La mobilité à Bruxelles : repensons la jonction Nord-Midi

Thalys et ICE à Bruxelles-Midi

Thalys et ICE à Bruxelles-Midi

J'ai eu le plaisir d'assister hier à la 8e édition des ResearchTalks dont le sujet était "Les véhicules et la mobilité du futur". Comme d'habitude, intéressant, même si le panel d'experts était assez consensuel vis-à-vis d'un public acquis à la cause de la mobilité.

Une des invitées était Salima Abu Jeriban, qui a mené le projet Mobil2040 dont je vous ai déjà parlé. Ses interventions, combinées à celle de Laurent Ledoux (patron du SPF mobilité), m'ont fait imaginer une nouvelle utopie en rentrant chez moi.

"Et si nous arrêtions de faire passer tous nos trains par la jonction Nord-Midi ?"

La raison principale est simple : cette jonction fait passer quasiment tous les trains de la SNCB de 21 voies (à Bruxelles-Midi) à 6 voies (à Bruxelles-Central) pour repasser à 12 voies (à Bruxelles-Nord). Vous imaginez la congestion ? Et les risques de retards cumulés s'il y a un incident ?

Alors pourquoi ne pas imaginer une autre solution ?

En rapide : on arrête de faire passer tous les trains par cette jonction. On instaure un système de trains léger (B-Link) qui fait des allers-retours rapides entre Nord et Midi et la place gagnée permet de changer cette jonction en une promenade accessible aux vélos et piétons. En outre, un système de tapis roulant (P-Link) permet de garder des moyens de transport vers les gares de Congrès et Chapelle.

Et maintenant, plus en détail.

On arrête de faire passer tous les trains par cette jonction

Dorénavant, les trains provenant de l'extérieur de Bruxelles s'arrêtent à Bruxelles-Nord et à Bruxelles-Midi. Seuls sont autorisés les trains internationaux tels que Thalys, Eurostar, ICE DB ainsi que les trains vers l'aéroport de Bruxelles-National. Ces trains ont droit à deux voies dans la jonction et ne s'arrêtent pas à Bruxelles-Central.

Idéalement, cela signifie aussi qu'il faut améliorer la connexion des certaines lignes vers ces deux gares principales. Exemples :

  • Permettre aux trains de la ligne 161 (vers Ottignies et Namur) de rejoindre directement Bruxelles Midi,
    • soit en passant par les lignes 26 (Boondael-Callevoet) et 124 (Callevoet-Midi) — il faut alors aménager des nouvelles jonctions entre ces lignes qui se croisent ;
    • soit en créant un nouveau tunnel ferroviaire entre la gare d'Etterbeek et Midi — et ça, c'est pas gagné.
  • Renforcer les possibilités pour les gantois d'arriver à Nord
    • en ayant plus de trains qui font Gent-Dendermonde-Nord ; ou
    • en permettant aux trains venant de Gent de monter sur la ligne 50 (Essene-Lombeek puis Jette et Nord) sans passer par Denderleeuw.

On crée une liaison Nord-Midi en train léger

Ces trains légers (une rame de trois voitures, type Desiro par exemple) font des allers-retours rapides entre Nord et Midi à une cadence d'un train toutes les 2 min 30 sec. Ils circulent sur deux voies et arrivent sur quatre quais à Midi et à Nord. Nom de cette liaison : B-Link (Brussels Link).

À Midi et à Nord, des indications claires sont disponibles afin que les transferts se fassent aisément. On peut même parler en secondes pour que les navetteurs sachent vers où se diriger rapidement : "liaison vers Bruxelles-Central et Bruxelles-Nord dans 45 secondes, voie A ; dans 195 secondes voie B ; dans 345 secondes, voie C ; dans 495 secondes voie D".

À Central, c'est encore plus simple : "direction Sud, voie A ; direction Nord et aéroport, voie B. Maximum 150 secondes d'attente."

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Vu la place laissée par l'enlèvement des systèmes d'aiguillages (devenus inutiles) en gares de Midi (côté Nord) et Nord (côté Sud), on peut penser réaménager cette surface en quai de départ pour ce système de train léger. Ceci évite d'utiliser des quais dans les gares (nécessaires désormais comme terminus) et permet au flux des navetteurs d'être plus facilement géré : si on arrive de Charleroi en voie 21, on n'est pas obligé de se taper la voie 3 parce que c'est le quai B-Link ; il suffit d'aller en bout de quai pour rejoindre le départ vers le Nord.

Note : avec les deux voies pour les trains internationaux et deux voies pour le B-Link, cela fait quatre voies sur lesquelles tous les trains peuvent rouler, ce qui pourrait suffire en cas de problème technique.

Les gares de Bruxelles-Congrès et Chapelle ne sont plus desservies qu'en tapis roulant

Les trains ne s'arrêtent plus dans ces gares. Par contre, on les garde et on les réaménage. Et, pour garder une liaison avec les gares "qui ont des trains", l'idée est de mettre en place un système de tapis roulant, comme dans les aéroports, afin d'aider les gens à atteindre facilement ces points de sortie depuis Bruxelles Central, Midi ou Nord. Ce système est appelé P-Link (Pedestrian Link) et il favorise les modes de déplacements doux car autour de ce P-Link, la place est aménagée pour des trottoirs ainsi que des pistes cyclables, laissant au navetteur le choix de son mode de déplacement.

Ce système de P-Link propose aussi des "gares" où l'on peut descendre du tapis roulant, à intervalles réguliers. Combiné à des stations Villo et à des arrêts STIB, ces arrêts P-Link constituent une nouvelle possibilité de maillage dans le réseau de transport en commun.

Sous terre, ce P-Link ressemble à ce qu'on trouve dans les aéroports, mais en plus vivant. Lorsque la jonction est en plein air, le P-Link est abrité par un toit en verre, très moderne, qui est assez grand pour permettre aux piétons et cyclistes (qui ne sont pas sur le tapis roulant) de choisir s'ils se déplacent couverts ou pas.

Aussi bien sous terre que sous le ciel, cela crée des endroits agréables à vivre, et où il est possible de boire son café, manger un morceau, écouter de la musique. Imaginez-vous au-dessus du Boulevard du Midi ou square des Ursulines, sur un banc au soleil entouré de vélo et de piéton, pour manger votre repas servi par un food truck (comme celui-ci ou celui-là)... Sympa, non ?

Les arrêts P-Link principaux sont les suivants : Gare du midi ; Boulevard du midi (ouest) ; Boulevard du midi (est) ; Rue Sallaert ; Rue de la Fontaine ; Rue terre-Neuve ; Rue du Poinçon ; Square des Ursulines ; Rue des Alexiens ; Rue de l’escalier ; Rue de l’hôpital ; Mont des Arts ; Bruxelles-Central ; Rue de Loxum ; Parvis Ste Gudule ; Rue des Comédiens ; Rue des Sables ; Meiboom ; Congrès ; Bd Botanique Nord ; Bd Botanique Sud ; Rue gineste ; Rue Marie Popelin ; Gare du Nord.

Les arrêts du système P-Link

Les arrêts du système P-Link

Zoom sur les gares de Bruxelles-Midi et Nord

Voyez en image à quoi cela ressemblerait. Mais bon, je ne suis pas graphiste : il ne s'agit pas de beaux dessins illustratifs, mais plutôt de schémas de principe.

P-Link-MIDI P-Link-NORDBien sûr, des aménagements sont à faire car les trains internationaux doivent passer du côté Ouest de la gare du Midi à la partie Est de la gare du Nord (mais pas tous) et cela signifie beaucoup de difficultés. Mais quand on a aménagé le terminal grande vitesse à Bruxelles-Midi, on a même construit un viaduc pour faire passer les Thalys et Eurostar au-dessus de toutes les autres lignes, alors... On n'est pas à ça près.

Note : en faisant des recherches pour cet article, je suis tombé sur une autre proposition qui rejoint la mienne. Il s'agit d'un bureau d'architecte. Eux, ils ont des belles images, si vous voulez aller voir.


Photos:

L'utopie de Bruxelles Mobilité

Une très intéressante utopie est présentée ici par Bruxelles Mobilité. Elle présente ce que pourrait être Bruxelles en 2040, si les politiciens étaient un peu motivés. De belles images et de beaux projets. On y montre par exemple à quoi pourrait ressembler la gare d'Etterbeek en 2040. De quoi s'inspirer et réfléchir.

La gare d'Etterbeek en 2040

La gare d'Etterbeek en 2040 (rebaptisée en Bruxelles-Campus)

Évidemment, c'est une utopie. Le but n'est pas qu'on finisse tous sur un vélo avec les mollets surdimensionnés (surtout que le site ne le montre pas, mais Bruxelles est quand même bien vallonnée). Le but est bien d'inspirer, de libérer les esprits et de permettre de penser autrement. En tant que pirate, je ne peux qu'adhérer à ce principe.

Je voulais également épingler une des réflexions présentées dans les tranches de vie (que vous lirez ici). ZITA (inventée, je suppose) y parle de Bruxelles Métropole, une sorte de méga intercommunale de 60 communes pour gérer la mobilité convenablement et ensemble. Exactement ce que je proposais dans un de mes articles précédent (spécialement sur le paragraphe "Les routes et les infrastructures")... Les grands esprits se rencontrent. 🙂

À certains moments, cela rejoint aussi la vision des Google Car de Ploum (ici ou ici) à part que pour Bruxelles Mobilité, le train existe encore, plus que jamais dans un vrai plan de multi-modalité (auquel je crois plus que le tout-à-la-google-car).

Bref, pas mal de réflexions intéressantes que je voulais vous partager !

Note : Par contre, je me demande pourquoi ils ont mis le Prince Laurent sur un vélo au milieu de la rue Béliard (voyez la photo ci-dessous et cliquez pour agrandir). 🙂

La rue Béliard en 2040

La rue Bélliard en 2040


Utilisation des photos : conformément à ce qui est indiqué sur le site de Mobil2040, (L'utilisation des informations contenues sur ce site est autorisée et même encouragée [...]), j'ai utilisé les photos à titre d'illustration en mentionnant qu'elles proviennent de Bruxelles Mobilité. Bruxelles Mobilité se réserve cependant tous les droits de propriété intellectuelle de ces images.

Le Parti Pirate, les transports en commun de la politique

Le Parti Pirate est jeune. Toute sa politique n’est pas encore définie. Mais doit-elle vraiment l’être ? En effet, ce petit nouveau se différencie surtout par la manière, plutôt que par le contenu. Alors certes, il y a des idées, des propositions concrètes, mais l’essentiel est dans la vision du monde proposée, nécessairement un peu abstraite. Aussi, pour vous aider à comprendre la différence, je vous propose une petite analogie. « Comparaison n’est pas raison », certes, mais ça peut aider à présenter les choses...

Qu’est-ce que la politique ?

En fait, la politique —au sens noble— c’est l’envie, pour un citoyen (ou groupe de citoyens) d’amener une idée sur la place publique et de la concrétiser pour le plus grand bien de la société. Et les partis politiques constituent un moyen pour amener cette idée du citoyen vers la place publique. Bien. Jusque là, vous suivez.

Maintenant, imaginons un instant que les idées ont forme humaine et les partis sont des voitures. La voiture du parti devient le moyen, pour « l’idée humanoïde » d’aller vers la place publique, que nous pourrions alors voir, par exemple, comme le parking du gouvernement (pour continuer l’analogie).

Voiture américaine -- CC by  Janicks on http://janicks.over-blog.com

La voiture, merveilleuse invention du XXe siècle

La politique devient tout d’un coup un problème de transport...

Du coup, pour faire avancer ses idées (en voiture), il y a beaucoup de possibilités parmi les marques et les modèles disponibles...

Au choix, on disposera d’une voiture rouge, bleue, verte ou orange. Ce sont les couleurs traditionnelles. Mais certains préfèrent une noire, pour faire rebelle.

Et puis il y a des familiales pour ceux qui aiment les grandes familles, des voitures populaires bon marché, des décapotables pour ceux qui aiment la liberté ou des voitures hybrides pour les amoureux de la nature 1... On trouve de tout !

Mais deux choses sont communes à toutes : elles doivent être hyper sécurisées (avec certificats EuroNCAP, équipements de sécurité, etc.) pour bien protéger le passager (« l’idée », donc) de toute intrusion à l’intérieur de l’habitacle. Et elles doivent être peu polluantes. Parce que c’est bien connu que polluer, c’est mal.

Le salon de l’auto

Une campagne électorale ressemblerait alors au salon de l’auto. Chacun exhibe sa voiture et explique pourquoi elle est la meilleure. On la nettoie, on la simonise, on la fait blinquer et on montre des jolies filles à côté : « Oyez, braves gens, venez voir les belles idées qui siègent dans ma voiture ! Et chez nous, c’est sécurité maximum ! Si vous prenez ma voiture, mon bon monsieur, cette idée se retrouvera immédiatement votée et appliquée ! Promis ! ».

Salon de l'Auto -- CC by benoit.darcy

C'est bien connu, au salon de l'auto, on va surtout voir des belles mécaniques.

L’habitué du salon, quant à lui, connait bien la politique de chaque marque : les baisses d’impôts sont dans les voitures bleues ; les plan de sécurité sociale sont dans les voitures rouges. Et aujourd’hui, toutes les voitures affichent un moteur qui permet de superbes reprises (économiques) tout en polluant moins. D’après le catalogue, en tout cas.

Ensuite, l’achat. Et paf.

Et à un moment, chacun choisit sa voiture. Cela s’appelle « les élections ». Parce que ça coûte tellement cher qu’on est obligé de la garder quelques années avant d’en changer.

Le seul problème est que tout le monde n’a pas voulu la même voiture. Et que, au gouvernement, le nombre de places de parkings est limité. Il faut essayer de composer une nouvelle voiture avec toutes les pièces démontées.

Du coup, sur la place de parking « économie », on retrouvera par exemple un jeune cadre dymanique (provenant d’un coupé sport élu pour sa vigueur) qui doit négocier avec un pensionné roulant en berline (que les gens ont choisi pour le confort). Pour l’immigration, on aura une blonde pulpeuse (de la décapotable) qui essaye de s’entendre avec la mère de famille (qui vient du break).

Alors parfois ça explose, parfois ça marche très bien, et souvent ça n’avance pas beaucoup : le résultat étant en effet une voiture qui a les inconvénients de toutes, sans en avoir les avantages. Et en plus, elle est d’une couleur  : un mélange de bleu, de rouge, de jaune et de vert. Avec parfois des taches. Bref, ce n’est pas ce qu’on avait demandé. Les idées étaient bonnes, peut-être, mais incompatibles.

Sortir des ornières : les transports en commun.

Doit-on en conclure que le consensus et le compromis sont mauvais ? Que la démocratie est dépassée ? Qu’il faut une dictature qui impose une seule voiture ?

Et si on choisissait plutôt les transports en commun ? Vous imaginez ? Il y a de la place pour tout le monde (initiative citoyenne). Tout le monde est assis (respect des idées). C’est pragmatique et ça répond aux problèmes. Mais surtout, les idées ne sont plus enfermées dans une bulle imposée : elles sont libres. Elles se rencontrent et elles évoluent au contact les unes des autres.

Interior of Coaster -- CC by LA Wad

OK, c’est vrai que c’est un peu idéalisé comme description des transports en commun, mais c’est pour l’explication.

À la fin du voyage, sur la place de parking réservée à la justice, à la réforme des pensions ou à la culture, on a deux ou trois personnes (donc, des « idées ») qui s’entendent, qui se comprennent et qui ont quelque chose de solide à proposer.

L’idéologie versus la vision du monde

Les partis traditionnaux ont (ou ont eu) de bonnes idées. Mais la société évolue. Les présenter, toutes blinquantes, parfaites et figées dans leur belle voiture ultra-sécurisée n’a plus de sens. Qu’un parti « détienne » une idée n’a plus de sens. Et encore moins s’il l’impose par un matraquage électoral à ses militants et ses électeurs.

Ces idées fixes (wouf), je les appelle les idéologies des partis. Le Parti Pirate n’en a pas et j’espère qu’il n’en aura jamais. Par contre, ce que chaque parti possède, au plus profond de ses tripes (et souvent enfouis très profond, malheureusement), c’est une vision du monde. Et elle, elle vaut la peine.

Si on simplifie les choses, les visions du monde respectives sont les suivantes : la droite promeut une société dont le bien-être est issu de l’économie 2 ; le socialisme veut assurer le bien-être de tous, y compris des plus défavorisés ; le centre souhaite placer l’humain au coeur des préoccupations ; et les écolos apportent la touche « environnement » dans l’histoire 3. Et les pirates ? Ils veulent laisser la part belle à la participation citoyenne et à la liberté de communiquer et de partager, car l’évolution de la société le permet aujourd’hui. Ça vous paraît vraiment incompatible, tout cela ? Alors oui, dans la rhétorique des partis, ça l’est. Dans l’imaginaire des gens aussi, mais heureusement de moins en moins. Et j’espère que ce billet vous fera encore plus oublier ce clivage.

Que les choses soient claires : c’est fini la guerre de tranchées gauche-droite ! Les idées de gauche ont leur place, les idées de droite ont leur place. Mais l’essentiel aujourd’hui est de travailler ensemble à les faire cohabiter et surtout en laissant les citoyens participer. Prenons le train ensemble pour discuter, au lieu d’aller tous en voiture au boulot.

Ça fera moins d’embouteillage et on passera plus de temps à bosser.

Jouons un peu...

Puisque l’article est terminé, je vous propose de pousser un peu l’analogie. Pour le plaisir de l’envolée lyrique. Pour s’amuser. Pour rire. C’est donc bien du second (voire du troisième) degré.

Imaginez...

  • Le Parti Populaire : une auto scooter, c’est-à-dire un petit truc qui essaye de tout casser, mais piloté par un gamin. Ou alors une auto-école : avec deux directions qui vont dans des sens opposés.
  • Le CDF : une caravane qu’ils essayent d’accrocher au CDH.
  • Le RWF : une deuch. Mais le tout tout vieux modèle : c’est mignon, c’est rigolo, c’est franchouillard. Mais ça ne roule plus et on le garde seulement pour faire original.

Petit exercice pour vous : donnez-moi vos idées pour tous les partis (y compris les traditionnels).


Photos :

 

Notes:

  1. Ami lecteur, sauras-tu retrouver les partis traditionnels qui se cachent derrière ces modèles ?
  2. Et cela ne passe pas forcément par la croissance du PIB, selon moi
  3. Ils vont m’en vouloir de simplifier leur message à ce point, mais il faut quand même reconnaître que c’est encore l’image qu’on a d’eux. L’environnement n’en reste pas moins essentiel.