L'utopie de Bruxelles Mobilité

Une très intéressante utopie est présentée ici par Bruxelles Mobilité. Elle présente ce que pourrait être Bruxelles en 2040, si les politiciens étaient un peu motivés. De belles images et de beaux projets. On y montre par exemple à quoi pourrait ressembler la gare d'Etterbeek en 2040. De quoi s'inspirer et réfléchir.

La gare d'Etterbeek en 2040

La gare d'Etterbeek en 2040 (rebaptisée en Bruxelles-Campus)

Évidemment, c'est une utopie. Le but n'est pas qu'on finisse tous sur un vélo avec les mollets surdimensionnés (surtout que le site ne le montre pas, mais Bruxelles est quand même bien vallonnée). Le but est bien d'inspirer, de libérer les esprits et de permettre de penser autrement. En tant que pirate, je ne peux qu'adhérer à ce principe.

Je voulais également épingler une des réflexions présentées dans les tranches de vie (que vous lirez ici). ZITA (inventée, je suppose) y parle de Bruxelles Métropole, une sorte de méga intercommunale de 60 communes pour gérer la mobilité convenablement et ensemble. Exactement ce que je proposais dans un de mes articles précédent (spécialement sur le paragraphe "Les routes et les infrastructures")... Les grands esprits se rencontrent. 🙂

À certains moments, cela rejoint aussi la vision des Google Car de Ploum (ici ou ici) à part que pour Bruxelles Mobilité, le train existe encore, plus que jamais dans un vrai plan de multi-modalité (auquel je crois plus que le tout-à-la-google-car).

Bref, pas mal de réflexions intéressantes que je voulais vous partager !

Note : Par contre, je me demande pourquoi ils ont mis le Prince Laurent sur un vélo au milieu de la rue Béliard (voyez la photo ci-dessous et cliquez pour agrandir). 🙂

La rue Béliard en 2040

La rue Bélliard en 2040


Utilisation des photos : conformément à ce qui est indiqué sur le site de Mobil2040, (L'utilisation des informations contenues sur ce site est autorisée et même encouragée [...]), j'ai utilisé les photos à titre d'illustration en mentionnant qu'elles proviennent de Bruxelles Mobilité. Bruxelles Mobilité se réserve cependant tous les droits de propriété intellectuelle de ces images.

Le Parti Pirate, les transports en commun de la politique

Le Parti Pirate est jeune. Toute sa politique n’est pas encore définie. Mais doit-elle vraiment l’être ? En effet, ce petit nouveau se différencie surtout par la manière, plutôt que par le contenu. Alors certes, il y a des idées, des propositions concrètes, mais l’essentiel est dans la vision du monde proposée, nécessairement un peu abstraite. Aussi, pour vous aider à comprendre la différence, je vous propose une petite analogie. « Comparaison n’est pas raison », certes, mais ça peut aider à présenter les choses...

Qu’est-ce que la politique ?

En fait, la politique —au sens noble— c’est l’envie, pour un citoyen (ou groupe de citoyens) d’amener une idée sur la place publique et de la concrétiser pour le plus grand bien de la société. Et les partis politiques constituent un moyen pour amener cette idée du citoyen vers la place publique. Bien. Jusque là, vous suivez.

Maintenant, imaginons un instant que les idées ont forme humaine et les partis sont des voitures. La voiture du parti devient le moyen, pour « l’idée humanoïde » d’aller vers la place publique, que nous pourrions alors voir, par exemple, comme le parking du gouvernement (pour continuer l’analogie).

Voiture américaine -- CC by  Janicks on http://janicks.over-blog.com

La voiture, merveilleuse invention du XXe siècle

La politique devient tout d’un coup un problème de transport...

Du coup, pour faire avancer ses idées (en voiture), il y a beaucoup de possibilités parmi les marques et les modèles disponibles...

Au choix, on disposera d’une voiture rouge, bleue, verte ou orange. Ce sont les couleurs traditionnelles. Mais certains préfèrent une noire, pour faire rebelle.

Et puis il y a des familiales pour ceux qui aiment les grandes familles, des voitures populaires bon marché, des décapotables pour ceux qui aiment la liberté ou des voitures hybrides pour les amoureux de la nature 1... On trouve de tout !

Mais deux choses sont communes à toutes : elles doivent être hyper sécurisées (avec certificats EuroNCAP, équipements de sécurité, etc.) pour bien protéger le passager (« l’idée », donc) de toute intrusion à l’intérieur de l’habitacle. Et elles doivent être peu polluantes. Parce que c’est bien connu que polluer, c’est mal.

Le salon de l’auto

Une campagne électorale ressemblerait alors au salon de l’auto. Chacun exhibe sa voiture et explique pourquoi elle est la meilleure. On la nettoie, on la simonise, on la fait blinquer et on montre des jolies filles à côté : « Oyez, braves gens, venez voir les belles idées qui siègent dans ma voiture ! Et chez nous, c’est sécurité maximum ! Si vous prenez ma voiture, mon bon monsieur, cette idée se retrouvera immédiatement votée et appliquée ! Promis ! ».

Salon de l'Auto -- CC by benoit.darcy

C'est bien connu, au salon de l'auto, on va surtout voir des belles mécaniques.

L’habitué du salon, quant à lui, connait bien la politique de chaque marque : les baisses d’impôts sont dans les voitures bleues ; les plan de sécurité sociale sont dans les voitures rouges. Et aujourd’hui, toutes les voitures affichent un moteur qui permet de superbes reprises (économiques) tout en polluant moins. D’après le catalogue, en tout cas.

Ensuite, l’achat. Et paf.

Et à un moment, chacun choisit sa voiture. Cela s’appelle « les élections ». Parce que ça coûte tellement cher qu’on est obligé de la garder quelques années avant d’en changer.

Le seul problème est que tout le monde n’a pas voulu la même voiture. Et que, au gouvernement, le nombre de places de parkings est limité. Il faut essayer de composer une nouvelle voiture avec toutes les pièces démontées.

Du coup, sur la place de parking « économie », on retrouvera par exemple un jeune cadre dymanique (provenant d’un coupé sport élu pour sa vigueur) qui doit négocier avec un pensionné roulant en berline (que les gens ont choisi pour le confort). Pour l’immigration, on aura une blonde pulpeuse (de la décapotable) qui essaye de s’entendre avec la mère de famille (qui vient du break).

Alors parfois ça explose, parfois ça marche très bien, et souvent ça n’avance pas beaucoup : le résultat étant en effet une voiture qui a les inconvénients de toutes, sans en avoir les avantages. Et en plus, elle est d’une couleur  : un mélange de bleu, de rouge, de jaune et de vert. Avec parfois des taches. Bref, ce n’est pas ce qu’on avait demandé. Les idées étaient bonnes, peut-être, mais incompatibles.

Sortir des ornières : les transports en commun.

Doit-on en conclure que le consensus et le compromis sont mauvais ? Que la démocratie est dépassée ? Qu’il faut une dictature qui impose une seule voiture ?

Et si on choisissait plutôt les transports en commun ? Vous imaginez ? Il y a de la place pour tout le monde (initiative citoyenne). Tout le monde est assis (respect des idées). C’est pragmatique et ça répond aux problèmes. Mais surtout, les idées ne sont plus enfermées dans une bulle imposée : elles sont libres. Elles se rencontrent et elles évoluent au contact les unes des autres.

Interior of Coaster -- CC by LA Wad

OK, c’est vrai que c’est un peu idéalisé comme description des transports en commun, mais c’est pour l’explication.

À la fin du voyage, sur la place de parking réservée à la justice, à la réforme des pensions ou à la culture, on a deux ou trois personnes (donc, des « idées ») qui s’entendent, qui se comprennent et qui ont quelque chose de solide à proposer.

L’idéologie versus la vision du monde

Les partis traditionnaux ont (ou ont eu) de bonnes idées. Mais la société évolue. Les présenter, toutes blinquantes, parfaites et figées dans leur belle voiture ultra-sécurisée n’a plus de sens. Qu’un parti « détienne » une idée n’a plus de sens. Et encore moins s’il l’impose par un matraquage électoral à ses militants et ses électeurs.

Ces idées fixes (wouf), je les appelle les idéologies des partis. Le Parti Pirate n’en a pas et j’espère qu’il n’en aura jamais. Par contre, ce que chaque parti possède, au plus profond de ses tripes (et souvent enfouis très profond, malheureusement), c’est une vision du monde. Et elle, elle vaut la peine.

Si on simplifie les choses, les visions du monde respectives sont les suivantes : la droite promeut une société dont le bien-être est issu de l’économie 2 ; le socialisme veut assurer le bien-être de tous, y compris des plus défavorisés ; le centre souhaite placer l’humain au coeur des préoccupations ; et les écolos apportent la touche « environnement » dans l’histoire 3. Et les pirates ? Ils veulent laisser la part belle à la participation citoyenne et à la liberté de communiquer et de partager, car l’évolution de la société le permet aujourd’hui. Ça vous paraît vraiment incompatible, tout cela ? Alors oui, dans la rhétorique des partis, ça l’est. Dans l’imaginaire des gens aussi, mais heureusement de moins en moins. Et j’espère que ce billet vous fera encore plus oublier ce clivage.

Que les choses soient claires : c’est fini la guerre de tranchées gauche-droite ! Les idées de gauche ont leur place, les idées de droite ont leur place. Mais l’essentiel aujourd’hui est de travailler ensemble à les faire cohabiter et surtout en laissant les citoyens participer. Prenons le train ensemble pour discuter, au lieu d’aller tous en voiture au boulot.

Ça fera moins d’embouteillage et on passera plus de temps à bosser.

Jouons un peu...

Puisque l’article est terminé, je vous propose de pousser un peu l’analogie. Pour le plaisir de l’envolée lyrique. Pour s’amuser. Pour rire. C’est donc bien du second (voire du troisième) degré.

Imaginez...

  • Le Parti Populaire : une auto scooter, c’est-à-dire un petit truc qui essaye de tout casser, mais piloté par un gamin. Ou alors une auto-école : avec deux directions qui vont dans des sens opposés.
  • Le CDF : une caravane qu’ils essayent d’accrocher au CDH.
  • Le RWF : une deuch. Mais le tout tout vieux modèle : c’est mignon, c’est rigolo, c’est franchouillard. Mais ça ne roule plus et on le garde seulement pour faire original.

Petit exercice pour vous : donnez-moi vos idées pour tous les partis (y compris les traditionnels).


Photos :

 

Notes:

  1. Ami lecteur, sauras-tu retrouver les partis traditionnels qui se cachent derrière ces modèles ?
  2. Et cela ne passe pas forcément par la croissance du PIB, selon moi
  3. Ils vont m’en vouloir de simplifier leur message à ce point, mais il faut quand même reconnaître que c’est encore l’image qu’on a d’eux. L’environnement n’en reste pas moins essentiel.