À l'abordage des élections !

keep-calm-and-vote-pirate-12-bÇa y est, c'est officiel, pour la "mère de toutes les élections", ce 25 mai, les Pirates se présenteront aux citoyens sur des listes ! Naturellement, comme nous ne sommes pas connus et ne pouvons donc pas compter sur l'appui de la presse, vous vous posez certainement quelques questions bien légitimes :

  1. Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?
  2. Pourquoi voter Pirate ?
  3. Où puis-je voter Pirate ?

Les réponses sont vastes, mais cette page veut vous proposer quelques pistes de réponses, pour vous aider à vous retrouver dans la jungle d'information. Surtout ne vous contentez pas de ceci ! Informez-vous aussi sur d'autres sites !

Qui sont les Pirates ? Sont-ils compatibles avec mes valeurs ?

Réponse facile : si les mots démocratie, vie privée, liberté, transparence, solidarité, cosmopolitisme, écologisme, créativité et partage du savoir sont des concepts qui vous parlent, oui, notre projet est compatible avec vos valeurs, puisque ce sont également les nôtres. Plus d'infos sur la page des valeurs du Parti Pirate.

Une réponse un peu plus complète serait de vous donner ma propre définition des pirates : « un mou­ve­ment international de citoyens qui veulent s’engager pour que la poli­tique intègre les chan­ge­ments radi­caux que vit notre société ». Comment ? Pourquoi ? Ceux qui ont envie d'aborder le sujet en profondeur trouveront une explication dans le trio d'articles que j'ai écrits à ce sujet : le galion des pirates (qui sont les Pirates ?), les balises des pirates (comment fonctionnent-ils ?) et le phare des pirates (quels sont leurs objectifs).

Mais, en (très) résumé, nos objectifs sont les suivants 1 :

  1. Pro­tec­tion de la vie pri­vée : la liberté de chaque indi­vidu ne peut-être assu­rée que si l’état et les socié­tés pri­vées res­pectent sa vie pri­vée, y compris sur internet.
  2. Réforme de la pro­priété intel­lec­tuelle (ou pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel) : les pirates refusent le pro­tec­tion­nisme intel­lec­tuel, refusent les bre­vet sur le vivant et sur le logi­ciel car contre-productif.
  3. Fact-based poli­tics et déci­sion rai­son­née
  4. Rendre la culture libre et acces­sible
  5. Par­ti­ci­pa­tion citoyenne et liberté d’expression
  6. Trans­pa­rence des ins­ti­tu­tions publiques
  7. Légis­la­tion de qua­lité

Autres liens intéressant : une vidéo (extrait de l'émission controverse).

Pourquoi voter Pirate ?

Une fois rassuré sur le fait que nous ne sommes ni des bandits informatiques, ni des racistes, ni des extrémistes, peut-être vous poserez-vous la question : « Tiens, pourquoi je voterais pour eux plutôt que pour un autre parti ? »

Sachant que nous n'entrerons probablement pas dans une majorité et que nous n'aurons au mieux que peu d'élus, notre défi est donc d'infiltrer une "taupe" au Parlement. Une sorte d'espion qui pourra accéder à toute l'information et la transmettre à ses commanditaires : les citoyens. Libérons l'information politique et rendons-là accessible ! Cette idée est développée dans l'article "Une taupe au Parlement wallon".

N'hésitez pas à aussi consulter le programme des Pirates bruxellois. Et encore le programme européen, commun à tous les Pirates d'Europe. Cela vous donnera aussi une bonne idée de ce que nous proposons.

Quoiqu'il en soit, même si vous ne votez pas Pirate, nous vous encourageons à vous informer avant de voter. Voici quelques conseils non partisans pour vous y aider.

Cover-Blog-2014Où pouvez-vous voter Pirate ?

Réponse sur la carte ci-dessous !

Vote2505-CartePIRATE

 

Et donc, merci à vos nombreuses signatures qui nous ont permis de nous présenter !

À l'abordage !

Notes:

  1. Vous trouverez des exemples pour chacune de ces idées dans les articles mentionnés ci-dessus.

La fonction politique est un monopole soumis à l'effet Streisand

Ce week-end était organisé dans ma commune un accueil pour les nouveau-nés. Jeune parent, j’étais invité. Après avoir reçu un beau nounours aux couleurs de Braine-l’Alleud, j’ai aussi eu l‘occasion de discuter, à peu près une heure, avec mon bourgmestre 1, M. Scourneau. Après avoir posé une question presque anodine, il a fait le rapprochement entre mon nom et « le pirate » qui s’est présenté aux élections provinciales en 2012. C’est donc lui qui m’a dit : « Vous avez cinq minutes ? Il faut que vous m'expliquiez un peu cette histoire de pirates... »

Malheureusement, contrairement à lui, je ne suis pas un homme politique rôdé, qui a le sens de la formule. Je suis en effet très réfléchi et je dis rarement quelque chose sans en être sûr. J'écoute, surtout. Résultat : les arguments construits que je peux opposer aux siens ne viennent qu’après la fin de la discussion. Je ne suis décidément pas prêt à être politicien.

Du coup, je me suis dit qu’il serait intéressant de restructurer mes arguments sur ce blog. Une fois écrit, je les aurai mieux en tête pour la prochaine fois et, qui sait, ça pourra servir à d’autres. Je ne relaterai pas ici l’ensemble des idées échangées, mais je reviens sur une, qui m’a particulièrement marqué. Je la résume ainsi : d'après mon bourgmestre, ...

...le métier d’homme politique n’est pas différent d’un autre. On fait confiance à son médecin ou à son garagiste, il en va de même pour le bourgmestre. On n’a pas besoin de comprendre toute la chimie du médicament que donne le médecin ; on ne comprend pas toute la mécanique que répare le garagiste ; et de même, le citoyen n’a pas besoin d’avoir accès à toute l’information sur les activités politiques au sein de sa commune.

Il y a des informations délicates, qui seraient mal comprises si elles étaient divulguées. L’essentiel est finalement le résultat : le médicament soigne, la voiture roule et la commune est bien gérée.

De toute façon, très peu de gens s'intéressent à ces informations. Seul compte le résultat.

J'ai parfois l'impression que le monde politique est obligé de donner le bâton pour se faire battre, contrairement aux autres professions.

La citation n'est pas exacte mot pour mot, mais j'espère avoir retranscrit, sans la trahir, sa pensée. Et voici ce que moi j’aurais du dire, si mon cerveau pouvait avoir la répartie un peu plus rapide.

Non, je n'ai pas confiance en mon garagiste, ni mon médecin.

Je ne suis déjà pas d'accord de dire que j'ai, a priori, confiance en mon médecin ou mon garagiste. En ce qui me concerne, ma confiance n’est disponible pour quelqu’un qu’à travers le filtre de mon esprit critique et de mes choix.

Si vous ne comprenez pas ce que fait votre garagiste, vous êtes libre de suivre des cours de mécanique et comprendre ce qu’il fait. Si vous voulez connaître ce qui se passe dans les molécules de votre corps quand vous prenez le médicament prescrit, vous êtes libre de vous former en chimie. Mais, je l'accorde, il y a mieux à faire que de passer son temps à vérifier ce que font les autres, juste pour être sûr que c'est juste.

...mais c’est possible. Et dans une moindre mesure, c’est même de plus en plus courant. Et bien oui. Moi, par exemple, je suis extrêmement critique vis-à-vis des médecins (je sais, c’est à la mode 2). Et je ne fais confiance qu’à ceux qui, par leurs explications, leurs raisonnements et leurs questions me montrent que je peux avoir confiance en eux. Mon esprit critique fonctionne quand je suis chez un médecin. Je n’ai pas le temps de tout savoir, mais je veux en savoir assez que pour être sûr que le médecin fait le bon choix. Dieu merci, mon médecin de famille, très capables, écoute mes questions et y répond. Si elle ne le faisait pas, je ne resterais pas chez elle.

Pour mon garagiste, par contre, je suis nettement moins regardant. Je me contente du résultat, puisque je ne paye pas les réparations et que, dans mon cas, je juge une panne peu impactante (et j’accepte le risque). Chacun se positionnera comme il le souhaite vis-à-vis de chacun des corps de métier.

Mais en politique, je suis regardant. Je veux savoir. Je veux comprendre. Et, oui, c'est « à la mode ». Mais plus qu'une mode, c'est une lame de fond qui arrive avec l'éducation et les nouvelles technologies (je vous ai déjà parlé des pirates ?). Et voici pourquoi j'ai le droit et pourquoi il est nécessaire d'avoir accès à cette information et pourquoi les institutions politiques devraient faire en sorte que les citoyens y aient véritablement accès.

La fonction politique n’a pas de prix

Votre garagiste, vous le payez pour faire ce que vous voulez. Si vous ne voulez pas réparer votre roue ou votre essuie-glace, c’est votre choix. Pareil chez le médecin : vous n’êtes pas obligé de vous faire soigner votre rhume et vous pouvez choisir des médicaments plus cher, mais sans effets secondaires 3.

Pour la politique, c’est fondamentalement différent. Vous ne payez pas un politicien pour qu’il fasse une action de votre choix. Il a un mandat, il est indépendant et il est rémunéré pour vivre et prendre des actions pour le bien de la société, pas pour faire ce que vous voulez 4.

Alors si une action (directive, loi, règlement, décret) est prise, qu’elle vous concerne et que vous n’avez pas de moyen pour l’influencer... la moindre des choses est que vous puissiez la comprendre. Connaître les raisons, les tenants et les aboutissants et l’historique de cette décision est essentiel. Au moins par respect de celui qui doit la respecter, la mettre en œuvre ou éventuellement la subir.

La fonction politique est un monopole

Si vous n’êtes pas satisfait de votre garagiste ou de votre médecin, vous pouvez en changer. Vous êtes libre 5. Vous êtes également libre de payer plus cher pour un garagiste agréé ou un médecin « reconnu ». Ou moins cher pour un gars qui réparera votre jante en alliage à coups de marteau (cas vécu), ou un charlatan qui vous prescrira le mauvais médicament.

Dans notre société, votre choix dépendra de votre esprit critique et de vos moyens. Mais pas de votre situation géographique (si on fait l’hypothèse d’atomicité des garagistes et des médecins).

L’homme politique, lui, est imposé. En fonction de quoi ? De l’endroit où vous habitez. Uniquement. Certes, vous donnez votre avis aux élections. Mais, primo, cela ne dépend pas que de vous (et votre poids est même minime, quoiqu’essentiel). Et secundo, vous ne pouvez pas en changer avant les prochaines élections.

Public domain by ScooterSE on Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:US_Deluxe_Monopoly_Tokens.jpgAlors oui, la fonction politique est un monopole. Et les monopoles, chez nous, on les régule (enfin, normalement) pour le bien des citoyens et de la société en général. Mais pour bien réguler, il est nécessaire de savoir, de vérifier et donc d'accéder aux informations. Et il serait malsain (et inutile) que ce contrôle soit effectué en interne, ou par des gens qui pourraient y trouver un conflit d'intérêt. Ceci exclut d'emblée tous les hommes et femmes politiques liés à une majorité.

L'information délicate

Quant à l'information délicate qu'il vaut mieux ne pas divulguer, c'est un faux problème, d'après moi. Soit il s'agit effectivement d'une information qu'il ne faut pas divulguer pour de bonnes raisons (par exemple, certaines étapes de passation d'un marché publique, pour des raisons d'égalité des candidats et de saine concurrence, doivent être confidentielles), et alors, il suffit de donner la raison. Les gens peuvent comprendre. Ils ne sont pas idiots.

Soit il s'agit d'une information gênante, auquel cas ce n'est pas une raison pour la cacher. De toute façon, la société évolue vers une acceptation des erreurs... Oui, figurez-vous que les gens apprennent à pardonner.

Je vous étonne, là, non ?

Je précise ma pensée : la foule ne pardonne pas... mais elle peut accepter. Il suffit de comprendre l'effet Streisand, qui est de plus en plus courant : si vous essayez de cacher ou de censurer une information sur Internet, vous prenez le risque de voir cette information diffusée en masse. Par contre, et les community managers commencent à le savoir, en cas de problème, il faut impérativement reconnaître l'erreur et la corriger au plus vite si on veut éviter le scandale et la diabolisation du fautif. C'est aussi vrai en politique, même si le phénomène n'est pas encore aussi important. Mais ça arrive.

http://knowyourmeme.com/memes/streisand-effect

La photo à l'origine de l'effet Streisand

Conclusion : si vous avez une information gênante pour vous, diffusez-la quand même. Simplement, honnêtement. Et corrigez le tir si nécessaire, pour quand même éviter qu'on vous lynche (c'est là l'intérêt). Et si cette info est gênante uniquement parce qu'elle peut être mal comprise, expliquez-la. Oui, c'est chiant de devoir tout expliquer, mais on vit dans une société de communication, il va falloir vous y faire. Je ne dis pas que c'est bien. Mais c'est un constat auquel on n'échappera pas.

Par contre, si l'info est gênante parce que vous êtes malhonnête, alors oui, évidemment, vous préférerez la cacher. Mais alors vous n'empêcherez pas les gens de se poser des questions et de vous soupçonner. Et de finalement découvrir le problème.

Laisser la possibilité

Alors, oui, c'est un fait, peu de gens iront voir cette information. Intéresser les gens à la politique n'est pas chose aisée. Mon bourgmestre s'en plaint, et je le comprends. Néanmoins, il est obligatoire que le citoyen ait la possibilité de se renseigner, s'il le désire. Comme je l'ai montré plus haut, au moins par respect (puisqu'il doit se soumettre aux décisions de la chose publique) et par nécessité (pour éviter les abus liés au monopole de la fonction politique). Bref, il faut laisser la possibilité aux whistleblowers, les tireurs d'alarmes, de faire leur travail.

CC by  FALHakaFalLi on Fotopedia - http://www.fotopedia.com/items/flickr-3354824268

Cette exigence de transparence peut effectivement faire croire qu'on n'aime pas les politiciens, qu'on leur cherche des poux, qu'on n'est pas aussi compréhensif qu'avec un médecin ou un garagiste. Mais il n'en est rien. Je préfère continuer sur la lancée et comparer à une autre profession : joueur de foot. Un match ne se déroule pas sans whistleblower (au sens propre, cette fois, les "souffleurs dans le sifflet"). Et effectivement, les attaquants se feront plus souvent siffler que le gardien... C'est un fait. La faute fait partie du jeu quand on attaque (sauf si elle est intentionnelle, alors carton rouge). Ce n'est pas une raison pour bander les yeux de l'arbitre et lui cacher la faute...

L'attaquant doit accepter de se faire siffler ou bien il doit retourner au vestiaire sans jouer.


Photos:

Notes:

  1. Si des Français me lisent, le bourgmestre d'une commune en est le maire.
  2. Mais après en avoir consulté plusieurs qui donnent des avis différents sur un même problème, force est de constater qu'il faut prendre du recul. Le patient doit aujourd'hui être partie prenante du diagnostic. Ouh, ça ne va pas plaire aux médecins qui me lisent...
  3. Le cas du médecin est quand même particulier car la santé étant considérée comme un bien commun, chacun peut recevoir des aides pour veiller à ce que ce choix ne se fasse pas trop au détriment de la santé
  4. Vous noterez que je me suis abstenu, dans ce paragraphe, de faire des blagues pleines de sous-entendus sur, respectivement, les passe-droits (cf. le mandat), la particratie (cf. l'indépendance) et la corruption (cf. le bien de la société). Ce fut difficile.
  5. dans les limites d’une économie de marché, pour le meilleur ou pour le pire

La Belgique disparaît... et puis ?

Nous sommes en 2031. Dans quel pays ? Je ne sais pas... parce que la Belgique n’existe plus. Ce qui est original, c’est qu’il n’y a pas d’autre pays à la place. Pas d’état wallon ou flamand, pas d’état Belgique qui correspond à je ne sais quoi. Non, juste plus de pays. Et le pire, c’est que tout va très bien.

By LittleGun (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Bien sûr, beaucoup trouvent cela triste. Forcément : désormais on ne mange plus un moules-frites-bière (avec une dame blanche en dessert) parce que ça fait belge, mais parce que c’est bon. Mais une fois l’émotionnel mis de côté, force est de constater que tout va très bien, merci.

L’ex-Belgique a été comme qui dirait dissoute. C’était prévisible depuis les années 2010 et même 2000. Les hommes politiques alimentaient continuellement la surenchère régionaliste et nationaliste. Les compétences passaient d’un gouvernement à l’autre. Puis dans l’autre sens. Et puis... n'ont plus trouvé personne pour s'en occuper. Le problème est que les contextes interne, européen et international n’ont pas permis de créer de nouveaux pays. Scinder le pays et en créer de nouveaux ? Impossible pour l'Europe qui craignait un précédent. Garder une Belgique et avoir une Flandre indépendante ? Idem. Rattacher des régions aux pays voisins ? Personne ne le voulait.

Et de toute façon, aucun politicien n’a jamais eu le courage de faire une vraie proposition.

CC by Smabs Sputzer on Flickr

La Belgique, un vrai bordel institutionnel

Résultat : cela fait maintenant à peu près trois ans qu’on peut considérer que la Belgique n’existe plus et que ses habitants vivent dans un no man’s land. Vu la douceur de la transition, il n’y a pas de dates précises.

On parle parfois de 2014 car c’est à ce moment qu’eurent lieu des élections (fédérales, à l’époque) qui ont provoqué une accélération de la disparition du pays. Mais la Belgique existait encore bel et bien après cela. C’est plutôt dans la deuxième moitié des années 20 que cela s’est passé.

La crise gouvernementale de 2018-2020 est aussi un jalon important. Après la crise de 2010-2011 (541 jours sans gouvernement), la crise de 2014-2016 (672 jours) et celle de 2017 (seulement 294 jours), celle de 2018-2020 a constitué le record absolu de fonctionnement en affaires courantes : 698 jours. Résultat, on s'est habitué à ne pas avoir de gouvernement.

Certains parlent aussi de mars 2021 et du printemps brainois, lorsque Braine-l'Alleud a voulu se débarrasser de l’administration wallonne, trop lourde et inefficace selon eux. Ils voulaient rejoindre Bruxelles, sous prétexte que la majorité du  territoire de la commune se trouve à l'intérieur du ring de la capitale. C’était un peu idiot, a posteriori, mais cela a été un point fort de l’autonomisation des communes.

D'autres parlent de 2026 : c’est effectivement cette année-là qu’a eu lieu (avec retard) la fin du chantier RER, qui donnait un cadre défini aux investissements « nationaux ». Avec la fin du chantier, ce lien s’est dissout et les grands projets ne furent plus que régionaux.

On parle aussi de la révolution d’Octobre en 2027 comme point d’inflexion de la disparition du pays. C’est lorsque les deux partis principaux du pays, le PS et la N-VA ont implosé, chacun à quelques semaines d’intervalle. Ces deux partis avaient accumulé trop de pouvoir et avaient des réseaux trop importants dans toutes les administrations... mais le succès électoral ne suivait plus. Il y avait trop de tensions entre ces monstres omnipotents et la réalité des urnes (sans parler des scandales). Et tout a pété.

Bref, on ne sait pas très bien quand ça a commencé. Aujourd’hui en 2031, j’ai 50 ans et le monde a bien évolué depuis 2012, année de début de mon blog. Déjà à l’époque, j’aimais mettre les choses en perspective. Et aujourd’hui, je vous propose de faire de même : comparer notre quotidien avec celui des années 2010.

En 2031, que sont-ils devenus, les Belges ?

Tout d’abord, les habitants de ce no-man’s land ne sont plus Belges 1 car il n’y a plus d’autorités compétentes pour leur fournir une carte d’identité ou un passeport belge. Nous ne sommes pas plus Flamand, Bruxellois ou Wallon. De facto, nous sommes devenus... européens. Juste européens et rien d’autre. Après la citoyenneté européenne (qu'on avait depuis longtemps), nous avons eu la nationalité européenne. Quand je repense à l’année où j’ai commencé ce blog, en 2012, je me dis que c’eût été impensable. Et pourtant, …

En 2031, la commune

Aujourd’hui, le seul niveau de pouvoir entre le citoyen et l’Europe est la commune. Si, si, c’est possible. Mais celles-ci ont beaucoup évolué. Du statut de division administrative en 2010, elles sont passées à « groupement de citoyens qui vivent ensemble ». Aujourd’hui, elles sont les briques de bases du système politique. On y retrouve la notion de village primitif : une collectivité gérable humainement. À la différence avec les primitifs qu’aujourd’hui, elles sont souples, flexibles et changeantes. Et surtout, elles s’inscrivent dans un monde globalisé.

En 1976 avait eu lieu la fusion des communes. Un exercice one-shot qui avait coûté cher, qui avait été difficile à faire. En 2030, on change de commune comme on change de banque : un peu d’administratif, mais c’est facile. Rien qu’en 2030, il y a eu 138 fusion et 39 division de communes dans les territoires européens non-nationaux 2. Cela représente environ 6% de toutes les communes.

Ces opérations se font au gré des besoins sur base de quelques critères simples, avalisés par le ou les conseils communaux concernés. Exemple ? L’agglomération bruxelloise n’est plus constituée que de huit communes au lieu des 19 (depuis la création de l'agglomération bruxelloise en 1971) ou des 31 (après la refonte de la région et de son hinterland en 2019). C’était plus logique et efficace. Comme beaucoup de services sont désormais européens, ces fusions-scissions n’ont que peu d’impact sur la vie des citoyens. Elles ont cependant l’avantage de toujours pouvoir assurer le juste équilibre entre des économies d’échelles nécessaires et une taille de communauté humaine gérable et agréable.

En 2031, les fédés

Je me rappelle, en 2013, le mot « intercommunale » était synonyme d’usine à gaz et de sac à nominations politiques. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : une intercommunale, appelé fédés (pour fédération de communes 3.) est un groupement de communes auquel celles-ci adhèrent selon les besoins et les souhaits de leurs habitants. Travailler pour l’une ou l’autre fédé fait partie du travail de la gestion d’une commune. Pas de nomination. Pas de salaire en plus.

Les Fédés sont devenues des outils essentiels car elles s’occupent de tout ce qui dépasse le cadre communal mais n’atteint pas le niveau européen. Comme elles sont souples et flexibles, elles sont efficaces. Quelques exemples ?

• Les routes et les infrastructures
Pour le réseau routier, il existe différentes Fédés. Par exemple, Braine-l’Alleud fait partie, au même titre que Wezembeek, Anderlecht et Aalst, de l’intercommunale « Brussel’s One Ring » (parce que "One Ring to bring them all and in Brussels bind them" mais on l'appelle aussi détroit de B-Ring car les problèmes d’embouteillage sont de pire en pire). Rixensart aussi en fait partie, mais participe beaucoup moins car, si beaucoup de ses habitant travaillent à Bruxelles, la proportion est moindre qu’à Anderlecht. Par contre, Arlon a récemment décider de retirer sa faible participation depuis qu'elle fait partie de l'Eurométropole Luxembourg.

CC by =Mackingster on DeviantArt

Évidemment, les routes appartiennent toujours aux communes sur lesquelles elles se trouvent. Mais les coûts d’entretien et de rénovation sont mis en commun avec les autres communes et répartis en fonction des « consommations » de chacune des communes. Avec toutes les données disponibles sur le trafic et la puissance de calcul d’aujourd’hui, ce n’est vraiment pas difficile de calculer cela. L’agence routière européenne propose de très bonnes méthodes de calcul standards, applicables partout. Et les algorithmes s’améliorent chaque jour.

Après les premiers essais difficiles, les communes ont maintenant bien compris qu’elles n’avaient aucun intérêt à jouer cavalier seul 4. Chacun joue le jeu intelligemment, en sachant très bien que la coopération honnête fonctionne mieux que la triche ou l’ergotage. Ça, c’est une des choses qui a changé depuis 2012.

• le réseau ferroviaire
Contrairement à la voiture dont le réseau est très organique et techniquement simple, le réseau ferroviaire doit être un peu plus cadré. D’autant qu’aujourd’hui le transport ferroviaire est considéré comme un service publique dont on sait qu’il n’est pas rentable en soi.

C’est donc l’Europe qui définit les grandes lignes techniques du réseau ferroviaire, pour en assurer l’interopérabilité. Déjà en 2011, l’ETCS étaient sur les voies (au sens propre et figuré) car une homogénéisation technique était nécessaire 5. En 2031, nous sommes un pas plus loin car

  • l’agence ferroviaire européenne définit les spécifications techniques ;
  • les investissements sont décidés au niveau européen par la politique en fonction des besoins (à charge des Fédés de proposer des projets intéressants) ;
  • la maintenance et l’opération sont organisées, un peu comme pour les routes, par des groupements de communes, en fonction de leur intérêts communs ;
  • les trains sont, eux, libéralisés et opérés par des sociétés privées. La plus connue est ThalyStar qui s’occupe des lignes grandes vitesses, mais Dieu merci, il y a beaucoup de sociétés qui ont compris l’intérêt de faire rouler des trains au niveau local. Sans doute aussi parce que le prix des sillons 6 dépend de la valeur du service public sur le sillon. Plus c’est utile aux citoyens, moins c’est cher et donc plus l’opérateur peut espérer être rentable.

• Au-delà des anciennes frontières
Mais ce fonctionnement en Fédés n’est, en fait, pas nouveau. Déjà en 2008, du côté des Ch’tis, il y avait l’Eurometropole Lille-Kortrijk-Tournai qui fonctionnait très bien. En créant ce Groupement Européen de Coopération Territoriale (ou GECT — ils n’étaient pas aussi bon que maintenant pour trouver des sigles sympas), les responsables étaient déjà passés outre les frontières pour, par exemple, gérer les transports en commun. C’est un peu ce principe là qui s’est généralisé aujourd’hui. À tel point que les frontières n’ont plus de sens. Enfin, presque : les grands pays historiques (et grande gueule comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne) rechignent encore à les supprimer complètement, parce qu’ils ont l’habitude, mais ça viendra. Les petits pays ont déjà montré le chemin.

CC by Jérôme on Wikimedia.org

Les frontières ne sont plus que des témoins du passé.

Je ne vais pas passer mon temps à vous rappeler comment fonctionne chacun de nos services publiques, mais l’essentiel est bien là. Sans plus aucune couche entre les communes et l’Europe, il a fallu développer de nouveaux outils, les Fédés. Ceux-ci ont la particularité d’être

  • non-hiérarchiques : c'est un groupement volontaire de communes, qui ne dépend pas de l'Europe ni de rien d'autre.
  • non-géographiques : plus besoin d’appartenir à la province du Brabant wallon pour faire partie d’une intercommunale du Brabant wallon. Les frontières arbitraires sont oubliées et seules comptent les besoins des citoyens de chaque commune.

En 2031, la législation et la démocratie

Avec l’apparition en 2027 de citoyens non-nationaux, il a évidemment fallu revoir une bonne partie de la législation qui ne prévoyait pas cela. C'est finalement à cause de cela — on l'oublie trop souvent — que le parlement européen a connu la fameuse crise d'inflation législative en 2028. Et c'est grâce à l'intervention des Pirates Européens qu'il a été décidé de refondre le système législatif en se basant sur le principe de résilience 7 et de présomption de bonne foi (plus connu sous le nom de « assume good faith », mais ça ne faisait pas assez chic pour les juristes).

CC by Rama on Wikimedia.org

De plus, il a fallu réorganiser la démocratie. Car avec un niveau de pouvoir européen et un niveau communal, il fallait assurer plus de flexibilité au premier et plus de solidité au second. Heureusement, l'équilibre se trouve petit à petit (le début a été dur, quand même) parce que la société a fort évolué. Les choses pour lesquelles je me battais en 2013 — telles que la transparence des institutions, la participation citoyenne, la protection de la vie privée, la culture libre, la neutralité du réseau et la liberté d'expression — sont aujourd'hui mieux protégées (même si c'est loin d'être parfait). Et grâce à tout cela, les citoyens ont pris un vrai recul par rapport à l'exercice politique et il est désormais envisagé autrement.

En 2031, un monde parfait ?

Certes, je préfère ma vie aujourd'hui que celle que j'avais il y a 20 ans. La technologie nous rend la vie plus facile, je me sens plus libre dans mes choix professionnels et je suis heureux de la tournure qu'a pris la démocratie. Nous sommes enfin, après 30 ou 40 ans de combat, entrés dans l'aire de la liquidité (des décisions, des institutions, de la communication) ; notre monde est désormais plus organique que hiérarchique. Bref, adapté au XXIe siècle.

CC by Lazare Grenier on CampToCamp.org

En 2031, je ne vis pas sur mon nuage, dans un monde parfait.

Mais tout cela n'est qu'un pas. Non, tout n'est pas rose. Vous savez, après la révolution française et la déclaration des droits de l'homme, les gens ne vivaient pas sur un petit nuage. Tout n'était pas rose non plus. C'est comme maintenant.

Aujourd'hui, les problèmes environnementaux ne sont pas résolus, la solidarité se réduit à une obligation institutionnelle, les vieux sont toujours parqués dans des mouroirs, la consommation est toujours reine et le paraître guide toujours le monde. Mais on a fait un pas. Et ce pas permet aux gens de mieux réfléchir ; je ne doute donc pas que nous pourrons bientôt résoudre ces problèmes-là aussi. Notre monde n'est pas tout rose, mais au moins, il est un petit peu mieux et sur le bon chemin. Et je suis fier d'avoir participé à ce petit pas, dès le début, avec les Pirates.


Photos:

Notes:

  1. Le côté très positif est que les Français ont arrêté de faire des blagues sur les Belchs.
  2. Cela comprend bien sûr l’ex-Belgique, qui a donné le ton sans le vouloir vers 2027, mais aussi l’ex-Luxembourg (en 2028), l’ex-Lettonie, l’ex-ex-Yougoslavie et l’ex-Monaco (toutes en 2029) qui ont emboité le pas vers une société du XXIe siècle. On sent aussi que beaucoup d'autres s'apprêtent à rejoindre le mouvement cette année encore, ou l'année prochaine comme l'Autriche-Hongrie, la Catalogne, la Suède et l'Italie du Nord. Les autres suivront rapidement.
  3. Certains originaux utilisent des noms bizarres comme MJV — Municipal Joint-Venture — ou encore MaGiC — Municipalités ansemble (sic !) pour un groupement d’intérêt communs — mais globalement, on utilise « Fédés »
  4. ...car elles ont compris le dilemme du prisonnier
  5. Je m’en rappelle bien, je travaillais dans le domaine.
  6. Le prix que l’opérateur doit payer pour rouler sur une route donnée à un horaire donné
  7. Voir le paragraphe « nos revendications » dans cet article.

La transparence, c'est bateau !

Suite à mon engagement pirate, j'ai eu le retour de quelques personnes (que je remercie) à propos des principes pirates présentés sur le site de l'équipage Brabant wallon. Une remarque revient souvent : la transparence c'est bateau. Moi, je ne pense pas. Je m'explique.

Ailleurs aussi, c'est transparent !

Il est certain que le concept de transparence est à la mode. Tous les partis l'utilisent. À tous les niveaux de pouvoirs. « Au sein de l’Union Européenne, me disait un ami diplomate 1, c’est même devenu un leitmotiv Openess and Transparency… tellement utilisé que cela en perd même son sens, parfois. »

Parlement Européen - CC by Mónica Gomes

Attention, la transparence physique du Parlement européen n'implique pas forcément la transparence ! 😉

Attention, la transparence physique du Parlement européen n'implique pas forcément la transparence !

Alors, oui, dans un sens c'est bateau. Mais on remarquera que justement, si tout le monde en parle, c'est qu'il y a quelque chose à côté duquel on ne peut pas passer : la société évolue et requiert désormais cette transparence.

Pourquoi les pirates parlent de transparence ?

Tous les partis traditionnels ont répondu, par leur création, à une évolution de la société. Au niveau international, les libéraux sont apparus suite à l'apparition des bourgeois qui ne voualient pas laisser le pouvoir à l'aristocratie. Les socialistes ont contribué, lors de l'avènement du capitalisme et de l'industrialisation, à prendre en compte les intérêts des ouvriers. Les écologistes, quant à eux, sont nés suite aux abus de la société envers l'environnement...

Aujourd'hui, les Pirates arrivent car la société est encore une fois profondément transformée, cette fois par la technologie de l'information. Dans l'ADN pirate, on trouve donc le partage, la collaboration et... la transparence, rendus possible par cette (r)évolution 2.

FO -- CC by Michel Tronchetti

Après tout, la révolution informatique est faite de fibre optique... transparente 🙂

Depuis toujours, le pouvoir a été aux mains de ceux qui disposent de la bonne information et du savoir 3. N'importe quel enseignant vous dira qu'apprendre, c'est grandir et se donner la chance de pouvoir faire des choix. Savoir, quand l'autre ne sait pas, c'est donc aussi prendre l'avantage sur lui. Aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologies, nous avons l'occasion de partager le savoir et la connaissance à tout le monde. De faire finalement une vraie démocratie, où chacun a la possibilité de choisir en connaissance de cause. Il faut donc laisser la place à chacun de pouvoir collaborer.

Et finalement, pourquoi la transparence ?

Après tout, « vouloir la transparence pour la transparence, c'est idiot », m'a fait remarqué quelqu'un d'autre 4. « C'est comme communiquer pour communiquer ; ça ne sert à rien si on n'a rien à dire. » En effet. C'est pourquoi j'ai écrit ce billet. Pour expliquer que la transparence n'est pas un but un soi, mais constitue le moyen par excellence pour donner à chacun la possibilité de comprendre ce qui se passe en politique et in fine, de s'y impliquer. Comme dit plus haut, comprendre et savoir, c'est se donner la possibilité de choisir et dons de participer.

La transparence est LE moyen qui permet de vérifier ce que font les employés du peuple, à savoir les hommes et les femmes politiques. C'est encore LE moyen qui met à jour les vraies positions politiques d'un élu. Et c'est cela dont nous vons besoin pour voter utile ; nous arrêterons peut-être de voter pour quelqu'un sous prétexte qu'il nous a serré la main sur un marché ! C'est avec cet exemple qu'on peut bien comprendre toute la beauté de l'affiche du Parti Pirate français : « Ne faites confiance à aucune affiche. Informez-vous. ». Superbe.

Affiche PirateLa transparence est la condition sine qua non pour que les gens prennent la place qui leur revient dans la démocratie du XXIe siècle. Et c'est ça, le cœur du message pirate.

Votez pirate et nous vivrons dans un monde parfait

Les idées pirates percoleront dans le monde politique, cela ne fait aucun doute 5. Cela permettra à la politique de suivre la société. Mais ce n'est pas cela qui nous donnera un monde parfait. Ce n'est qu'une étape.

Comme vous le savez, nous ne vivons pas tous dans une communauté qui élève des moutons dans le Larzac, en paix intérieure, comme l'auraient voulu les hippies des années 70. Mais nous avons une société qui, loin d'être écologique, a cependant été profondément changé par l'écologie, aujourd'hui omniprésente (pour le meilleur comme le pire). Il en ira de même avec le mouvement Geek, qui a donné vie aux pirates. Nous ne vivrons pas dans un monde hypertechnologique où on se déplace en hoverboard et où tout le monde participe à la rédaction de la Constitution avec LiquidFeedback 6 (quoique ?).

Mais nous aurons fait évoluer la politique pour être en phase avec la société en espérant que cela « laissera ce monde un peu meilleur qu'il ne l'était quand nous y sommes venus » 7. Petit à petit.


Photos :

  • Parlement Européen -- CC by Mónica Gomes on Fotopedia
  • Fibre optique -- CC by Michel Tronchetti on Fotopedia

Notes:

  1. Geoffrey, ne sois pas modeste !
  2. Un jour j'écrirai un article sur le fait qu'internet est une révolution au moins aussi importante que l'imprimerie. Et quand on sait que l'imprimerie a grandement contribué à la renaissance ainsi qu'à la Réforme, on peut avoir une petite idée de l'importance des changements qui nous attendent !
  3. Et c'est évidemment lié à l'argent qui ouvre les portes de la connaissance et des réseaux d’initiés.
  4. Merci Quentin pour la remarque.
  5. Que ce soit par la percée du Parti Pirate ou par le piratage de nos idées par les autres partis, peu me chaut, du moment qu'elles passent. Et elles passeront.
  6. Il s'agit d'un outil de participation démocratique développé par les Pirates.
  7. Citation de Baden Powell