La retraite à 67 ans ? Moi je m'en fous !

Couple à la retraiteOui, le sujet a fait polémique ces derniers jours. Pas tellement dans la presse (quoique je ne la lis pas tant que ça), mais bien dans les conversations... Les gens en parlent, ils sont directement touchés : c'est de leur pension qu'il s'agit.

Évidemment, je comprends bien la mesure. Passer à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030 permettra de mieux équilibrer l'équation simple qui fait fonctionner notre système de pension : plus de gens au travail = plus de gens qui payent pour la pension = possibilité de payer plus de gens à la pension. Et comme le nombre de gens à la pension augmente, il faut bien augmenter le nombre de gens qui travaillent... Logique, simple et évident. À condition qu'on ne regarde que cette équation simpliste.

En tout cas, cette nouvelle ne me fait ni chaud ni froid. Elle ne m'étonne pas provenant d'un gouvernement comme celui qu'on a (un peu comme si on s'étonnait de voir des socialistes promouvoir les allocations de chômage). Et puis elle correspond bien à la pensée majoritaire actuelle : l'économie et la croissance seules sont sources de bien-être (pour une autre vision, voyez ici). Bref, on pouvait quasiment s'y attendre.

Et du coup je m'en contrefous. Pourquoi ? C'est bien simple :

  1. D'ici à mes 67 ans, en 2048 1, cela aura encore changé au moins trois fois.
  2. Depuis quelques années déjà, je n'espère même plus avoir de pension. Je me dis que je devrai me débrouiller par moi-même.
  3. D'ici quelque temps, quand la révolution numérique aura fait sentir un peu plus ses effets, nous serons dans un monde où l'emploi sera différent. Un monde où les gens combineront des emplois alimentaires, des activités rentables issues de passion, des engagements volontaires et d'autres activités d'indépendant. Alors autant vous dire que la pension où l'on arrête tout du jour au lendemain pour faire du jardinage après 45 ans derrière un bureau, ce ne sera plus quelque chose d'évident.
  4. C'est une mesure qui va à contre-courant de la société : depuis toujours, l'homme a de moins en moins travaillé ou, en tout cas, de moins en moins dur. L'histoire entière de l'intelligence humaine ne vise qu'un but : se faciliter la tâche, travailler moins. Aujourd'hui, des légions de robots nous remplacent pour les tâches difficiles, ou non. Et on voudrait tout d'un coup nous faire travailler plus ?
  5. C'est une mesure qui ne rime à rien du tout d'un point de vue économique. On veut plus d'argent pour les pensions en ayant plus de gens qui travaillent pour les financer ? Et donc pour cela, de manière tout-à-fait logique, on
    1. empêche des chômeurs de prendre la place de gens qui ont déjà travaillé 45 ans ;
    2. garde au chômage les gens entre 65 et 67 ans qui n'ont pas d'emplois ;
    3. mettra à la prépension, plutôt qu'à la pension, les gens de 65 ans.

Bref, je ne vais pas m'en faire pour une mesure qui ne tiendra pas. Par contre, je m'en fais toujours un peu plus devant le manque de vision de nos hommes et femmes politiques. M'enfin, ce n'est pas comme si c'était nouveau.

Et au lieu de cela, si on repensait un peu notre vision du travail ? Et avec elle, ce modèle social qui la sous-tend, mais qui ne tiendra plus très longtemps ? Et si on remplaçait ce modèle social par un autre, plus efficace ? Et si en fait, la crise, c'était has been ?


Photo:

  • Couple sur un banc : Domaine public sur PixaBay

Notes:

  1. Vous avez vu !? C'est hyper classe le 2048. C'est deux exposant 11, quand même ! J'ai presque envie d'arriver à la pension à cet âge-là, du coup !

Encore une bonne raison de soutenir le revenu de base !

CC BY-SA by Camdiluv on Flickr (https://www.flickr.com/photos/camdiluv/4441155157/sizes/o/)

Après vous avoir parlé des raisons économiques qui poussent au revenu de base, et après en avoir balayé les mauvais arguments contre...voici un petit témoignage qui explique pourquoi il est sensé.


C'est l'histoire d'une famille tout ce qu'il y a de plus normal : M. et Mme Normal sont deux employés et ils ont deux enfants en bas âge. Le premier va à l'école. Le second va à la crèche. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils ont de 24 à 32 jours de congés par an. C'est plus que le minimum légal (20) et plus que beaucoup d'indépendants.

On est presque en juillet, tout va bien. Il fait beau. Et M.et Mme Normal ont réussi un improbable casse-tête : caser l'ainé (3 ans) tous les jours de juillet. Bon, ils passeront le mois sur les routes à le conduire à droite et à gauche. Mais il faut ce qu'il faut. Et puis M. et Mme Normal sont bien chanceux. Ils ont un emploi, eux.

Ce problème ne se pose pas pour le petit, tout va bien : la crèche n'est fermée que deux semaines durant les mois d'été. Ouf, les vacances sont organisées sans consommer tous les jours de congé de M. et Mme Normal. Ben oui, il faut bien en garder pour les vacances de Toussaint, de Noël, de Carnaval, de Pâques. Et puis pour les congés pédagogiques. Et les ponts. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Tout est organisé et bien compté.

Même lorsque le petit attrape une varicelle, tout va bien. Il ne peut plus aller à la crèche pendant deux semaines, mais il existe un service de garde-malades. Bon, ça coûte plus cher, mais il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils peuvent se le permettre.

Ils auraient préféré garder l'enfant malade eux-mêmes, mais ce n'est pas possible. Le premier jour, ils peuvent prendre un congé social (non-payé) car c'est un cas de force majeure. Mais le lendemain, il faut aller travailler. Il faut ce qu'il faut. M. et Mme Normal sont bien chanceux. Le système a tout prévu pour eux : ils peuvent travailler.

M. et Mme Normal ont décidément beaucoup de chance. Vraiment beaucoup de chance. La semaine prochaine, l'aîné sera à la maison, gardé par une baby-sitter. Le petit sera à la maison, gardé par une garde malade de la crèche. La première ne sait pas garder les deux enfants (elle est trop jeune). La seconde ne peut pas garder un autre enfant que celui qui est malade (elle n'est pas payée pour ça). Mais M. et Mme Normal sont bien chanceux : ils pourront aller travailler pendant que deux personnes payées s'occupent de leurs deux enfants.


Ceci est une fiction, mais vachement inspiré de faits réels. Elle montre que les "chanceux" de notre société sont ceux qui peuvent (doivent ?) toujours aller travailler. Même s'ils ne sont pas indispensables au travail pendant deux semaines. Même si cela amène des situations absurdes. Mais il faut ce qu'il faut...

Mais en quoi la situation changerait avec un revenu de base ?

Primo, je pense que les employeurs n'offriraient plus de travail. Ils en chercheraient. Et ce sont les travailleurs qui offriraient leurs services. Après tout, n'évoluons-nous pas vers une économie d'abondance ? Ceci établirait un rapport de force plus équitable entre employeurs et travailleurs. Et favoriserait l'équilibre travail-vie privée des travailleurs. Je pense que nous aurions plus facilement des congés sociaux (comme ils s'appellent maintenant) pour répondre aux besoins (entre autres familiaux) des humains que sont les employés. Et surtout, prendre ces congés non-payés ne constituerait plus un handicap pour les familles moins favorisées puisqu'elles seraient assurées d'un revenu de base.

Secundo, je pense que les gens se rendraient compte qu'ils travaillent pour vivre et non l'inverse. Le revenu de base permettrait de libérer les gens de ce carcan "il faut un emploi (travail rémunéré) pour exister". Et s'occuper d'un enfant malade deviendrait aussi un travail respecté, qui a du sens.

Et tout cela sans imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui sont indispensables à leur travail (ou croient l'être) peuvent toujours aller travailler et payer des gens pour s'occuper de leurs enfants malades. Simplement, avec un revenu de base, j'aimerais qu'on ne les appelle plus "chanceux".


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Le revenu de base au pays des Bisounours

L'Initiative Citoyenne Européenne pour un revenu de base est clôturée depuis avant-hier et elle n'a pas abouti. Dommage. Néanmoins, j'ai été très étonné du nombre de gens qui en ont parlé autour de moi et sur internet (voyez cette excellente infographie pour ceux qui ne connaissent pas encore le sujet). Étant moi-même partisan depuis un bout de temps, cela m'a fait plaisir. Et, même si l'initiative est clôturée, je pense qu'il faut encore en parler pour continuer à faire évoluer les esprits car, après tout, déjà 285.000 citoyens européens sont déjà favorables à l'idée d'en discuter 1.

Beaucoup de gens sont encore critiques vis-à-vis de cette proposition et c'est bien compréhensible : le changement fait peur. Mais profitons des opposants et de leurs arguments afin de mieux construire une proposition solide. Néanmoins, certains arguments (ceux qui viennent rapidement à l'esprit) ne tiennent pas la route très longtemps et j'aimerais ici leur tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Cet article est un peu un « Guide pratique pour une première discussion sur le revenu de base ». Les questions compliquées qui méritent un débat plus profond ne sont pas abordées ici (juste citées en fin d'article).

Quelle est la formule exacte du revenu de base ?

Tout d'abord, un premier point qui me semble fondamental. Le revenu de base inconditionnel (RDBI), c'est un concept assez vieux et beaucoup de monde en a déjà parlé. Beaucoup de monde et autant de visions. Il y a plein de solutions différentes pour mettre cela en place, de la plus libérale à la plus communiste. Ceci pour souligner que ce qu'on peut lire sur un site n'est pas forcément à prendre comme l'évangile du revenu de base. Et un argument contre une vision du revenu de base n'est pas forcément absolu. Il n'y a pas de formule unique du revenu de base. C'est un choix politique qui peut aller dans tous les sens.

CC by Cancelos on Wikipedia (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:F%C3%AAte_des_Roses,_2008,_Bisounours.JPG)

Un monde de bisounours

Avec le revenu de base, est-ce qu'on vivra tous avec les Bisounours, dans un monde arc-en-ciel ?

C'est souvent l'impression que vous laissera le message d'un partisan du revenu de base. Porté par des valeurs de solidarité, d'équité sociale et de progrès, un adhérant se laissera facilement à espérer cela. Mais moi, je ne pense pas qu'une allocation universelle nous permettra de vivre d'amour et d'eau fraiche. La révolution française ou la déclaration universelle des droits de l'homme constituent des avancées considérables en termes de bien-être collectif. Et pourtant, des gens meurent encore de faim aujourd'hui, malgré ces deux étapes. Mais un petit peu moins. Ce sera pareil avec le revenu de base.

Arrêtons de croire que le revenu de base est une douce utopie communiste qui nous mènera chez les Bisounours. Pour moi, l'idée du revenu de base est, entre autres :

Et lorsque nous aurons cela bien en tête, il sera primordial de veiller à ce que la mise en œuvre d'un RDBI se fasse en cohérence avec des valeurs essentielles de solidarité et de justice. Histoire de laisser le monde un peu meilleur que quand nous y sommes venus...

Une fois qu'on ne sera plus considérés comme des Bisounours, quels autres arguments peuvent être facilement écartés ?

« Ce système communiste fera fuir les riches qui n'auront pas envie de payer pour des fainéants qui ne travaillent pas. »

Soyons sérieux. Aucun système au monde n'a durablement empêché la richesse. Ça n'arrivera pas. On ne passera pas d'une civilisation à son contraire et notre société est aujourd'hui toute entière tournée vers la richesse. Si un revenu de base se met en place, il s'agira d'une nouvelle manière, plus efficace et plus épanouissante, de redistribuer la richesse comme le fait aujourd'hui le chômage. Les riches ne verront pas la différence. Les pauvres oui. Et il y aura peut-être bien plus de riches.

« Les gens ne feront plus rien si on leur donne un salaire gratuitement ! »

Ma première réponse à cette remarque est :
— « Et toi, si on te donne un revenu de base qui te permet d'assouvir tes besoins fondamentaux, que fais-tu ? Plus rien ?
— Moi ? Si, je continuerais ! »
CQFD. D'ailleurs, 80% des gens déclarent qu'ils continueraient à travailler. Et 80% des gens pensent que les autres arrêteront. Cherchez l'erreur...

Alors bien sûr, les gens qui ne font déjà rien maintenant ne feront peut-être toujours rien. Mais au moins, on cassera les aprioris qui les enfoncent dans leur situation (« ce sont des mauvais, des chômeurs... ») et ça leur permettra peut-être de sortir de ce cercle vicieux.

De plus, aujourd'hui, il existe beaucoup de pièges à l'emploi où les gens ont tout intérêt à ne pas travailler s'ils veulent gagner plus. Ceci est impossible avec un revenu de base inconditionnel.

Mais la majorité, oui, continuera à faire quelque chose. Un revenu de base, dans ma vision, devrait être suffisant pour se nourrir (en faisant ses courses simplement), se loger (dans un petit appartement) et s'habiller (juste pour ne pas avoir froid). Et vous croyez vraiment que tout le monde va se contenter de ça ? Vous n'aurez pas envie d'avoir un jardin, une maison plus jolie (avec des meubles dedans), de quoi vous payer un resto ou une gaufre chaude de temps en temps ? Et des vêtements de sport ? Ou ces nouvelles chaussures qui sont « trop belles, quoi... ». Rassurez-vous, les gens auront encore envie d'avoir un peu plus que le minimum vital. Je ne pense pas que le revenu de base viendra à bout de la consommation. L'humanité est ainsi faite, pour le meilleur et pour le pire.

Enfin, il y a aussi beaucoup de gens qui arrêteront de travailler par choix, et ce sera une très bonne chose pour tout le monde. Combien d'emplois existent aujourd'hui parce qu'ils sont subventionnés mais ne servent à rien ? Et même sans subventions, qui ne connait pas des gens qui ne font rien à longueur de journée... mais au travail 2  ? Tous ces gens-là ne seraient-il pas mieux ailleurs, à faire quelque chose de constructif ? Il y a assez de besoins dans le monde du non-marchand, considéré comme moins rentable. Avec un revenu de base et un salaire de compensation très bas qu'une ASBL peut payer (d'autant plus si on ne taxe plus les revenus du travail mais de la consommation — voir point suivant), il serait possible d'atteindre un niveau de vie qui, par choix, est suffisant pour beaucoup de gens engagés.

« Comme il y aura moins de gens au travail, les revenus des états vont diminuer et le système va se casser la gueule. »

Pour ma part, je pense qu'il est illusoire de penser qu'on peut mettre en place le RDBI en gardant notre système social actuel dont le fonctionnement est basé (quasi) uniquement sur la taxation des revenus du travail. Ma vision de l'allocation universelle, c'est de dire qu'il n'y a plus de travail pour tout le monde. Acceptons donc l'idée que ce n'est pas le travail qui produira la richesse dont la société a besoin pour assurer le bien-être des citoyens. Ça, c'était possible entre 1945 et 1970, plus maintenant car tout s'automatise.

Si on met le RDBI en place sans rien changer d'autre, le taux d'imposition grimperait effectivement pour compenser la perte ou l'abandon d'emplois rémunérés. C'est évident. Et c'est pour cela que la mise en place d'un revenu de base doit se faire avec une nouvelle manière de capter l'argent nécessaire au fonctionnement de la société. Comme une taxation de la consommation, par exemple (attention, c'est un choix politique, ça !).

« Personne ne sait comment réagira l'économie si on met ce système en place. »

À mon humble avis, personne ne sait jamais avec certitude ce que donnera un changement dans un système économique. En mettant en place les primes photovoltaïques, est-ce que le gouvernement wallon savait exactement comment allait réagir l'économie ? Non, sinon, il ne l'aurait pas fait. Est-ce que les américains savaient exactement comment réagirait l'économie en faisait le plan Marshall après la guerre ? Ils s'en doutaient, mais s'ils avaient su à quel point cela fonctionnerait, ils auraient donné encore plus d'argent ! La seule façon de le savoir c'est de le mettre en place. Le tout est de le faire convenablement, en réfléchissant intelligemment à la formule.

Pour ma part, je ne suis pas devin, mais j'ai l'impression que l'économie se porterait mieux.

  1. Parce que les gens auraient les moyens de se lancer dans des aventures entrepreneuriales beaucoup plus facilement puisqu'ils auraient un filet de sécurité s'ils se plantent. Et Dieu sait si on se plante souvent en tant qu'entrepreneur.
  2. Parce que notre société serait beaucoup plus libre et tournée vers l'innovation dans la mesure où on n'aurait plus peur de l'innovation "qui-risque-de-mettre-en-péril-des-emplois", comme c'est souvent le cas aujourd'hui.
  3. Parce que beaucoup de gens créeraient. Oui, créer. Les gens se lanceraient dans leur passion, ce qui reste le meilleur moyen de créer de la qualité, qui est la base d'un bon équilibre économique.

« Mais il faut quand même mériter son salaire ! Ça ne va pas de recevoir de l'argent sans rien faire... »

Première remarque : la population totale en Belgique est de 11.035.948 personnes en 2012 (source). La population active, quant à elle, est en 2012 composée de 4.479.036 3, soit 40.5% de la population belge. Et les soixante pourcents restants sont en fait composés d'environ 30% qui vivent grâce à leur famille (enfants, étudiants, parents au foyer), 20% de rentiers (retraités, grosses fortunes) et 10% sont au chômage.

Actuellement, donc, 60% de la population ne mérite pas son salaire. Elle vit au crochet de la société.

Deuxième remarque : il faut sans doute faire la différence entre mériter son salaire et mériter de vivre. En effet, le revenu de base propose de donner à chacun afin de satisfaire ses besoins essentiels. Doit-on mériter de vivre ? Rien n'empêche, après le revenu de base, de compléter ses revenus par un salaire mérité que chacun voudra obtenir (ou pas) en fonction de ses propres choix.

« Qui va faire les boulots chiants, alors ? Plus personne ne voudra les faire ! »

L'exemple classique est celui de l'éboueur. Un sale travail que personne ne veut faire. Oui, mais s'il est très bien payé, je suis certain que beaucoup seraient très contents de le faire. Si on y met le prix, il y a toujours un volontaire. Cette phrase pourrait passer pour du libéralisme sauvage (et dangereux). Mais n'oublions pas que cette situation hypothétique diffère fondamentalement de notre situation actuelle : dans une société du revenu de base, c'est le travailleur qui offre son temps de main d'œuvre et ce n'est pas l'employeur qui offre du travail 4. Le travailleur n'a pas la corde au cou s'il ne travaille pas ; il est assuré de survivre. Cette situation renversée permettra, je l'espère, de trouver un équilibre différent de celui que nous connaissons.

De plus, un élément me semble essentiel à ajouter. C'est difficile à concevoir, mais d'après moi, ces boulots chiants sont amenés à disparaître. Tout simplement. En effet, aujourd'hui, le pas à franchir pour licencier des centaines d'éboueurs est immense. La pression politique est forte pour garder l'emploi. Donc, personne ne se risquerait à proposer une solution qui se passe d'éboueurs (un collecteur de poubelle géant, un hélicoptère automatique ramasse-poubelle, que sais-je...) : il se verrait confronté à un refus. Car politiquement, ça ne passerait pas. Du coup, personne ne veut risquer le coup financièrement.

CC by stanjourdan on Flickr (http://www.flickr.com/photos/stanjourdan/8525489347)

Revenu de base en Namibie

 Et quoi, trop facile ? Il n'y a pas d'autres arguments ?

Si, il y a encore beaucoup d'autres points très intéressants à discuter. Le revenu de base pose des questions difficiles. Elles ne sont pas aussi simples que les arguments bisounours donnés dans cet article. Je ne rentrerai donc pas dans leurs détails ici. Mais pour aiguiser votre curiosité, je vais en citer quelques-uns. Voici donc les vrais questions à se poser à propos du revenu de base :

Mais pour moi, le plus grand problème du revenu de base reste encore la transition. Comment peut-on passer de notre système à un autre, sans trop de heurts et de déséquilibre ? Dès que j'en saurai plus, je n'hésiterai pas à vous le faire savoir. 🙂


Photos:

 

Notes:

  1. Et au passage, 125.000 Suisses aussi, qui ont réussi à faire passer un référendum à ce sujet.
  2. D'ailleurs, voici une phrase véridique entendue dans le train par votre serviteur : « Non, moi je n'ai pas envie de télétravailler... je ne fais déjà rien au boulot, mais si en plus je suis chez moi, je ferais encore moins ! » Et donc ces gens-là sont respectables, mais les chômeurs non, c'est ça ?
  3. pour savoir d'où vient ce chiffre, j'ai additionné les trois tranches d'âge présentée dans la source : 335.006 (de 15 à 24 ans) + 3.009.606 (de 25 à 50 ans) + 1.134.422 (de 50 à 64)
  4. Je l'accorde, cette phrase est sujette à caution. Certains pensent en effet que le revenu de base précariserait l'emploi. Moi je crois qu'on peut l'éviter : tout dépend de la volonté politique lors de la mise en place de ce système...

Noël est passé, mais il vous reste quelques cadeaux à faire !

Noël est fini. Vous avez offert tous vos cadeaux. Mais ne pensez-vous pas qu'il faudrait encore en faire quelques autres ? À certains qui en ont encore bien besoin ?

Attention, dans cet article, il y a des appels aux dons !

Cadeaux de Noël par Alan Cleaver sur FlickrInternet : tout gratuit

« Avec Internet, tout est gratuit, c'est bien connu. Les gens ont pris l'habitude de ne rien payer. Et c'est bien pour ça que tout va mal : la presse périclite, les artistes ont faim et les petits commerces se meurent. La faute aux méchants téléchargeurs et aux inconscients qui achètent sur ebay ou Amazon. »

Avouez que c'est un discours que vous entendez souvent, voire que vous tenez vous-même. N'est-ce pas ? Qui n'a jamais vécu le cas de vouloir acheter une bédé dans un bon vieux marchand de bédés, et après en avoir essayé quatre « qui-ne-l'avaient-pas-mais-on-peut-commander-ça-arrivera-dans-10-jours », a fini par l'acheter sur Amazon (moins cher et livré chez soi le lendemain), non sans une certaine culpabilité ?

Internet : tout payant

Et la culpabilité fonctionne bien. C'est même là-dessus que beaucoup de monde joue pour vous obliger à payer. Un abonnement (qui « rétribue » les artistes), une taxe de solidarité (qui sera « redistribuée » aux industries en déclin), une cotisation de solidarité (pour être « solidaire » avec toutes les victimes d'Internet), des restrictions des droits d'utilisation (les DRM et leur pertinence), ou même des publicités (pour payer l'auteur « indépendant »), vous permettra de vous sentir moins coupable. « J'ai payé pour ce service, donc, c'est bon, je suis en ordre avec ma conscience. » Énormément de monde rentre dans ce système (vous aussi ?) et accepte de payer artificiellement plus cher pour un certain service online, tout en regrettant de voir disparaître les petits commerces à cause de ces services, justement.

Face à ce constat, une minorité de geeks — que j'appellerai « gentils extrémistes du libre » — tiennent un discours qui va à contre-sens de ce système. Ils réclament un internet libre et gratuit à tout vent. Ils encouragent le téléchargement illégal (tout simplement parce que l'offre légale n'offre pas les mêmes qualité, disponibilité, flexibilité et respect des droits du client). Ils s'offusquent de l'utilisation insensée qui est faite du copyright et des non-sens qui en résultent. Ils s'indignent qu'on puisse imposer une taxe qui redistribuera de l'argent à des gens qui n'en ont pas besoin et qui ne le méritent pas, etc.

Étant moi-même assez proche de penser cela, je ne peux pas leur donner tout à fait tort, et vous trouverez assez d'arguments sur Internet pour comprendre leur raisonnement (ici, ici et ici et voyez les liens dans l'article). Quant à moi, j'aimerais vous proposer une autre solution : ni tout gratuit, ni tout payant.

L'Internet du don... pas payant, mais pas gratuit.

À l'instar de Ploum qui présente son blog comme payant, mais avec un prix libre, j'aimerais vous encourager à donner. Oui, c'est étonnant, mais on peut aussi donner, plutôt que de se laisser imposer des taxes ou des abonnements inutiles et inefficaces. Le gros avantage du don est qu'il permet aussi de déculpabiliser, mais en plus, de décider soi-même où va son argent. Mais ce n'est pas toujours facile de savoir où et comment donner.

Alors voici quelques pistes de solutions pour vous, qui constitue d'après moi, une troisième voie intéressante.

(1) En cette période de fête, il est souvent de tradition de faire un don auprès des organisations humanitaires bien connues (UNICEF, WWF, MSF, Amnesty, Îles de paix, etc.) ou d'autres asbl moins humanitaires, mais tout aussi importantes (comme Les Scouts). Pour le belge moyen, c'est effectivement le dernier moment pour faire un don qu'il pourra déduire de ses impôts en juin prochain. Même dans la générosité, il n'y a pas de petits profits (je dis ça, mais je le fais aussi). Je ne peux que vous encourager à le faire. Après tout, c'est aussi un moyen de dire à l'état de donner de l'argent à ces ONG. N'hésitez pas à aussi soutenir des plus petites organisations que vous connaissez et qui valent la peine !

(2) Et si pour une fois, vous pensiez à faire un don égoïste (en plus des dons mentionnés ci-dessous qui restent importants) ? J'entends par là des dons à des organisations qui vous permettent, aujourd'hui, de surfer librement sur Internet. Des organisations qui, malgré les scandales récents de PRISM et consort, font en sorte que votre vie privée existe même sur internet. Des organismes qui militent pour vos droits et défendent la neutralité d'internet. Des associations qui prônent le partage du savoir. Que diriez-vous de faire des dons à

(3) Et comme bonne résolution pour l'année 2014, vous devriez essayer Flattr. Il s'agit d'un système de micro-paiement qui permet de donner de l'argent à tous les créateurs de contenus que vous voulez. Si vous estimez que vous payeriez bien 5€ par mois pour tout ce que vous lisez/voyez sur le net, vous payez 5€ par mois, pas plus. Et tout au long du mois, vous cliquez sur les boutons flattr du contenu que vous appréciez. À la fin du mois, vos 5€ seront répartis entre les créateurs que vous aurez flattré (voyez aussi quelques explications complémentaires). Idéal, non ?

Et si cet article vous a plu, pensez à le flattrer 🙂


La robotique tue l'emploi... décidément, tout le monde le dit.

Vous vous rappelez mon article sur les robots et l'avenir du travail (intitulé « Robotique, emploi et modèle social : le point de départ d'une réflexion sur le revenu de base ») ? J'y expliquais mon point de vue sur l'avenir du travail.

En très résumé, j'y écris que les robots tuent l'emploi. Ce n'est pas en soi négatif. Mais par ailleurs, toute notre économie et notre vie est basée sur l'emploi. Et c'est là que ça devient problématique. Comment peut-on garder un équilibre avec d'un côté, un besoin d'emploi et de l'autre, un progrès qui les supprime ? Et le point de départ de ma réflexion était la sortie de Baxter, un robot créé par ReThinkRobotics qui apporte son lot de nouveauté. Je l'avais qualifié de technologie disruptive.

J'ai été très agréablement étonné, l'autre jour, quand j'ai vu passé un autre article, publié sur le site très connu Wired, qui aborde le même sujet, en parlant du même robot (l'article est anglais est ici et une adaptation en français se trouve ici). Et j'ai constaté que l'auteur, Kevin Kelly, abonde dans mon sens en confirmant que Baxter est disruptif. Lui va beaucoup plus loin que moi à ce sujet et considère que « d'ici la fin du siècle 70% des emplois actuels seront probablement remplacés par l'automatisation ». Bien sûr, lui ne parle pas du revenu de base, ce n'est pas son propos.

Baxter de ReThinkRobotics

Baxter de ReThinkRobotics

Cet article me donne en fait l'occasion d'approfondir une question qui, par contre, nous divise. Dans mon article précédent, j'explique que je ne crois plus au paradigme selon lequel l'évolution et le progrès remplacent des emplois mais en créent au moins autant. L'automatisation n'augmente donc pas le chômage en proposant de nouveaux emplois (programmation, entretien, développement, etc.). Kevin Kelly, par contre, reste convaincu que oui.

La différence, je pense, est qu'il vit dans un monde technophile. Dans ce monde, c'est vrai que le progrès apporte des emplois. Des emplois hautement qualifiés et bien payés, mais limités. Mais pour le reste ? Ceux qui ne sont pas qualifiés ? Il a le bon sens de comparer les révolutions ensemble. Lui-même le dit : « Two hundred years ago, 70 percent of American workers lived on the farm. Today automation has eliminated all but 1 percent of their jobs, replacing them (and their work animals) with machines. But the displaced workers did not sit idle. Instead, automation created hundreds of millions of jobs in entirely new fields. 1 ». Pétri d'optimisme, il suppose que ce sera pareil à l'avenir...

CC by Jiuguang Wang on Wikimdeia (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Nao_humanoid_robot.jpg)

Allez, un peu d'optimisme !

Je ne pense pas comme lui (même si je suis optimiste). Car, comme je le disais dans mon article :

Jusqu’à présent, dans l’histoire humaine, ces deux tendances contradictoires [l'automatisation tueuse d'emploi et le besoin d'emploi pour faire tourner l'économie] se sont équilibrées l’une l’autre. Au début, ce fût grâce aux effets de la croissance démographique : un paysan qui pouvait labourer plus avec son nouveau cheval avait aussi de plus en plus de bouches à nourrir. Ensuite, on a rajouté une couche avec la société de consommation : il faut produire une auto pour chaque famille... et puis on explique qu’il faut deux autos... et les renouveler tous les cinq ans.

Ce sont les deux révolutions industrielles qui ont veillé à ce qu'on puisse affirmer ce que je disais en intro : l’automatisation adoucit le labeur mais crée des nouveaux emplois en contre-partie. Aujourd'hui, la révolution internet ne suffit plus à cette croissance.

Et depuis la parution de mon article précédent, je suis tombé sur d'autres sources, souvent des économistes, qui confirment mon propos, chiffres à l'appui. C'est donc pour moi l'occasion de taper sur le clou. À ce sujet, je vous engage à lire l'article suivant « Où va l’économie numérique ? (1/3) : Vers une innovation sans emplois ? ». Vous y trouverez, à la dernière section intitulée Une innovation sans emplois, une conclusion pertinente ainsi que de nombreuses sources intéressantes qui abondent dans le même sens. C'est donc un complément à mon article précédent 🙂

Je m'en voudrais de terminer cet article sans une touche d'optimisme. Si l'automatisation et les nouvelles technologies menace l'emploi, ce n'est pas forcément négatif. Et comme je veux éviter un raisonnement fallacieux qui condamne d'emblée le progrès, mon message sera surtout celui-ci :

Si le progrès met à mal nos emplois et donc notre économie... Ce n'est pas forcément le progrès qui est mauvais. Ne devons-nous pas aussi remettre en cause notre économie, et donc notre monde basé sur le plein emploi pour tous ?

Début de réponse dans mon autre article...

EDIT Octobre 2014 : plusieurs articles paraissent encore régulièrement à ce sujet, les voici :

CC by sylvar on Flickr (http://www.flickr.com/photos/sylvar/3119015160/)

...ou pas...


Photos :

 

Notes:

  1. Traduction : « Il y a deux cents ans, 70% des travailleurs Américains travaillaient à la ferme. Aujourd'hui, l'automatisation a tout réduit ce nombre à 1%, remplaçant leur travail (et celui de leurs animaux) par des machines. Mais ces travailleurs ne sont pas restés inactif. Au lieu de cela, l'automatisation a créé des centaines de millions d'emplois intéressants dans des nouveaux secteurs. »

Robotique, emploi et modèle social : le point de départ d'une réflexion sur le revenu de base

Depuis que je suis petit, on m’apprend que le progrès, c’est bien, c’est l’avenir. Ça permet aux hommes de vivre mieux.
Quand j’étais étudiant, on me disait aussi que le progrès, et en particulier l’automatisation, ne fait qu’adoucir le labeur humain, mais ne le remplace pas. En effet, il faut des gens pour produire les machines, pour les programmer, etc. On crée donc de nouveaux emplois.

Si je suis encore enclin à penser que la première phrase est vraie, je suis nettement moins convaincu par la seconde. La machine remplace déjà l’homme, aujourd’hui, pour de vrai. D’autre part, le progrès est en marche et on ne l’arrêtera pas. Ça, c’est l’Histoire qui le dit. Et j’ai envie dire — dans ce cas-ci — tant mieux !

La robotique est une science qui tue l’emploi

Ce billet m’a été inspiré par un article 1 du magazine Spectrum de de l'IEEE. Celui-ci nous explique qu’une société, ''ReThink Robotics'', dévoile un robot industriel révolutionnaire nommé Baxter. Si un sujet pareil ne détonne pas dans la ligne éditoriale de l’IEEE (une bande de geeks électriciens, finalement), je ne m’attendais pas à voir la sortie de Baxter annoncée également dans la presse grand public, à savoir le Vif/l’Express. Visiblement, la bête doit avoir un sacré potentiel disruptif.

Baxter de reThink Robotics

Baxter de reThink Robotics

En fait, en ce qui concerne ses performances, il n’y a rien à signaler. C’est un robot industriel classique, avec une précision moyenne et des capacités moyennes. Par contre, il innove sur deux points :

  • il s’agit d’un robot low-cost : « it only costs $22,000, making it eminently affordable for even small businesses. » Comprenez : toutes les PME peuvent se le permettre. Il est vrai que $22.000, c’est nettement moins cher qu’un travailleur pendant un an.
  • il s’agit d’un robot qui n’a pas besoin de programmation informatique et dont l’interface utilisateur est naturelle. Vous lui montrez ce qu’il doit faire et il le fait, aussi simplement que cela. Pas de programmation. Le but étant évidemment de lui faire exécuter des tâches de manipulation simples (empaquetages, triage, etc.) 2.

De mon côté, je ne peux que saluer le concept qui est très bien pensé et qui, en plus, respecte les lois de la robotique d’Asimov. Le résultat est un robot chic et pas cher, capable de faire plein de choses (tant qu’on reste raisonnable). L’objectif avoué, et vanté, par les créateurs de Baxter est de remplacer des milliers d’emploi d’ouvriers en PME aux USA. Alors que certains politiques s’évertuent à sauver ou créer de l’emploi, c’est un vrai scandale. Ou pas.

Quoiqu’il en soit, l’exemple de Baxter n’est qu’un exemple de l’évolution de notre société : tout s’automatise, partout. Grâce aux outils, aux chevaux, à la machine à vapeur, et plus tard grâce aux tracteurs, pelleteuses, ordinateurs, projecteurs, imprimantes, avions, trains, voitures, tablettes, l’homme a pu produire plus à manger, faire plus de travaux, réfléchir mieux, créer plus, se déplacer plus vite. Grâce à cela et à cause de cela, beaucoup de métiers évoluent et disparaissent : hier, les allumeurs de réverbères, les couturiers ou les sabotiers ; aujourd’hui les vendeurs de disques, les pompistes, les conducteurs de métro ou les caissières ; demain, les secrétaires, les facteurs, les employés du Mac-Quick et les banquiers.

Bien ou mal ? En tout cas, c’est un fait. Et je n’ai pas l’impression que la tendance s’inversera bientôt.

Premier constat : le labeur humain est remplacé par des robots et des machines. Et ce n’est pas nouveau.

Notre modèle social a besoin d’emploi

Si on oublie un instant les robots pour se pencher sur notre modèle social, que constate-t-on ? Il est basé en majeure partie sur la taxation des revenus du travail. Ceci implique qu’il nous faut « beaucoup de travailleurs »...

  • ...car c’est eux qui payent les soins de santé, les pensions, les écoles et les services publiques.  Et on sait que ces postes coûtent de plus en plus avec le temps (on vit plus vieux, on se soigne plus et on étudie plus longtemps).
  • ...car c’est eux qui dépensent de l’argent et font donc « tourner » l’économie. Pourquoi ? Pour créer de l’emploi (vous aussi, cette phrase vous chipote ? Prenez votre temps, relisez-la).

Deuxième constat : pour préserver notre modèle social, il faut beaucoup de travailleurs. Il suffit d’écouter n’importe quel politicien. Il vous promettra toujours de l’emploi.

Un équilibre instable

Donc, on voit que le constat 1 (on automatise le labeur) s’oppose au constat 2 (il nous faut des emplois). Jusqu’à présent, dans l’histoire humaine, ces deux tendances contradictoires se sont équilibrées l’une l’autre. Au début, ce fût grâce aux effets de la croissance démographique : un paysan qui pouvait labourer plus avec son nouveau cheval avait aussi de plus en plus de bouches à nourrir. Ensuite, on a rajouté une couche avec la société de consommation : il faut produire une auto pour chaque famille... et puis on explique qu’il faut deux autos... et les renouveler tous les cinq ans.

Ce sont les deux révolutions industrielles qui ont veillé à ce qu'on puisse affirmer ce que je disais en intro : l’automatisation adoucit le labeur mais crée des nouveaux emplois en contre-partie.

Aujourd'hui, la révolution internet ne suffit plus à cette croissance. Le nombre d'emplois (même indirects) que crée l'entreprise ReThink Robotics ne compense plus les emplois qu'elle supprime avec son robot Baxter. Même Jean-Pierre Hansen, qu'on ne présente plus (ou presque) est d'accord 3. L'équilibre devient difficile à trouver, personne ne le niera.

Et de fait, on peut observer les comportements suivants dans notre société aujourd'hui, signes d'un déséquilibre :

  1. On force les gens à trouver de l’emploi. C’est nécessaire ! Quitte à les persécuter alors qu’il n’est pas possible, dans certains cas, de trouver de l’emploi parce que le chômage est structurel.
  2. On va créer de l’emploi. C’est nécessaire ! Quitte à creuser des trous et les reboucher ensuite.
  3. On va encourager la compétitivité pour avoir de meilleures entreprises et doper l’emploi ! (vous notez le paradoxe par rapport au constat n°1 ?)
  4. Avec la crise, on va appliquer une politique d'austérité pour créer de l'emplois (euh...).
  5. On va garder la croissance comme objectif numéro un car cela permet de garder notre modèle social.

Bref, on annonce qu’on soutient l’économie en créant de l’emploi. Ou inversément. On ne sait plus très bien. Et quand on ne sait même plus si ce qu’on fait est un but ou un moyen, c’est mauvais signe.

Résultat : beaucoup de monde (moi compris) se posent des questions sur ce modèle et son avenir. Il n’y a rien à faire, la solution de l’équation doit être trouvée dans le domaine qui est contraint par notre terre et ses ressources, qui sont finies.

L’énigme des 9 points et 4 droites

Cette énigme est très connue. Comment parcourir les 9 points de ce dessin, à l’aide de 4 droites (reliées entre elle, c’est-à-dire sans lever le crayon) ? Si vous ne connaissez pas, essayez vraiment. La solution est à la fin du billet.

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L'énigme des neuf points

Un indice : il faut lâcher son imagination et sortir du cadre habituel pour trouver la solution. Faisons de même. Oublions les contraintes du modèle et ne gardons que celles du système (notre Terre et ses 7 ou 8 milliards d’humains).

Le lecteur attentif aura déjà repéré que le constat numéro 2 est basé sur une hypothèse : ''pour préserver notre modèle social''. Si on change cette hypothèse et qu’on en choisit une plus appropriée, peut-être est-il possible de supprimer le paradoxe entre les constats 1 et 2. Et le problème de la croissance ne se posera peut-être plus de la même manière. On y est.

Un modèle différent

Imaginons donc un monde différent où le modèle social ne repose pas sur le travail, mais sur autre chose (à définir 4).
Imaginez un monde où tout le travail répétitif est automatisé. Imaginez un monde, qui grâce à cette automatisation, libère les énergies de chacun pour se concentrer sur un travail bien plus intéressant, centré sur la création, le projet 5, ou les relations humaines.

Imaginez...

  • Un monde où les tâches ingrates des infirmières sont prises en charge par des robots... Cela leur laisse la possibilité de vraiment s’occuper de leurs patients (au sens humain, j’entends).
  • Un monde où l’enseignement utilise au mieux les pédagogies actives (attention aux abus) et laisse l’élève libre d’évoluer à son rythme. Cela permettra au professeur de passer du temps à vraiment aider ses élèves.
  • Un monde où, les postes inutiles dans les administrations ne ''doivent'' plus être gardés sous prétexte de « maintenir l’emploi » 6. Cela permettrait à ces fonctionnaires de plutôt s’engager dans des asbl, des écoles de devoir, des associations, ou encore de créer leur propre business... Passionant, non ?
  • Un monde où l’informatique bancaire ou la haute finance sera à nouveau remis au rang d’outil utile et non pas de business florissant sur du vide. Cela permettra à quantité d’ingénieur et d’informaticien de se lancer dans des projets fantastiques !
  • Un monde où être artiste est possible et permet de survivre sans pour autant devoir briller aux firmament des stars internationales reconnues pour leur talent (hum).

Les exemples tels que ceux-ci ne manquent pas. Mais je vous sens sceptique. Vous n’êtes pas convaincus. C’est normal. Nous vivons dans une société où le travail salarié est la norme. Nous avons du mal à sortir de ce cadre, à envisager autre chose. Regardez les indépendants : même eux ont l'impression qu'on les déconsidère.

Et concrètement ?

Si on revient un peu les pieds sur terre, il faut se poser la question du comment. Parce que c’est bien beau, ce que je dis, mais comment met-on cela en œuvre ?

J’ai bien une piste, à savoir le revenu de base. Pour moi, il sonne encore comme un questionnement à creuser plus qu’une utopie idyllique. Je ne le détaillerai pas ici parce que ça a déjà été fait ici, ici, ici, ici ou ici. Quant à moi, je donnerai un avis plus tranché et argumenté quand j’aurai lu ce livre (que j’ai acheté ; reste à trouver le temps de le lire).

Comme le suggère le titre, ce billet n'a pas pour but de vous livrer une solution clef en main. L'essentiel de mon message aujourd'hui est

  1. de constater que nous vivons dans un système qui ne trouve plus son équilibre ;
  2. de constater que notre système social essaye de garder l'équilibre en courant de plus en plus vite et qu'on est proche de la vitesse d'Usain Bolt (c'est-à-dire proche de la limite) ;
  3. de suggérer que d'autres système sont possibles pour retrouver son équilibre (s'asseoir ? marcher avec des béquilles ? lâcher les poids qui déséquilibrent ?)

Et j’espère pouvoir revenir bientôt sur la notion de travail dans un autre article. C’eût été trop pour cet article-ci qui est déjà fort long.

Solution de l'énigme

Solution à l'énigme des 9 points : sortez du cadre et ne prenez pas pour acquis les contraintes qui vous semblent immuables !

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La solution de l'énigme

Notes:

  1. ...dont vous ne trouverez malheureusement qu’un petit aperçu ici
  2. Si vous faites partie des geeks robotiques, faites-vous plaisir avec la vidéo de présentation.
  3. Je ne peux pas vous mettre de lien, j'ai lu ça dans une version papier d'un magazine qui ne met pas tous ces articles sur le web. C'était une interview à propos de son nouveau livre, voyez ici. En gros, il disait que les innovations technologiques (comme l'iPad) n'avaient plus assez d'effet sur l'économie (et la croissance).
  4. J'ai bien quelques idées, mais je les exposerai dans d'autres billets, sinon on n'en finira jamais avec cet article-ci !
  5. au sens défini par Wikipédia : un ensemble de tâches qui ne sont pas destinées à être répétées
  6. Cela évitera d’entendre Willy Decourty, bourgmestre d’Ixelles, dire : « Moi je préfère un fonctionnaire de trop qu'un chômeur de plus, nous avons aussi un rôle social. » (source)