais de terminer cet article sans une touche d'optimisme. Si l'automatisation et les nouvelles technologies menace l'emploi, ce n'est pas forcément négatif. Et comme je veux éviter un raisonnement fallacieux qui condamne d'emblée le progrès, mon message sera surtout celui-ci :

Si le progrès met à mal nos emplois et donc notre économie... Ce n'est pas forcément le progrès qui est mauvais. Ne devons-nous pas aussi remettre en cause notre économie, et donc notre monde basé sur le plein emploi pour tous ?

Début de réponse dans mon autre article...

EDIT Octobre 2014 : plusieurs articles paraissent encore régulièrement à ce sujet, les voici :

CC by sylvar on Flickr (http://www.flickr.com/photos/sylvar/3119015160/)

...ou pas...


Photos :

 

Notes:

  1. Traduction : « Il y a deux cents ans, 70% des travailleurs Américains travaillaient à la ferme. Aujourd'hui, l'automatisation a tout réduit ce nombre à 1%, remplaçant leur travail (et celui de leurs animaux) par des machines. Mais ces travailleurs ne sont pas restés inactif. Au lieu de cela, l'automatisation a créé des centaines de millions d'emplois intéressants dans des nouveaux secteurs. »

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.

L'économie de demain

Hier, j'ai eu la chance d'assister à une conférence très intéressante de deux stars de l'économie en Belgique, à savoir MM. Jean-Pierre Hansen et Bruno Colmant : « L’économie demain: un (autre) marché ou de (nouvelles) nationalisations ? ». C'était également l'occasion pour ces messieurs de présenter leurs derniers ouvrages respectifs.

2013.03.05-Stock

Je ne présenterai pas dans cet article un résumé de la conférence: je n'ai pas assez pris de note et, à mon avis, il suffit de lire leurs bouquins. Je vais cependant noter quelques points qui m'ont interpellé. En fait, je les note surtout pour moi-même, mais peut-être cela vous intéressera-t-il.

Note préliminaire

Malgré leur profil de grands gourous de l'économie, c'est-à-dire franchement libéraux (l'un est CEO d'Electrabel et l'autre a quand même été chef de cabinet de Reynders et a inventé les intérêts notionnels), j'ai été surpris de voir une certaine prise de recul par rapport au modèle économique actuel. Je m'attendais à un matraquage de messages pro-économie de marché capitaliste ; il n'en a rien été. Ou alors j'ai des filtres dans les oreilles pour entendre ce que je veux bien entendre, ce qui est très possible.

Notons que s'il a été beaucoup question d'économie de marché, il n'a pas été question de libéralisme ou de capitalisme. C'est tout de suite plus consensuel, d'après moi.

Enfin, il faut noter que le livre de M. Hansen cherche à répondre aux accusations de faillites intellectuelle, morale et institutionnelle du modèle économique dominant. Nous y reviendrons.

Modération et confiance

Jean-Pierre Hansen a clairement rappelé les fondements de l'économie. Nous avons eu droit à un rappel sur Adam Smith, Walras, ou Hayek (et d'autres). Les pères fondateurs. Mais il a également rappelé que, dès le début, ces pères fondateurs avaient imaginé que l'économie de marché doit être appliquée avec deux conditions morales, à savoir la modération et la confiance. Pour ma part, je ne suis pas convaincu que le marché fonctionne comme cela aujourd'hui.

D'après l'orateur, Adam Smith aurait aussi dit 1 que le « raisonnable » doit primer sur le « rationnel ». Et d'ajouter comme explication : « on a coupé des têtes au nom du rationnel, jamais au nom du raisonnable ».

Point de vue intéressant qui nuance bien les choses. On en vient à penser que si tout le monde jouait le jeu du marché avec ces règles-là, tout irait mieux.

Le marché et ses effets anesthésiants

Hayek, d'après J-P Hansen, avait imaginé les effets apaisants du marché. En effet, afin d'éviter les tensions sociales, il fallait qu'il y ait quelque chose auquel on peut attribuer tous les malheurs du monde. Le marché était tout trouvé : au lieu de haïr son patron ou son voisin pour son propre malheur, on pouvait haïr le marché et apaiser ainsi les relations humaines. Pourquoi pas. Mais M. Hansen a apportée une nuance importante à ce postulat. Aujourd'hui, le marché n'a plus seulement cet effet apaisant, il est carrément anesthésiant, ce qui nous empêche parfois de réfléchir rationnellement. Et cette idée de marché (et valeur marchande) s'est complètement instillée à travers toute la société, arrivant même à la marchandisation de domaines inimaginables pour les pères fondateurs. L'orateur illustra cette idée avec deux exemples marquants : aujourd'hui en Belgique, un élève qui entre en secondaire ne se voit pas imposer un règlement, mais proposer un contrat ; un élève de Singapour peut recevoir des primes (jusqu'à 250€) pour bonne conduite.

Je ne dois pas avoir compris tout l'exposé, mais d'après moi, cette nuance — dont je partage la pertinence — démontre justement qu'il y a une certaine faillite institutionnelle du modèle économique dominant, puisqu'il y a bel et bien un constat que le postulat d'Hayek n'est plus aussi évident et, même, a entrainé certaines dérives. Ce qui est à l'opposé de ce que M. Hansen entend montrer dans son livre. Il va falloir que je le lise.

La troisième révolution industrielle n'apporte pas la croissance

Jean-Pierre Hansen a également parlé de l'histoire de la croissance et des révolutions industrielles. J'ai été très heureux de constater que cela rejoint en tout point le constat que je fais dans ma réflexion sur le revenu de base.

En gros, il nous explique qu'il n'y a pas eu de croissance jusqu'à la première révolution industrielle (qui n'est pas bien définie dans le temps, mais qui résulte du moteur à vapeur, du bateau, de l'industrie textile et de la métallurgie) qui a eu des effets de croissance pendant une centaine d'année. La seconde révolution industrielle (plutôt le résultat de l'électricité, du pétrole et de la voiture) a alors pris le relais pour assurer la continuité de la croissance, pendant aussi une centaine d'années. Mettez un peu de guerre et surtout de reconstruction et vous arrivez aux trente glorieuses, âge d'or de la croissance.

S'en suit la révolution de l'informatique et de la communication. D'après l'orateur — et mon article ne dit pas autre chose — les effets de cette dernière révolution sont déjà presque éteints. L'impact aura été de 20 ou 30 ans seulement, nous laissant aujourd'hui sans croissance.

M. Hansen espère pour sa part voir une nouvelle révolution de la connaissance qui apporterait à nouveau un peu de croissance. Celle-ci serait basée sur un nouveau mode de consommation. Après la consommation pour l'utile, pour le choix ou pour se distinguer, viendrait la consommation pour s'identifier. Je manque de précision à ce sujet et la conférence ne m'a pas aidé. Cependant, une question (qui peut paraître naïve) me taraude l'esprit depuis la conférence : l'économie de marché (je ne parle pas de capitalisme, ni même de libéralisme) peut-elle fonctionner sans croissance ? Ce serait, d'après moi, une piste à explorer.

Cadre social vs cadre monétaire

J'ai déjà eu l'occasion de suivre des conférence de Bruno Colmant, notamment grâce aux ResearchTalks. Le moins qu'on puisse dire est qu'il est constant dans ce qu'il dit. Et qu'il est pessimiste (lui-même l'admet).

D'après lui, l'inflation ne doit pas être évitée ; c'est le seul moyen de rendre les dettes souveraines supportables. L'austérité n'est pas une solution, au contraire. Et j'ai tendance à le croire sur ce point.

Il note également que la notion d'humain doit absolument revenir au centre de la discussion. En effet, d'après lui, jamais un ordre monétaire (et donc, l'austérité pour empêcher l'inflation) n'a réussi à primer sur l'ordre social. Donc, soit on accepte l'inflation en dévaluant la monnaie, soit il y aura des tensions sociales (qui peuvent mal tourner).

J'avais juste envie de mettre cette tirade pro-inflation en lien avec le revenu de base. En effet, une accusation habituelle envers le revenu de base est qu'il causerait de l'inflation. Et non seulement ce n'est pas prouvé, mais même si ça arrivait, ce serait peut-être bien une bonne chose (dans une certaine mesure) si on en croit le raisonnement de Bruno Colmant 2, au moins dans le contexte actuel. Interpellant et à creuser.

Pourquoi l'inflation est évitée

Pour revenir à ce problème d'inflation, je simplifie la situation en vous disant que l'union monétaire européenne ne veut pas d'inflation, entre autre parce que l'Allemagne (et d'autres) a énormément d'épargne qu'elle doit protéger afin qu'elle ne perde pas de valeur. Et donc, dans le but de protéger les capitaux, tout est fait pour limiter l'inflation... et cela rend les dettes d'autant plus insoutenables (puisqu'elles valent chères). Or, ce sont bien les capitaux existants qui devront payer cette dette, de toute façon ! D'après Bruno Colmant, on est donc dans un cercle vicieux qu'il faudra briser à un moment ou à un autre.

Je ne peux pas lui donner tort et il est intéressant de savoir cela pour mieux comprendre d'où vient le problème. Il est vrai que l'inflation cause surtout des problèmes aux riches, qui perdent proportionnellement plus, évidemment.

L'épargne importante en Europe est la cause du blocage, d'après Bruno Colmant

L'épargne importante en Europe est la cause du blocage, d'après Bruno Colmant

Argent : consommation ou épargne ?

L'orateur fait alors la comparaison avec les USA, où visiblement, l'argent est beaucoup plus utilisé pour consommer (et faire tourner l'économie) que chez nous, car nous épargnons trop. D'après lui, ce serait mieux si, sur ce point-là, on adoptait la même approche. Et là, quand même, je tique.

Épargner, même avec un peu d'inflation, c'est consolider une somme d'argent pour plus tard. Cela me semble une bonne pratique de « bon père de famille ». On m'a toujours appris à épargner. J'ai toujours entendu qu'il fallait épargner pour s'acheter des choses, qu'il ne fallait jamais s'endetter (sauf pour acheter une maison). Ça me parait du bon sens à première vue. Mais ce n'est pas parce qu'on me l'a dit que je dois le croire. Du coup, j'y réfléchis.

Aujourd'hui, en tout cas, cette pratique est inversée : on emprunte pour tout et on paye plus tard. Les moyens de paiement le permettent et même les chefs d'état disent qu'il faut s'endetter pour consommer. Et mathématiquement, épargner ou emprunter, c'est à peu près la même chose : un simple calcul d'actualisation suffit pour passer de l'un à l'autre.

Mais si c'est mathématiquement égal, il y a quand même une notion de risque qui est prégnante 3 dans un cas et pas dans l'autre. Et ce risque, à certains moments, explose (voir la crise des subprimes).

Ma question (ouverte et sans réponse) : n'a-t-on pas d'autres choix que de vivre dans un système qui a besoin que chaque individu s'endette ? Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Ou bien est-ce la solution à court terme pour rétablir l'équilibre du système économique existant ?

Conclusion

Cette conférence m'a fort intéressé. Mais comme toujours, c'est après qu'on réfléchit et que surgissent des questions... Et il est trop tard pour les poser. Du coup, je vous partage les deux réflexions qui me sont venues.

Premièrement, il est intéressant de noter que ces deux orateurs ont raison. Ils ont fondamentalement raison dans leur propos. Tout ce qu'ils ont dit est juste (aussi loin que je puisse me prononcer sur la question). Des experts comme ceux-ci connaissent tous les rouages. Ils peuvent expliquer, sans se tromper, le pourquoi de chacun des mécanismes et donc, proposer la solution adéquates pour relancer la machine. J'ajouterais bien « contrairement aux politiques qui ne sont pas à un raccourcis près, du moment que ça a l'air bien ». Le problème est qu'il faut parfois se poser la question de changer la machine, ou son utilisation.

Deuxièmement, je constate que j'ai posé deux questions dans cet article et qu'en fait, elles se rejoignent. La première était « une économie de marché peut-elle fonctionner sans croissance ? » et la seconde « est-il utile/bon (attention, jugement de valeur !) de s'endetter dans le seul but de consommer pour relancer la croissance ? ». Toujours cette même question de la croissance, sur laquelle je n'arrive jamais à obtenir des éléments factuels, chiffrés et dénués d'émotionnel ou de lieux communs 4. Pour ou contre ?


Photos du domaine publique trouvée sur PixaBay

Notes:

  1. Comme cela a été dit pendant la conférence, je n'ai malheureusement aucune source à vous donner.
  2. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. M. Colmant n'a pas abordé le sujet du revenu de base. je dis juste que d'après son raisonnement (pour une inflation) le revenue de base ferait du bien à l'économie
  3. Ceux qui ont été à la conférence apprécieont l'emploi du mot.
  4. Parmi les lieux communs entendus mille fois le « l'économie, c'est comme un vélo, il faut avancer pour garder l'équilibre » (merci, mais pourquoi ?) et le « la croissance infinie dans un monde fini est impossible » (à nouveau, merci d'aller un peu plus loin). Et bien je n'arrive pas à trouver des explications plus profondes que cela.

Robotique, emploi et modèle social : le point de départ d'une réflexion sur le revenu de base

Depuis que je suis petit, on m’apprend que le progrès, c’est bien, c’est l’avenir. Ça permet aux hommes de vivre mieux.
Quand j’étais étudiant, on me disait aussi que le progrès, et en particulier l’automatisation, ne fait qu’adoucir le labeur humain, mais ne le remplace pas. En effet, il faut des gens pour produire les machines, pour les programmer, etc. On crée donc de nouveaux emplois.

Si je suis encore enclin à penser que la première phrase est vraie, je suis nettement moins convaincu par la seconde. La machine remplace déjà l’homme, aujourd’hui, pour de vrai. D’autre part, le progrès est en marche et on ne l’arrêtera pas. Ça, c’est l’Histoire qui le dit. Et j’ai envie dire — dans ce cas-ci — tant mieux !

La robotique est une science qui tue l’emploi

Ce billet m’a été inspiré par un article 1 du magazine Spectrum de de l'IEEE. Celui-ci nous explique qu’une société, ''ReThink Robotics'', dévoile un robot industriel révolutionnaire nommé Baxter. Si un sujet pareil ne détonne pas dans la ligne éditoriale de l’IEEE (une bande de geeks électriciens, finalement), je ne m’attendais pas à voir la sortie de Baxter annoncée également dans la presse grand public, à savoir le Vif/l’Express. Visiblement, la bête doit avoir un sacré potentiel disruptif.

Baxter de reThink Robotics

Baxter de reThink Robotics

En fait, en ce qui concerne ses performances, il n’y a rien à signaler. C’est un robot industriel classique, avec une précision moyenne et des capacités moyennes. Par contre, il innove sur deux points :

  • il s’agit d’un robot low-cost : « it only costs $22,000, making it eminently affordable for even small businesses. » Comprenez : toutes les PME peuvent se le permettre. Il est vrai que $22.000, c’est nettement moins cher qu’un travailleur pendant un an.
  • il s’agit d’un robot qui n’a pas besoin de programmation informatique et dont l’interface utilisateur est naturelle. Vous lui montrez ce qu’il doit faire et il le fait, aussi simplement que cela. Pas de programmation. Le but étant évidemment de lui faire exécuter des tâches de manipulation simples (empaquetages, triage, etc.) 2.

De mon côté, je ne peux que saluer le concept qui est très bien pensé et qui, en plus, respecte les lois de la robotique d’Asimov. Le résultat est un robot chic et pas cher, capable de faire plein de choses (tant qu’on reste raisonnable). L’objectif avoué, et vanté, par les créateurs de Baxter est de remplacer des milliers d’emploi d’ouvriers en PME aux USA. Alors que certains politiques s’évertuent à sauver ou créer de l’emploi, c’est un vrai scandale. Ou pas.

Quoiqu’il en soit, l’exemple de Baxter n’est qu’un exemple de l’évolution de notre société : tout s’automatise, partout. Grâce aux outils, aux chevaux, à la machine à vapeur, et plus tard grâce aux tracteurs, pelleteuses, ordinateurs, projecteurs, imprimantes, avions, trains, voitures, tablettes, l’homme a pu produire plus à manger, faire plus de travaux, réfléchir mieux, créer plus, se déplacer plus vite. Grâce à cela et à cause de cela, beaucoup de métiers évoluent et disparaissent : hier, les allumeurs de réverbères, les couturiers ou les sabotiers ; aujourd’hui les vendeurs de disques, les pompistes, les conducteurs de métro ou les caissières ; demain, les secrétaires, les facteurs, les employés du Mac-Quick et les banquiers.

Bien ou mal ? En tout cas, c’est un fait. Et je n’ai pas l’impression que la tendance s’inversera bientôt.

Premier constat : le labeur humain est remplacé par des robots et des machines. Et ce n’est pas nouveau.

Notre modèle social a besoin d’emploi

Si on oublie un instant les robots pour se pencher sur notre modèle social, que constate-t-on ? Il est basé en majeure partie sur la taxation des revenus du travail. Ceci implique qu’il nous faut « beaucoup de travailleurs »...

  • ...car c’est eux qui payent les soins de santé, les pensions, les écoles et les services publiques.  Et on sait que ces postes coûtent de plus en plus avec le temps (on vit plus vieux, on se soigne plus et on étudie plus longtemps).
  • ...car c’est eux qui dépensent de l’argent et font donc « tourner » l’économie. Pourquoi ? Pour créer de l’emploi (vous aussi, cette phrase vous chipote ? Prenez votre temps, relisez-la).

Deuxième constat : pour préserver notre modèle social, il faut beaucoup de travailleurs. Il suffit d’écouter n’importe quel politicien. Il vous promettra toujours de l’emploi.

Un équilibre instable

Donc, on voit que le constat 1 (on automatise le labeur) s’oppose au constat 2 (il nous faut des emplois). Jusqu’à présent, dans l’histoire humaine, ces deux tendances contradictoires se sont équilibrées l’une l’autre. Au début, ce fût grâce aux effets de la croissance démographique : un paysan qui pouvait labourer plus avec son nouveau cheval avait aussi de plus en plus de bouches à nourrir. Ensuite, on a rajouté une couche avec la société de consommation : il faut produire une auto pour chaque famille... et puis on explique qu’il faut deux autos... et les renouveler tous les cinq ans.

Ce sont les deux révolutions industrielles qui ont veillé à ce qu'on puisse affirmer ce que je disais en intro : l’automatisation adoucit le labeur mais crée des nouveaux emplois en contre-partie.

Aujourd'hui, la révolution internet ne suffit plus à cette croissance. Le nombre d'emplois (même indirects) que crée l'entreprise ReThink Robotics ne compense plus les emplois qu'elle supprime avec son robot Baxter. Même Jean-Pierre Hansen, qu'on ne présente plus (ou presque) est d'accord 3. L'équilibre devient difficile à trouver, personne ne le niera.

Et de fait, on peut observer les comportements suivants dans notre société aujourd'hui, signes d'un déséquilibre :

  1. On force les gens à trouver de l’emploi. C’est nécessaire ! Quitte à les persécuter alors qu’il n’est pas possible, dans certains cas, de trouver de l’emploi parce que le chômage est structurel.
  2. On va créer de l’emploi. C’est nécessaire ! Quitte à creuser des trous et les reboucher ensuite.
  3. On va encourager la compétitivité pour avoir de meilleures entreprises et doper l’emploi ! (vous notez le paradoxe par rapport au constat n°1 ?)
  4. Avec la crise, on va appliquer une politique d'austérité pour créer de l'emplois (euh...).
  5. On va garder la croissance comme objectif numéro un car cela permet de garder notre modèle social.

Bref, on annonce qu’on soutient l’économie en créant de l’emploi. Ou inversément. On ne sait plus très bien. Et quand on ne sait même plus si ce qu’on fait est un but ou un moyen, c’est mauvais signe.

Résultat : beaucoup de monde (moi compris) se posent des questions sur ce modèle et son avenir. Il n’y a rien à faire, la solution de l’équation doit être trouvée dans le domaine qui est contraint par notre terre et ses ressources, qui sont finies.

L’énigme des 9 points et 4 droites

Cette énigme est très connue. Comment parcourir les 9 points de ce dessin, à l’aide de 4 droites (reliées entre elle, c’est-à-dire sans lever le crayon) ? Si vous ne connaissez pas, essayez vraiment. La solution est à la fin du billet.

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L'énigme des neuf points

Un indice : il faut lâcher son imagination et sortir du cadre habituel pour trouver la solution. Faisons de même. Oublions les contraintes du modèle et ne gardons que celles du système (notre Terre et ses 7 ou 8 milliards d’humains).

Le lecteur attentif aura déjà repéré que le constat numéro 2 est basé sur une hypothèse : ''pour préserver notre modèle social''. Si on change cette hypothèse et qu’on en choisit une plus appropriée, peut-être est-il possible de supprimer le paradoxe entre les constats 1 et 2. Et le problème de la croissance ne se posera peut-être plus de la même manière. On y est.

Un modèle différent

Imaginons donc un monde différent où le modèle social ne repose pas sur le travail, mais sur autre chose (à définir 4).
Imaginez un monde où tout le travail répétitif est automatisé. Imaginez un monde, qui grâce à cette automatisation, libère les énergies de chacun pour se concentrer sur un travail bien plus intéressant, centré sur la création, le projet 5, ou les relations humaines.

Imaginez...

  • Un monde où les tâches ingrates des infirmières sont prises en charge par des robots... Cela leur laisse la possibilité de vraiment s’occuper de leurs patients (au sens humain, j’entends).
  • Un monde où l’enseignement utilise au mieux les pédagogies actives (attention aux abus) et laisse l’élève libre d’évoluer à son rythme. Cela permettra au professeur de passer du temps à vraiment aider ses élèves.
  • Un monde où, les postes inutiles dans les administrations ne ''doivent'' plus être gardés sous prétexte de « maintenir l’emploi » 6. Cela permettrait à ces fonctionnaires de plutôt s’engager dans des asbl, des écoles de devoir, des associations, ou encore de créer leur propre business... Passionant, non ?
  • Un monde où l’informatique bancaire ou la haute finance sera à nouveau remis au rang d’outil utile et non pas de business florissant sur du vide. Cela permettra à quantité d’ingénieur et d’informaticien de se lancer dans des projets fantastiques !
  • Un monde où être artiste est possible et permet de survivre sans pour autant devoir briller aux firmament des stars internationales reconnues pour leur talent (hum).

Les exemples tels que ceux-ci ne manquent pas. Mais je vous sens sceptique. Vous n’êtes pas convaincus. C’est normal. Nous vivons dans une société où le travail salarié est la norme. Nous avons du mal à sortir de ce cadre, à envisager autre chose. Regardez les indépendants : même eux ont l'impression qu'on les déconsidère.

Et concrètement ?

Si on revient un peu les pieds sur terre, il faut se poser la question du comment. Parce que c’est bien beau, ce que je dis, mais comment met-on cela en œuvre ?

J’ai bien une piste, à savoir le revenu de base. Pour moi, il sonne encore comme un questionnement à creuser plus qu’une utopie idyllique. Je ne le détaillerai pas ici parce que ça a déjà été fait ici, ici, ici, ici ou ici. Quant à moi, je donnerai un avis plus tranché et argumenté quand j’aurai lu ce livre (que j’ai acheté ; reste à trouver le temps de le lire).

Comme le suggère le titre, ce billet n'a pas pour but de vous livrer une solution clef en main. L'essentiel de mon message aujourd'hui est

  1. de constater que nous vivons dans un système qui ne trouve plus son équilibre ;
  2. de constater que notre système social essaye de garder l'équilibre en courant de plus en plus vite et qu'on est proche de la vitesse d'Usain Bolt (c'est-à-dire proche de la limite) ;
  3. de suggérer que d'autres système sont possibles pour retrouver son équilibre (s'asseoir ? marcher avec des béquilles ? lâcher les poids qui déséquilibrent ?)

Et j’espère pouvoir revenir bientôt sur la notion de travail dans un autre article. C’eût été trop pour cet article-ci qui est déjà fort long.

Solution de l'énigme

Solution à l'énigme des 9 points : sortez du cadre et ne prenez pas pour acquis les contraintes qui vous semblent immuables !

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La solution de l'énigme

Notes:

  1. ...dont vous ne trouverez malheureusement qu’un petit aperçu ici
  2. Si vous faites partie des geeks robotiques, faites-vous plaisir avec la vidéo de présentation.
  3. Je ne peux pas vous mettre de lien, j'ai lu ça dans une version papier d'un magazine qui ne met pas tous ces articles sur le web. C'était une interview à propos de son nouveau livre, voyez ici. En gros, il disait que les innovations technologiques (comme l'iPad) n'avaient plus assez d'effet sur l'économie (et la croissance).
  4. J'ai bien quelques idées, mais je les exposerai dans d'autres billets, sinon on n'en finira jamais avec cet article-ci !
  5. au sens défini par Wikipédia : un ensemble de tâches qui ne sont pas destinées à être répétées
  6. Cela évitera d’entendre Willy Decourty, bourgmestre d’Ixelles, dire : « Moi je préfère un fonctionnaire de trop qu'un chômeur de plus, nous avons aussi un rôle social. » (source)